Norbert Zongo
journaliste et écrivain de Haute Volta / Burkina Faso, directeur de publication journal l'Indépendant
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Norbert Zongo est un journaliste burkinabè né le à Koudougou, région du Nando. Il est mort assassiné le à Sapouy. Fondateur et directeur de l’hebdomadaire L'Indépendant, il est également auteur de deux romans : Le Parachutage et Rougbêinga[1].
Biographie
Né à Koudougou le [2], Norbert Zongo obtient son baccalauréat en 1975 puis enseigne à partir de 1971[3]. Il enseigne à Pô et à Ouagadougou. Sa carrière de journaliste commence en 1986 au sein du journal étatique Sidwaya puis au Carrefour africain. Il fonde en 1993 L'Indépendant[4] ; il dénonce alors la corruption qui gangrène l'État et s'oppose au régime du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré[5].
Il est une des figures du combat pour la démocratie et la liberté de la presse en particulier au Burkina Faso et de façon générale en Afrique. Il a animé de nombreuses conférences partout au Burkina Faso sur les questions de démocratie et de défense des droits humains.
Il aime à dire :
« Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais mais le silence des gens bien[6],[7]. »
Assassinat
Après avoir commencé une enquête sur la mort mystérieuse de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, le frère du président burkinabè Blaise Compaoré, Norbert Zongo est assassiné le , avec les trois personnes qui l'accompagnaient (Blaise Ilboudo, Ablassé Nikiéma et Ernest Zongo), soulevant une très vive émotion à Ouagadougou, à travers tout le pays mais aussi dans les pays voisins[8],[9]. En réaction, de nombreuses manifestations ont eu lieu dans tout le pays, les plus violentes ont été enregistrées dans la ville de Koudougou (à l'ouest de Ouagadougou), où est né Norbert Zongo. Les partisans du parti au pouvoir, organisés en milice et armés de gourdins, se sont livrés à une chasse aux manifestants dans plusieurs villes du pays[10].
L'enquête officielle
Cédant au mécontentement populaire, le président Blaise Compaoré laisse une enquête judiciaire s'ouvrir. En sept ans d'instruction, un seul suspect, Marcel Kafando, un adjudant de la sécurité présidentielle, a été inculpé, mais le témoin l'accusant s'est rétracté au cours d'une confrontation judiciaire.
En , ce fut au tour de cinq membres de la garde présidentielle d’être inculpés du meurtre de Ouedraogo. Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousseini Yaro, également suspectés dans l'affaire Zongo, furent reconnus coupables et condamnés à des peines de prison. Edmond Koama est décédé le .
Le procès Zongo s’est conclu par un non-lieu le qui a provoqué un tollé international[11],[12].
En , la famille du journaliste, les avocats de la partie civile et le Mouvement burkinabé des droits de l'homme et des peuples (MBDHP) saisissent la Cour africaine des Droits de l'Homme et des Peuples à Arusha. La cour se déclare compétente le pour le dossier. Le , les juges passent au jugement de l'affaire, qui est délibérée le . Dans son arrêt, la cour a condamné l’État burkinabè pour avoir « violé les droits des requérants à ce que leur cause soit entendue par la justice nationale ». Cette décision sonne comme une réouverture du dossier Norbert Zongo[13].
La justice burkinabè rouvre le dossier après la déchéance de Blaise Compaoré en . Elle procède à « trois autres inculpations et des dizaines d’auditions » selon l’avocat de la famille, Prosper Farama. François Compaoré, frère cadet de l’ancien président, est considéré comme l’un des principaux suspects[14]. Ce dernier est ensuite interpellé le par la police française à son retour d'Abidjan à l'aéroport de Paris-Charles de Gaulle[15], mais son extradition semble peu vraisemblable avant 2020[14]. Le , le premier ministre français, Édouard Philippe, signe le décret d'extradition de François Compaoré[16]. Quelque temps plus tard, saisie par François Compaoré, la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) empêche cette extradition, arguant que celle-ci violerait l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants).
En septembre 2023, la CEDH demande à la France de revoir sa position, estimant que les « assurances fournies par le Burkina » par le passé n’étaient plus automatiquement garanties depuis l’arrivée au pouvoir de militaires en 2022[17]. De son côté, le gouvernement burkinabè estime que la décision de la CEDH ne faisait « aucunement obstacle » à l’instruction en cours au Burkina Faso et que celle-ci se poursuivrait, même en l'absence du prévenu[18],[19].
Les enquêtes indépendantes
Des journalistes étrangers et une commission d'enquête internationale ont mené des enquêtes vers d'autres membres de la garde présidentielle burkinabè[20].
La commission indépendante a conclu que la mort de Norbert Zongo était due à des motifs purement politiques, en raison de ses investigations au sujet de la mort après torture de David Ouedraogo, chauffeur de François Compaoré. Ce dernier fut inculpé du meurtre de David Ouedraogo en . Le tribunal militaire abandonna ensuite les charges retenues contre lui.
Reporters sans frontières (RSF) a affirmé[21] le que le rapport d'enquête de la Commission d'enquête indépendante (CEI) sur l'assassinat de Norbert Zongo avait été expurgé d'éléments mettant en cause François Compaoré, le frère du président Blaise Compaoré, et un homme d'affaires proche du pouvoir, Oumarou Kanazoé. Plusieurs fois cités dans cette affaire, Compaoré et Kanazoé ont toujours nié toute implication.
À la suite de l'enquête déjà réalisée par Reporters sans frontières (RSF) reprise par le journal L'Événement, François Compaoré a porté plainte pour diffamation contre le journal. Le , l'affaire est passée devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou, mais faute de l'original du journal, l'audience a été renvoyée au [22].
Influence culturelle de la mort de Zongo
Le chanteur de reggae ivoirien Alpha Blondy a écrit une chanson titrée Journalistes en danger, qui dénonce l'assassinat de Norbert Zongo et le pouvoir burkinabè qui essaie d'étouffer cette affaire. Norbert Zongo est également cité dans la chanson Les Martyres d'un autre reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly (album Cours d'histoire) dénonçant ainsi les nombreux assassinats politiques ayant eu lieu sur le continent africain.
Un collectif de rappeurs burkinabè s'est créé, « Artistes Unis pour Norbert Zongo » (Studio Abazon), afin de dénoncer le meurtre du journaliste ainsi que la culpabilité de l'État burkinabè dans cette affaire. Le rappeur Didier Awadi, membre de ce collectif a également mis un discours de Norbert Zongo en musique sur son album Présidents d'Afrique sous le titre Le Silence des gens biens.

En 2012, un lieu commémoratif a été érigé à l'endroit où Zongo fut assassiné, au bord de l'autoroute N6 (Ouagadougou - Léo), proche de la ville de Sapouy.
Le Conseil des ministres du 21 juillet 2017 adopte un changement de la dénomination de l'université de Koudougou qui devient « université Norbert-Zongo ». Le changement est effectif en . Une stèle en l'hommage de Zongo est aussi inaugurée[23],[24],[25].