Nunisme

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Le nunisme est un courant artistique d'avant-garde, né à Paris en 1916, dont l'histoire est liée à celle de la revue d'avant-garde SIC dirigée par le poète Pierre Albert-Birot.

Pierre Albert-Birot photographié par Claude Cahun en 1929

Le terme « nunisme » est un néologisme formé sur un adverbe du grec ancien, νῦν / nun, signifiant « à présent, maintenant ». Plus qu'une véritable école littéraire ou artistique, le nunisme est avant tout un terme générique par lequel Albert-Birot cherche à regrouper les différentes tendances artistiques progressistes du moment, dans les arts, la littérature et le théâtre : simultanéisme, unanimisme, cubisme et futurisme, dans une démarche similaire à celles tentées par Guillaume Apollinaire avec l'orphisme avant-guerre, puis avec l'« esprit nouveau » en 1917.

Le terme est utilisé par Albert-Birot, et parfois Louis de Gonzague-Frick, tout au long de l'année 1916, dans des éditoriaux, des manifestes et des manifestations artistiques, avant d'être abandonné dès l'année suivante.

Origine du terme et définition

Le terme nunisme est forgé à partir de l'adverbe en grec ancien νῦν / nun, signifiant « à présent, maintenant ». Son créateur, le poète Pierre Albert-Birot, le justifie ainsi : « j'ai proposé un néologisme, le mot nunisme, nunique, estimant qu'il n'est pas dans notre langue un mot simple exprimant nettement ce qui appartient au temps présent. »[1]. Marie-Louise Lentengre, professeure de littérature française à l'Université de Bologne, note qu'« il était assez paradoxal d'aller choisir un terme grec pour signifier sa propre adhésion au modernisme » mais que « le temps présent auquel songe Albert-Birot annonce une conception complexe de la temporalité intérieure qui jouera un rôle capital dans sa poétique »[2].

Ce temps présent doit se comprendre, selon Pascal Rousseau, dans deux sens. Dans un premier sens, il s'agit de désigner une synthèse des arts modernistes et des différents courants d'avant-garde du présent, similaire à celle que Guillaume Apollinaire proposait avant la Grande Guerre avec l'orphisme : proposition de rassemblement des courants futuriste, expressionniste et post-cubiste[3]. Avec ce terme, Albert-Birot aspire à « un rôle de leadership réunissant tous les mouvements novateurs et d'avant-garde » : cubisme, futurisme, simultanéisme, et unanimisme[4].

Dans un second sens, le nunisme est une théorie de la création définie par la prééminence du sujet, la puissance de la volonté, et l'omniprésence du présent. Le nunisme « défend le principe d'une intensification sensorielle qui est une autre façon de signifier la présence du champ d'expérience aux dépends des horizons d'attente [...] par une amplification coordonnée de sens qui, combinant synesthésie et simultanéité, serait susceptible de posséder la complexité du présent »[5]. C'est cette idée qui domine dans la définition que Pierre Albert-Birot donne du théâtre nunique dans la livraison des nos 8-9-10 de SIC[6] :

« Le théâtre nunique doit être un grand tout simultané, contenant tous les moyens et toutes les émotions capables de communiquer une vie intense et enivrante aux spectateurs. Pour ajouter encore à cette intensité les multiples actions se dérouleront sur la scène et dans la salle [...]. Pour atteindre à un réalisme plus profond, on dédoublera certains des personnages de manière à montrer les actes et les pensées si souvent contradictoires »

Histoire

L'adjectif nunique apparaît pour la première fois en mai 1916 dans le cinquième numéro de la revue SIC[3], dans la rubrique des « dialogues nuniques », rédigée par Pierre Albert-Birot[7]. Rédigés avec un ton familier[8], « les dialogues nuniques entre Z et A sont des discussions esthétiques pour conduire à la compréhension de l'art moderne[9] » nous dit leur auteur. « A » tient le rôle d'un amateur d'art plutôt réfractaire à la modernité, que « Z » amène pas à pas à comprendre. « Patiemment, logiquement, Z veut prouver à A qu'il a toutes les bonnes raisons d'aimer l'art de son époque, et c'est à la compréhension de son interlocuteur qu'il en appelle, dans une sorte de dialogue socratique au cheminement paisible. A est cultivé, de bonne volonté, il a simplement besoin qu'on lui ouvre les yeux », résume Arlette Albert-Birot[10].

C'est dans le numéro suivant, en juin, que le terme apparait sous la forme d'un nom : le nunisme y est présenté comme un « un -isme qui doit survivre à tous »[11].

Cinq mois plus tard, Pierre Albert-Birot précise que les nunistes ne sont rien d'autres que l'ensemble des artistes qu'il publie dans sa revue[12] : « nous sommes cubistes, futuristes, unanimistes et simultanéistes, +...istes, +...istes, en un mot nunistes », écrit-il en novembre 1916 dans un éditorial[13].

Le 25 février 1917, la revue organise une manifestation sous le titre « L'Esprit nouveau contre l'esprit ancien » à Academia[a], dans laquelle Pierre Albert-Birot tient une conférence sur le nunisme. Germaine Albert-Birot joue sa musique, et plusieurs comédiens dont Marcel Herrand récitent des poèmes d'auteurs publiés par la revue[14].

Albert-Birot abandonne rapidement le terme un an après sa création[7].

Notes et références

Pour aller plus loin

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