Otrante
commune italienne
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Otrante (en italien : Otranto, prononcé [ ˈɔːtranto ]) est une commune italienne de 5 578 habitants[2] située dans la province de Lecce, dans les Pouilles, ayant donné son nom au canal d'Otrante, qui sépare l'Italie de l'Albanie.
| Otrante Otranto | |
Vue aérienne d'Otrante et son front de mer. | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | |
| Province | |
| Code postal | 73028 |
| Code ISTAT | 075057 |
| Code cadastral | G188 |
| Préfixe tél. | 0836 |
| Démographie | |
| Gentilé | idruntini ou otrantini |
| Population | 5 578 hab. (30-9-2025[1]) |
| Densité | 72 hab./km2 |
| Géographie | |
| Coordonnées | 40° 09′ 00″ nord, 18° 29′ 00″ est |
| Altitude | 15 m |
| Superficie | 7 720 ha = 77,2 km2 |
| Divers | |
| Saint patron | Martyrs d'Otrante |
| Fête patronale | 14 août |
| Localisation | |
Localisation dans la province de Lecce. | |
| Liens | |
| Site web | Site officiel |
| modifier |
|
Son centre historique est membre de l'association des Borghi più belli d'Italia (« plus beaux villages d'Italie »)[3].
Géographie
Otrante est située à l'extrémité orientale de l'Italie et de la péninsule du Salento, à environ 35 km au sud-est de Lecce. Elle représente à ce titre la commune italienne la plus proche de l'Albanie : elle n'est séparée de la ville de Vlora que par le canal d'Otrante, détroit large d'environ 70 km.
Histoire
Le site d'Otrante est vraisemblablement habité dès le paléolithique et l'est certainement au cours du néolithique. Les preuves archéologiques témoignent à l'âge du bronze de contacts intenses avec la civilisation mycénienne établie en Grèce, corroborés par les trouvailles locales de céramiques mycéniennes datant des xiiie et xiie siècles av. J.-C. Peuplé de populations messapiennes (qui occupent l'ensemble des Pouilles autour de l'an 1000 av. J.-C.), l'établissement précurseur d'Otrante devient ensuite une importante cité hellène de la Grande-Grèce avant de tomber aux mains des conquérants romains qui font d'Hydruntum un municipium, c'est-à-dire une ville dotée de ses lois mais liée à Rome. La cité prospère grâce à son port qui doit permettre aux Romains de rallier l'Épire.
Au Moyen Âge, l'importance de son port lui fait assumer le rôle de pont entre Orient et Occident, et Otrante sera convoitée tour à tour par les Byzantins, les Normands, les Angevins et les Aragonais. Après la chute de Rome, elle appartient d'abord à l'Empire byzantin, sous lequel elle résiste victorieusement à un siège des Sarrasins en 845, avant d'être conquise en 1070 par les Normands, qui la refortifient et la dotent d'une cathédrale, construite entre 1080 et sa consécration en 1088. Ses nombreuses modifications ultérieures font de cet édifice le reflet transposé dans la pierre des dominations successives qu'a connues Otrante. Par le mariage d'Henri VI, fils de l'empereur Frédéric Barberousse, avec Constance de Sicile en 1186, la maison de Hohenstaufen accède en 1194 à Palerme au trône de Sicile, dont relèvent alors Otrante ainsi que le reste de l'Italie méridionale. C'est à Otrante, le , que mourut de la malaria le landgrave Louis IV de Thuringe, époux d'Élisabeth de Hongrie. Au terme de querelles dynastiques troublées, le royaume passe finalement entre les mains aragonaises de Ferdinand Ier, roi de Naples de 1458 à 1494.
Le , une flotte turque de cent navires commandée par Gedik Ahmed Pacha se présente devant Otrante et la prend d'assaut, dans ce qui représente la première excursion ottomane en terres italiennes, pour des raisons éminemment stratégiques et symboliques : d'une part, Otrante est la ville adriatique la plus proche de la côte balkanique, déjà soumise par les Turcs, et dispose d'un port important ; d'autre part, le sultan de Constantinople se considère comme le souverain légitime de toutes les anciennes possessions byzantines, dont Otrante a longtemps fait partie. Ainsi, la ville est capturée le 11 août et une grande partie de sa population est massacrée après avoir refusé de se convertir à l'islam. Ces martyrs d'Otrante, au nombre d'environ 800 et parmi lesquels se trouve l'archevêque Stefano Pendinelli, seront canonisés en 2013. Les Turcs détruisent en outre le monastère de San Nicola di Casole, un peu plus au sud, dans lequel les moines avaient constitué la plus vaste bibliothèque de l'époque en Occident et avaient institué la première forme de collège de l'histoire, qui accueillait des escholiers de tout le continent. Ce fut l'un de ces moines, Pantaleone (ou Pantaléon en français), qui composa, dans la cathédrale, la plus grande mosaïque d'Europe.
- Château-forteresse.
- Carte historique d'Otrante dessinée par Piri Reis.
- Les crânes des 800 personnes massacrées (les saints martyrs d'Otrante, canonisés par le pape François en 2013), sont exposés dans des reliquaires, à l'arrière du maître-autel de la cathédrale.
De nombreux mois plus tard, Otrante est réinvestie en 1481 par les forces chrétiennes des Aragonais sous le commandement d'Alphonse II, fils et successeur de Ferdinand Ier[4]. La reddition des Turcs se fait sans effusion de sang, ces derniers ayant pu bénéficier d'un sauf-conduit après de longues négociations. Le sultan Mehmed II meurt en cette même année et ses héritiers, qui se déchirent entre eux pour lui succéder sur le trône constantinopolitain, semblent se désintéresser des projets d'expansion impériale en Italie. La garnison turque d'Otrante n'ayant reçu aucun renfort supplémentaire, les historiens suggèrent en effet que ce fait d'armes ne fut qu'une manœuvre de diversion, voire un soutien au sultanat nasride d'Espagne, alors que la dernière campagne de reconquête castillano-aragonaise contre Grenade avait débuté à la même époque et que les Nasrides avaient sollicité l'appui des Ottomans. Otrante et le royaume de Naples étaient justement des possessions aragonaises.
De nouvelles incursions turques (1535, 1537, 1614 et 1644), dépourvues d'intérêts de conquête mais seulement de pillages, prennent Otrante pour cible et la dépeuplent. L'insécurité des plaines environnantes entraîne leur abandon, qui à son tour permet l'expansion des terrains marécageux et la propagation du paludisme (fléaux qui ne seront définitivement maîtrisés qu'au milieu du xxe siècle), tandis que la croissance des ports marchands de Bari et de Brindisi nuisent au commerce d'Otrante et accélèrent son déclin.
La ville est aussi notoire pour avoir été le duché in partibus de Joseph Fouché, ministre de la Police de Napoléon Ier. Un honneur jugé douteux par les Italiens car cet homme s'était rendu célèbre pendant la Terreur pour sa politique de déchristianisation et pour avoir ordonné à Lyon des exécutions d'opposants à coups de canon après avoir jugé que la guillotine était trop lente.

Du fait de la présence d'un cadre naturel resté préservé et d'un grand nombre de vestiges et de sites archéologiques, l'histoire récente d'Otrante a été marquée par l'implantation d'un grand nombre d'infrastructures touristiques (plus de 30 hôtels, un Club Med, l'équipe des champions d'Otranto Eleven, et plus de 50 restaurants notamment[5]). « Joyau des Pouilles », Otrante reste ainsi une destination privilégiée dont les lieux d'intérêt touristique vont du bourg ancien à la cathédrale (XIe siècle) abritant un pavement de mosaïque du XIIe siècle représentant l'arbre de la vie, en passant par l'église byzantine dédiée à saint Pierre (IXe siècle) ou le grand château de Frédéric II de Hohenstaufen (XIIIe siècle).
Culture
Lieux et monuments
La vieille ville, verrouillée par une imposante enceinte de remparts, renferme la plupart des monuments historiques d'Otrante.
- La cathédrale Santa Maria Annunziata, élevée au rang de basilique mineure, dont le sol est couvert d'une mosaïque monumentale due au moine Pantaleone (1163-1165). Elle conserve les reliques des 800 martyrs d'Otrante.
- Le château aragonais.
- La petite église San Pietro, aux murs couverts de mosaïques byzantines.
- L'église Santa Maria dei Martiri, située à l'emplacement supposé de la décapitation des martyrs d'Otrante.
- L'hypogée de Torre Pinta.
- Cathédrale d'Otrante, dont la façade contient une rosace et les armes de la ville entourées de deux chérubins.
- Intérieur de la cathédrale, dont la majorité de la surface au sol est couverte de mosaïque.
- Chœur de l'église San Pietro.
En dehors du centre ancien, à ses abords immédiats au sein de la commune d'Otrante, on trouve :
- Le phare de Palascìa, au cap d'Otrante, point géographique le plus oriental de la République italienne.
- Les lacs Alimini.
- La Vallée des Souvenirs, avec ses nombreuses grottes autrefois habitées par des moines.
- La grotte Romanelli, avec ses vestiges de l'âge de pierre.
- La grotte des Cerfs, près du hameau de Porto Badisco, et ses peintures rupestres du néolithique.
- La grotte Zinzulusa, célèbre pour ses concrétions de stalactites et stalagmites.
Otrante dans la littérature
- Le Château d'Otrante, histoire gothique, Horace Walpole (1764)[6]
- Le baron d'Otrante, opéra bouffe, Voltaire (1768)
- Lettres d'Otrante, Geneviève Bergé, Éditions Luce Wilquin (2015), Éditions du Sablon (2021) (ISBN 978-2931112052)
Population et société
Évolution démographique
Habitants recensés

Communications et transports
Le port d'Otrante, qui donne sur le canal du même nom, large de 70 km, est principalement destiné au transport de marchandises et, dans une moindre mesure, à la navigation de plaisance. Jusqu'en 2007, une liaison régulière par ferry reliait Otrante à Vlora, en Albanie ; mais le service a été interrompu faute d'un nombre suffisant de passagers.
Le chemin de fer adriatique de la Società Italiana per le Strade Ferrate Meridionali a été inauguré le 22 septembre 1872. De nos jours, la ligne Maglie–Otrante dessert la gare ferroviaire d'Otrante, située à flanc de colline, au-dessus du centre historique. Du fait du dénivelé territorial, les voies ferrées circulent au niveau du premier étage du bâtiment de la gare, tandis que le parvis se trouve en contrebas.
Administration
Hameaux
Alimini, Fontanelle, Frassanito, Porto Badisco.
Communes limitrophes
Cannole, Carpignano Salentino, Giurdignano, Martano, Melendugno, Palmariggi, Santa Cesarea Terme, Uggiano la Chiesa.
Voir aussi
Articles connexes
- Saints martyrs d'Otrante
- Canal d'Otrante
- Le Château d'Otrante, premier roman gothique
- Joseph Fouché, duc d'Otrante