Otto Abetz

diplomate allemand, ambassadeur de l'Allemagne nazie sous l'Occupation (1940-1944) From Wikipedia, the free encyclopedia

Otto Abetz, né le à Schwetzingen (grand-duché de Bade) et mort le , est un diplomate allemand, ambassadeur du Troisième Reich à Paris durant l'occupation de la France, et criminel de guerre nazi au cours de la Seconde Guerre mondiale.

PrédécesseurJohannes von Welczeck
SuccesseurWilhelm Hausenstein
(en 1950, RFA)
Date de naissance
Lieu de naissanceSchwetzingen, Bade, Empire allemand
Faits en bref Fonctions, Ambassadeur d'Allemagne en France ...
Otto Abetz
Illustration.
Fonctions
Ambassadeur d'Allemagne en France
Prédécesseur Johannes von Welczeck
Successeur Wilhelm Hausenstein
(en 1950, RFA)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Schwetzingen, Bade, Empire allemand
Date de décès (à 55 ans)
Lieu de décès Environs de Langenfeld, RFA
Nature du décès Accident de la route
Nationalité Allemande
Parti politique NSDAP
Profession Diplomate
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Biographie

Otto Abetz est né à Schwetzingen (grand-duché de Bade). Jusqu'en 1924, son seul engagement est dans le mouvement de jeunesse, proche du scoutisme, des Wandervogel. Il étudie la gravure sur bois et éprouve un vif intérêt pour la littérature et la culture française. En 1927, il est nommé professeur de dessin au lycée de Karlsruhe[1].

Démocrate, pacifiste et francophile

En 1927, Abetz réussit à créer et à présider un organisme, l’Arbeitsgemeinschaft Karlsruher Jugendbünde (AKJ), qui coordonne une quarantaine de groupes et mouvements de jeunesse de la ville de Karlsruhe, y compris les jeunesses hitlériennes. L’objectif du groupe est d’intensifier les contacts entre jeunes Allemands et jeunes Français au bénéfice des intérêts allemands[2],[3]. Un voyage à Paris, à Pâques 1930, permet à Abetz d’entrer en contact avec le groupe d'intellectuels et journalistes gravitant autour de Jean Luchaire et de sa revue Notre temps, proche d'Aristide Briand et des « Jeunes Turcs » radicaux-socialistes. Organisée par Abetz, le Groupement universitaire franco-allemand (GUFA) de Cecil Mardrus et Luchaire, la première rencontre de jeunes Allemands et Français eut lieu du 28 juillet au 3 août 1930 dans l’auberge de jeunesse du Sohlberg dans la Forêt-Noire avec une centaine de participants de différents horizons politiques, dont une moitié de Français. Cette rencontre est suivie de celles, plus tendues, de Rethel[4] dans les Ardennes (août 1931) et de Mayence (mars 1932). De ces rencontres naît le Cercle de Sohlberg, qui publie un magazine dont le président est Otto Abetz et dont les participants du côté français sont des hommes aussi divers que Jean Luchaire, dont Abetz épouse la secrétaire française Suzanne de Bruyker en 1932, Bertrand de Jouvenel ou Pierre Brossolette. A cette époque, Abetz est apprécié de ses invités français, qui ont tendance à le considérer comme un pacifiste et un démocrate sincère[5].

Adhésion au Parti national-socialiste

En 1932, alors qu'Hitler est aux portes du pouvoir, Abetz se rallie au NSDAP, le parti nazi dont il partage désormais les positions en politique étrangère[4].

En raison d'un gel des adhésions imposé en 1933, il ne peut rejoindre le NSDAP qu'en 1937[6] mais il était membre de la SS (Schutzstaffel) depuis le (matricule 253314[7]) et, protégé du ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, fut promu SS-Brigadeführer en 1942[6].

En 1934, Abetz entre d'abord comme conseiller pour la France auprès de Baldur von Schirach, attaché à l'état-major national de la Direction de la jeunesse du Reich à Berlin[6]; en 1935, il est transféré au " bureau Ribbentrop ", service diplomatique du NSDAP. A partir de 1938 il est en poste à l'ambassade d'Allemagne à Paris. Il fait partie de la délégation allemande à la conférence de Munich. En 1939, et est initié à la franc-maçonnerie (il est membre de la loge Goethe de la GLF[8]).

De 1934 à 1939, il œuvre à la constitution, à l'automne 1935, et au renforcement en France du Comité France-Allemagne, qui publie une revue, les Cahiers franco-allemands. Homme de confiance de Joachim von Ribbentrop, il œuvre au rapprochement franco-allemand dans le sens voulu par les nazis en essayant de convaincre les Français de la volonté de paix de Hitler tout en exaltant l'œuvre du régime Hitlérien[9].

Abetz parvint à rallier à cette vision les associations d'anciens combattants français et leurs dirigeants, Jean Goy et Henri Pichot, ainsi que des intellectuels conservateurs et fascistes, notamment Jacques Benoist-Méchin, Fernand de Brinon et Pierre Drieu la Rochelle, dont il est proche, promouvant la confiance dans la prétendue politique de paix et de réconciliation de l'Allemagne[6]. Lorsque cela devint totalement invraisemblable, Abetz fut expulsé de France, le , après une campagne de presse du journal L'Époque[10]. Avec la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne, quelques semaines après son expulsion Abetz trouve rapidement une nouvelle activité depuis Berlin. Son travail passe par la diffusion de tracts avec le concours de la Luftwaffe et d’émissions radiophoniques, par Radio Stuttgart, en direction de la France[11].

Ambassadeur d'Allemagne en France

Abetz rentra à Paris avec les premières troupes allemandes le 15 juin 1940. Il partage alors le pouvoir avec le commandant militaire de la Wehrmacht qui doit le consulter sur toutes les questions politiques. Nommé ambassadeur de l'Allemagne le , il conserve ce poste jusqu'en [12],[13], entrecoupé par sa suspension fin 1942.

Sa mission dépassait largement celle d'un agent diplomatique. Il coordonne les services civils dans la zone occupée : sécurité, presse, propagande, « collaboration économique », c'est-à-dire pillage systématique des ressources de la France. D'autre part il est chargé de faire pression sur le gouvernement de Vichy pour que celui-ci accepte les demandes de Berlin[14].

Peu de semaines après son arrivée à Paris, l'ambassadeur signale déjà la possibilité de se servir des autorités françaises pour l'application des mesures allemandes, notamment celles qui pourraient nuire l'image de l'armée allemande sur le plan international[11]. En étroite coopération avec Laval, puis les services de Darlan, Abetz est très actif dans la mise en œuvre en France des mesures antisémites, en veillant à ce qu'elles soient endossées par les autorités françaises[15].

Abetz participe aux pillages d'œuvres d'art en France occupée dès son arrivée en 1940. L'ambassade et une annexe louée furent remplies d'œuvres volées. Il organise l'expropriation des biens privés appartenant à des familles juives et fait main basse sur les prestigieuses collections de Seligmann, de Wildenstein, d'Alphonse Kahn, de Rosenberg, de Bernheim, de Maurice et Robert de Rothschild, de James Armand, de Maurice Dreyfus ou encore de Raymond Lazard[16].

À l'été 1940, il accole son prénom à la liste Otto des ouvrages interdits par la censure allemande.

Son principal levier d'influence sur la politique de Vichy est Pierre Laval, dont il devient l'ami. Il proteste donc vivement contre l'éviction de Laval par Pétain en décembre 1940, puis intrigue pour son retour aux affaires, se mettant en porte-à-faux vis-à-vis de son ministre Ribbentrop[17]. Pour faire contrepoids à Vichy, Abetz suscite la fondation d'organes de presse, puis, à partir de 1941, de formations politiques en zone occupée. Il construit un véritable réseau politique, culturel et de presse autour de l’ambassade, composé principalement d’hommes attirés par le national-socialisme et opposés à l’esprit réactionnaire qu’incarne Vichy[11].

Hitler a écrit à Abetz le pour lui demander de faire en sorte que la « France reste faible » et que « tout soit entrepris pour susciter la division interne », affirmant qu'il n'y a « aucun intérêt à soutenir réellement des forces völkisch ou nationales en France[18] ». Suivant les directives de Berlin, Abetz travaille donc à maintenir la division des partis collaborationnistes pour empêcher que l'un constitue un mouvement national et autoritaire de type fasciste susceptible de rendre à la France sa force ; il suscite des concurrents au PPF de Jacques Doriot, dont il écrit en 1942 qu'il faut contrer ses initiatives car « il pourrait finir par s'imposer et susciter une mystique nationale capable de rénover la France dans le sens national-socialiste »[19].

Utilisant le réseau de relations établi avant guerre dans les milieux français de gauche et pacifistes, Abetz travaille volontiers avec d'anciens socialistes comme Marcel Déat et avec des collaborateurs surtout motivés par l'idée d'unifier l'Europe, quitte à ce que ce soit sous domination allemande. Dans son rapport à Ribbentrop daté du , Abetz prône « un traité de paix qui empêcherait, par la mise en place d'un gouvernement de gauche et l'occupation permanente par l'Allemagne, toute opposition contre l'Europe dirigée par le Reich[20] ». De fait, le conseiller Schleier, constatant que « la grande majorité des partisans de la politique de collaboration vient de la gauche française[21] » pousse Abetz à favoriser l'entrée au gouvernement de Vichy des syndicalistes et socialistes acquis à la collaboration. L'ambassade allemande cherche ainsi à favoriser la collaboration des syndicats, ce qui se traduit par la mise en place de rapports privilégiés avec Pierre Vigne, ancien secrétaire des Fédérations française et internationale des mineurs, Georges Dumoulin, secrétaire de la Fédération des mineurs du Nord, Marcel Roy, secrétaire de la Fédération des métaux, Roger Paul, secrétaire général de la Fédération des travailleurs du textile, Albert Perrot, président de l'Union des syndicats parisiens. Depuis , une coopération suivie existe avec les syndicalistes réunis autour de l'hebdomadaire L'Atelier que dirige l'ancien député socialiste Gabriel Lafaye. En accord avec l'ambassade, il est décidé d'autoriser les syndicats à réactiver leurs sections et à publier leurs bulletins d'information. Le est créé le Centre syndicaliste de propagande que dirigent Gabriel Lafaye, René Mesnard, Pierre Vigne et les anciens secrétaires adjoints de la CGT, Aimé Rey et Georges Dumoulin, qui assure la liaison avec le RNP. Parmi beaucoup d'autres groupements, l'ambassade travaille avec la Fédération française des travailleurs de l'agriculture d'André Parsal, ancien député communiste rallié à la collaboration[22].

En mars 1941, Abetz propose à Ribbentrop l'exécution de Paul Reynaud et Georges Mandel, demande qu'il renouvellera en 1944 en y ajoutant Léon Blum[23].

En mai 1941, il signe pour l'Allemagne les protocoles de Paris avec l'amiral Darlan, visant à accorder des facilités militaires à l'armée allemande en Afrique et en Syrie.

Au début de 1942, encouragé par le Führer au cours d'un entretien sur la politique française, Abetz, secondé par Jacques Benoist-Méchin, lance une nouvelle tentative afin d'aboutir à une alliance militaire entre l'Allemagne et la France[24]. Mais face à l'amélioration de la situation militaire allemande en Afrique du Nord, sa méfiance envers les Français reprenant le dessus, Hitler recule finalement à nouveau[24].

Les convictions antisémites d’Abetz ont joué un rôle déterminant dans son recrutement personnel par Adolf Hitler. Les premières initiatives en vue de la persécution des Juifs en été 1940 émanent effectivement d'Abetz, alors qu’il est à peine installé dans ses services rue de Lille[24]. Le 20 septembre 1940 Heydrich écrit au sous-secrétaire d'État Martin Luther, qu'il n'a « aucune objection à la mise en œuvre des mesures contre les Juifs prévues par l'ambassadeur Abetz en France occupée ». Abetz fit pression sur l'envoyé d'Eichmann en France, Dannecker, pour la distribution rapide des 400 000 étoiles jaunes et veilla à la coordination des mesures antisémites avec la SS[25].

C’est Abetz qui a proposé la déportation des Juifs apatrides vers la zone non occupée de la France, puis vers les camps d’extermination. Abetz a joué un rôle de premier plan dans le processus de déportation, visant à la fois les réfugiés juifs étrangers et les Juifs nés en France, en particulier après l’occupation du sud de la France par l’Allemagne.

Le 2 juillet 1942, Abetz plaide en faveur de « la déportation de 40 000 Juifs de France vers Auschwitz » dans un télégramme adressé au sous-secrétaire d'État, et représentant du ministère des Affaires étrangères à la conférence de Wannsee, Martin Luther, soulignant la nécessité de mesures globales tant dans les zones occupées que non occupées[26].

Sanctionné par Ribbentrop à la suite de ses intrigues pour le retour de Laval au pouvoir, Abetz est rappelé en Allemagne fin 1942 et y reste jusqu'à la fin 1943[17] ; il rédige pendant cette période un mémorandum dans lequel il constate et regrette que les efforts de certains Français en faveur de la collaboration soient toujours rejetés ou méprisés par Berlin[27]. Revenu à Paris, il est démis de ses fonctions en juillet après le débarquement des Alliés, et s'enfuit le mois suivant en accompagnant Pétain à Sigmaringen[28].

Après-guerre

Réfugié en Forêt-Noire à Todtmoos près de Sankt Blasien sous le nom de Laumann, il est arrêté avec sa maîtresse, Erni Noah, en , par les forces françaises d'occupation, grâce à la perspicacité de Joachim Eisack alias Richard Ezac, alors inspecteur de la Sûreté à Säckingen[29],[30]. Ce dernier est renvoyé de la police pour avoir arrêté le suspect en dehors de sa juridiction[31].

En , le tribunal militaire de Paris condamne Otto Abetz, malgré la plaidoirie de maître Floriot, à vingt années de travaux forcés pour crimes de guerre, en particulier pour son rôle dans l'organisation de la déportation des Juifs de France vers les camps de la mort. Incarcéré d'abord à la prison de Fresnes puis à la prison de Loos-Les-Lille[32], il est gracié par le président de la République René Coty en , suite à l'intervention du gouvernement fédéral allemand[6], après trois remises de peine[33].

Il trouve la mort avec son épouse en 1958 dans un accident de voiture sur une autoroute d'Allemagne près de Langenfeld[34],[35], accident causé par une soudaine panne de la direction qui a paru suspecte[28]. Son véhicule, une Volkswagen Coccinelle, lui avait été offert peu avant par un Français[36].

Publications

  • Pétain et les Allemands. Mémorandum d'Abetz sur les rapports franco-allemands, Paris, Gaucher, 1948.
  • D'une prison. Précédé du procès Abetz vu par Jean Bernard-Derosne. Suivi des principales dépositions, du réquisitoire et de la plaidoirie de Me René Floriot, Paris, Amiot-Dumont, 1950.
  • Histoire d'une politique franco-allemande (1930-1950). Mémoires d'un ambassadeur, Paris, Delamain et Boutelleau, 1953.
  • Raymond Tournoux, Le Royaume d'Otto, Flammarion, 1982.
  • Barbara Lambauer, Otto Abetz et les Français ou l'envers de la collaboration, éd. Fayard, Paris 2001, 895 pp.
  • Didier Eisack, J'ai arrêté Otto Abetz - histoire de mon grand-père, réfugié allemand... Juif... et résistant français, éd. Amalthée, Nantes 2022, 635 pages.

Au cinéma

Notes et références

Voir aussi

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