Corps des gardiens de la révolution islamique
organisation paramilitaire dépendant du Guide suprême de la République islamique d'Iran
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) (en persan : سپاه پاسداران انقلاب اسلامى, Sepâh-e Pâsdârân-e Enghelâb-e Eslâmi) ou Sepâh-e Pâsdârân — fréquemment abrégé en Pasdaran (« gardiens » en persan) —, souvent désigné dans le langage courant par l'expression gardiens de la révolution, est une organisation paramilitaire de la république islamique d'Iran dépendant directement du Guide suprême de la révolution, le chef de l'État iranien.
| Corps des gardiens de la révolution islamique | |
| Idéologie | |
|---|---|
| Site web | www.sepahnews.com |
| Fondation | |
| Date de formation | 1979 |
| Organisation | |
| Chefs principaux | Ahmad Vahidi |
| Membres | 125 000 (2024)[1],[2] (hors Basij) |
| Groupe relié | Forces terrestres Marine Force aérospatiale Al-Qods Basij |
| Répression | |
| Considéré comme terroriste par | Arabie saoudite Australie Bahreïn Paraguay Équateur États-Unis Canada Ukraine Israël Union européenne |
guerre civile libanaise guerre civile syrienne seconde guerre civile irakienne |
|
| modifier |
|
Selon la constitution iranienne, alors que l'armée régulière iranienne est chargée de la défense des frontières du pays et du maintien de l'ordre dans le pays, les gardiens de la révolution constituent une milice chargée de protéger l'idéologie khomeiniste et le système de la république islamique[3].
Les gardiens de la révolution sont très actifs sur la scène politique[4]. On les présente souvent comme plus puissants que le gouvernement officiel de l'Iran[5], voire comme un véritable État dans l'État[5],[6],[7].
Les gardiens de la révolution mènent une répression sanglante contre les manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini[6] en 2022, puis en 2026 à l'occasion des manifestations de janvier contre le régime. L'Union européenne décide alors de les inscrire comme organisation terroriste le 29 janvier 2026[8], à la suite des États-Unis, du Canada et de l'Australie.
Histoire
Le corps des gardiens de la révolution islamique est créé le , trois semaines après le référendum qui valide la formation de la république islamique d'Iran[9].
Plusieurs de ses hauts-commandants ont été assassinés lors d'un attentat-suicide, le , à Zahedan (Sistan-Baloutchistan) revendiqué par le groupe radical sunnite Joundallah[10],[11].
Le , le corps des gardiens de la révolution islamique est classé comme organisation terroriste par l'Arabie saoudite et Bahreïn[12].
Le groupe djihadiste sunnite baloutche Jaïch al-Adl revendique l'attentat de Khach-Zahedan en février 2019 dans la province de Sistan-et-Baloutchistan faisant au moins 27 morts et 13 blessés parmi les Gardiens de la révolution[13],[14],[15].
Le , les États-Unis l'inscrivent sur la liste des organisations considérées comme terroristes par le département d'État des États-Unis[16],[17].
Le , le Parlement européen demande au Conseil de l'Union européenne d'inscrire le Corps des gardiens, la force Al-Qods et le Basij sur la liste des organisations terroristes[18],[19]. Cette résolution du Parlement européen de classer le Corps des gardiens comme organisation terroriste n'est pas reprise par le Conseil de l'Union européenne. Néanmoins 18 personnes et 19 entités sont sanctionnées[20].
Le , le Canada l’inscrit sur sa liste des organisations considérées comme terroristes[21], suivi de l'Union européenne le [22].
Description du corps des Pasdaran
Le Sepah-e Pasdaran est séparé de l'armée iranienne régulière et lui est parallèle. Il est très bien équipé avec ses propres marine, armée de l'air et forces terrestres. Le corps est aussi responsable des missiles balistiques sur lesquels l'armée régulière n'a aucun contrôle. Son quartier général se situe sur la base aérienne de Doshan Tappeh, siège également du commandement de l'armée de l'air iranienne.
Des efforts récents ont été faits afin de créer un commandement conjoint entre l'armée régulière et les gardiens de la révolution, mais ils ont été limités par leur nature et n'ont pas eu d'impact significatif.
Le corps des gardiens de la révolution a été fondé par un décret du , en tant que force soumise à l'autorité unique du Guide suprême de la révolution, l'ayatollah Khomeini. Il est en fait placé sous l'autorité du guide de la révolution. C'est devenu une force armée à part entière pendant la guerre Iran-Irak où l’utilisation de vagues humaines, constituées très souvent d’adolescents inexpérimentés (Basij), contre l’armée irakienne a causé des pertes pour les GRI deux fois supérieures à celles subies par l’armée régulière.
En 2000, on estime que les GRI regroupent 130 000 hommes dans une vingtaine de grandes formations, dont des unités parachutistes, d’opérations spéciales ou d’infanterie de marine.
L'ancien président d'Iran Mahmoud Ahmadinejad, était membre des gardiens de la révolution pendant la guerre Iran-Irak.
Organisation
Commandants du corps des gardiens
- 1981 - : Mohsen Rezaï.
- - : Yahya Rahim Safavi
- - : Mohammad Ali Jafari
- - : Hossein Salami
- - : Mohammad Pakpour
- Depuis le : Ahmad Vahidi
Composantes
Département de sécurité et de renseignement extérieurs
Cette structure spécifique des GRI pour les opérations de renseignement et d’actions clandestines gère différents services ou cellules chargées des opérations clandestines dans le monde entier.
Il est responsable des groupes « Al-Qods », cellules des Pasdarans opérant à l’étranger, qui assurent la formation, l’entraînement et parfois, l’encadrement de mouvements islamiques, comme en Bosnie-Herzégovine durant la guerre civile dans ce pays, ou un soutien aux mouvements chiites irakiens dans la guerre en Irak.
Implantation au Liban
Le groupe paramilitaire dispose d'un quartier-général opérationnel libanais à Ras al-Aïn (Baalbek). L'une de ses fonctions est de piloter les activités militaires hors d'Iran[réf. nécessaire]. Cinq commandements opérationnels sont situés à Beyrouth-sud, Tyr, Aïn Boussawr, Mlita (Djebel Safi) et Macheghara (Beka'a Ouest). Le chef au Liban est Assadalah Hadji Reza Asgar (« Abou Asager »)[réf. nécessaire].
Influence sur l'économie iranienne
Les gardiens de la révolution sont le plus grand groupe d'influence économique en Iran. Entre autres, ils contrôlent des ports et aéroports sur lesquels passent des marchandises non déclarées, notamment le port de conteneurs de Bandar Abbas. Ils détiennent ou contrôlent des entreprises dans le secteur du bâtiment, de la construction navale et des télécommunications.
Entreprises détenues ou sous contrôle des gardiens de la révolution :
- Khatam ol-Anbia (grand holding, aussi « Khatam ol Anbia Gharargah Sazandegi Nooh » - BTP, secteur militaire)
- Oriental Oil Kish
- Ghorb Nooh
- Sahel Consultant Engineering
- Ghorb-e Karbala
- Sepasad Engineering Co
- Omran Sahel
- Hara Company
- Gharargahe Sazandegi Ghaem
- SADRA (construction navale)
- Telecommunication Company of Iran (TCI) (50 %, depuis oct. 2009)
- Islamic Republic of Iran Broadcasting : Chaîne publique nationale iranienne dirigée de 2004 à 2014 par Ezzatollah Zarghami, précédemment membre du Corps[23]
Production et trafic de drogue
Le rôle du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dans le trafic mondial de drogue fait l'objet de nombreuses analyses géopolitiques et de rapports de services de renseignement internationaux.
L'Iran occupe une position géographique charnière entre l'Afghanistan, premier producteur mondial d'opium, et les marchés de consommation européens. Le pays est traversé par la « route des Balkans », par laquelle transitent environ 375 tonnes d'héroïne et de morphine chaque année [24].
Historiquement, le CGRI est chargé de la surveillance des frontières. Toutefois, de nombreuses sources indiquent que cette institution aurait transformé cette mission de contrôle en un monopole de transit. Selon l'indice du crime organisé (Global Organized Crime Index), le marché des drogues illicites en Iran est l'un des plus denses au monde, facilité par une corruption structurelle au sein des unités frontalières du CGRI [25].
L'implication du CGRI dans le narcotrafic répondrait à une nécessité économique : contourner les sanctions internationales pour financer ses opérations extérieures (Force Al-Qods) et ses alliés régionaux (Hezbollah, milices irakiennes).
- Sanctions ciblées : En mars 2012, le Département du Trésor des États-Unis a désigné le général de brigade Gholamreza Baghbani, un officier supérieur de la Force Al-Qods, comme un narcotrafiquant international pour avoir permis le transit de stupéfiants via la frontière irano-afghane en échange du soutien des talibans aux intérêts iraniens.
- Réseaux de distribution : Le CGRI est soupçonné d'utiliser des réseaux criminels locaux en Europe pour mener des opérations logistiques sous couvert de déni plausible [26].
Outre le transit des opiacés, l'Iran est devenu un centre de production de méthamphétamine. Le CGRI est régulièrement accusé par des observateurs et des opposants politiques d'encadrer cette production industrielle, redistribuée ensuite vers l'Asie du Sud-Est et l'Europe [27].
Si les saisies record par les autorités iraniennes sont souvent mises en avant par Téhéran pour prouver sa lutte contre la drogue, les analystes soulignent que ces saisies visent principalement les réseaux indépendants non affiliés à l'appareil d'État. Pour certains chercheurs, le lien entre terrorisme et narcotrafic (Crime-Terror Nexus) au sein du CGRI représente une mutation vers une forme d'« État-mafia » hybride [28].
Classement comme organisation terroriste
Une partie des entreprises liées au Pasdaran, notamment Khatam ol-Anbia, est inscrite sur la liste des organismes sanctionnés par les États-Unis et l'Union européenne[29].
En , plusieurs responsables locaux du Corps sont sanctionnés par l'Union européenne pour leurs activités pendant la répression des manifestations consécutives à la mort de Mahsa Amini. L'UE accuse ces différents commandants d'être responsables de violations des droits humains en ayant utilisé la force de manière disproportionnée[30].
Le , un groupe de sénateurs français dépose au Sénat un texte proposant d'inscrire le CGRI comme organisation terroriste comme l'ont fait auparavant les États-Unis (15 avril 2019) et le Canada (19 juin 2024). Début 2023, le Parlement a voté une résolution demandant aux institutions européennes de faire de même[31]. Le , Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement français, annonce que la France soutient cette proposition[32].
Le , les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Union européenne, réunis au Conseil européen, reconnaissent officiellement l'organisation comme terroriste[22], rejoignant ainsi les États-Unis, le Canada et l'Australie[8].
