Pierre-Jakez Hélias
journaliste, écrivain et folkloriste français
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Pierre Jacques Hélias, dit Pêr-Jakez Hélias (en breton : Pêr-Jakez Heliaz), né le à Pouldreuzic, dans le pays Bigouden, et mort le à Quimper, est un journaliste français, homme de lettres et folkloriste de langues bretonne et française.
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Pierre-Jacques Hélias |
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Pierre-Jakez Hélias |
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Son livre Le Cheval d'orgueil est adapté au cinéma par Claude Chabrol en 1980[1].
Biographie
Famille et enfance
Pêr-Jakez Hélias naît le [2],[3] à Pouldreuzic[4].
Il est issu d’une famille de paysans du pays Bigouden[5]. Après leur mariage[6], son père, Pierre-Alain Hélias, et sa mère, Marie Jeanne Le Goff, s'installent à Pouldreuzic[7].
Pêr-Jakez passe son enfance dans un milieu bretonnant : le français, langue de l’école et de l’état civil, n’est pas utilisé dans la vie courante. Il ne commence à l’apprendre qu'en entrant à l'école primaire (publique) ; sans renier sa langue maternelle, il se prend d'affection pour cette nouvelle langue. Dans sa famille, le français est tout de même connu de ses grands-pères (Alain Le Goff a fait son service militaire à Kairouan) et de ses parents : son père a fait son service militaire (à Vannes, au 35° d'artillerie), puis la guerre pendant quatre ans ; sa mère le connaît assez pour écrire des lettres en français[8].
Avant son mariage, Pierre Alain Hélias était un « grand valet » (mevel braz), un second d'exploitation en fait ; après la guerre, durant laquelle il a appris à conduire les poids lourds, il devient bûcheron et conducteur à la scierie du village, plus ou moins contremaître de l'entreprise[9] .
Pierre-Jakez Hélias est d’abord un homme de gauche, attaché à la laïcité. Ses premiers engagements d’étudiant au début des années trente se situent dans la lignée familiale. Il s'élève contre l’Action française et les ligues, participant à des batailles rangées contre les camelots du Roi, les Croix de Feu et les Chemises Vertes d’Henri Dorgères[10].
Formation
Il a d'excellents résultats scolaires et, en 1925, est reçu au concours des bourses de lycée[11] : il part faire ses études secondaires comme interne au lycée La Tour d'Auvergne de Quimper[12]. En cinquième, vu ses résultats, il est réorienté de section moderne en section classique[13], mais dispensé de grec. Il passe le baccalauréat (philosophie) en 1932[14].
Après le baccalauréat, il envisage d'entrer dans la vie active[15], mais à l'instigation d'un professeur, il part en classe préparatoire à l'ENS (Première supérieure) au lycée de Rennes[16], où il a pour condisciples Paul Ricœur et Pierre Hervé[9]. Il choisit de faire lettres classiques et commence donc l'étude du grec ; c'est aussi à cette époque qu'il prend contact avec Pierre Le Roux, titulaire de la chaire de Celtique à Rennes[17].
Il poursuit ses études supérieures à la faculté des lettres de l'université de Rennes[18], tout en étant surveillant d'internat, à partir de , d'abord au lycée de Pontivy[19], puis de Quimper (), puis de Saint-Brieuc (). Durant cette période, il rencontre notamment Max Jacob à Quimper et Louis Guilloux à Saint-Brieuc. Il retrouve Rennes en 1936 et obtient sa licence, puis il rédige un mémoire pour un diplôme supérieur[20] (1938). Parallèlement à ses études, il est président de la Corporation des étudiants en Lettres et a une action syndicale en direction des surveillants d'internat, rédigeant une feuille d'information L'Avant-garde universitaire[21] ; il s'intéresse aussi au théâtre. En , par l'intermédiaire d'Albert Le Bail, il rencontre Jean Zay[22].
Carrière
Il entre dans l’Éducation nationale en 1938[2].
En 1939, il est mobilisé, fait ses classes à Vannes, puis est envoyé à l'école des officiers d'artillerie à Fontainebleau[23] ; en , l'école est évacuée avant l'arrivée des Allemands et il est démobilisé en Haute-Vienne, puis rentre à Rennes. Durant la guerre, il est professeur à Rennes, puis à Fougères, où il participe à la résistance. Durant cette période, il a l'occasion de rencontrer Jean Vilar et Jean Guéhenno. Après la Libération, il est rédacteur en chef du journal du MLN (Mouvement de libération nationale), Vent d'Ouest[24], dont le directeur est Pierre Héger.
De 1948 jusqu'à sa retraite en 1975, il enseigne les lettres classiques[25] à l’École normale de Quimper[2]. En 1974, il obtient l'agrégation de Lettres modernes au tour extérieur, sans passer les épreuves[26]. Dans les années 1970, il est aussi chargé de cours de celtique à l'université de Bretagne-Occidentale[27].
Au sein de la Ligue de l'enseignement, il est membre de la commission Théâtre de 1946 à 1954, se trouvant alors très proche du Théâtre national populaire et de Jean Vilar ; en 1954, il devient membre de la Commission Folklore, succédant à Paul Delarue et avant Robert Lafont, participant à des actions en France, mais aussi en Afrique (stage de 1958 à Abidjan[28]). Une conséquence de ce stage est une maladie qui le met en congé pour une longue période[29] .
Action pour la culture bretonne
Les émissions de radio (1946-1960)
Il initie avec Pierre Trépos en 1946 des émissions de radio en breton, qu'il anime jusqu'en 1960 et pour lesquelles il écrit des pièces de théâtre radiophoniques[30].
Le festival de Cornouaille
En 1948, il co-fonde en 1948 le festival de Cornouaille, pour lequel il écrit des textes et pièces de théâtre[31].
Activités associatives
Membre des associations Ar Falz et Emgleo Breiz, il se tient à l'écart des mouvements nationalistes bretons et vit avec pragmatisme sa double appartenance culturelle, enseignant le français et écrivant dans les deux langues. Il fut membre du comité d'honneur de la Maison internationale des poètes et des écrivains de Saint-Malo[32].
En 1954, Pêr-Jakez Hélias devient le président de la commission folklore de la Ligue de l’enseignement[33].
Chroniques
Durant son congé de maladie, il est sollicité par Ouest-France pour tenir une chronique hebdomadaire, d'abord dans l'hebdomadaire La Bretagne à Paris, puis dans le quotidien. Il s'agit d'une chronique bilingue (français-breton), pour laquelle il utilise le matériel accumulé lors des reportages radiophoniques, et dont il fera la matière de ses premiers grands livres. Il est possible de consulter en ligne, sur la bibliothèque numérique du Centre de recherche bretonne et celtique, les manuscrits de plusieurs de ces chroniques ayant servi à la rédaction du premier chapitre « Comme père et mère » du Cheval d’orgueil[34].
Il est remplacé en 1959 par Charles Le Gall au micro des programmes en breton de Radio-Quimerc'h et d'Inter-Bretagne[35].
Livres
Le Cheval d'orgueil est écrit à la demande de Jean Malaurie et publié en 1975 dans la collection Terre humaine : ce récit de son enfance lui vaut une célébrité nationale[36], ainsi que des critiques virulentes des nationalistes, dont Xavier Grall dans Le Cheval couché ou, bien plus tard, de Jean Rohou dans Fils de ploucs[37].
En 1977, il publie Les Autres et les miens[38]. La même année, il participe à un débat sur Apostrophes avec Xavier Grall. Ils s'opposent sur la façon de vivre l'identité bretonne[39],[40],[41].
C'est à la fin de sa vie que Pêr-Jakez Hélias a publié cinq romans : L’Herbe d’or en 1984[42].
Mort
Pêr-Jakez Hélias meurt le à Quimper. Il est incinéré et ses cendres sont dispersées en baie d'Audierne[43].
Distinctions
Pêr-Jakez Hélias est proposé pour l'attribution du prix Nobel de littérature en 1965, par l'universitaire André Lebois[44].
Postérité
Hommages
Son nom a été donné :
- à des écoles primaires à Pouldreuzic[45], La Mézière[46], Cléder[47], Mellac[48], Saint-Malo[49], Pleyben[50] et Belz ;
- au collège public de Merdrignac[51] ;
- au pôle universitaire de l'université de Bretagne occidentale à Quimper[52] ;
- à la médiathèque de Landerneau[53] ;
- à la bibliothèque de La Gouesnière[54] ;
- à la salle polyvalente de Pouldreuzic[55] ;
- à une place à Ergué-Gabéric[56] ;
- à un square à Quimper, en . Une plaque de bronze à son effigie, conçue par le sculpteur Pierre Toulhoat, y est apposée[57] ;
- à une rue à Guipavas[58].
Réédition du Cheval d'orgueil

En 2025, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa parution, les éditions Plon rééditent Le Cheval d'orgueil, enrichi d'une longue (23 p., suivie d'une bio-bibliographie de 27p.) préface de l'historien Joël Cornette[59].
À l'occasion de cette réédition, un ouvrage collectif bilingue français-breton paraît aux éditions Goater : Kezeg an Heol - Femmes effacées, féminismes occultés ?[60],[61]. Le but est de proposer un écho aux œuvres de Pêr-Jakez Heliaz et de Xavier Grall, en racontant la Bretagne du point de vue des femmes et minorités de genre[62],[63].
Publications
Livres
En breton
- Biskoaz kemend-all, 1947
- Eun ano braz, 1953
- War eun dachenn foball, 1955
- Mojennou Breiz I, 1957
- Tan ha ludu[64], 1957
- Eun den maro ha ne goll ket e benn, 1958
- Mojennou Breiz II, 1959
- Mevel ar Gosker, 1959
- Kanadenn Penn ar Bed, 1959
- Peziou-c'hoari Jakez Krohen, 1977 (réédition 1980)
- Penaoz e teuas eur Breizad da veza roue Bro-Zaoz, Armor-éditeur (Rennes), 1977 (traduit du français : Comment un Breton devint roi d'Angleterre, 1976)
- Piou e-neus lazet an hini koz ?, 1981
- Marh al lorh, 1986
- Bugale Berlobi I - Brud an Dreued, 1987
- Bugale Berlobi II - Marvaillou da veva en ho sav, 1988
- Katrina Lenn-zu, 1993
- Ruz-kov ar foeterez-vro, 1996
Bilingues
Poésie
- Maner kuz/Manoir secret, André Silvaire, 1964 Prix Bretagne 1964
- Ar mên du/La pierre noire, Emgleo Breiz (Brest), 1974
- An tremen-buhez/Le passe-vie, Emgleo Breiz, 1979
- Amsked Pobl an noz/Clair-obscur Le peuple de la nuit, Emgleo Breiz, 1990
- D'un autre monde/A-berz eur bed all L'œuvre poétique complet de Pierre-Jakez Hélias, Éditions Ouest-France, 1991, 542 p. [ (ISBN 2-7373-0936-0)]; rééd. Limoges, éd. Lambert-Lucas, 2012.
Contes
- Marvaillou ar votez-tan/Contes bretons du sabot à feu, 1961
- Divizou eun amzer gollet/Devis d'un temps perdu, 1966
Théâtre
- Le Grand Valet
- La Femme de paille
- Le Tracteur
- L'Autre
- Les Fous de la mer
- Le Renard et sa peau
- La Nuit était blanche
- An Isild a-heul/Yseult seconde, Emgleo Breiz, 1969
- Ar roue Kado/Le Roi Kado, 1960
- Planedenn Gralon meur/Le Jeu de Gradlon, 1950
En français
Images de la Bretagne (Éditions Jos Le Doaré, Châteaulin)
- Danses de Bretagne, Éditions Jos Le Doaré, coll. « Images de Bretagne », 1955, 36 p., ph. NB
- Contes bretons du pays bigouden, Éditions Jos Le Doaré, 1967, 36p., 1967
- Bretagne aux légendes I. La mer, Éditions Jos Le Doaré, coll. « Images de Bretagne », 1967
- Tradition bretonne : le savoir-vivre, Éditions Jos Le Doaré, coll. « Images de Bretagne », 1969
- Costumes de Bretagne, 1969
- Tradition bretonne : logis et ménages, 1975
- Quimper en Cornouaille, Éditions Jos Le Doaré, 1980 (texte de P.-J. Hélias, photographies de Dominique Le Doaré)
- Images de Bretagne, Éditions Jos Le Doaré, 1984 (nouvelle édition)
Ethnographie bretonne
- Le Cheval d'orgueil : Mémoires d'un Breton du pays bigouden, Plon, coll. « Terre humaine », .
- Les autres et les miens, Plon, 1977 (Presses-Pocket, 1979)[65]
- Lettres de Bretagne Langues, culture et civilisations bretonnes, Galilée, 1978 [ (ISBN 2-7186-0105-1)]
- Au pays du Cheval d'orgueil, Plon, 1980 [ (ISBN 2-259-00674-4)] (texte de P.-J. Hélias, photographies d'Édouard Boubat)
- Le Quêteur de mémoire Quarante ans de recherche sur les mythes et la civilisation bretonne, Plon, (ISBN 2-259-02017-8).
- Un pays à deux langues, Brud Nevez (Brest), coll. « Leoriou bihan », 2000 (textes inédits, édition de Fanch Broudic)
Divers
- Lisbonne, Autrement, coll. « L'Europe des villes rêvées », 1986 [ (ISBN 2-86260-181-0)]
- Le Piéton de Quimper, Éditions de Fallois, 1994 [ (ISBN 2-87706-205-8)]
Fiction
- Contes du sabot à feu, Éditions Jos Le Doaré, 1961
- Comme on connaît ses saints, Ar Pilhaouer, 1962
- Contes du pays bigouden, Éditions Jos Le Doaré, 1967
- Contes bretons de la Chantepleure, Éditions Jos Le Doaré, 1971
- Comment un Breton devint roi d'Angleterre, Éditions G.P., 1976 (livre écrit pour son petit-fils Malo)
- Jean qui parlait aux pierres , 1977
- Le Grand Valet, La Femme de paille, Le Tracteur - Théâtre I
- La Sagesse de la terre, 1980
- L'Esprit du rivage, 1981
- L'Herbe d'or, 1982
- La Colline des solitudes, 1984
- Les Contes du vrai et du semblant, 1984
- Vent de soleil, 1988
- Midi à ma porte, 1988
- La Nuit singulière, 1990
- Le Diable à quatre, 1993
- Comment le renard Poil-Roux fut battu à la course par Ventre-à-Terre, l'escargot, 1994
- Ventre-à-Terre, l'aventurier, éditions Coop Breizh, 1996, écrit pour son petit-fils Elvin
Direction d'ouvrages
- Dictionnaire breton : breton-français, français-breton, Garnier, 1986 (ISBN 2-7370-0253-2)
Collaborations
- Gant ar mareoù-bloaz / Au fil des saisons, bilingue, 1995
- La côte Recueil de chants celtiques, 1983
- Lod all a varv… / D'autres meurent, bilingue, 2001
- Magies de la Bretagne
- Antoine Sylvère, Toinou Le cri d'un enfant auvergnat (pays d'Ambert), préface, Plon, coll. Terre humaine
Chroniques
- Biskoaz kemend-all ! (tomes 1 à 10), en breton.
Préfaces
- Jeanne Bluteau, Petite Navigation celtique, préface de Pierre Jakez Hélias, illustrations de Robert Bluteau, éditions Le Signor, Guilvinec, 1979, 109 p.
- Youenn Drezen, Notre-Dame Bigoudenn, Denoël, 1977.
- Youenn Drezen, Skol louarn Veig Trebern, tome 1, Préface de Pêr-Jakez Hélias, éd. Al Liamm, Brest, 1972.
- Antoine Sylvère,Toinou, le cri d'un enfant Auvergnat, Plon, coll. Terres Humaines, 1980.
Archives
- Un Fonds Pêr-Jakez Hélias[66] a été déposé en 1996 à la bibliothèque Yves-Le-Gallo[67] du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) de l'université de Bretagne occidentale de Brest. Il s’agit d'une bibliothèque de plus de 860 ouvrages en breton ou sur la Bretagne[66]. Dans le même temps, les archives de Pêr-Jakez Hélias ont été déposées et aujourd’hui conservées dans 48 boîtes. Ce fonds d’archives couvrant l’ensemble de la carrière littéraire de l’auteur est composé de plus de 4 000 documents : ses manuscrits, ses tapuscrits, sa correspondance, des photographies, etc[68]. Une partie du fond est consultable en ligne[69].
