Nu en photographie

genre de photographie From Wikipedia, the free encyclopedia

La photographie de nu est un genre photographique représentant un ou plusieurs corps humains dévêtus.

Rudolf Koppitz, Étude de nu féminin (1927).

Cette pratique remonte aux origines de la photographie, et comme tous les genres et disciplines impliquant le nu, elle fut dès ses débuts associée à la fois à une forme d'érotisme, une pratique artistique, et à l'histoire de l'étude de l'anatomie humaine.

La nudité photographiée en tant que document pictural servant à illustrer des ouvrages de médecine ou d'anthropologie n'appartient pas à cette thématique[Laquelle ?].

Généralités

La photographie de nu est, à côté d’autres genres comme la photographie de paysage ou le portrait photographique, une spécialité pour les photographes dont le sujet est le corps humain dévêtu, masculin ou féminin, seul, en couple, en groupe, posant ou pratiquant une activité.

Une photographie de nu cadre un corps entier ou une partie de corps dont la peau est découverte là où, selon les coutumes du spectateur, elle est habituellement cachée.

Sa pratique, en particulier les techniques de prise de vue (éclairage, pose des modèles) et de traitement de l'image (argentique ou numérique), est enseignée en studio ou en extérieur, et fait l'objet de publications.

Pour éviter qu'elle ne soit amalgamée à la pornographie, la photo de nu doit se limiter à une représentation subtile et épurée du corps humain, et donc à une forme d'esthétisation. Le photographe français Jean-Christophe Destailleur[Qui ?] affirme que « Le nu est un thème photographique particulièrement délicat, la moindre imperfection pouvant susciter l’opprobre et l’anathème à l’encontre du photographe. Tout doit donc être parfait[C'est-à-dire ?] : l’expression, la pose, la composition, l’angle de vue, l’éclairage… Un beau nu doit être esthétique et émouvant[Pour qui ?], dénué de toute connotation sexuelle ou vulgarité. C’est ce qui rend l’exercice si passionnant, artistiquement et intellectuellement parlant »[1].

Histoire

Débuts

Nu allongé (1855) par Louis-Camille d'Olivier.
Nu du début du XXe siècle par Ernest J. Bellocq.
Planche extraite de Le Nu esthétique (Paris, octobre 1902), revue dirigée par Émile Bayard.

Des daguerréotypes et des calotypes figurant le corps nu, remontant donc aux premières années de la photographie, sont parvenus jusqu'à nous[2].

Des nus photographiques en relief ont été découverts, datés de 1853, attribués à Alexandre Bertrand (1822-1889), et dont la dimension érotique est certaine[3], et qui renchérissent, avec l'illusion du relief, sur le réalisme photographique ; en conséquence, un véritable trafic de photographies considérées comme obscènes émerge et des auteurs comme Auguste Belloc, longtemps clandestins, sont aujourd'hui parfaitement identifiés[4]. Par ailleurs, la plupart des photographies de nu de cette époque, relève de la sphère intime, comme en témoignent par exemple les autoportraits nus d'Alfred Le Petit[5].

Au XIXe siècle, de nombreux artistes et les cours d'anatomie artistique de l'École des beaux arts de Paris, comme ses homologues à Londres et dans d'autres pays utilisent la photographie comme un nouveau moyen d'étudier un modèle, produisant alors des vues de « nus académiques »[6]. Parmi les pionniers, on compte Jean-Louis Igout[7].

Au début des années 1850, la photographie ouvre un champ nouveau à la représentation et ne connaît d'abord pas véritablement de tabou ; la situation change une décennie plus tard, et le nu photographique est toléré à condition qu'il figure un corps nu dans les conditions de l'étude anatomique à des fins artistiques et scientifiques. Mais les choses progressent lentement, le médium résiste, comme le souligne en 1860 le moraliste Ernest Bersot :

« Le nu, fond nécessaire des arts du dessin, de la sculpture et de la peinture, serait, en photographie, inavouable[8]. »

Dans les années 1870-1880, la chronophotographie de sujets nus par Eadweard Muybridge et Albert Londe sert aussi à étudier le mouvement et l'action musculaire, que l'art académique entend représenter avec exactitude[9]. Ces photographies ne sortent pas des ateliers ; les artistes les considèrent comme des documents, et non des réalisations artistiques.

En Allemagne, le courant du Lebensreform donne lieu à la publication d'ouvrages et de périodiques mettant en avant le corps nu. Le magazine Die Schönheit publié à partir de 1902, comporte beaucoup de photographies de nu[10].

Émile Bayard publie à Paris à partir d' Le Nu esthétique, une série mensuelle de fascicules où il met en scène des hommes et des femmes en de véritables tableaux photographiques. Deux ans plus tard, Amédée Vignola lance L'Étude académique, avec exclusivement des nus féminins[11], sur le même terrain où la tradition académique du nu soutient l'art photographique[12]. Ils sont suivis par plusieurs autres revues sur le même programme qu'expose Frédéric Dillaye dès 1903 : la réalisation, en photographie, de l'esthétique dominante, telle que définie par l'Académie des beaux-arts. Les revues ne traitent cependant pas les photographies comme des œuvres d'art. Elles sont anonymes, et le texte indique qu'elles sont destinées à suppléer, pour les artistes, les modèles vivants.

Avec le développement de la carte postale illustrée, émerge une production de portraits féminins plus ou moins dénudés, et ciblant un public masculin : le cas des représentations de femmes issues des pays colonisés par l'Occident (France, Grande-Bretagne), une fois déconstruit, permet de constater que « la femme indigène est avant tout un objet sexuel. En guise de représentation de cette puissance [coloniale], des symboles phalliques entourent souvent les modèles. Les Africaines tiennent ainsi entre leurs mains d’imposants manchons de bois pour piler le mil, tout comme les Annamites pour décortiquer le riz. D’autres posent nues en montant sur un tronc d’arbre tandis que certaines fument une pipe. La « charge érotique » de ces cartes postales est ici totalement affirmée »[13].

Acceptation du nu photographique

Hands and Breasts (1919) par Clarence Hudson White et Alfred Stieglitz.

Dès les premières années du XXe siècle des photographes exposent leur nus, dans leurs ateliers[14].

Après la Première Guerre mondiale, la photographie de nu s'expose avec des noms d'auteur au même titre que les autres genres photographiques[15]. La distinction difficile à définir entre le nu, idéal, et le déshabillé, sensuel et condamnable reste la base de l'argumentaire des photographes de nu recherchant l'approbation de la société[16].

En 1933, Daniel Masclet organise une exposition de nu photographique[17] avec la participation de Man Ray, Jean Moral, Laure Albin-Guillot, František Drtikol, László Moholy-Nagy, Adolf de Meyer et autres, dont il publie le catalogue illustré sous le titre Nus - La beauté de la femme[18].

Diffusion de masse

Après 1945, un ensemble de facteurs va contribuer à l'acceptation et une plus grande diffusion du nu photographique : l'exaltation du culturisme, la révolution sexuelle, la banalisation de la semi-nudité à la plage[19], le féminisme, et bien entendu la photographie numérique associée aux réseaux sociaux, qui, au tournant du présent siècle, accélère de façon exponentielle l'exposition publique de la nudité[20].

Le nu en photographie connaît une diffusion importante d'abord par le biais des médias de masse, journaux et magazines imprimés, souvent teintés d'érotisme[21]. Très populaire dans les années 1960-1970, David Hamilton est notamment connu pour ses mises en scène éthérées de corps nus d'adolescentes, couleur et noir et blanc[22].

Depuis les années 1960, la publicité, via les médias de masse (magazines féminins et masculins, spots télévisés, etc.) tend à se banaliser, faisant appel à la photographie de nu lors de campagnes pour des marques en lien avec les sous-vêtements, la lingerie[23], mais également pour d'autres formes de produits, sur le mode de la séduction (automobile, boisson, sport, etc.)[24]. Elles jouent ou manipulent certains codes, transgressant plus ou moins certains tabous liés à la nudité humaine, lors de campagnes aguicheuses, comme celle imaginée par l'agence Avenir Publicité en 1981 où une baigneuse promet de se dénuder sur trois affiches successives[25].

Tendances du nu photographique contemporain

La diffusion augmentée de la pornographie inspire des artistes. C'est le cas de Jeff Koons qui réalise en 1991 la série Made in Heaven (en) le représentant nu avec sa compagne la Cicciolina, dans des positions sexuelles[26].

L'Américain Spencer Tunick prend quant à lui le parti de photographier des masses de corps nus, mettant en scène de façon spectaculaire à partir des années 2000 des groupes de plusieurs milliers de personnes nues, volontaires, dans des endroits publics[27].

Les mises en scène de Joel-Peter Witkin qui convoquent des individus « hors-normes » (par leurs tailles, leur poids, leurs handicaps physiques visibles), sont vues par la critique comme une réinterprétation gothique contemporaine du nu[réf. nécessaire][28]. Un photographe comme le Finlandais Arno Rafael Minkkinen photographie son corps nu qu'il met en scène dans des paysages de son pays natal[29].

Festivals dédiés

Le Festival européen de la photo de nu, qui se tient tous les ans, à Arles en France, est la plus importante manifestation consacrée à ce genre photographique en Europe. De nombreuses expositions de photographes de nu sont accessibles au public[30].

Depuis 2018, le salon Paris Photo accueille une section « Photographie érotique »[31].

Le cas du nu masculin

Nu masculin debout (vers 1855), étude pour Eugène Delacroix.
Sandow (1894), portrait carte-de-visite, studio Benjamin Joseph Falk (Madison Square, New York).
Photographie contemporaine (2011) de nu par Alexander Kargaltsev.

Le nu masculin en photographie apparaît dès les débuts du développement du médium avec des pionniers comme Eugène Durieu (années 1850)[32], Alfred Le Petit (autoportraits nus, fin des années 1860)[33], Albert Londe et Eadweard Muybridge (années 1880)[34], Thomas Eakins (années 1880-1890)[35]. Ces premiers travaux s'inscrivent dans la perspective de l'étude anatomique et du mouvement, à des fins soit artistiques soit médicales et scientifiques. Le tabou du corps masculin photographié nu reste dominant dans la société de cette époque[36].

Fin du XIXe siècle, en pleine période pictorialiste, des photographes comme l'Américain Fred Holland Day, mettent en scène le corps nu masculin dans des postures naturalistes, voire mystiques[36]. Wilhelm von Gloeden, Guglielmo Plüschow et Vincenzo Galdi[37],[38] saisissent leurs modèles en extérieur, en Sicile ou en Afrique du Nord, privilégiant des portraits d'adolescents dans des scènes de genre inspirées d'une antiquité grecque fantasmée et d'un orientalisme sublimé[39].

Durant cette même période, l'anatomisme débouche sur une fascination pour les représentations du corps masculin athlétique, à l'exemple du culturiste Eugen Sandow, dont les images se multiplient, tandis que se développe le naturisme[36].

Cet anatomisme athlétique hygiéniste devient progressivement un prétexte pour exhiber du nu masculin, phénomène qui s'accentue durant l'entre-deux-guerres, en même temps qu'une subculture homosexuelle déjà parfaitement identifiée par Magnus Hirschfeld : en témoignent les athlètes nus de Kurt Reichert (1906-1976) et Edwin F. Townsend (1879-1948)[40]. Au même moment, apparaissent les nus esthétisants et sophistiqués de Man Ray[41], Laure Albin-Guillot, Cecil Beaton, George Platt Lynes, Herbert List, Angus McBean (en) ou de Raymond Voinquel, qui montrent également des sujets plus virils et musclés[42]. La plupart de ces clichés ne sont pas révélés au grand-public, comme ceux d'Imogen Cunningham[36].

Après 1945, le marché des magazines culturistes explose, d'abord aux États-Unis. Un photographe comme Bruce Bellas (en) (signant « Bruce of Los Angeles ») va faire des émules ; l'éditeur Bob Mizer subit la censure jusqu'au début des années 1960[36]. Le tabou du nu masculin photographié est brisé au moment du Flower Power : exhibition ne rime plus avec obscène, mais avec libération du corps. La mode — suivie par la publicité — donne l'élan avec par exemple Jean-François Bauret (Sélimaille, 1967) ou Jeanloup Sieff photographiant Yves-Saint-Laurent nu en 1970. Un magazine comme Playgirl lancé en 1973, cible un public féminin. L'exposition de nus masculins à la Marcuse Pfeiffer Gallery de New York en 1978 constitue un tournant critique sur le plan esthétique, avec l'affirmation de photographes comme Robert Mapplethorpe, Herb Ritts, Francesco Scavullo et Bruce Weber[36].

Dans les années 1990, la nudité frontale masculine est partout[36].

Dans la lignée de la marque Pirelli, à partir des années 2000, des photographies de nus d'athlètes, ainsi que de pompiers, puis d'autres corps de métiers, servent de support à des calendriers soutenant entre autres des actions humanitaires, un phénomène devenu mondial et qui requestionne l'approche du corps masculin dénudé[43].

Photographes de nu

Annexes

Bibliographie

XXe siècle
XXIe siècle
  • « Le Nu féminin », dans : Compétence photo, no 15, 2010.
  • (en) Peter Bilous, The Beginner’s Guide to Photographing Nudes, Amherst media, 2010.
  • Klaus Carl, La Photographie érotique, Parkstone International, (présentation en ligne).
  • Jean Turco, L’art de l’Eclairage. Le Nu, Pearson, 2012.
  • (en) Richard Young, Create Erotic Photography. Find Models, Choose Locations, Design Great Lightning & Sell Your Images, Amherst Media, 2013.
  • Philippe Bricart, Les secrets de la photo de nu. Pose - Composition - Eclairage, Eyrolles, 2014.
  • Steve Luck, L’éclairage du nu. Installation, techniques de prises de vue et secrets de professionnels, Dunod, 2014
  • Julien Bolle, « Photo de Nu. Le modèle et ses photographes. Les mystères d’une relation créative », dans : Réponses Photo, no 282, .
  • Olivier Louis, Photos de nus en lumière naturelle, ESI, 2016.
  • Jean-Louis Del Valle, Osez la photo érotique, La Musardine, 2017.
  • Jennifer Emery, The Nude. Conceptual Approaches to Fine Art Phototography, Amherst Media, 2017.
  • A. K. Nicholas, True Confessions of Nude Photography. A Step-By-Step Guide to recruiting beautiful models, Lighting, Photographing Nudes, Post-Processing Images, and Maybe Even Getting Paid to Do It, 3e édition, Bella Nuda Arts, 2017.

Articles connexes

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Notes et références

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