Pie VI

250e pape de l'Église catholique, de 1775 à 1799 From Wikipedia, the free encyclopedia

Pie VI (en latin : Pius Sextus ; en italien : Pio VI), né le à Cesena (Romagne, alors dans les États pontificaux) et mort le à Valence, en France, est de 1775 à 1799 le 250e pape de l'Église catholique. Il est connu notamment en raison de son opposition à la Révolution française, particulièrement à la constitution civile du clergé (1790).

Nom de naissanceGiannangelo Braschi
Faits en bref Biographie, Nom de naissance ...
Pie VI
Image illustrative de l’article Pie VI
Tableau peint par Pompeo Batoni en 1775. Galerie nationale d'Irlande, Dublin.
Biographie
Nom de naissance Giannangelo Braschi
Naissance
Cesena (États pontificaux)
Ordination sacerdotale
Décès (à 81 ans)
Valence (République française)
Pape de l'Église catholique
Élection au pontificat (à 57 ans)
Intronisation
Fin du pontificat
(24 ans, 6 mois et 14 jours)
Cardinal de l'Église catholique
Créé
cardinal
par Clément XIV
Titre cardinalice Cardinal-prêtre de Sant'Onofrio al Gianicolo
Ordination épiscopale par Gian Francesco Albani

Signature de Pie VI

Blason
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Giannangelo ou Giovanni Angelico, comte Braschi, pour l'état civil français[1] Jean Ange Braschy, devient secrétaire particulier de Benoît XIV en 1753, est ordonné prêtre en 1758, fait cardinal en 1773 et élu pape le , après la mort de Clément XIV.

Il est déposé le 15 février 1798 du fait de l'instauration de la République romaine sous l'égide du gouvernement français du Directoire. Il est fait prisonnier par les troupes françaises qui lui font quitter Rome le . Emprisonné à Valence à partir de juillet 1799, il y meurt peu après.

Biographie

Origines familiales et formation

Giannangelo Braschi est issu d'une famille noble de Romagne. Il est l'aîné des huit enfants du Comte Marco Aurelio Tommaso Braschi (1684-1759) et de Anna Teresa Bandi (1690-1730).

Ancien élève des Jésuites, il fait des études de droit in utroque jure, c'est-à-dire en droit civil et en droit canonique, à l'université de Ferrare.

Début de carrière (1753-1775)

Il devient ensuite secrétaire du cardinal Tommaso Ruffo, légat pontifical à Ferrare.

Braschi accompagne Ruffo à Rome pour le conclave qui suit la mort du pape Clément XII en 1740.

Quand son maître est nommé doyen du Sacré Collège, il devient auditeur, chargé de l'administration des diocèses de Velletri et d'Ostie. Il noue alors des liens avec l'infant don Carlos, alors que ce dernier devient le premier souverain Bourbon du royaume des Deux-Siciles. Son habileté diplomatique lui obtient la charge de camérier secret.

En 1753, à la mort du cardinal Tommaso Ruffo, Braschi devient secrétaire particulier du pape Benoît XIV. Il est ordonné prêtre en 1758.

En 1766, sous le pontificat de Clément XIII (1758-1769), il obtient la charge de trésorier de la Chambre apostolique, qui le rend maître de l'administration financière des États pontificaux.

Le , il est élevé à la dignité de cardinal-prêtre de Sant'Onofrio al Gianicolo par le pape Clément XIV.

Grâce au soutien français, le conclave qui s'ouvre à la mort de Clément XIV (1774) l'élit à la dignité pontificale. Il choisit le nom de Pie VI en hommage à Pie V, pape de l'application du concile de Trente et de la bataille de Lépante.

Élu le , il est consacré évêque et couronné simultanément le .

Premières années de son pontificat (1775-1789)

Pie VI, alors âgé de 58 ans, souhaite renouer avec les fastes de Léon X, ce qui lui vaut les critiques de la « statue parlante » Pasquino.

Le , il reconnaît officiellement l'apparition mariale de Notre-Dame de Šiluva en Lituanie survenue en 1608, et accorde plusieurs indulgences à son sanctuaire[2].

En 1775, Pie VI impose une législation anti-juive notamment par l'édit Fra le pastorali sollicitudine[3],[4].

Il est confronté au joséphisme autrichien et effectue même un voyage à Vienne en 1782 dans le but d'amener l'Empereur Joseph II à renoncer à sa politique anti-cléricale. Il y donna sa bénédiction papale urbi et orbi du balcon de l'Église am Hof.

Son passage à Venise la même année est commémoré par Francesco Guardi avec quatre toiles illustrant cette visite.

Attitude de Pie VI envers les Juifs

L'attitude de Pie VI vis-à-vis de la communauté juive de Rome est notoirement hostile et répressive, dès l’édit du [8]. « Les thèmes antijudaïques sont à la mode, par antimodernisme, et par souci de reconstruire une Église forte. Pie VI resserre donc les règles du ghetto, il encourage les baptêmes, impose de nouveau le sermon du samedi avant d’aller à la synagogue. On poursuit des livres sur le judaïsme, on laisse circuler des opuscules sur les « meurtres rituels ». Dans les procès politiques, de 1792 à 1797, on retrouve un certain nombre de juifs accusés d’être philo-français. En 1793, le ghetto sera assiégé par la population lors (d')émeutes[9]. Le fait le plus notoire est la publication en 1794 d’un livre de Rovira Bonnet (…)[10], recueil de textes des conciles ou des papes sur la conversion des juifs. Il y est question en plus des forces qui essayent de renverser la société, dont l’Assemblée Nationale de France qui a libéralisé la situation des juifs et renversé l’Église catholique : il est donc normal de réagir et de les persécuter. Pie VI calma les esprits lors des révoltes, mais l’état d’esprit antijudaïque fut bien entretenu officiellement »[4]; sachant par ailleurs que le général Bonaparte ayant eu recours aux communautés hébraïques et grecques d'Italie pour réaliser les spoliations de sa campagne.

Face à la Révolution française (à partir de 1789)

Collection générale des brefs et instructions relatifs à la révolution françoise par Pie VI, 1798.

Mesures prises par l'Assemblée nationale constituante en 1789-1790

À partir de l'été 1789, Pie VI est confronté aux événements de la Révolution française et aux décisions prises par l'Assemblée nationale constituante :

Le problème de la constitution civile du clergé (12 juillet 1790)

Le , Pie VI fait savoir au roi de France Louis XVI qu'il s'oppose au projet de constitution civile du clergé. Il écrit aussi dans ce sens aux archevêques de Bordeaux et de Vienne le . Mais la loi est néanmoins votée le 12.

Son application va créer une situation de schisme entre les prêtres et évêques « constitutionnels » ou « jureurs » (comme Talleyrand) et les prêtres et évêques « réfractaires », ceux qui refusent le serment, et doivent en conséquence quitter leur fonction.

Le , Pie VI envoie un bref intitulé Quod Aliquantum au cardinal de La Rochefoucauld. Il y analyse le contenu de la constitution civile du clergé pour le condamner. Toutefois, il précise : « Nous n'avons pas encore jusqu'ici lancé les foudres de l'Église contre les auteurs de cette malheureuse constitution du clergé »[11]. Les menaces d'excommunication et d'anathème ne sont qu'implicites.

Dans sa lettre apostolique Caritas du , Pie VI critique sévèrement les élections d'évêques et leur bénédiction par Talleyrand, évêque d'Autun. Il déclare schismatiques les propos suivants du nouvel évêque de Quimper, Louis-Alexandre Expilly de La Poipe : « Cette constitution n'altère en rien le dogme ; qu'elle réforme seulement la discipline, et la rappelle à la pureté des premiers siècles »[12]. Ses actes sacerdotaux sont déclarés irréguliers et il est menacé d'anathème. Toutefois Pie VI réaffirme une position prudente vis-à-vis de l'Assemblée nationale : « Nous avons déclaré Nous être abstenu jusqu'ici de déclarer retranchés de l'Église les auteurs de cette fatale constitution ».

La réaction de Pie VI par rapport à la constitution civile du clergé n'est, même aujourd'hui, pas simple à interpréter. Tardive par rapport aux événements, elle aurait laissé les prêtres et les évêques dans l'embarras sur la conduite à tenir par rapport au serment de fidélité, créant un malaise dans les provinces françaises durant les six premiers mois de l'année 1791 et laissant s'y développer un véritable schisme. Cette question est l'objet de discussions de la part des historiens des religions.

La présence à Rome du cardinal de Bernis, chargé d'affaires auprès du Saint-Siège, explique l'hostilité de Pie VI à l'égard de la Révolution française. Bernis s'interpose systématiquement dans les échanges avec le ministère français des Affaires étrangères et réserve ses faveurs au comte d'Artois, frère de Louis XVI, et aux nobles émigrés dès le début de la crise.

Le problème de l'annexion du Comtat Venaissin et d'Avignon (1791)

Le pape est aussi concerné en tant que chef d'État, à la tête des États pontificaux, qui incluent notamment la ville d'Avignon et le Comtat Venaissin.

Ces territoires sont annexés au royaume de France en 1791, formant le département du Vaucluse.

L'émeute de janvier 1793 à Rome

Louis XVI est renversé le 10 août 1792, puis emprisonné. Une nouvelle assemblée constituante, la Convention nationale, est élue à la fin de l'été 1792. Réunie le 20 septembre (jour de la bataille de Valmy), elle proclame la république le 21. Louis XVI, jugé à partir de novembre, est condamné à mort le 19 janvier 1793 et exécuté le 21.

En , à la suite des tensions suscitées par ces événements politiques en France et des Modèle:Ref,nec, des habitants de Rome prennent d'assaut le ghetto juif, qu'ils pillent, ainsi que le palais Mancini, siège de l'Académie de France à Rome, et assassinent le diplomate Nicolas-Jean Hugou de Bassville. Cet assassinat provoque le départ des Français des États pontificaux.

L'instauration du calendrier républicain en France (6 octobre 1793/15 vendémiaire an II)

À la fin de 1793, une commission de la Convention décide de mettre de côté le calendrier grégorien en France et de le remplacer par un calendrier républicain débutant au « 1er Vendémiaire, an I » (21 septembre 1792), abandonnant la référence à la naissance de Jésus-Christ ; par ailleurs, ce calendrier comporte des semaines de dix jours (décades), mettant fin à la pratique du dimanche chrétien. Les campagnes françaises ne reçoivent plus les agendas traditionnels.[pas clair]

Ce calendrier devient obligatoire dans l'usage officiel, notamment l'état civil et la datation des documents publics, et à l'époque de la Terreur (1794-1794), il est recommandé de l'utiliser aussi en privé. Il perdurera dans l'usage officiel jusqu'au 1er janvier 1806, date du retour du calendrier grégorien.

Relations avec le Directoire et l'armée d'Italie de Bonaparte (1797-1798)

Le , Bonaparte, à la tête de l'armée d'Italie, contraint Pie VI à signer le traité de Tolentino (appelé aussi paix de Tolentino) avec la France du Directoire, qui concède à la France les légations de Romagne, de Bologne et de Ferrare. Cette politique papale de Bonaparte combine les questions religieuses et diplomatiques.[citation nécessaire]

À la nouvelle de l'assassinat du général Duphot par des soldats du pape, le Directoire ordonne le l'occupation de Rome. Gaspard Monge part le pour Rome. La Révolution éclate dans la ville le . La « République romaine » est proclamée par le peuple réuni au Campo Vaccino (ancien forum).[citation nécessaire]

Le pape Pie VI est contraint par la république française de renoncer à son pouvoir temporel et de se contenter de son pouvoir spirituel. Déposé le lors de la proclamation de la République romaine, il est en fait prisonnier. Octogénaire et très malade, il demande la grâce de pouvoir mourir à Rome. Le général français a la délicatesse de lui répondre : « Mourir, cela peut se faire partout ». Pie VI quitte Rome dans la nuit du au .[citation nécessaire]

Il est conduit à Sienne puis à la chartreuse de Galluzzo de Florence (en ) où il reste jusqu'au . La Deuxième Coalition se traduisant par l'avancée des troupes autrichiennes venant de Vénétie, et des troupes napolitaines qui ont repris Rome et détruit la République romaine, les Français envoient le pape en France, tandis que leurs troupes reculent sur tous les fronts, dans ces débuts de la seconde campagne d'Italie. Le Pape passe par Bologne, Parme, Turin. On lui fait traverser les Alpes sur une civière. C'est ensuite Briançon, Grenoble et enfin Valence, chef-lieu du département de la Drôme.[citation nécessaire]

Malgré les bouleversements que connaissait alors la France, le pape octogénaire reçut de nombreuses marques de respect et de compassion de la part du peuple, tout au long de sa route entre Briançon et Valence.[citation nécessaire] Le poète catholique Paul Claudel le surnommera le « père commun des fidèles ».[citation nécessaire]

Incarcération à Valence, mort et funérailles

Extrait de l'acte d'état civil de décès du pape Pie VI en date du (12 fructidor de l'an VII) à Valence (Drôme).

Prisonnier du Directoire, il meurt à Valence, épuisé, le (12 fructidor de l'an VII) à l'âge de 81 ans. Son acte de décès figure dans le registre d'état civil de la ville de Valence, où il est nommé « Jean Ange Braschy Pie VI pontife de Rome[13] ». C'est en son honneur qu'un pâtissier de la ville eut l'idée de confectionner le fameux biscuit Suisse de Valence.[citation nécessaire]

Pie VI est d'abord enseveli civilement au cimetière Sainte-Catherine de Valence[14]. Les États pontificaux sont rétablis à la fin de l'année 1799, avec l'entrée des troupes napolitaines dans Rome et la chute de l’éphémère république romaine. Le conclave qui assure l'élection du successeur de Pie VI se tient à Venise, sous la domination de l'Autriche depuis le traité de Campo-Formio de 1797. En , Pie VII devient le nouveau pape. Napoléon Bonaparte, désormais Premier consul de la République française, engage une offensive en Italie au et sa victoire à Marengo marque la fin du front italien de la seconde coalition, qui se disloque complètement en 1801. La République française normalise ses relations diplomatiques avec les États pontificaux reconstitués, et signe le concordat de avec l'Église catholique. Ces évolutions permettent le retour du corps de Pie VI à Rome, le , où il reçoit des funérailles conduites par son successeur le , dans la basilique Saint-Pierre de Rome.[citation nécessaire]

Tombeau de Pie VI (1775-1799), au Vatican.

Mais, sur réclamation des habitants de Valence, le cœur et les entrailles de Pie VI retournent et reposent dans la cathédrale Saint-Apollinaire de Valence, après une cérémonie solennelle en ce lieu le . On peut lire l'inscription suivante (rédigée en latin) sur ce monument de Valence : « Les entrailles saintes de Pie VI sont rendues aux Français ; Rome possède son corps ; son nom retentit en tous lieux ; il est mort à Valence le  »[15]. Depuis 1949, sa dépouille romaine repose dans la nécropole papale de la basilique Saint-Pierre, dans un sarcophage antique.[citation nécessaire]

Moins de dix ans avant la mort du Saint-Père, Madame Vigée Le Brun, la célèbre portraitiste de la reine de France Marie-Antoinette, qui avait elle-même fui la Révolution en se réfugiant à Rome, rapporte cette anecdote : « L'abbé Maury, qui n'était pas encore cardinal, vint chez moi pour me dire que le Pape voulait que je fisse son portrait ; je le désirais infiniment ; mais il fallait que je fusse voilée pour peindre le Saint-Père, et la crainte de ne pouvoir ainsi rien faire dont je fusse contente m'obligea à décliner cet honneur. J'en eus bien du regret, car Pie VI était encore un des plus beaux hommes qu'on pût jamais voir. »[citation nécessaire]

Grandes réalisations

Portrait de Pie VI, par Pompeo Batoni.

En presque vingt-cinq ans de pontificat, « Pie VI eut le temps de faire graver son nom sur bien des monuments de Rome », dans les actuels musées du Vatican ou le musée Pio-Clementino[4]. Il fait mener des fouilles dans la ville et entasser des antiquités dans les galeries situées entre le palais apostolique et le Belvédère. Il fait également dresser l’inventaire du musée, paru en 1792.

Dès le début de son pontificat, il fait construire la sacristie de la basilique Saint-Pierre, qui abrite également les chanoines. Il ajoute notamment un monument devant le palais du Quirinal, quelques obélisques, la restauration de la cathédrale Sainte-Scholastique à Subiaco et des travaux dans le port d’Ancône[4].

L’assèchement des marais pontins, qu'il fait entreprendre, avec le concours d’ingénieurs des Pays-Bas, engloutit des sommes considérables (au total, 1 600 000 écus romains en 1798), et vaut au pape le surnom de « il secatore », sous-entendant qu’il assèche les marais comme les fortunes romaines par le biais de lourds impôts[4].

Succession apostolique

Pie VI a ordonné les évêques suivants[16] :

Notes et références

Voir aussi

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