Pierre Berès

libraire et bibliophile français From Wikipedia, the free encyclopedia

Pierre Berès, à l'état civil Pierre Berestovski[1], est un libraire, éditeur et collectionneur d'art français d'origine russe, né le , à Stockholm (Suède), et mort le , à Saint-Tropez ; il est inhumé au cimetière de Passy, à Paris.

Décès
Nom de naissance
Pierre BerestovskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Président-directeur général Hermann, à partir de 1958 ...
Pierre Berès
Pierre Berès lors d'une vente aux enchères, en 1951.
Fonction
Président-directeur général
Hermann
à partir de
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Pierre BerestovskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Lycée Louis-le-Grand
Faculté des lettres de Paris
Faculté de droit et des sciences économiques de Paris (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Collectionneur d'œuvres d'art, libraire, éditeur, collectionneur de livresVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Grigori Benenson (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Liane Berestovski (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Autres informations
Distinctions
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Biographie

Pierre Berès est, en 1926, élève au lycée Louis-le-Grand puis poursuit ses études à la Sorbonne. Il se lance en 1929 dans le commerce des livres, collecte des autographes des membres de l'Académie française (dont Clemenceau) et dirige, en 1930, sa première vente comme expert. André Gide, dont il est le voisin rue Vaneau, à Paris, lui confie trois manuscrits à vendre, dont celui de Si le grain ne meurt.

Le libraire

À sa majorité, en 1934, Pierre Berès ouvre sa première librairie parisienne au 24 rue Laffitte baptisée Incidences en hommage à André Gide dont il fut le proche dès l'âge de 17 ans.

Pierre Berès publie en 1935 des œuvres inédites de Colette illustrées par André Dunoyer de Segonzac, Dignimont et Luc-Albert Moreau. En 1936, il rachète la moitié du manuscrit des Illuminations de Rimbaud à Gustave Kahn qui les avait publiées. Il retrouve des épreuves de La Chartreuse de Parme de Stendhal qui, selon « l'avis de M. de Balzac », supprime les cinquante premières pages. Au milieu des années 1930, il s'intéresse aux bibliothèques dont, à la suite de la crise de 1929, des milliardaires américains se défont et participe aux ventes Mortimer Schiff et Cortland F. Bishop de 1938, faisant l'acquisition d'éditions originales de Cervantès et de chefs-d'œuvre de la Renaissance ayant appartenu à François Ier.

Vue de la librairie Pierre Berès, Paris.
Vue de la librairie Pierre Berès, Paris.

Pierre Berès[2] ouvre, en 1939, une librairie avenue de Friedland, dont l’architecture est confiée à sa demande à Gustave et Auguste Perret[3]. La librairie, que fréquente une clientèle particulièrement aisée, roi de l'étain ou magnat du pétrole, voit se croiser tout le monde littéraire et politique de son temps, de Chardonne à Mitterrand« Son nom plane sur toutes les grandes ventes de livres du XXe siècle, du manuscrit des Illuminations de Rimbaud à la Chartreuse de Parme annotée par Stendhal. Il n’a cessé d’exhumer de nulle part des livres grandioses », souligne le commissaire-priseur Pierre Cornette de Saint-Cyr[4]. Les fiches qu'il constitue lui permettent de suivre des milliers de volumes précieux sur plusieurs générations[5]. Il se lie avec Picasso en 1942, avec Éluard, Raymond Queneau, Brassaï.

En 1944 il expose les œuvres graphiques de Bonnard, en 1946 le livre Jazz de Matisse, en 1947 les œuvres graphiques d'Henri Laurens dans sa librairie. La même année, la librairie apparaît au début du film Le Diable boiteux, de Sacha Guitry. Il en fonde l'année suivante une succursale à New York.

L'éditeur

Collectionneur de manuscrits, de livres et d'œuvres d'art, « charismatique » ou « magnétique » selon ses collaborateurs, Pierre Berès, tout en continuant de diriger sa librairie, fonde en 1945 avec Maurice Goudeket[6] les éditions La Palme[7]. En 1956, il rachète les Éditions Hermann, fondées en 1876 par Arthur Hermann et historiquement spécialisées dans les mathématiques, la physique et l’astronomie. La maison avait notamment publié des travaux d’Henri Poincaré, Albert Einstein et Louis de Broglie, ainsi que le premier ouvrage de Jean-Paul Sartre consacré au phénomène des émotions et les textes du groupe Nicolas Bourbaki. Sous sa direction, les éditions Hermann renouent avec cette tradition scientifique tout en développant un département de sciences humaines et de philosophie. Pierre Berès y entreprend notamment une édition des œuvres complètes de Denis Diderot en trente-trois volumes, et publie des textes inédits de Louis Aragon et Raymond Queneau, ainsi que des ouvrages de Jacqueline de Romilly et Roland Barthes[8]. En 1970, les éditions Hermann accueillent la création de la collection « Savoir », dirigée par Michel Foucault, structurée autour de quatre registres — arts, lettres, sciences et cultures —, au sein de laquelle paraissent notamment les traductions des œuvres de Karl Popper et de John Searle[9]. En collaboration avec Alexandre Koyré, Pierre Berès crée également la collection « Histoire de la pensée ».

Dans le même temps, Berès œuvre sans relâche pour imposer Hermann en tant qu’éditeur d’art et de sciences humaines. En 1960, avec André Chastel, il fonde la revue Art de France pour laquelle Maurice Merleau-Ponty rédigera L’Œil et l’Esprit et à laquelle contribueront de très nombreux écrivains et essayistes (Aragon, Yves Bonnefoy, Michel Butor, René Char, Jean Paulhan, Francis Ponge, Pierre Rosenberg, Philippe Sollers, etc.) ainsi que des artistes de premier ordre (Vieira da Silva, André Masson, Pierre Soulages, Ubac)[9]. Avec Chastel et Françoise Cachin, Pierre Berès crée également la collection « Miroirs de l'art », rassemblant des textes de réflexion sur la peinture et l'architecture de toute époque, et notamment de :

Parmi les titres publiés dans la collection « L'Esprit et la Main », Ubac illustre Épicure ; Bazaine, Pierre Lecomte du Noüy (1964) ; Mathieu, Raymond Queneau ; Max Ernst, Lewis Caroll ; Geneviève Asse, Jean-Paul Sartre ; Vieira da Silva, Platon.

Parmi les livres illustrés associés à Pierre Berès figure L’Inclémence lointaine (1961), poèmes de René Char accompagnés de 25 gravures originales de Maria Helena Vieira da Silva, publié à Paris par Pierre Berès en tirage limité (édition annoncée à 130 exemplaires, dont une partie sur Japon), en feuilles sous chemise et étui d’éditeur[10].

Bibliophilie

Bibliophile majeur du XXᵉ siècle, Pierre Berès occupe une place centrale dans l’histoire moderne du livre et de la reliure. Il fait réaliser pour de nombreux ouvrages de sa collection des reliures par les plus grands relieurs de son temps, notamment Rose Adler, Pierre Legrain, Paul Bonet ou Jacques Anthoine-Legrain, et s’appuie sur un dialogue suivi, à la fois technique et esthétique, avec les artisans du livre. Ces collaborations témoignent d’un goût particulièrement sûr pour la modernité de la reliure française, dont il accompagne les recherches formelles au XXᵉ siècle[11].

Sa correspondance, révélée en partie à l’occasion de la vente posthume de sa collection par Christie’s en 2012 atteste de relations étroites avec un nombre exceptionnel d’écrivains, d’artistes, de philosophes et de scientifiques. Les catalogues de ventes consacrées à la bibliothèque et aux collections de Pierre Berès, organisées à partir des années 2000, confirment l’ampleur et la cohérence de cet ensemble, particulièrement remarquable par la qualité des reliures modernes, la présence d’exemplaires uniques ou enrichis, et l’attention portée aux avant-gardes artistiques et littéraires du XXᵉ siècle. Ces ventes ont contribué à consacrer Pierre Berès comme l’une des figures majeures de la bibliophilie moderne.

L'expert et le collectionneur

Salon de Pierre Berès, rue Barbet-de-Jouy, Paris, 1978

En , Pierre Berès est expert lors de la vente, à New York, de la collection Lucius Wilmdering. Mandaté par Jacques Chaban-Delmas, il acquiert pour la ville de Bordeaux Le Livre de raison de Montaigne, annoté de la main de l'écrivain.

En marge de ses activités de libraire et d'éditeur, l'expertise auprès des commissaires-priseurs constitue sa troisième activité, surtout dans les années 1960. Avec l'étude Rheims et Laurin, il présente en , aux côtés de Fernand de Nobele, la bibliothèque de Maurice Goudeket. Sa dernière vente en tant qu'expert, consacrée à Restif de la Bretonne, a lieu à l'hôtel Dassault en 2004.

En 2000, la BnF lance une souscription pour acquérir l'une des trouvailles de Pierre Berès, le manuscrit complet en neuf tomes des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. En mai 2001, il propose à la vente les 876 feuillets du manuscrit du Voyage au bout de la nuit de Céline, qui semblait perdu depuis 1943 — et qui est préempté par la Bibliothèque nationale pour 12 184 000 F.

En 2005, à 92 ans, Pierre Berès, selon les formules « gentilhomme marchand », « prince des libraires », « libraire des libraires », « plus grand libraire du monde » ou « dernier grand personnage de la librairie parisienne », prend sa retraite et vend 12 000 volumes aux enchères en une suite de six ventes historiques qui s'échelonnent jusqu'en 2007, pour un montant total de 35,3 millions d'euros[12]. Il offre alors à l'État l'édition annotée par Stendhal de La Chartreuse de Parme, qui devait être incluse dans la vente et risquait de partir à l’étranger[13]. Il fut élevé, à cette occasion (fait sans précédent dans les annales de la librairie)[14] à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur[15].

Lors de la quatrième vente, en , il révèle des manuscrits autographes d'Arthur Rimbaud d'une valeur inestimable. Plus de treize manuscrits de Rimbaud sont ainsi vendus, dont des autographes jamais publiés (« Honte » par exemple) et l'exemplaire original remis par Rimbaud à Verlaine d' Une saison en enfer. Douze de ces manuscrits sont rachetés par le libraire Jean-Claude Vrain (et l'exemplaire d'Une saison par le collectionneur Pierre Leroy). À cette occasion, certains problèmes de lectures des fac-similés ont été éclaircis, faisant ainsi progresser la connaissance de l’œuvre de Rimbaud[16][source insuffisante].

Famille et vie privée

Pierre Berès se marie trois fois, notamment avec Huguette Berès (qui fonde en 1952 la galerie Berès spécialisée dans l’art japonais et la peinture française des avant-gardes des XIXe et XXe siècles) et avec Annick Blanchy[17]. Il a huit enfants : trois issus de son premier mariage — Jacques (cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde), Aldine et Anne-Isabelle (galeriste et épouse d’Amedeo Montanari[18]) — et cinq de son second mariage — Pervenche (femme politique), Anémone, Angélique (ex-épouse de Denis Olivennes), Platane et Achille.

Le , les enfants de Pierre Berès déposent une plainte contre la « maîtresse » de Pierre Berès, Constance Chastenet de Castaing, de quarante ans sa cadette, et son époux Stéphane Droulers, banquier chez Lazard, pour abus de faiblesse et escroquerie. En , à la suite de la plainte déposée, un expert judiciaire en neuropsychiatrie est mandaté par le juge d'instruction et diagnostique « un état déficitaire de type lacunaire sénile », faisant remonter les troubles au début des « années 2000 », c'est-à-dire effectivement avant les sept ventes aux enchères suspectes. Le médecin préconise aussitôt une « mesure de protection judiciaire ». En 2016, l'instruction est toujours en cours [19].

Notes et références

Voir aussi

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