Pierre Molinier
peintre, photographe et poète français (1900-1976)
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Pierre Molinier, né le à Agen et mort le à Bordeaux[1], est un photographe, un peintre et un poète français.
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Surréalisme (- |
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Il est surtout connu pour ses tableaux érotiques et pour ses photomontages, mises en scène de son propre corps et autoportraits travestis, où s’expriment son culte de l'androgynie[2] et son fétichisme des jambes[3].
Son œuvre singulière et énigmatique a influencé, au début des années 1970, les artistes européens et nord-américains du body art, et continue de retenir l’attention des artistes, des critiques et des collectionneurs d’aujourd’hui.
Biographie
Jeunesse et formation
Pierre Molinier naît le 13 avril 1900 à Agen d’un père peintre en bâtiment et décorateur, spécialisé dans le faux marbre et le faux bois, et d’une mère couturière. Sa scolarité se déroule chez les Frères des écoles chrétiennes d’Agen.
À partir de 1913, il entre en apprentissage chez son père pour apprendre le métier de peintre artisan et prend des cours de dessin et de peinture à l’école municipale d’Agen.
Carrière
En 1919, il s’établit à Bordeaux comme artisan peintre. Il exercera ce métier de peintre en bâtiment jusqu’en 1960.
Il effectue son service militaire de 1920 à 1922.
Passionné par le dessin et la peinture, il pratique la peinture artistique en parallèle.
En 1931, il s’installe dans l’appartement qu’il ne quittera plus, au 7 rue des Faussets, dans le Vieux Bordeaux et épouse Andrea Lafaye le 7 juillet de la même année[4]. Ensemble, ils ont une fille, Françoise, et un fils, Jacques.
En 1944, son père se suicide en absorbant des médicaments. En 1949, sa femme quitte le domicile conjugal.
En 1951, il fait scandale au Salon des Indépendants de Bordeaux en dévoilant Le Grand Combat, une toile érotique composée de corps enlacés. Face au boycott, il la recouvre d’un voile sur lequel il accroche un texte manifeste adressé à ses collègues et aux visiteurs de l’exposition[5].
En 1960, il gifle violemment sa femme, tire des coups de pistolet au-dessus de la tête de son cousin et passe un mois en prison.
Il abandonne alors son activité de peintre en bâtiment pour se consacrer à son œuvre artistique.
En 1961, le divorce demandé par sa femme est prononcé.
Mort
Molinier se suicide d’une balle dans la bouche, le , vers 19 heures 30[6][7].
Œuvre
La peinture figurative des débuts
Des années 1920 à la fin des années 1940, sa peinture est figurative et présente des thèmes classiques : paysages du Lot-et-Garonne, natures mortes, portraits — notamment de sa fille Françoise — et autoportraits. Son travail d’après nature ainsi que sa recherche de structure, de couleur et de lumière dans les paysages le rapprochent de l'impressionnisme, tandis que ses portraits évoquent plutôt l'expressionnisme. Membre de la Société des artistes indépendants bordelais à partir de 1928, il expose régulièrement lors de ses salons.
Rupture et approche des surréalistes
Fin 1951, lors du XXe Salon des Indépendants bordelais, il présente Le Grand Combat, un tableau mi-abstrait mi-figuratif évoquant des corps contorsionnés et des membres enlacés. Cette peinture jugée indécente sera voilée lors de l’exposition et devient le motif d’une rupture fracassante avec la société bordelaise. (Le Grand Combat, devenu entre-temps la propriété de l’homme politique français Roland Dumas, sera « dévoilé » par Jacques Saraben qui a bien connu Pierre Molinier lors du Soixantenaire des Indépendants bordelais à la galerie du musée des beaux-arts de Bordeaux en 1989.)
Début 1955, Molinier envoie des reproductions de ses tableaux ainsi que des poèmes à André Breton. Celui-ci lui réserve un accueil enthousiaste[8], l’assure de son soutien[9] et propose de l’exposer à Paris[10]. Pierre Molinier expose 18 toiles à la galerie À l’Étoile scellée[11], du au , dont Le Grand Combat, Succube, Comtesse Midralgar, Les dames voilées ; le catalogue est préfacé par Breton.
Par la suite, Molinier compose la couverture du 2e numéro de la revue Le Surréalisme même puis, convié par Breton, expose une toile à la 8e Exposition inteRnatiOnale du Surréalisme[12] dédiée à Éros.
Membre du groupe surréaliste de 1955 à 1969[13], Pierre Molinier reste cependant en marge du mouvement. Breton prend ses distances après avoir reçu de lui une carte de vœu trop pornographique[réf. souhaitée].
Érotisme et mise en scène du corps précurseurs de l’art corporel
À partir des années 1960, Pierre Molinier se consacre entièrement à son œuvre plastique et photographique, notamment aux autoportraits par un procédé de photomontage.
Son procédé consiste à prendre des photographies de lui-même apprêté — épilé, maquillé, souvent masqué d’un loup et vêtu de quelques accessoires noirs : guêpière ou corset, gants, bas et escarpins à talons aiguilles, parfois voilette ou résille ou chapeau haut-de-forme — ainsi que des photographies d’amis et des clichés de mannequins, puis à découper les silhouettes ou des éléments de corps et à les recomposer dans une photographie finale du collage, image idéale de lui-même[14].
Pierre Molinier se concentre sur son propre corps et son œuvre se voue entièrement à l'érotisme. En témoignent un court-métrage de Raymond Borde en 1962 (Molinier, 21 min), qui sera projeté publiquement à Bordeaux en 1966 lors du Festival Cinématographique organisé par Alain Natalis et Jean-Pierre Bouyxou (dont l’affiche reproduit l’oeuvre de Pierre Molinier intitulée Le Grand Combat N°2), et un entretien réalisé par Pierre Chaveau en 1972 publié en 2003.
En 1974, Pierre Molinier participe à l’exposition Transformer. Aspekte der Travestie qui a lieu au Kunstmuseum de Lucerne (Suisse). À la suite de cette exposition, il prend contact avec l’artiste Luciano Castelli dont il réalise, à Bordeaux, une série de photographies. L’année suivante, il rencontre Thierry Agullo, un autre jeune artiste qui devient, en même temps qu’un ami intime, le modèle privilégié de deux autres séries : la première sur le thème de l’indécence[15] ; la seconde, sur le thème de l’androgyne, constituée de 60 clichés de Thierry Agullo en Thérèse pris fin [16].
Postérité
En , Artcurial organise une vente aux enchères de la très importante collection Emmanuelle Arsan de ses œuvres.
Expositions et collections publiques
Expositions monographiques
- Molinier. Peintures, photos et photomontages, Centre Georges-Pompidou, Paris, au
- Pierre Molinier, 50 photographies et photomontages érotiques, galerie À l’Enseigne des Oudins, Paris, 1996
- Pierre Molinier, IVAM, Valence (Espagne), 1999
- Pierre Molinier photographe. Une rétrospective, galerie Kamel Mennour, Paris, au
- Pierre Molinier 1946-1966, 2 décennies magiques, galerie À l’Enseigne des Oudins[17], Paris, au
- Pierre Molinier. Jeux de miroirs, Musée des beaux-arts de Bordeaux, au
- Pierre Molinier, Comme je voudrais être, Galerie Christophe Gaillard, Paris, au
- Pierre Molinier, Vertigo, Galerie Christophe Gaillard, Paris, au
Expositions collectives
- Fémininmasculin, le sexe de l’art, Centre Georges-Pompidou, Paris, à
- Le Miroir du désir. Luciano Castelli, Maison européenne de la photographie, Paris, 1996
- Rrose is a Rrose is a Rrose : Gender Performance in Photography, Guggenheim Museum, New York, janvier à
- Scènes de la séduction, Rencontres d'Arles, 1998
- Surrealism. Desire unbound (Surréalisme. Désir illimité), Tate Modern, Londres, au
- Metropolitan Museum of Art, New York, 2002
- Voyous, voyants, voyeurs, Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de l’Isle-Adam, 2010
- Hey! Modern art & pop culture, Halle Saint-Pierre, Paris, au
- Altérité. Je est un autre, Espace culturel Louis Vuitton, Paris, au
- Molinier rose saumon (interdit aux moins de 18 ans) et Pierre Molinier, questionner les corps et les genres (tout public), FRAC MÉCA, Bordeaux, du 31 mars au 17 septembre 2023
Œuvres dans les collections publiques
- Bordeaux : musée des beaux-arts
- Bordeaux : archives municipales
- Frac Aquitaine
- Strasbourg : musée d'art moderne et contemporain[22]
- [sans titre], tirage photographique
- Mon Cul (sans date), tirage photographique
- Paris : Centre Georges Pompidou
- Paris : Maison européenne de la photographie
Publication
- Les Orphéons magiques (poèmes), Thierry Agullo éditeur, 1979
Filmographie
- 1965 : Mes jambes, court métrage réalisé par Pierre Molinier
- 1968 : Chromo Sud, court métrage réalisé par Étienne O'Leary dans lequel apparaît Pierre Molinier
Théâtre
- Adaptation d’entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chaveau en 1972
- Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée… Mise en scène de Bruno Geslin, avec Pierre Maillet (dans le rôle de Pierre Molinier), Jean-François Auguste et Élise Vigier. Théâtre de la Bastille, Paris, 2004, dans le cadre du 33e Festival d'automne à Paris ; théâtre Romain-Rolland, Villejuif (France), 2006.
- Molinier Compagnie du Théâtre du Pont Tournant[23], mise en scène de Stéphane Alvarez, avec Jean Bedouret, Jean-Marc Foissac, Frédéric Kneip, Patrice Manouvrier. Théâtre du Pont Tournant, Bordeaux, 2003 ; reprises en 2005 et 2011[24] Divan du Monde, Paris, 2003.
Voir aussi
Bibliographie
Années 1960
- Pierre Molinier (texte L’Art magique de Molinier, avant-propos d'André Breton et d'Emmanuelle Arsan), Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1969
Années 1970
- Pierre Molinier (dessins et peintures), Bernard Letu éditeur, 1979 (ISBN 978-2-88051-005-3) (BNF 34782749)
- Cent photographies érotiques (préface de Pierre Bourgeade), éditions Borderie, 1979 (ISBN 978-2-86380-007-2)
Années 1990
- Pierre Petit, Molinier, une vie d’enfer (biographie), éditions Ramsay/Jean-Jacques Pauvert, 1992 (ISBN 978-2-84041-014-0)
- Le Chaman et ses créatures (préface de Pierre Molinier, présentation de Roland Villeneuve), William Blake & Co, 1995 (ISBN 978-2-84103-033-0)
- Pierre Bourgeade, le Mystère Molinier (Pierre Molinier et ses ami(e)s), coédition Voix Richard Meier/galerie À l’Enseigne des Oudin, 1997
- Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier, Bartschi Salomon Editions, Genève, hiver 1999.
Années 2000
- Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier photographe, une rétrospective (catalogue d’exposition), édition Galerie Kamel Mennour, 2000 (ISBN 978-2-914171-02-1)
- Entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chauveau - 1972 (texte et enregistrement sur CD audio), Pleine Page, 2003 (ISBN 978-2-908799-62-0)[25]
- Pierre Molinier, je suis né homme-putain (écrits et dessins présentés par Jean-Luc Mercié), Biro éditeur, 2005 (ISBN 978-2-35119-003-6)
- Pierre Molinier. Jeux de miroirs (collectif, catalogue d’exposition), Le Festin, 2005 (ISBN 978-2-915262-25-4)
- Jacques Abeille, Pierre Molinier : présence de l’exil, Pleine Page, 2005 (ISBN 978-2-913406-20-9)
- Henri Maccheroni, Un après-midi chez Pierre Molinier, Pleine Page, 2005 (ISBN 978-2-913406-18-6)
- Pierre Petit, Pierre Molinier et la tentation de l’Orient, Pleine Page, 2005 (ISBN 978-2-913406-19-3)
- Claude Esturgie, Questions de genre ou le genre en question : de Pierre Molinier à Pedro Almodovar, Leo Scheer, 2008
Années 2010
- Jean-Luc Mercié, Pierre Molinier, coédition Kamel Mennour/Les presses du réel, 2010 (ISBN 978-2-84066-338-6)
- Moi, Petit Vampire de Molinier (interview de Michelle Sesquès, introduction et notes de Pierre Petit), Éditions Monplaisir, 2012 (ISBN 979-10-91213-01-1)
- Vincent Labaume, La photo n’est pas sensible (à partir de l'œuvre de Pierre Molinier), Éditions Confluences / Frac Aquitaine, 2013
- Molinier Chaveau Entretien (réédition du texte paru en 2003, sans l’enregistrement sur CD audio), Pleine Page, 2013
- Moi, Petit Vampire de Molinier (interview de Michelle Sesquès, introduction et notes de Pierre Petit, nouvelle édition révisée et enrichie), Pleine Page, 2015 (ISBN 978-2-36042-024-7)
Années 2020
- Alain Fleischer, Pierre Molinier, ou l’inceste extrême, LOUISON EDITION, mars 2022
- Pierre Petit, Molinier, une vie d’enfer, Bordeaux : Mollat/L’arbre vengeur, 2026, 350 p. (ISBN 978-2-35877-035-4)
Généralité
- Les Illustres de Bordeaux : catalogue, vol. 1, Bordeaux, Dossiers d'Aquitaine, , 80 p. (ISBN 978-2-84622-232-7, présentation en ligne)
Films sur Molinier
- 1964 : Molinier de Raymond Borde
- 1968 : Satan bouche un coin de Jean-Pierre Bouyxou
- 2013 : Les Jambes de Saint-Pierre de Dominique Roland (présentation sur marmitafilms.fr)
Articles connexes
Liens externes
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la santé :
- Ressource relative au spectacle :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Molinier-Infos, site d’informations : nouvelles, biographie, bibliographie, filmographie, expositions, peintures, ventes publiques, vidéos, textes originaux
- (en) Site sur Molinier
- « Molinier, artiste anar et libre-bandeur », Agnès Giard
- Biographie de Pierre Molinier sur le site du Théâtre de la Bastille.
- Œuvres de Pierre Molinier.
- Pierre Molinier : peintures et photomontages sur le blog de Martian Shaker.
- « La vie très secrète de Pierre Molinier »
