Pierre Richet
médecin tropicaliste et militaire français
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Pierre Richet, né le dans le 2e arrondissement de Paris et mort le à Saint-Mandé, est un médecin militaire français. Au cours de la Seconde Guerre mondiale puis de la Guerre d’Indochine, il joue un rôle important dans l’organisation des services de santé des armées. Il se consacre ensuite à la lutte contre plusieurs grandes endémies en Afrique, notamment la maladie du sommeil, la lèpre et l'onchocercose. Initiateur et premier Secrétaire général de l'Organisation de coopération et de coordination pour la lutte contre les grandes endémies (OCCGE), il est l'un des principaux artisans des programmes d'éradication de l'onchocercose en Afrique de l'Ouest.
Pierre Richet à l'OCCGE
| Naissance |
Paris, France |
|---|---|
| Décès |
(à 78 ans) Saint-Mandé, Val-de-Marne, France |
| Nationalité |
|
| Profession | |
| Activité principale |
Secrétaire général de l'Organisation de Coopération et Coordination pour la lutte contre les Grandes Endémies |
| Autres activités |
Médecin chef de la 2e Division Blindée |
| Formation |
Ecole principale du Service de santé de la Marine, Bordeaux |
| Distinctions |
Institut Pierre Richet de Bouaké (Côte d'Ivoire) |
Famille et jeunesse
Né de Jeanne Marguerite Geay et de Pierre Richet, employés des postes[N 1],[1], il perd très jeune son père et est élevé par une tante à Niort[2]. Boursier, il suit sa scolarité au Lycée Fontanes de Niort, passe ses deux baccalauréats à Poitiers (Vienne) en 1921 et 1922. Toute sa vie, il se souviendra des dures années d'internat pendant la Première Guerre mondiale. Marié deux fois, il a eu deux enfants[1],[3].
Études
Il est en 1923 maître d'internat (surveillant) au lycée de Limoges (Haute Vienne) et valide son certificat d'études physiques, chimiques et biologiques (PCB). En 1924, il suit les cours de l'École annexe préparatoire de Rochefort et est admis à l'École principale du Service de santé de la Marine de Bordeaux en 1925[4].
Il soutient sa thèse le , retardée par un accident de voiture lors du remplacement d'un médecin dans la Haute-Vienne. En 1930 il rejoint l'École du Pharo à Marseille (Promotion Clarac)[5], où il se forme à la médecine tropicale[6]. Il est ensuite affecté au Dépôt des isolés de Fréjus (Var)[7].
Il épouse fin 1930 à Bordeaux Marie Antoinette Maurienne[1].
Carrière et œuvre scientifique
Au contact des grandes endémies en Afrique (1931-1942)
De 1931 à 1942, médecin lieutenant, il découvre l'Afrique successivement à Gouré puis N'Guigmi (Niger) aux confins du lac Tchad, et où nait son premier enfant, puis à Tenkodogo et enfin à Bobo Dioulasso (alors Haute-Volta), lors de trois séjours entrecoupés d'une affectation de près de 2 ans à l'Hôpital militaire Saint-Nicolas de Bordeaux, qu'il va mettre à profit pour approfondir ses connaissances en pathologie infectieuse et médecine générale. Il se prend d'un indéfectible attachement pour les Africains et les "tropiques enchantés", affections coloniales qu'il illustrera plus tard dans Sillages et feux de brousse[8].
Il rencontre Eugène Jamot en inspection à N'Guigmi en 1933[9]. Ce dernier combat depuis 1917 la maladie du sommeil, et a inventé la médecine mobile en Afrique francophone[2]. Sa doctrine va définitivement marquer Richet.
Entre 1936 et 1938 il prospecte et éteint les deux grands foyers de trypanosomiase des Boussanga de Garango, et inventorie l'énorme foyer d'onchocercose du bassin de la Volta Blanche. Il y fait de minutieuses descriptions cliniques (dont la gale filarienne) qui viennent compléter la connaissance de cette maladie décrite en 1907 au Congo belge, reconnue dans toute l'Afrique équatoriale, mais encore peu étudiée en Afrique occidentale. Son apport à la reconnaissance du risque oculaire est important[10]. Cependant son action est freinée par l'absence de traitement médical de la "cécité des rivières", ou d'insecticide contre l'insecte vecteur de la maladie, la simulie.
Repéré par ses supérieurs, il est affecté comme adjoint du Médecin colonel Gaston Muraz, au tout nouveau Service général autonome de la maladie du sommeil (SGAMS) créé le pour l'Afrique Occidentale française (AOF) et le Togo, à Bobo Dioulasso qui devient le centre de la lutte contre cette maladie pour la région. Les trois années qui suivent sont autant harassantes que passionnantes pour Pierre Richet. Face aux 300.000 sommeilleux à traiter, Gaston Muraz ne peut mobiliser qu'un nombre en constante diminution de médecins, rappelés en métropole pour les besoins des armées en guerre[11]. En 1941, Pierre Richet est promu commandant. Lorsque Muraz est désavoué en 1942, Richet demande sa mutation au secteur de Diébougou en pays Lobi[2], mais, alors qu'il rentre en congés au bout de quelques mois, il est retenu au Maroc et nommé médecin-chef du 6e régiment de tirailleurs sénégalais[12].
Dans les services de santé en guerre (1942-1952)
Pierre Richet sert en 1942 dans l'Armée d'Afrique, il y organise le soutien médical de son régiment au combat, avec lequel il progresse vers l'Est. En il est affecté aux Corps francs d'Afrique[N 2], et entre à Bizerte (Tunisie). Après ce fait d’armes, les Corps francs d’Afrique se désolidarisent de l’armée d’Afrique du Nord, de mouvance vichyste, et passent aux Forces françaises libres (FFL). Pierre Richet s'y enrôle et y entraîne tous ses médecins[13]. Pierre Richet, dont les qualités d’organisateur sont vite reconnues, devient ensuite le chef du Service de santé de la Deuxième division blindée du Général Leclerc créée en [13],[14].
En , il est lieutenant colonel du 13e Bataillon médical, équipé sur le modèle américain. En il est en Angleterre, et débarque en Normandie le , puis participe alors à la Campagne de France, organisant et dirigeant le service de santé divisionnaire, mais aussi se portant aux points les plus exposés, ce qui lui vaudra d'être cité en France et aux États-Unis[N 3],[15]. Le , à Paris, alors que Leclerc doit recevoir la reddition de Von Choltitz, il fait un malaise et c'est Pierre Richet qui le soigne[2],[16]. Il participe à la bataille des Vosges, la libération de Strasbourg, la réduction de la poche de Royan, la campagne d'Allemagne aux côtés de Leclerc jusqu'à Berchtesgaden[14] (p. 39-48)[16]. Il dégage sept mille cinq cents Français du camp de Dachau, où ils étaient bloqués par un cordon sanitaire américain contre la diffusion du typhus exanthématique[12].
En , Leclerc est chargé d'organiser et d'instruire le Corps expéditionnaire qui doit partir en Indochine. Pierre Richet doit en préparer le service de santé. En , promu médecin-colonel, il est à Saïgon, successivement médecin-chef de la place, chef d'État-major du directeur du service de santé des Troupes françaises d'Extrême Orient, directeur du service de santé des troupes françaises d'Indochine du Sud. La mission est délicate car les services de santé tant civil que militaire sont désorganisés, les matériels hétéroclites, les formations sanitaires pillées[17]. Il installe à Cholon un hôpital d'évacuation mobile, et créé l'annexe-hôpital de Gia-dinh. Il adapte les structures sanitaires à la guerre des rizières, avec des moyens légers et souples, sans rapport avec les équipements arrivant d'Europe, et mets ainsi au point les concepts d'Antenne chirurgicale avancée et d'Équipe chirurgicale mobile (cette dernière disposant de plus d'une équipe médicale)[17]. Ces équipes mobiles permettaient de plus de développer à nouveau les activités de l'Assistance médicale indigène, dont Richet était le responsable, au fur et à mesure de l'avancée des forces françaises[17].
En 1949, il est à Paris où il suit le Grand cours de l'Institut Pasteur[11].
En , il est de retour en Indochine, sous les ordres du Général de Lattre de Tassigny. Il est alors chef du service de santé des Forces terrestres du Nord-Vietnam. Alors que la situation militaire se complique avec l'arrivée sur la frontière sino-vietnamienne des troupes communistes de Mao Zedong assurant un soutien en profondeur aux unités viet-minh, Pierre Richet n'hésite pas à être présent au plus près des combats. C'est là qu'il rencontre près de Langson René Labusquière, son cadet de 15 ans, et dont il influencera la carrière en Afrique[18].
Il quitte l'Indochine en .
De la médecine coloniale à la coopération sanitaire dans le "pré carré" français en Afrique (1953-1959)
Depuis la Conférence de Brazzaville, le SGAMS a changé. Les succès remportés face à la maladie du sommeil montrent que les équipes mobiles de prospection peuvent et doivent diversifier leurs activités et s'attaquer à d'autres grandes endémies. Le service devient Service général d'hygiène mobile et de prophylaxie (SGHMP), l'un en AOF et l'autre en AEF, dont Pierre Richet est nommé directeur en .
Dès son arrivée à Brazzaville, il élargit le champ d'activité des équipes à la lutte contre la lèpre, appliquant la Méthode Jamot des "circuits en marguerite" de la trypanosomiase, grâce à un nouveau médicament, la disulone. Chaque infirmier effectue quotidiennement une prospection dans un circuit en forme de pétale, administrant le médicament aux malades de plusieurs villages avant de revenir au chef-lieu le soir, pour repartir suivre un autre pétale le lendemain, et ainsi de suite pour un traitement à rythme bimensuel. Pierre Richet entreprend avec Raoul Follereau une collaboration qui durera un quart de siècle[19]. Il développe sa méthode de recherche de financements et de coopération entre partenaires nationaux et internationaux, stratégie fructueuse, et indispensable avec le désengagement progressif de la métropole coloniale : Fonds d'investissement pour le développement économique et social (FIDES) puis l''UNICEF et bientôt l'Organisation mondiale de la santé (OMS)[11] sont impliqués. Le travail est de longue haleine car il faut deux années de traitement régulier pour déclarer un patient guéri de la lèpre. Mais au bout de cinq ans, le nombre de patients dépistés passe de 40.000 à 150.000, et celui des patients traités de 6.000 à 130.000[20], à raison d'un million de flacons de disulone et 7 millions de comprimés de sulfones par an[11].
Homme de terrain infatigable, payant de sa personne, meneur d’hommes, d’un abord direct et décontracté, à la fois bienveillant et exigeant, Richet inspirait à la fois confiance et respect[12].

Dans la lutte contre l'onchocercose, les avancées techniques (insecticides puissants disponibles (DDT, Lindane, etc.) et premiers médicaments anti-parasitaires contre les filaires adultes et leurs embryons) permettent maintenant d'organiser un programme de lutte[19] et Pierre Richet reprend les prospections et établit une première cartographie de l'endémie filarienne en AEF. Dans la région tchadienne du Mayo-Kebbi la prévalence de la maladie et de ses complications cécitantes sont dramatiques[21]. Il fait également réaliser les premières évaluations entomologiques, inaugurant une longue collaboration avec l'ORSTOM. Entre février et il entreprend une vaste campagne de lutte combinée associant la première campagne d'épandage aérien d'insecticides à grande échelle[22], avec destruction des simulies adultes dans les galeries forestières, et de leurs larves dans les cours d'eau, l'ablation chirurgicale des kystes onchocerquiens des patients, et leur traitement médicamenteux[précision nécessaire]. Les résultats sont spectaculaires, mais très temporaires, car après quelques mois les simulies envahissent de nouveau la zone, en provenance des régions proches non traitées. Pierre Richet en tire la leçon de l'insuffisance des études préalables, tant entomologiques, qu'hydrogéologiques et médicales[11].

En 1955, Richet, promu Médecin général, devient directeur du Service général d'hygiène mobile et de prophylaxie, cette fois en AOF. À la lutte contre la maladie du sommeil, la lèpre, l'onchocercose, s'ajoutent alors celle contre le paludisme et les programmes de vaccination contre la variole et la fièvre jaune. Pierre Richet travaille à partir du centre de référence de Bobo-Dioulasso (qui deviendra Centre Muraz) : il le dote de plusieurs laboratoires préfigurant un vrai centre de recherches auquel il adjoint l'École Jamot qui forme chaque année plus d'une centaine d'infirmiers spécialisés pour le service des équipes mobiles[22].
En 1957, à l'approche des indépendances, les services régionaux comme le SGHMP se transforment pour préparer la répartition de leurs compétences en 8 services nationaux. En 1957 est créé le Service commun de lutte contre les grandes endémies et les 8 services nationaux correspondant, Pierre Richet en est à Dakar le conseiller. Il propose et milite pour la création d'une direction supranationale de ces services, car comme il le répète "les grandes endémies n'ont pas de frontières, et bacilles, virus, glossines, anophèles et simulies se jouent des particularismes locaux"[19]. Pendant deux ans il parcourt toutes les jeunes capitales, distribue un document programmatique et tente de convaincre les nouveaux dirigeants à cette idée[11],[19]. En 1959, il est de retour à Paris comme Inspecteur technique de la médecine tropicale[17]. Il divorce la même année[1].
À la tête de l'OCCGE (1960-1970)
Ses efforts aboutissent le lors de la conférence d'Abidjan, avec la création de l'Organisation de coopération et de coordination pour la lutte contre les grandes endémies (OCCGE) dont sont membres la Côte d'Ivoire, le Dahomey, la Haute-Volta, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Togo et la France. Le siège est fixé à Bobo-Dioulasso et Pierre Richet en est nommé Secrétaire général[11],[19],[22]. Cette initiative sera suivie en 1963 par les États francophones d'Afrique centrale qui créeront l'Organisation de coordination et de coopération pour la lutte contre les grandes endémies en Afrique Centrale (OCEAC), et la confieront à René Labusquière, disciple de Pierre Richet.

A l'OCCGE, Richet va coordonner l'action des 8 pays dans la lutte contre les endémies grâce à des moyens de plus en plus performants, tant médicamenteux qu'insecticides. Contre la lèpre par exemple, l'organisation va permettre de dépister en quelques années 600.000 patients et de rendre la maladie inactive chez les trois quarts d'entre eux, tout en fermant des léproseries au profit du traitement à domicile par des équipes mobiles[23].
Pierre Richet créé les conférences techniques annuelles de l'OCCGE, véritables creusets de la réflexion scientifique et programmatique, et source de coordination entre les États et les institutions partenaires[11]. La lutte contre l'onchocercose en devient l'archétype, avec le Programme d'endiguement simulidien dans le bassin des Voltas de 1966 à 1974, puis le Programme de lutte contre l'Onchocercose en Afrique de l'Ouest (OCP) à partir de 1974[2]. La réunion USAID/OMS/OCCGE à Tunis en 1964 permet aux économistes de prévoir les bénéfices socio-économiques de cette lutte, et à convaincra le Fonds Européen de Développement (FED)[12]. En l'absence de médicament contre le parasite Onchocerca volvulus, il ne peut être envisagé de campagne de traitement de masse[N 4], mais il s'agit d'interrompre sa transmission en agissant, dans les eaux vives des fleuves, contre la larve de son insecte vecteur en Afrique de l'Ouest, Simulium damnosum[11]. Des insecticides spécifiques, dégradables[réf. nécessaire] et régulièrement remplacés, sont diffusés sur un rythme hebdomadaire sur des milliers de kilomètres carrés[24]. Ce sont, de 1966 à 2002, 600.000 cas de cécité qui seront évités dans 11 pays, et environ 25 millions d'hectares agricoles rendus aux populations, pouvant nourrir 17 millions d'habitants supplémentaires[24], avec l'appui du Fonds européen de développement, de la Banque mondiale, de l'Organisation mondiale de la santé et de la Coopération française.
Pierre Richet quitte le Service de santé des armées en 1966 mais reste à son poste à l'OCCGE jusqu'en 1970.
Retraite et décès
Sa retraite est très active, entre Dakar et la France. Il épouse Janine Amélie Gautier (1921-2004) en 1979[1]. En à la conférence technique de Nouakchott, il peut affirmer que l'onchocercose demeurera le triomphe de l'OCCGE[25]. Il rédige encore le premier article de la monographie "L'OCCGE et l'Onchocercose"[26], dans lequel il laisse une sorte de testament, mais dont il ne verra pas la parution. Le , après avoir regardé avec son ami Léon Lapeyssonnie le match Angleterre-France de rugby, il lui confie "Je rentre lundi à Bégin pour être opéré d'un cancer de l'œsophage. Je suis un centurion. Je suis prêt !"[N 5]. Il y meurt le , et est enterré à Amou.
Hommages et distinctions,

L'Institut de recherches sur la trypanosomiase et l'onchocercose (IRTO) créé au sein de l'OCCGE, à Bouaké (Côte d’Ivoire) en 1973, a été renommé Institut Pierre Richet en 1985[27].
La promotion 1983 de l'École du service de santé des armées de Bordeaux a été baptisée du nom du Médecin général inspecteur Pierre Richet[19], de même que la promotion 1984 de l'École du Pharo.
Un médaillon à l'effigie de Pierre Richet figure dans l’amphithéâtre de l’OCEAC à Yaoundé, et une plaque commémorative a été inaugurée le à l'École du Pharo à Marseille (aujourd'hui transférée au Centre d'épidémiologie et de santé publique des armées).

Pierre Richet est
Grand officier de la Légion d'honneur,
Grand-croix de l'ordre national du Mérite, titulaire de 5 citations,
Croix de guerre - et
Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs, Légionnaire de la Legion of Merit (USA)[2] et titulaire de nombreux Ordres d'États africains et asiatiques.
Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Hélène Gaudrillier, Université Claude Bernard - Lyon I (Thèse de médecine), Médecin général inspecteur Pierre Richet, homme de santé publique, , 155 p.
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Liens externes
- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 15 YD 1363, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Ressource relative à la santé :
- Ressource relative à la recherche :
- Cérémonie du souvenir de l'action du MGI RICHET (1904-1983) - Le Pharo, .