Politique au Chili

système politique chilien From Wikipedia, the free encyclopedia

La vie politique au Chili est l’ensemble des éléments qui influencent les activités politiques au Chili, c’est-à-dire la constitution, le climat politique et les partis politiques. Gabriel Boric est président de la République depuis le .

Histoire

La république autocratique et conservatrice (1831-1861) est remplacée par la république libérale (1861-1891) au cours de laquelle quelques conquêtes politiques sont réalisées comme la représentation proportionnelle (1871) et surtout la suppression de la condition de propriétaire pour disposer du droit de vote (1885)[1].

République parlementaire

Quand commence en 1891 l'ère de la république parlementaire, la lutte entre les libéraux (pipiolos) et conservateurs (pelucones) a déjà évolué en raison de l'apparition du pluripartisme. Les libéraux se sont scindés dans les années 1880 en deux factions : les modérés, ne voulant pas imposer trop rapidement la laïcité et disposés au compromis avec les conservateurs, et les libéraux radicaux, qui rejoignent le Parti radical fondé dès 1862 ou le nouveau Parti démocrate aux idées plus avancées, sinon socialistes[1].

Des entreprises européennes et notamment britanniques s'étant appropriées une grande partie de l'économie du pays (salpêtre, banque, chemin de fer, commerce), le président José Balmaceda (1886-1891), dirigeant des libéraux modérés, décide de réagir en orientant sa politique dans deux directions : la nationalisation des mines de salpètres et l'intervention de l’État en matière économique. Devant déjà faire face à l'aristocratie conservatrice, il s'aliène les banquiers. Il est destitué par un vote du Parlement et par la pression d'une partie de l'armée. Il se suicide par arme à feu à l'issue de la guerre civile que ses partisans perdirent[1].

Luttes ouvrières et réformes sociales

Un nouveau régime parlementaire émerge de la guerre civile ; c'est le gouvernement de la Fronda aristocrática ou de l'oligarchie élargit. À partir de 1906, le Parti radical revendique des réformes sociales et l’établissement d'un régime démocratique. Cette même année, le dirigeant de la Fédération des travailleurs, Luis Emilio Recabarren, est élu à la Chambre mais son élection est annulée par celle-ci. Il fonde en 1912 le Parti ouvrier socialiste[1].

Malgré les bons résultats économiques du pays, la vie reste particulièrement dure pour une grande partie de la population (journées de travail de 12 ou 14 heures pour les ouvriers, salaires très faibles, analphabétisme de plus de 50 % dans les années 1900-1910, etc). Un syndicalisme s'organise et lutte ; les grèves et les manifestations ouvrières se multiplient, parfois réprimée très durement : grève générale à Santiago (1905), des chemins de fer et des mines à Antofagasta (1906), manifestation à Iquique (1907). De 1911 à 1920, on enregistrera 293 grèves[1]. Certaines répressions font des centaines de morts. Le mouvement ouvrier s'organise dans les années 1910 avec la création de la Fédération ouvrière régionale du Chili en 1913 et de la branche chilienne de l'Industrial Workers of the World en 1919[2].

En 1920, la crise économique détériore le niveau de vie des classes moyennes, qui se rapprochent politiquement des classes populaires. Cette nouvelle conjoncture aboutit à l'élection d'Arturo Alessandri Palma. Pendant son premier mandat, il mène une politique progressiste : code du travail, établissement de l'impôt sur la rente foncière, institution de la Banque centrale, création des caisses de sécurité sociale, etc. Il doit néanmoins constamment composer avec le Sénat, toujours sous le contrôle des conservateurs, qui tente systématiquement de bloquer ses réformes. Peu avant son retrait du pouvoir, il établit une nouvelle Constitution qui est considérée comme l'avènement d'une véritable démocratie au Chili. Cette Constitution consacre la séparation de l'Eglise et de l'Etat et la liberté religieuse, déclare l'instruction primaire obligatoire, restaure le présidentialisme mais en faisant élire le président au suffrage universel, et surtout proclame que la propriété doit être réglementée de façon à lui assurer une fonction sociale[1].

Le Parti communiste du Chili est fondé en 1922.

Constitution de 1980

Comme le précise la Constitution politique de 1980 (largement amendée depuis cette date), le Chili est un État unitaire, avec un territoire divisé en 13 régions. La nation possède la souveraineté du pouvoir, qui s’exerce à travers l’élection des représentants par suffrage universel ou par référendum.

Le système politique du Chili est la démocratie républicaine. Les trois pouvoirs sont séparés selon la Constitution de 1980, avec par exemple le tribunal constitutionnel, la banque centrale, le Conseil de sécurité nationale.

Le président de la république possède d’importants pouvoirs, comme de désigner des sénateurs, de nommer les ministres ou de déclarer l’état de guerre. En vertu de la Constitution politique de 1980, l’État chilien est divisé entre les trois pouvoirs classiques[3] :

  • le pouvoir exécutif est tenu par le président de la République, élu démocratiquement tous les quatre ans au suffrage universel direct, et qui ne peut pas briguer un deuxième mandat immédiat. Une fois élu, le président désigne un cabinet de ministres, dont le ministre de l’Intérieur ;
  • le pouvoir législatif est représenté par le Congrès national, dont le siège se trouve à Valparaíso depuis le retour de la démocratie en 1990. Il s’agit d’un congrès bicaméral, composé d’un sénat et d’une chambre de députés. Aujourd’hui, il compte quarante-huit sénateurs élus pour huit ans (dont neuf sont désignés par diverses institutions — n’est plus en vigueur selon les modifications de la constitution en 2005 — et un est sénateur à vie après avoir été président du pays) ; et cent-vingt députés élus pour quatre ans. Les parlementaires, sauf ceux de la parenthèse, sont tous élus démocratiquement au système binominal à un tour ;
  • le pouvoir judiciaire connaît des affaires civiles et criminelles. Il est composé d’une Cour suprême, des cours d’appel et des tribunaux de première instance.

Il faut ajouter que les réformes les plus profondes à la Constitution de 1980 ont été récemment promulguées (en ), ce qui est considéré par certains comme la fin de la transition vers la démocratie. Ces réformes perfectionnent la Constitution en supprimant les dits « verrouillages autoritaires », laissés par Pinochet. Quelques réformes sont mises en place :

  • la réduction du mandat présidentiel de six à quatre ans ;
  • le président est habilité pour appeler à la retraite les commandants en chef des forces armées;
  • l’élimination des sénateurs désignés à vie, ce qui a pour effet une réduction du Sénat à trente-huit membres depuis mars 2006. Le système d’élection binominal utilisé pour les législatives et qui, à présent, favorise les deux grands blocs politiques, n’a pas été modifié.

Une autre modification concerne également la possibilité aux enfants de Chiliens (de ceux qui sont nés au Chili et donc Chiliens par le passeport) d’obtenir la nationalité (avoir non plus un titre de voyage mais un véritable passeport chilien), mais pas la citoyenneté (donc la possibilité de voter en cas d’élections). Il faut également tenir compte du fait que, à ce jour, plusieurs dizaines de milliers d’enfants de Chiliens n’étaient jusqu’àlors considérés que comme des non nationaux (reconnus dans certains pays comme apatrides). Dans les projets encore en cours, le droit de vote pour les Chiliens résidant à l’étranger en fait partie.

Climat politique

Vue du Congreso Nacional de Chile.
Congrès National à Valparaíso.

Depuis 1990, le pays connaît une vie démocratique après une interruption de dix-sept ans de dictature militaire.

Il existe une opposition de centre-gauche rassemblée dans une coalition de partis appelée Concertation des partis pour la démocratie (Concertación), qui regroupe la Démocratie chrétienne (DC), le Parti socialiste (PS), le Parti radical social-démocrate (PRSD) et le Parti pour la démocratie (PPD). Il y a également une opposition plus à gauche, Juntos Podemos Más, qui associe le Parti communiste (PC) et des partis humanistes et écologistes, qui n’ont pas de représentation au Congrès.

Les principaux blocs politiques se sont constitués au milieu des années 1980 et sont devenus officiels pour le référendum de 1988 qui a mis fin à la pérennité du régime militaire d'Augusto Pinochet et entamé une transition vers la démocratie. L’année suivante, chaque bloc a conservé son unité afin d’aborder l’élection présidentielle et chaque coalition a présenté un candidat. Depuis alors, malgré les problèmes qui surgissent de temps en temps à l’intérieur des blocs, le panorama politique n’a pas beaucoup changé.

Palais de La Moneda, le palais présidentiel.

Le , la socialiste et candidate de la Concertación Michelle Bachelet est arrivée en tête du premier tour de la présidentielle avec 45,96 % des voix devant le candidat du parti de la Rénovation nationale, Sebastián Piñera (25,41 %), de l'Union démocrate indépendante et ancien maire de Santiago, Joaquín Lavín (23,23 %), et celui de l’extrême-gauche, Tomás Hirsch (5,40 %)[4]. Le 15 janvier suivant, Bachelet remporte le scrutin avec 53,5 % des suffrages. Les électeurs ont aussi élu cent vingt députés et vingt sénateurs sur trente-huit sièges, supprimant au passage les postes de sénateurs à vie créés par le général Pinochet. La Concertation a remporté plus de 54 % des sièges de députés et 57 % des sièges de sénateurs, s’assurant la majorité dans les deux chambres.

Le , le candidat de la Coalition pour le changement (droite et centre droit), Sebastián Piñera, arrive en tête de l'élection présidentielle avec 44,06 % des suffrages. Le candidat de la Concertación, l'ancien président Eduardo Frei Ruiz-Tagle n'en n'obtient que 29,60 %, et le candidat dissident issu des socialistes, Marco Enríquez-Ominami, rassemble 20,14 % des voix. Le , Sebastián Piñera est élu président de la République avec 51,61 % des suffrages[5]. Il met ainsi fin à 20 ans de pouvoir de centre gauche. Sa coalition remporte aussi la majorité à la chambre basse du parlement.

En , la présidente Michelle Bachelet fait adopter un changement de la loi électorale qui en termine notamment avec le système binominal et favorise les petites listes. Selon l'institut de sondage Mori, cette loi « a mis fin à un système électoral unique au monde, imposé par Pinochet pour favoriser la droite et empêcher la coalition de centre-gauche de mener des réformes après le retour de la démocratie »[6].

Le vote obligatoire, qui avait été abandonné en 2012, a été réintroduit en 2022 alors que l’abstention touchait un tiers du corps électoral. Le politologue Rodrigo Medel explique qu'un « consensus s’est formé pour y revenir. La droite le souhaitait car elle était diminuée par son incapacité à canaliser l’“estallido social” de 2019. La gauche aussi, parce que le vote volontaire n’avait pas résorbé les différences de classes – les communes riches votant bien plus que les pauvres ». Selon les sondages, cette mesure aurait plutôt tendance à favoriser l’extrême droite, les anciens abstentionnistes étant généralement mécontents de la classe politique traditionnelle, et en raison du contexte d'immigration de masse[7].

Médias

La totalité des journaux nationaux appartiennent à l’homme d’affaires Agustín Edwards, dirigeant du groupe El Mercurio, ou au banquier Alvaro Saieh, qui dirige le Consorcio periodístico de Chile SA (Copesa)[8].

Partis politiques

Mouvements politiques

Congrès national

Composition à la suite des élections parlementaires du 16 novembre 2025 au Congrès national :

Davantage d’informations Alliance et partis, Voix ...
Résultats préliminaires[9]
(99,96 % des bureaux de vote comptabilisés)
Répartition des sièges à la Chambre des députés par partiRépartition des sièges à la Chambre des députés par coalition
Alliance et partis Voix % +/- Sièges +/-
Front large[a] (FA) 799 617 7,54 en diminution 4,36 17 en diminution 6
Parti socialiste (PSC) 579 378 5,47 en augmentation 0,04 11 en diminution 2
Parti communiste (PCCh) 531 657 5,02 en diminution 2,33 11 en diminution 1
Parti démocrate-chrétien (PDC) 448 721 4,23 en augmentation 0,05 8 en stagnation
Parti pour la démocratie (PPD) 425 571 4,02 en augmentation 0,18 9 en augmentation 2
Parti libéral (es) (PL) 235 693 2,22 en augmentation 0,70 3 en diminution 1
Parti radical (PR) 222 945 2,10 en augmentation 0,34 2 en diminution 2
Total Unité pour le Chili (UpCh) 3 244 272 30,60 en diminution 5,38 61 en diminution 10
Parti républicain (PRCh) 1 408 388 13,28 en augmentation 2,74 31 en augmentation 17
Parti national libertarien (PNL) 672 250 6,34 Nv 8 en augmentation 8
Parti social-chrétien[b] (PSC) 359 110 3,39 en augmentation 2,75 3 en augmentation 2
Total Changement pour le Chili (CpCh) 2 439 748 23,01 en augmentation 11,83 42 en augmentation 27
Union démocrate indépendante (UDI) 885 008 8,35 en diminution 2,27 18 en diminution 5
Rénovation nationale (RN) 859 028 8,10 en diminution 2,85 13 en diminution 12
Évolution politique (EVO) 277 936 2,62 en diminution 0,88 2 en diminution 2
Démocrates (DEM) 210 224 1,98 Nv 1 en augmentation 1
Total Chili grand et uni (CGyU) 2 232 196 21,05 en diminution 4,02 34 en diminution 18
Parti du peuple (PDG) 1 270 364 11,98 en augmentation 3,53 14 en augmentation 8
Fédération régionaliste verte sociale (FRVS) 455 689 4,30 en augmentation 2,60 2 en stagnation
Action humaniste (AH) 279 305 2,63 Nv 1 en augmentation 1
Total Verts, régionalistes et humanistes (VRyH) 734 994 6,93 en augmentation 5,23 3 en augmentation 1
Parti humaniste (PH) 197 696 1,86 en diminution 1,23 0 en diminution 3
Égalité (PI) 79 071 0,75 en diminution 1,26 0 en stagnation
Total Gauche écologiste populaire animaliste et humaniste (IEPAH) 276 767 2,61 en diminution 2,49 0 en diminution 3
Parti écologiste vert (PEV) 87 996 0,83 en diminution 4,00 0 en diminution 2
Jaunes pour le Chili (ApC) 87 117 0,82 Nv 0 en stagnation
Parti de l'alliance verte populaire (PAVP) 68 930 0,65 Nv 0 en stagnation
Parti des travailleurs révolutionnaires (PTR) 64 533 0,61 en diminution 0,20 0 en stagnation
Parti populaire (PP) 23 320 0,22 Nv 0 en stagnation
Indépendants (Ind.) 73 078 0,69 - 1 -
Votes valides 10 603 315 79,99
Votes blancs 948 878 7,16
Votes nuls 1 704 235 12,86
Total 13 256 428 100 - 155 en stagnation
Abstentions 2 361 739 15,12
Inscrits / participation 15 618 167 84,88
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Davantage d’informations Alliance et partis, Voix ...
Résultats préliminaires[10]
Répartitions des sièges par parti au SénatRépartition des sièges par coalition au Sénat
Alliance et partis Voix % Sièges +/-
Total
avant
En jeux Élus Total
après
Parti communiste (PCCh) 257 212 8,33 2 0 1 3 en augmentation 1
Parti socialiste (PSC) 222 083 7,19 7 3 3 7 en stagnation
Front large (FA) 154 178 5,00 1 1 2 2 en augmentation 1
Parti pour la démocratie (PPD) 146 813 4,76 6 4 2 4 en diminution 2
Parti démocrate-chrétien (PDC) 93 468 3,03 3 2 2 3 en stagnation
Parti libéral (es) (PL) 74 918 2,43 0 0 1 1 en augmentation 1
Parti radical (PR) 45 263 1,47 0 0 0 0 en stagnation
Total Unité pour le Chili (UpCh) 993 935 32,21 19 10 11 20 en augmentation 1
Parti républicain (PRCh) 531 862 17,23 0 0 5 5 en augmentation 5
Parti national libertarien (PNL) 171 143 5,54 0 0 1 1 en augmentation 1
Parti social-chrétien (PSC) 80 113 2,60 1 1 0 0 en diminution 1
Total Changement pour le Chili (CpCh) 783 118 25,37 1 0 6 6 en augmentation 5
Rénovation nationale (RN) 429 505 13,91 11 6 4 9 en diminution 2
Union démocrate indépendante (UDI) 230 561 7,47 9 4 0 5 en diminution 4
Démocrates (DEM) 78 047 2,53 2 1 1 2 en stagnation
Évolution politique (EVO) 11 217 0,36 3 1 0 2 en diminution 1
Total Chili grand et uni (CGyU) 749 330 24,27 25 12 5 18 en diminution 6
Parti du peuple (PDG) 324 700 10,52 0 0 0 0 en stagnation
Fédération régionaliste verte sociale (FRVS) 80 049 2,59 2 0 1 3 en augmentation 1
Action humaniste (AH) 42 899 1,39 0 0 0 0 en stagnation
Total Verts, régionalistes et humanistes (VRyH) 122 948 3,98 2 0 1 3 en augmentation 1
Parti écologiste vert (PEV) 21 325 0,69 0 0 0 0 en stagnation
Parti humaniste (PH) 9 790 0,32 0 0 0 0 en stagnation
Égalité (PI) 4 834 0,16 0 0 0 0 en stagnation
Total Gauche écologiste populaire animaliste et humaniste (IEPAH) 14 624 0,48 0 0 0 0 en stagnation
Parti de l'alliance verte populaire (PAVP) 9 705 0,31 0 0 0 0 en stagnation
Parti populaire (PP) 2 165 0,07 0 0 0 0 en stagnation
Indépendants (Ind.) 64 784 2,10 3 0 0 3 en stagnation
Votes valides 3 086 634 82,71
Votes blancs 242 994 6,51
Votes nuls 402 360 10,78
Total 3 731 988 100 50 23 23 50 en stagnation
Abstentions 646 952 14,77
Inscrits / participation 4 378 940 85,22
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Notes et références

Annexes

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