Pont de Messine

projet de pont suspendu entre la Sicile et l'Italie continentale From Wikipedia, the free encyclopedia

Le pont de Messine est un projet de pont suspendu sur le détroit de Messine, en Italie, qui sépare la pointe de la « botte » italienne, en Calabre, et la Sicile, entre Villa San Giovanni, d'une part, et Messine, d'autre part.

Faits en bref Géographie, Pays ...
Pont de Messine (projet)
Coupe longitudinale du futur Pont de Messine, un des plus grand pont suspendu
Coupe longitudinale du futur Pont de Messine, un des plus grand pont suspendu
Géographie
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Commune(s) Villa San Giovanni (Calabre)
Messine (Sicile)
Coordonnées géographiques 38° 14′ 51″ N, 15° 38′ 20″ E
Fonction
Franchit Détroit de Messine
Fonction Routier & Ferroviaire
Caractéristiques techniques
Type Pont suspendu
Longueur 3 666 m
Portée principale 3 300 m
Largeur 60,4 m
Hauteur 399 m
Hauteur libre 72 m
Matériau(x) acier & béton
Construction
Construction Projet début des travaux 2024
Mise en service 2032
Concepteur Stretto di Messina
Entreprise(s) Groupement Impregilo
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Pont de Messine (projet)
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Vue satellite du détroit de Messine

D'une portée unique de 3 660 mètres, qui est exactement la distance du détroit et 60 mètres de largeur, il doit battre la plupart des records en matière de ponts, en particulier celui du pont du détroit des Dardanelles. Ouvrage multifonctionnel, il doit permettre de relier les réseaux routier (140 000 véhicules attendus par jour) et ferroviaire (200 trains attendus par jour) de part et d'autre du détroit.

Histoire

Histoire ancienne

Le projet d'établir un lien entre la Sicile et le continent remonte à l'époque romaine. Selon les récits de Strabon et Pline l'ancien, le consul Lucius Caecilius Metellus, victorieux de la bataille de Panormus en 251 av. J.-C., aurait disposé un alignement de barques à travers le détroit pour acheminer vers Rome les éléphants de guerre pris aux Carthaginois[1].

En an 800, lorsque l'empereur Charlemagne arrive en Calabre, il demande à ses hommes de construire une série de ponts flottants.

En 1130, Roger II, roi des Pouilles, Sicile et Calabre, à partir de 1130, ordonne à ses ingénieurs d'étudier une liaison entre les parties de son royaume : en pratique, première étude de faisabilité du pont. Mais le souverain meurt à Palerme en 1154.

XIXe siècle

En 1866, sous le gouvernement de Bettino Ricasoli, le ministre des travaux publics Stefano Jacini confie à l'ingénieur Alfredo Cottrau la tâche d'étudier la construction d'un pont. Mais un autre ingénieur, Carlo Navone, essaie de convaincre le ministre qu'il serait préférable de réaliser une liaison sous-marine. À la fin du XIXe siècle, c'est l'idée d'un tunnel qui prévaut[2].

En 1876, Giuseppe Zanardelli, déclare qu’« au-dessus ou au-dessous des vagues, la Sicile doit être unie au continent »[3].

XXe siècle

En 1908, aux premières lueurs du 28 décembre, un tremblement de terre dévastateur, dont l'épicentre se trouve dans le détroit, détruit Reggio Calabria et Messine, faisant 120 000 victimes. Le projet de construction d'un pont ne fera plus parler de lui pendant de nombreuses années.

En 1958, la société publique Gruppo Ponte di Messina est créée, une entreprise dont les actionnaires principaux sont Finsider (filiale de l'IRI, Fiat S.p.A., Italcementi et Pirelli, tandis que l'architecte Armando Brasini (en) conçoit une structure à plusieurs travées, qui repose sur une île artificielle. En 1969, un concours à projet est organisé par le Ministère des Travaux Publics italien et par l'ANAS S.p.A. pour recueillir des idées sur la manière de réaliser le raccordement. 143 projets sont présentés dont certains très extravagants et 12 d'entre eux sont récompensés.

La société de droit public « Stretto di Messina » a été instituée en 1981 pour réaliser, en tant que maître d'ouvrage, les études et la conception d'un projet de lien fixe entre la Sicile et le continent, la construction de l'ouvrage et sa gestion ultérieure. Ses principaux actionnaires, outre les régions de Sicile et Calabre, étaient des entreprises publiques : Fintecna SpA (Finanziaria per i Settori Industriale e dei Servizi), Rete ferroviaria italiana SpA et ANAS (société gestionnaire des routes nationales et autoroutes italiennes). En 1986, la société Stretto di Messina présente trois études de faisabilité : liaison souterraine, pont à une et deux travées. L'Eni, en revanche, propose la construction d'un tube flottant ancré au fond marin, appelé « pont d'Archimède ». En 1992, Bettino Craxi, Président du Conseil, annonce que le pont sera construit, mais l'opération Mani Pulite bloque la réalisation du projet.

XXIe siècle

En 2001, Silvio Berlusconi, Président du Conseil, place la réalisation du pont en tête des priorités de son gouvernement. La société Stretto di Messina actualise le projet préliminaire datant de 1992. Ce projet, dont le coût a été estimé à 4,6 milliards d'euros (valeur 2002), faisait partie des trente projets prioritaires du réseau transeuropéen de transport (TEN) dont la révision a été approuvée le par le Conseil européen. Il a été retiré des priorités européennes le . En 2004, l'appel d'offres international pour la réalisation du projet en entreprise générale (general contractor) est publié au Journal Officiel italien, cinq groupements se portent candidats. Le marché de la construction du pont a été attribué le , à la suite d'un appel d'offres, à un consortium dirigé par la société Impregilo, numéro un italien des travaux publics pour un montant global de 3,88 milliards d'euros. Le consortium est ainsi composé : Impregilo (45 %), Sacyr SA (18,70 %), Società Italiana Condotte d'Acqua (15 %), Cooperativa CMC (13 %), Ishikawajma-Harima Heavy Industries Co. (6,30 %) et Aci Consorzio Stabile du groupe Gavio (2 %). Sa mise en service est initialement prévue pour l'année 2012. Mais en 2006, le gouvernement italien de Romano Prodi renonce au projet.

En 2008, le gouvernement Berlusconi promet que le pont sera réalisé et le financement est annoncé comme réglé en 2009. En 2009, le groupement Eurolink est défini comme l'entreprise générale pour la réalisation du projet qui, selon la Cour des Comptes, a coûté 128,6 millions d'euros entre 1982 et 2005. En , le projet graphique est présenté au public[4]. Il devait coûter 6 milliards d'euros, dont 2,5 financés par la société Stretto di Messina, le maître d'ouvrage. En , l'Assemblée italienne a voté un amendement, présenté par l'opposition, supprimant le financement prévu pour la réalisation de l'ouvrage[5]. En , cette même assemblée décide l'abandon du projet pour cause de rigueur budgétaire[6]. En 2013, le ministère du Patrimoine culturel approuve le projet, mais la société Stretto di Messina est liquidée par le gouvernement d'Enrico Letta. En 2016, le gouvernement présidé par Matteo Renzi déclare qu'après la phase de réformes dont le pays a besoin, il se consacrera aux grands travaux déjà approuvés, à commencer par le pont.

En 2021, le gouvernement de Mario Draghi va dépoussiérer le projet, en confiant aux Chemins de fer de l'État italien, dont l'ANAS S.p.A. fait maintenant partie, une nouvelle étude de faisabilité. En 2022, après les élections législatives remportées par une coalition de droite, le ministre des Infrastructures et des Transports du gouvernement de Giorgia Meloni, Matteo Salvini proclame son intention de commencer les travaux du pont en 2024. Le 16 mars 2023, le Conseil des ministres du gouvernement de Giorgia Meloni confirme que, « sous réserve d'accords », la société Stretto di Messina, mise en sommeil et maintenant réactivée, fixe un nouveau planning de construction du pont, pour lequel le ministre Matteo Salvini attend l'approbation du projet exécutif avant le 31 juillet 2024[7]. La société des chemins de fer italiens FS, l'ANAS S.p.A., les régions Sicile et Calabre et, à hauteur d'au moins 51%, le Ministère de l'Économie et des Finances sont appelés à participer au capital de l'entreprise. Le projet devrait rester celui de 2011, avec les actualisations techniques nécessaires, qui prévoit la construction du pont suspendu le plus long au monde avec une travée centrale unique de 3,2 km de longueur, pour une longueur totale de 3,66 km. L'ouvrage est conçu pour résister à un séisme jusqu'à 7,1 degrés sur l'échelle de Richter. Le gouvernement italien relance en 2024 une étude écologique pour étudier la faisabilité du projet et son impact sur les milieux naturels locaux. Le projet est finalement accepté par le ministère de l'Environnement italien, en 2024, sous réserve de modifications. Les travaux devraient commencer en 2025 et se poursuivre pendant six ans[8]. Le 6 août 2025, le gouvernement de Giorgia Meloni valide le projet, malgré de nombreuses oppositions[9], en considérant que son financement prendra place dans la part non militaire de l'engagement pris par l'Italie vis-à-vis de l'OTAN d'augmenter son budget de défense[10],[11].

Caractéristiques techniques

Maquette d'un tronçon du pont de Messine utilisée dans la soufflerie de l'école Politecnico di Milano
  • Type de pont : pont suspendu
  • Longueur totale : 5 070 m
  • Portée principale : 3 300 m
  • Largeur du tablier : 70 m
(six voies autoroutières, deux voies ferroviaires)
  • Hauteur des piles : 382,6 m
  • Coût total prévisionnel : 6 milliards d'euros.
  • Péage prévisionnel : 8  (voiture particulière), 80  (autocar), 50 à 63  (camion)
  • Capacité : 6 000 véhicules par heure, 200 trains par jour

Défis techniques

Parmi les défis à relever, outre la portée unique sans pile intermédiaire dans la mer qui impose des dimensions exceptionnelles, figurent le risque sismique très élevé dans la région et le vent. Par conception, il est prévu pour résister à des vents de 216 km/h et à des séismes de magnitude 7,1.

Schéma en élévation du pont

Controverse

En , des manifestations de partis de gauche et écologistes ont dénoncé le coût et les risques pour l'environnement. Refusant le début même des travaux, ils militent pour l'investissement des sommes dans la rationalisation des transports actuellement déficients en Sicile et en Calabre[10].

Se posent également des problèmes écologiques liés à l'équilibre d'une zone sauvage comprenant plus de 300 espèces d'oiseaux : la commission européenne a accusé le l'Italie d'avoir fait preuve de légèreté lors de l'étude d'impact du projet sur l'environnement[12],[13].

Notes et références

Liens internes

Liens externes

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