Pornographie

représentation d'actes sexuels dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique From Wikipedia, the free encyclopedia

La pornographie est la « représentation complaisante — à caractère sexuel — de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique », cette représentation explicite d'actes sexuels finalisés ayant pour but de susciter de l'excitation sexuelle[1].

Le film Gorge profonde sorti en 1970, dont les conditions de production sont controversées, marque le début de l'âge d'or du genre pornographique.

Bien que le terme de pornographie s'applique à toute production culturelle ayant pour objectif l'excitation du spectateur, la perception d'aujourd'hui par le grand public se confond avec celle des films pornographiques et particulièrement avec la pornographie sur Internet. L'actrice Tiffany Hopkins définit la pornographie comme « avant tout un objet de divertissement qui a pour finalité la masturbation[2],[3] ».

Une immense industrie de consommation de la pornographie apparaît grâce à l'utilisation des cassettes vidéos, des DVD, puis d'Internet.

La pornographie amateur devient également très populaire et se distribue via Internet.

Difficultés de définition et de délimitation

Étymologie

Apparu au siècle des Lumières, le mot « pornographie » désignait alors plus spécifiquement les études concernant la prostitution. Cette définition se retrouve dans son étymologie, le mot pornographie dérivant du grec ancien πορνογράφος / pornográphos, lui-même un dérivé de πόρνη / pórnê signifiant « prostituée la moins respectée » et de γράφω / gráphô, qui signifie « peindre », « écrire » ou « décrire ». On le dérive sous les termes porno (abréviation française), et porn (abréviation anglo-américaine)[4],[5].

Pornographie et érotisme

Ce qui est érotique pour l’un peut relever de la pornographie pour l’autre, selon les époques, les cultures ou les sensibilités individuelles. André Breton avait pour formule : « La pornographie, c’est l’érotisme des autres »[6], devenue classique pour mettre en avant l'aspect voyeuriste de la pornographie. Cette observation souligne d’emblée le caractère éminemment contextualisé et moralement fluctuant de la distinction entre érotisme et pornographie. Pour la professeure en sciences du langage Marie-Anne Paveau, la pornographie est « une affaire de réception, de regard, voire d’imagination »[4]. Autrement dit, elle ne réside pas seulement dans les œuvres elles-mêmes, mais dans la manière dont elles sont perçues. Elle constitue ainsi une : « construction, par les mots et/ou les images, plus ou moins sophistiquée […], une activité de représentation du rapport sexuel, représentation directe et explicite »[4]. Si la nudité en est souvent un élément, elle n’en est ni la condition suffisante ni le critère déterminant; la pornographie serait avant tout un cadrage intentionnel orienté vers l’excitation et la mise en scène explicite des organes ou des actes sexuels. En 1972, la journaliste et documentariste Gloria Steinem, propose une définition basée sur le vécu des protagonistes :

« Le premier est érotique : une expression sexuelle mutuellement agréable, entre des personnes qui ont suffisamment de pouvoir pour être là par choix positif. Il peut ou non susciter un souvenir sensoriel chez le spectateur, ou être suffisamment créatif pour que l'inconnu semble réel, mais il ne nous oblige pas à nous identifier à un conquérant ou à une victime. Il est véritablement sensuel et peut transmettre un plaisir contagieux.

Le second est pornographique : son message est violence, domination et conquête. C'est le sexe utilisé pour renforcer une certaine inégalité, pour en créer une, ou pour nous dire que la douleur et l'humiliation sont en réalité synonymes de plaisir. Si nous voulons ressentir quelque chose, nous devons nous identifier au conquérant ou à la victime. Cela signifie que nous ne pouvons éprouver du plaisir qu'en adoptant un certain degré de sadisme ou de masochisme. Cela signifie également que nous pouvons nous sentir diminués par le rôle de conquérant, ou enragés, humiliés et vengeurs en s’identifiant à la victime.

On pourrait peut-être simplement dire que l'érotisme concerne la sexualité, et que la pornographie concerne le pouvoir et le sexe-comme-une-arme, de la même manière que nous devons comprendre que le viol concerne la violence, et pas du tout la sexualité[7]. »

La philosophe, Michela Marzano quant à elle, insiste sur une différence fondamentale entre érotisme et pornographie :

« Là où l'érotisme est un récit — en images ou en mots — du désir qui pousse un être à la rencontre de l'autre, la pornographie […] ne vise jamais à raconter une histoire et représente des individus qui ne se reconnaissent pas comme sujets de leur désir[8]. »

L’érotisme, plus narratif et relationnel, s’inscrit historiquement dans des formes artistiques, alors que la pornographie se présente davantage comme un dispositif technique centré sur la performance sexuelle, déconnecté du contexte relationnel ou symbolique. Depuis les années 1970, la pornographie, assimilée dans le grand public à la production de films X, évolue dans un espace ambigu, à la fois défendu par des contre-cultures et simultanément critiquée comme une industrie du sexe structurée par des logiques marchandes, proches du proxénétisme et marquée par des réseaux de pouvoir très inégalitaires, voir mafieuse[9],[10]. Les travaux féministes (MacKinnon, Dworkin, Jeffrey) et socio-anthropologiques (Gail Dines ; Paasonen ; Nikolas Rose) ont montré combien cette industrie repose sur une dissymétrie structurelle entre hommes et femmes, tant du point de vue de la production que de la réception : acteurs masculins valorisés, corps féminins instrumentalisés, sexualité hétérocentrée, scénarios répétitifs centrés sur la domination masculine[11],[12],[13],[14],[15].

Cette dissymétrie rapproche la pornographie contemporaine de la logique prostitutionnelle, non seulement dans la manière de représenter le corps féminin mais aussi dans les formes d’exploitation physique, psychique et économique qu’elle peut impliquer [11],[16],[10]. À l’inverse, certains publics, comme les naturistes ou les biologistes, peuvent accepter la représentation du corps nu en dehors de toute intention sexuelle, tout en refusant la représentation explicite de l’acte sexuel. Ce refus peut s’expliquer par la pudeur, mais aussi par l’association culturelle persistante entre sexualité et intimité ou par une question morale liée à l’exposition publique de l’acte sexuel : ce qui leur paraît dégradant n’est pas le sexe, mais le fait de se livrer au regard lubrique d’autrui, devenant ainsi un simple instrument de satisfaction. Dans ces contextes, la pornographie est assimilée à l’obscénité, la vulgarité ou l’instrumentalisation du corps. Les recherches contemporaines en psychologie du trauma[17],[18],[19] ont d’ailleurs montré que certaines représentations sexuelles explicites, surtout lorsqu’elles reproduisent des schémas de domination ou de violence, peuvent réactiver des blessures psychiques antérieures, soulignant que la réception d’une image n’est jamais neutre mais s’inscrit dans une histoire corporelle et affective.

Champs de représentations

On trouve des représentations explicites d’actes sexuels dans la quasi-totalité des sociétés humaines depuis la Préhistoire[20] . Leur fonction demeure cependant difficile à interpréter : on les a souvent associées — parfois hâtivement — à des rites de fécondité, de l’Antiquité au Moyen Âge, mais ces hypothèses, faute de preuves décisives, restent largement spéculatives. Les recherches récentes en anthropologie rappellent qu’il est méthodologiquement périlleux de projeter nos catégories sexuelles sur des cultures où la sexualité n’était peut-être ni individualisée ni séparée du religieux, du politique ou du cosmologique[21].

Selon les sociétés, la représentation de la sexualité obéit à des normes très différentes, qui reflètent les conceptions locales de la sexualité elle-même. Les célèbres sculptures érotiques des temples de Khajurâho, intégrées dans un programme religieux complexe[22], n’avaient certainement pas le même statut que les photographies pornographiques vendues clandestinement dans les villes occidentales du XIXe siècle. Le simple fait de comparer ces objets montre que la définition de la « pornographie » n’est pas universelle : elle varie selon les contextes culturels, les régimes de visibilité et les systèmes de valeurs. Ainsi, certaines sculptures médiévales[23], y compris sur des cathédrales, paraissent aujourd’hui obscènes, mais elles remplissaient alors des fonctions morales, satiriques ou apotropaïque qui excèdent largement notre rapport contemporain à la nudité.

La représentation pornographique est également conditionnée par les techniques disponibles. Les œuvres du marquis de Sade s’inscrivent dans la tradition littéraire des Lumières ; elles constituent à la fois un prolongement et une transgression extrême en mélangeant pornographie, torture et nécrophilie, souvent avec des enfants. Les gravures qui les illustrent utilisent des procédés visuels courants à l’époque[24], l’histoire de la pornographie n’est pas seulement une question de contenu mais aussi de dispositif technique et de société qui l’organise.

Avec l’avènement de la photographie, puis du cinéma, de la vidéo et d’internet, la pornographie acquiert une diffusion inédite. Comme l’avait anticipé Walter Benjamin avec la notion de « reproduction technique », la démultiplication des images transforme leur statut social[25]. Une fois en ligne, un film pornographique de viol ou de tout autre genre, est difficilement supprimable[26], ce qui questionne le regard de la société sur ces images, le rapport personnel à l’image de soi et le droit à l’anonymat. Le réalisme photographique, surtout, bouleverse la perception de la pornographie : alors que la littérature ou la peinture étaient toujours filtrées par l’imaginaire, la photographie, même mise en scène, donne à voir quelque chose « qui a été », pour reprendre les termes de Roland Barthes dans La Chambre claire[27]. Cette dimension confère aux images pornographiques une puissance affective et idéologique bien plus marquante que celle des représentations pré-modernes. La nouvelle pornographie mainstream, conjuguée à son accessibilité massive, explique à la fois son expansion et les controverses qui l’accompagnent. Les débats portent aujourd’hui sur de nombreux aspects, les conditions de production : le sort des actrices (contraintes économiques, emprise, reproduction traumatique, droit à l’oubli)[28],[29], l’exploitation d’enfants[30],[31], les algorithmes de diffusion[32] ; sur les répercussions socio-psychologiques : sur la santé des personnes directement impliquées (trois fois plus d’overdoses, de depressions, et de violences conjugales)[10], sur les consommateurs (addictions, escalade de la violence, stéréotypes sexistes, revenge porn…) ; et sur l’ensemble de la société : données personnelles[33],[34], sexualisation des médias[35], augmentation des agressions[36], flux économiques opaques[37], liens avec le crime organisé[38],[39], pornographie deepfake[40] et pédopornographie générée par IA[41].

En 2025, les débats sur la pornographie ne se limitent plus à la liberté d’expression ou au goût personnel : ils interrogent les valeurs autour desquels nous souhaitons faire société, les structures sociales de la sexualité, les mécanismes de domination et les impacts psychiques de représentations massivement diffusées[42]. Les recherches en psychologie du trauma (Judith Herman[19], Bessel van der Kolk[18], Muriel Salmona[17]) soulignent que ces images, peuvent être aussi traumatisantes à produire qu'à regarder. En comparaison, les séries pornographiques de l’art antique comme les estampes japonaises, fresques romaines, sculptures hindoues, bien qu’elles se placent dans un contexte où les femmes n’avaient que peu de droits à disposer de leur corps[21], suscitent moins de controverses, précisément parce qu’elles n’impliquent pas des personnes identifiables et vivantes, intégrées dans des rouages économiques[39].

Histoire

Antiquité

Couple ayant un rapport sexuel. Peinture murale, à Pompéi.

Dans la mythologie grecque, les récits sexuels sont nombreux, y compris les récits de viol et d'inceste. Ce terreau culturel a été un soutien de la culture pédérastique[43]. La banalisation du viol dans la mythologie grecque est un des révélateurs de la misogynie des sociétés hellénistes[44],[21] ayant fourni la base étymologique du mot porno.

Des images pornographiques sont diffusées dans tout l’Empire romain[45]. Elles sont présentées aux yeux de tous sans aucune censure. Elles sont aussi bien moulées sur des céramiques sigillées que peintes à l'intérieur des riches villas aristocratiques et des lupanars afin de distraire une noblesse avide de licencieuses représentations. Cet art contribue à rappeler les interdits tout en faisant rire par d'odieuses situations[46].

En Chine, une riche littérature existe et de nombreux artefacts (peintures et sculptures) montrent une liberté de représentation de la sexualité. En Inde également, la culture a produit de nombreuses représentations d'actes sexuels notamment à l'extérieur des temples, car la culture valorisait la sexualité dans sa dimension « sacrée » (voir à ce sujet l'article sur le Tantrisme).

Une illustration du Kamasutra.

Renaissance

En 1533, Pantagruel de Rabelais a été condamné comme ouvrage « obscène » par la Sorbonne[réf. souhaitée]. Cette condamnation portait sans doute moins sur l'obscénité du livre que sur son esprit général (que l'on peut qualifier de carnavalesque), trop éloigné des enseignements de l'Église. L'œuvre de Rabelais témoigne en outre d'une mentalité pour laquelle la sexualité faisait encore pleinement partie de la vie humaine et n'était pas considérée comme un sujet « tabou », interdit à la représentation et au discours commun. À cette époque, une catégorie comme la « pornographie » était en fait inconnue, et l'accusation d'obscénité visait beaucoup plus des comportements que des représentations (écrites ou graphiques). C'est aussi l'époque où l'on redécouvre l'Antiquité et le nu qui n'est pas considéré comme obscène.

Les guerres de religion qui déchirent peu après l'Europe et le mouvement de la Contre-Réforme qui va s'ensuivre modifient cependant profondément les mœurs de l'époque : d'une part, la dévalorisation de la « chair » dans ce contexte de religiosité exacerbée sera générale au XVIe siècle et au XVIIe siècle, tandis que le clergé cherchera à contrôler les comportements les plus intimes des fidèles (par l'entremise de la confession notamment). C'est également à cette époque que naissent en réaction les premiers textes libertins[N 1] qui, s'inscrivant dans la modernité opposent la vérité de nature aux doctrines religieuses et aux dogmes. Si les représentations pornographiques ne sont pas prioritairement visées, elles sont les victimes de ce climat général de « puritanisme » (au sens courant du terme) qui s'installe en Europe : c'est alors qu'on repeint des feuilles de vigne sur les fresques de Michel-Ange au Vatican.[réf. nécessaire]

Époque classique

C'est à l'époque de la Réforme et de la Contre-Réforme que l'on situe la distinction occidentale entre ce qui serait « érotique » (le nu artistique, par exemple) et ce qui serait « pornographique », c'est-à-dire illicite et condamné à la clandestinité (même si ce ne sont pas les termes employés à l'époque classique). La contrainte exercée sur les mœurs fait donc à ce moment de la pornographie un exercice de liberté et de subversion[47].

C'est le cas notamment en France avec l'expansion de la littérature libertine au XVIIIe siècle avec des auteurs aussi différents que Diderot (Les Bijoux indiscrets), Crébillon fils (Le Sopha, conte moral, Les Égarements du cœur et de l'esprit), Fougeret de Monbron (Margot la ravaudeuse), et bien d'autres auteurs aujourd'hui oubliés[48]. Les œuvres du marquis de Sade constituent l'aboutissement extrême de la littérature pornographique, dont il donne une version particulièrement noire et cruelle : le « sadisme » de l'auteur va jusqu'à la torture et au meurtre joint au viol d'hommes, de femmes et d'enfants. En Angleterre, Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir de John Cleland appartiennent à la même tradition « libertine ».

Un auteur pornographique d'une grande prolixité (neuf œuvres totalisant 2000 pages) fut André-Robert Andréa de Nerciat (1739-1800). Sa philosophie érotique est aux antipodes de celle encore timorée de Crébillon fils[réf. souhaitée] et de celle transgressive et cruelle du marquis de Sade[49]. En réalité, son œuvre élabora une sexualité solaire, heureuse, joyeuse, humoristique[réf. souhaitée]. Félicia ou Mes Fredaines, Les Aphrodites, Le Diable au corps mettent en scène ses personnages lubriques, faussement innocents, retors et malins (la comtesse de la Motte-en-feu, Madame Durut, l'abbé Cudard) dans des situations burlesques, pleines de vivantes audaces scéniques[50].

XIXe siècle

Illustration du roman Gamiani attribué à Alfred de Musset.

Le XIXe siècle européen se caractérise par une généralisation du climat de « puritanisme » instauré par l‘ère victorienne envers les femmes mariées, mais pas envers les hommes, libres d'user des femmes pour assouvir leurs pulsions puisque la prostitution prospère, en 1887, environ 80 000 femmes sont prostituées pour la seule ville de Londres[5]. Ce puritanisme hypocrite va s’étendre aux valeurs dites « bourgeoises », marqué par le développement des maladies vénériennes et de la censure d'œuvres d'art ; les poursuites qu'exerce la justice Française en 1857 contre Gustave Flaubert pour son roman Madame Bovary et Charles Baudelaire pour son recueil de poèmes Les Fleurs du mal en sont les exemples les plus célèbres (Flaubert est acquitté, Baudelaire condamné). Ce siècle est particulièrement répressif en matière de pornographie : la décence impose des limites très strictes à toute représentation sexuelle, et la moindre transgression suscite le scandale, comme c'est le cas par exemple avec l'Olympia d'Édouard Manet ou Madame Bovary de Gustave Flaubert (même si l'écrivain réaliste, contrairement à Baudelaire, n'est pas condamné). C'est au début du XIXe siècle que se constitue le célèbre Enfer de la Bibliothèque nationale de Paris, qui rassemble les ouvrages offensant la « pudeur ».

Derrière cette prudence, le mot « pornographie » commence à prendre un sens contemporain : celui d'un désir caché et refoulé qui va commencer à s'inscrire clandestinement dans des écrits, des photographies, des lieux. Certaines œuvres sont aujourd'hui encore célèbres (par exemple Gamiani ou Deux nuits d'excès attribué de façon hypothétique à Alfred de Musset, ou bien l'œuvre gravée de Félicien Rops). Le personnage de la prostituée devient ainsi l'un des grands archétypes littéraires et artistiques du XIXe siècle, à cette période l'écrivain français Victor Hugo, notait dans ses carnet le nom des prostituées parfois mineures dont il achetait ou volait le consentement[51]. C'est également l'époque où s'inventent des rituels sexuels occultes qui se confondent avec la démonologie, le viol, la prostitution infantile et la pornographie, à l'instar des expériences de violences sexuelles menées par Aleister Crowley. Les jeux de ces « messieurs » dans les « bordels » et le rapport à la « servante » constituent l'archéologie de la ménagère et du fantasme bourgeois[52] qui s'assumera de plus en plus en fin de siècle avec les spectacles de théâtres et cabarets de Montmartre, comme ceux du Moulin-Rouge.

Début du XXe siècle

La grande épidémie de pornographie par Albert Robida, parue dans Le Courrier français, fin XIXe siècle.

La littérature « pornographique » émerge néanmoins progressivement dans l'espace public à partir de la fin du XIXe siècle et au XXe siècle. Un fait particulièrement marquant est la création en 1893 par Eugène de Budé du Bureau international contre la littérature immorale, qui entraine l'organisation à Berne en 1897 par des philanthropes majoritairement protestants d'un premier congrès international ciblant la « littérature immonde », et enfin, l'ouverture à Paris le 21 et 22 mai 1908, du Congrès international contre la pornographie, regroupant une cinquantaine d'associations ou ligues de moralité européenne : les organisateurs annoncent clairement leurs intentions, mettant en œuvre la défense des « États civilisés contre l'ordure », considérant que « l'Europe est en danger », et appelant à réprimer « l'écrit obscène qui menace tous les peuples ». Sont en première ligne de mire, la presse dite « grivoise », qui pullule depuis les années 1890, et pas seulement en France, ses illustrations, son prix d'achat peu élevé, sa présence dans les kiosques, et le fait que de plus en plus de monde, en ville comme à la campagne, y a accès. Ce congrès fait, au passage, le procès du « Paris galant », du Gay Paris, un état d'esprit qui « contamine » toutes les capitales. Le congrès dénonce aussi l'organisation souterraine des producteurs de matériels pornographiques, les catalogues et les envois qui circulent par voie postale, à travers tous les pays : plus besoin de boutique sur rue. Le Royaume-Uni possède un arsenal juridique efficace, le Post Office Protection Act (1884), qui exige des services postaux une plus grande vigilance ; durant le congrès, ces lois et règlements sont mises en avant, alors que la France et les Pays-Bas n'en connaissent aucune d'équivalente. Des « ligues de vertu », associations bien souvent aux fondements religieux, sont durant ces deux jours mobilisées. En France, leur voix s'expriment à travers l'avocat criminaliste et sénateur René Bérenger (1830-1915), surnommé par certains journaux « le Père la pudeur ». Ce congrès débouche sur un accord international signé le 4 mai 1910 entre tous les pays européens : toutes les services de police unissent leurs efforts afin de luter contre la vente et la diffusion de telles publications[53].

Par ailleurs, non seulement la photographie, mais désormais le cinéma permet de générer nouvelles formes d'images pornographiques « prises sur le vif » et d'un réalisme inédit[54]. Ces images circulent pendant de nombreuses années « sous le manteau » avant d'apparaître progressivement au grand jour. Les pays scandinaves sont les premiers à autoriser la diffusion de telles images, notamment sous couvert d'éducation sexuelle (Je suis curieuse de Vilgot Sjöman, Suède, 1967)[55].

Dans les années 1960, la pornographie tire parti des technologies qui évoluent comme le cinéma, puis dans les années 1980 la cassette vidéo, suivie des DVD à partir de 1995.

« Libération sexuelle »

Le principal obstacle à la pratique libre de la sexualité s'explique par l'opposition des religions[réf. nécessaire], pour lesquelles la sexualité ne doit être accomplie que dans le cadre privé, entre personnes mariées, et pour lesquelles certains actes sexuels sont interdits. La pornographie est définie comme un péché. Mais avec le recul progressif des religions, tout particulièrement en Occident, on commence à assister à une véritable révolution sexuelle. Dans les années 1970, les films pornographiques sont autorisés dans les salles de cinéma en France et dans la plupart des pays occidentaux, même si ceux-ci sont parfois attaqués par différents groupuscules[56]. Diverses restrictions viennent cependant encadrer cette diffusion, en particulier une interdiction générale aux mineurs. En France notamment, une nouvelle loi rend plus difficile la production de films à caractère pornographique, avec le classement « X » qui multiplie les contraintes de diffusion : alors que certains films pornographiques (ou jugés comme tels) étaient jusqu'alors diffusés sur les écrans des cinémas des « Grands Boulevards », cette nouvelle loi taxe fortement les cinémas réputés pornographiques, qui deviennent un secteur « spécialisé » et marginalisé. On assiste ensuite à la disparition quasi totale de ces salles dans les années 1990, conséquence, entre autres, de l'apparition de la cassette vidéo, permettant une consommation à domicile, plus aisée et moins stigmatisante.

Entre les années 1960 et 1980, la « libération sexuelle » s’est confondue avec une montée spectaculaire de la pornographisation de la culture. Dans ce contexte où la sexualité est devenue omniprésente dans différents médias, les études pornographiques se développent et commencent à s'interroger sur les effets sociologiques et psychologiques de cette survalorisation du sexe (ou sexualisation excessive)[57]. Le cinéma pornographique présente, outre les caractéristiques physiques et les comportements hors-norme des acteurs (accentués par les effets de montage), une sexualité qui se focalise sur la génitalité et la performance. Ainsi représentée, la pornographie véhicule de vieux mythes sur la sexualité (domination masculine, orgasmes simultanés, disponibilité sexuelle permanente).

Dans ce sillage, toute sexualité se trouva promue comme intrinsèquement positive. David Cooper, dans Death of the Family (1971), pouvait affirmer : «faire l’amour est bon en soi, et plus on le fait de toutes les façons possibles et concevables, avec autant de personnes que possible, et de plus en plus souvent, mieux c’est» ; position emblématique d’un moment où proliféraient de nouveaux genres de pornographies. La presse, la télévision et les magazines spécialisés exhibaient des représentations de femmes devenues des « multi-orgasmic monsters», soutenus par les recherches scientifiques vantant un clitoris doté de 10 000 terminaisons nerveuses contre 6 000 pour le pénis[5]. Mais dans le porno mainstream, l’orgasme féminin, pourtant déterminant pour la satisfaction mutuelle du couple[58], est relégué au second plan , les femmes apparaissent avant tout comme supports du plaisir masculin, tenuent d’endurer avec plaisir, outrages, insultes, violences physiques ou sexuelles[59]. À la place de l’ancien interdit de jouir, les femmes héritent d’une obligation de jouir quelques soient les humiliations. Montrer de l’enthousiasme pour n’importe quel acte sexuel devient un impératif. Or, comme le rappellent les analyses, toute excitation sexuelle n’est pas forcément positive, elle peut être forcée ou liée à l’humiliation[13],[17] et à des formes de répétition traumatique[60], comme l’illustrent les catégories porno viol ou inceste. En France, de telles représentations heurtent directement les principes posés par l’article 16 du Code civil, qui est censé garantir le respect du corps humain et de sa dignité[61].

D'après Laurie Penny, journaliste et écrivaine anglaise :

« La prétendue libération sexuelle de la génération de nos parents et de nos grands-parents a échoué, et dramatiquement, parce qu’on a cru qu’on pouvait se libérer sexuellement sans s’attaquer à la suprématie masculine et à la violence sexiste »[62]

Parallèlement, des sexologues en vogue des années 1960, William Masters et Virginia Johnson, soutenaient que la moitié des difficultés conjugales provenaient de la réticence des femmes ou du fait qu’elles exprimaient trop de limites; il revenait donc à ces dernières, selon eux, de prendre en charge la réussite sexuelle du couple[5]. Cette vision entérine une véritable injonction à la disponibilité sexuelle, comparable à ce que Simone de Beauvoir observait dans ses Cahiers, écrivant que les femmes sont poussées à « coucher avec n’importe qui ». Dans Les Joies du sexe (1972), Alex Comfort prétendait défendre la liberté, tout en transformant la sexualité féminine en charge supplémentaire : être toujours prête et toujours montrer son plaisir, sans quoi « il irait voir ailleurs », obligeant les femmes à s’adapter aux attentes masculines plutôt qu’à leurs propres désirs[5]. La pornographie a renforcé ce processus en imposant les stéréotypes de l’homme dominant et des femmes masochistes qui apprécient être insultées, ligotées, frappées ou forcées « violer est viril et d’ailleurs elles aiment ça »[5],[16]. Dans cette perspective, la pire dégradation est présentée comme la plus grande libération[63], et les femmes, déjà exposées depuis des millénaires aux violences sexuelles masculines, sont désormais sommées d’en tirer du plaisir ou un « empouvoirement »[5]. En influençant les codes de la culture visuelle, publicités, musique, clips, médias, l'industrie pornographique fait la promotion d'une sexualité sans limites, et favorise un climat permissif au développement de mouvements pédocriminels structurés[5]: le Paedophile Information Exchange (PIE) au Royaume-Uni, la North American Man/Boy Love Association (NAMBLA) aux États-Unis ; en France, Gabriel Matzneff fut invité par Bernard Pivot tout sourires sur Apostrophes, Serge Gainsbourg chanta lemon inceste, Le Monde publia deux pétitions pro-pédophiles, et Robert Badinter, alors ministre de la Justice, défendit la révision du procès du violeur en série Luc Tangorre, lequel fut gracié par François Mitterrand, et recidiva trois mois après sa sortie de prison[64].

Les femmes exploitées conjointement par l'industrie pornographiques et le proxénétisme mirent en avant une prétendue « porn star experience » pour les clients, et peu à peu, toutes les femmes en situation de prostitutions se virent forcées de reproduire les actes diffusés dans la pornographie[5],[10].

Pour certaines femmes exploitées par l'industrie du sexe, pour les femmes en situation de prostitution, comme pour les adolescentes exposées à la pornographie, la « libération sexuelle » des uns a souvent signifié l’oppression ou l’esclavage des autres[5],[65]. Dès lors, de nombreuses analyses parlent du succès de la contre-révolution sexuelle, où la prétendue libération a servi à consolider l’ordre sexué existant[13],[5],[66].

Développement d'Internet

Le développement d'Internet permet aux contenus pornographiques de se diffuser plus largement encore depuis le début des années 2000, en particulier en permettant de contourner les restrictions de diffusion liées à l'âge qui existent même dans les pays les plus permissifs, ainsi que les restrictions liées aux prix de vente. Le développement des vitesses de connexion permet l'émergence de sites de téléchargement puis de diffusion en « streaming » de vidéo, largement accessible dans les pays occidentaux au milieu des années 2000, ce qui modifie profondément la structure du marché en favorisant une consommation strictement privée de ces productions. La variété des sites à caractère pornographique est grande, allant de pages très chargées en images et en publicité à des pages à l'esthétique très soignée. L'industrie pornographique alimente d'ailleurs une confusion stratégique entre les productions professionnelles et personnelles[8]. Les nombreuses catégories de médias que présentent les sites pornographiques sont révélatrices de la grande liberté de visionnement que procure la toile : la navigation anonyme permet d'explorer des espaces numériques tabous sans risque[8]. Ainsi, la diffusion de la pornographie sur le Web atteint un public diversifié. La cyberpornographie se veut donc un espace numérique où le sujet et ses désirs sont transmis comme une vérité dans un discours très catégorisé[8].[pas clair] Le Web a conféré à la pornographie une visibilité qu'elle n'avait jusqu'alors jamais connue, via la VOD, mais aussi et surtout travers de sites de streaming gratuits, au contenu souvent piraté. Si le cloisonnement entre le monde de la pornographie (plus ou moins stigmatisée) et la sphère publique n'est pas totalement étanche, la barrière est bien présente et maintenue sous la pression de différents groupes sociaux plus ou moins actifs (beaucoup de féministes sont hostiles à la pornographie, mais également des associations familiales, des groupes religieux, des militants anti-capitalistes hostiles à « l'exploitation commerciale des corps » – les motifs avancés par les uns ou les autres peuvent s'opposer ou converger).

Pour ses détracteurs, la pornographie sur Internet n'est pas en soi une rupture, mais plutôt une poursuite d'un mouvement qui s'est esquissé avec l'invention du cinéma. La vraie rupture se situerait donc au tournant du XXe siècle. Internet constituerait une amplification particulièrement visible du phénomène, non sa mutation profonde[67].

La diffusion de la pornographie sur Internet – notamment via les sites gratuits comme YouPorn ou PornHub – a contraint l'industrie du cinéma pornographique à revoir son modèle économique. De nombreux studios spécialisés ont disparu, et d'autres ont été rachetés par les propriétaires des principaux sites pornographiques[68],[69].

Internet a également permis le développement des activités en webcam, qui représentent l'un des secteurs les plus lucratifs de la pornographie et du proxénétisme[70],[68],[69]. En 2017, selon une étude de l'IFOP pour le site de cam sexe Plaisx.com, un jeune sur six de moins de 25 ans (16 %) a déjà fréquenté un site de webcam pour y visionner un sex show[71].

Catégories

On distingue souvent la pornographie de l'érotisme, qui consiste à représenter la sexualité avec des aspirations artistiques élevées, en se concentrant également sur les sentiments et les émotions, tandis que la pornographie implique la représentation d'actes d'une manière sensationnelle, en se concentrant entièrement sur l'acte physique, de manière à susciter des réactions rapides et intenses[72]. La pornographie est généralement classée comme étant soit soft, soit hard. Une œuvre pornographique est qualifiée de hard si elle a un contenu hard, aussi petit soit-il. Les deux formes de pornographie contiennent généralement de la nudité. La pornographie soft contient généralement de la nudité ou de la nudité partielle dans des situations sexuellement suggestives, mais sans activité sexuelle explicite, sans pénétration sexuelle ou sans fétichisme « extrême »[73], tandis que la pornographie hardcore peut contenir une activité sexuelle graphique et une pénétration visible, y compris des scènes de sexe et de violences non simulées[74].

Genres

La pornographie englobe une grande variété de genres. La pornographie mettant en scène des actes hétérosexuels constitue l'essentiel de la pornographie et est « centrée et invisible », ce qui marque l'industrie comme hétéronormative. Cependant, une part importante de la pornographie n'est pas normative, présentant des formes non conventionnelles de scénarios et d'activités sexuelles telles le porno amateur, le porno présentant des personnes handicapées, le porno produit par des femmes, le porno queer, le BDSM et la modification corporelle[75].

La pornographie peut être classée en fonction des caractéristiques physiques des participants, du fétichisme, de l'orientation sexuelle, etc. La pornographie de réalité et de voyeurisme, les vidéos d'animation et les actes légalement interdits influencent également la classification de la pornographie. La pornographie peut appartenir à plusieurs genres :

Plusieurs de ces genres pornographiques sont critiqués pour leurs représentations violentes, racistes, sexistes, homophobes, pédocriminelles ou incestueuses[76],[10],[77].

Pornographie par média

Littérature

Le sexe et l'érotisme accompagnent la naissance de la littérature[78]. Du Cantique des Cantiques au Kâmasûtra, du Banquet de Platon aux chants de Sappho, de L'Art d'aimer d'Ovide au Satyricon de Pétrone, des écrits libertins et blasphématoires du « Divin Marquis » à la philosophie transgressive et sacrilège de Georges Bataille, ces thèmes traversent siècles et civilisations.

La sexualité et ses manifestations directes ou indirectes, des représentations de l’acte sexuel aux signes du désir en passant par les symboliques de l’amour, font en effet partie intégrante de la littérature et ne sont pas confinées à un genre spécifiquement « érotique » ou « pornographique », aux frontières d'ailleurs floues et discutées.

Des nombreuses conquêtes de Don Juan à L'Amour fou d’André Breton, des Confessions de Jean-Jacques Rousseau sur ses premiers émois sexuels aux Femmes damnées de Charles Baudelaire, la sexualité s’immisce entre les pages des œuvres littéraires sans distinction de genre : essai, théâtre, roman, poésie, etc.[79].

Les auteurs de livres pornographiques font souvent usage de pseudonymes, mais cette littérature ne cesse d'être lue et étudiée. Selon le Dictionnaire du littéraire, cette littérature « manifeste le rôle de la littérature comme transgression des codes en même temps qu'affirmation de ce que ces codes valorisent en secret »[80].

Peinture

L'Origine du monde, de Gustave Courbet.

Le célèbre tableau naturaliste L'Origine du monde a été peint par Gustave Courbet, à la demande d'un diplomate turc, en 1866, dans une période (Second Empire) où les mœurs étaient très austères et policées (il s'agit dans ce cas plus de l'Empire ottoman, pays du commanditaire, que de la France, pays du peintre). Ce tableau, qui ne circula qu'au sein de collections privées, fut considéré par les quelques intimes du peintre et du propriétaire de l'œuvre comme hautement « pornographique » ; il eût pu être interdit et provoquer les foudres de la censure s'il s'était trouvé sous les yeux de tous. Il fut, à un moment, propriété du psychanalyste Jacques Lacan qui le dissimula dans un cadre à double fond. Lacan commanda à son beau-frère, l'artiste André Masson, un nouveau masque ; ce sera Paysage anthropomorphe, un paysage de collines et buissons qui reprend les contours du tableau caché[81]. Depuis 1995, le tableau a rejoint la collection du musée d'Orsay et est exposé parmi d'autres tableaux de Courbet, signe que la notion de pornographie est relative aux mœurs d'une époque.

Dans ses cahiers, Léonard de Vinci a laissé plusieurs dessins obscènes, l'un notamment de son assistant Salaï posant pour un ange tout en étant affublé d'une érection (angelo incarnato). Beaucoup de ces dessins, longtemps censurés, restent à découvrir. On a même cru découvrir  arguant cette parole mystérieuse du peintre « Misérables mortels, ouvrez les yeux ! »  une pornographie cachée dans plusieurs de ses œuvres les plus célèbres (La Vierge aux rochers, etc.)[82].

Philosophie

Dans Le discours pornographique[83], Marie-Anne Paveau fait état du lien qui existe entre philosophie et pornographie. Reprenant les mots de Robert Danton, elle souligne que les deux termes ont été synonymes dans la France prérévolutionnaire. Ils faisaient tous deux référence à des écrits subversifs ou libertins. Ainsi, les deux champs ont longtemps eu le même objectif : la contestation de l'ordre établi[83]. Sous le règne de Louis XVI, la philosophie et la pornographie se sont associées dans le combat politique à travers les pamphlets de la Révolution française. Au XVIIIe siècle, certains auteurs ont utilisé des récits pornographiques comme support au de leurs réflexions philosophiques. Par exemple, le roman anonyme, Thérèse philosophe ou celui du Marquis de Sade, La Philosophie dans le boudoir où l'éducation au viol et au viol d'enfants est mis en place à travers une alternance répétitive de discours pseudo-philosophiques et de scènes pornographiques et pédopornographique.

Toutefois, bien qu'elle soit présente dans la pensée philosophique, la pornographie a toujours été marginalisée puisque l'histoire occidentale l'a opposée à la vertu et à la morale. Ruwen Ogien affirme d'ailleurs que « l'influence libératrice de Michel Foucault, pour tout ce qui concerne la recherche relative à la sexualité, n'a pas suffi à rendre le thème philosophiquement respectable »[84].

Cinéma et industrie audiovisuelle

Photo de tournage du film Inkorrekt(e)s, de John B. Root, avec l'actrice Mahé et l'acteur Titof.
Jesse Jane, Katsuni, Raven Alexis, Riley Steele, Heather Starlet et Kayden Kross, des actrices pornographiques sous contrat avec le studio américain Digital Playground, ici lors du salon AVN Adult Entertainment Expo en janvier 2010.

Les premiers films pornographiques sont quasiment contemporains de l'invention du cinéma. Dès l'époque du cinéma muet, des films pornographiques, réalisés et interprétés par des anonymes, sont diffusés de manière clandestine ou semi-clandestine dans des clubs privés, des baraques foraines ou des maisons closes.

Même s'il ne pouvait pas s'agir d'une production de type industriel, certains pensent que ce passage à une pornographie cinématographique constitue une rupture. Si la représentation pornographique existait bien avant, le vecteur cinématographique lui confère un réalisme et une puissance de suggestion qu'aucun support ne proposait jusqu'alors. Il ne s'agirait pas seulement d'une nouveauté, mais d'une inflexion forte qui signale en même temps la puissance du cinéma. Ce dernier aurait eu cette tentation dès sa naissance dans la mesure où sa puissance de captation fonctionne comme un pouvoir sur autrui, ce que l'exposition de l'intime manifesterait tout particulièrement[85].

Après 1969, le cinéma pornographique sort de la clandestinité, et est progressivement autorisé dans l'ensemble des pays occidentaux. La pornographie audiovisuelle se transforme en véritable industrie tandis que de nombreux studios de production de films pornographiques apparaissent, notamment aux États-Unis et en Scandinavie, et qu'un « star-system » se développe autour des acteurs les plus connus. La majorité des productions pornographiques s'adressent à un public hétérosexuel, mais l'industrie propose également des films consacrés à toutes les formes légales de sexualité : le marché de la pornographie gay, notamment, se développe dès les années 1970. Les films pornographiques sont initialement diffusés dans des salles spécialisées, avant que ces lieux ne soient supplantés, à partir des années 1980, par la consommation de vidéos à domicile. Les choix de l'industrie pornographique influencent parfois directement certains secteurs : ainsi le succès du VHS de JVC par rapport à son concurrent direct aux États-Unis, le Betamax, est en partie dû au choix de l'industrie pornographique de commercialiser des cassettes VHS et non Betamax[86]. Le phénomène ne s'est cependant pas reproduit avec le successeur du DVD : alors que l'industrie pornographique avait annoncé lors du CES 2007 à Las Vegas sa préférence[87],[88],[89] pour le format HD DVD et non pour le Blu-Ray, ce dernier remporta finalement la guerre des supports hautes définitions.

Le tournant de l'Internet, dans les années 2000-010, a radicalement bouleversé le secteur du cinéma pornographique : de nombreux studios de production ont dû revoir leurs budgets à la baisse. Beaucoup ont fini par disparaître ou ont été rachetés par Aylo et d'autres grands groupes propriétaires de sites comme YouPorn et PornHub[68]. Le groupe Dorcel a ainsi estimé la ventilation du chiffre d’affaires mondial de la pornographie :

  • 2 milliards de dollars pour les tubes (type Pornhub, Xhamster, Xvideos…) ;
  • 1,5 milliard de dollars pour la live cam ;
  • 2 milliards de dollars pour la production traditionnelle (Studios Canal +, Groupe Dorcel…) ;
  • 2 milliards de dollars pour les plateformes de création de contenus (type OnlyFans)[77].

L'ubérisation de la pornographie par internet précarise l'ensemble des acteurices. En 2016, Martin Fulop, le directeur de LiveJasmin, recense 2 millions de modèles depuis la création du site en 2001, dont 50 000 sont actifs, les camgirls.boys changeant en permanence. Sur le site, il y a 10 000 femmes en Roumanie, autant en Colombie, et dans de nombreux pays pauvres[90]. En fonction des plateformes et des pays, elle peuvent laisser jusqu’à 70 % de leurs revenus à la plateforme et cumulent précarité et « mort sociale » liée à leur exposition en ligne et à l’impossibilité de faire disparaitre les vidéos du web[10],[77]. Le 17 février 2022, Marie Maurisse, journaliste et autrice de Planète Porn[91], raconte à une commission parlementaire : « J'ai assisté à des scènes surréalistes. Des femmes très précaires, en grande difficulté économique et sociale, étaient présentes sans savoir ce qu'elles faisaient là, sans savoir comment elles avaient atterri là, parce qu'elles avaient besoin d'argent. Elles faisaient ça pour quelques dizaines d'euros. Elles sont abusées, bien qu'elles aient techniquement donné leur accord. C'est un cercle infernal. Les scènes sont extrêmement violentes. »[77].

Magazines

Dans un registre plus érotique (car ne présentant pas de pénétration sexuelle), les principaux magazines aux États-Unis sont Playboy et Penthouse. Dans un registre ouvertement pornographique, Hustler a une place toute particulière de par son histoire et surtout celle de son créateur Larry Flynt.

En France, la revue Union traite de sexualité avec des photos dans une optique de voyeurisme, tandis que Swing est la publication historique des pratiquants de l'échangisme.

Toujours en France, l'expression de « magazine de charme » est utilisée par euphémisme de bienséance pour désigner des revues érotiques et non pornographiques telles que Lui, Newlook, etc. On parle de même de « presse de charme ».

Internet

L'arrivée d'Internet a fait exploser la diffusion de la pornographie, tout en contraignant l'industrie du cinéma pornographique à revoir radicalement son modèle économique. La diffusion de multimédia y est plus facile et touche un public plus large, banalisant en quelque sorte le commerce d'images sexuelles. Des sites peuvent être consacrés à un acteur de films pornographiques, ce qui permet de fidéliser une clientèle. Internet a en outre facilité aussi le développement de films réalisés par des amateurs.

Un système d'indexation fine permet aux utilisateurs de ces sites de retrouver le contenu désiré par l'entremise de ce que François Perea appelle des « pornotypes »[92]. Il s'agit de catégories nominales ou verbales ciblant une notion recherchée précise. Cela peut être une caractéristique physique, une nationalité, une pratique, un genre, etc. Pour Perea,

« l’entreprise pornographique de monstration repose ainsi sur ce que nous avons appelé des pornotypes, qui consistent en une atomisation catégorielle qui, plutôt que proposer une image globale et simplifiée du personnage ou de l’action, le réduit à un trait prégnant, rendu saillant et représentatif par une sorte de réduction métonymique. »

En d'autres termes, les tags ou mots-clefs liés à la catégorie recherchée augmentent les chances du pornophile de trouver le type spécifique de contenu qu'il souhaite consulter.

En lien avec cette notion de « pornotypes », Marie-Anne Paveau soumet l'idée qu'il existerait ce qu'elle appelle des « pornèmes »[83], c'est-à-dire des mots ou termes ayant une connotation quasi exclusivement pornographique. « Le pornème pourrait se définir comme un élément langagier spécifique du discours pornographique, un mot appartenant à la pornographie considérée comme un lexique spécialisé »[83]. Par exemple, les mots relevant de la pratique sexuelle : gorge profonde, levrette, threesome, bukake, creampie, gapping, etc. Un autre cas de figure est l'usage du « X » comme substantif et adjectif. Paveau affirme qu'« en tout cas, ce mot d'une lettre s'est lexicalisé et s'emploie comme nom (« le X », « regarder du X »), comme adjectif (« un film X », « une actrice X », « la loi X »), et même comme verbe : ixer est en effet construit par dérivation sur X »[83]. De même, le nombre 69 ou « soixante-neuf » peut aussi être considéré comme un pornème compte tenu de sa relation à la position sexuelle que sa graphie suggère. Finalement, les sigles tels que BDSM, BBW, MILF, MOFO, et autres sont eux aussi des pornèmes puisqu'ils désignent des catégories bien établies dans la communauté pornographique. Grâce à ce systèmes, sur les 4 plateformes porno les plus visitées (Pornhub, Xhamster, Xvideos, Xnxx) les internautes français peuvent trouver :

  • 1 404 276 vidéos de violences sexuelles
  • 1 573 109 vidéos racistes
  • 789 282 vidéos d'inceste
  • 1 595 593 vidéos pédocriminelles

Soit 5 362 260 vidéos hors la loi en France et en libre accès[77],[10].

Certains réseaux de particulier à particulier (P2P) sont accusés de favoriser la diffusion de contenu pornographique impliquant des mineurs. Une enquête du General Accounting Office a montré le lien entre réseaux d'échange de fichiers pédopornographiques. Le vice-président directeur de Sharman Networks, propriétaire de KaZaA, Alan Morris, a nié cette accusation devant un comité sénatorial américain (). Selon la Commissaire européenne Ylva Johansson, le nombre d’images pédopornographiques en ligne a augmenté de plus de 6 000 % entre 2011 et 2021, dont près de 60 % sont hébergées sur des serveurs situés en Europe. En 2023, le NCMEC (National Center for Missing and Exploited Children) a transmis à l’Office des mineurs (OFMIN) en France plus de 318 000 signalements de contenus pédocriminels échangés sur Internet. Une enquête menée par l’association finlandaise Suojellaan Lapsia (Protect Children) montre que les utilisateurs accèdent facilement à ces contenus sur le web, puis les diffusent sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie les plus populaires : 32 % des répondants ont utilisé Instagram (29 %) ou X/Twitter (26 %), mais aussi Discord et TikTok. Parmi les messageries, Telegram (46 %) et WhatsApp (37 %) sont les plus fréquemment citées, ce qui complique considérablement la détection et la suppression de ces contenus. Par ailleurs, entre 2021 et 2022, l’Internet Watch Foundation (IWF) a observé une hausse de 60 % des images et vidéos à caractère sexuel impliquant des enfants âgés de 7 à 10 ans. En seulement neuf mois, la même organisation a recensé sur un unique forum plus de 3 500 nouvelles images pédopornographiques générées par intelligence artificielle[41].

Les producteurs et les proxénètes envahissent massivement les réseaux sociaux pour repérer leurs futures employé.es, parfois des enfants de 12-14 ans[10],[93]. Les mêmes techniques de rabattage en proxénétisme sont utilisées dans la pornographie : mise en confiance par la manipulation «love boy», promesses de fortune, emprise et viol d'abattage visant à casser les capacités de réaction et de résistance (choc traumatique qui sature le fonctionnement du cerveau et entraîne une décorporalisation extrême)[17], pour ensuite livrer la victime aux producteurs/proxénètes qui commettront des violences sexuelles, physiques, émotionnelles et psychiques filmées. Les abus de faiblesse peuvent devenir constants[10]. Ces sites de streaming live sont parfois utilisés pour commander des viols par webcam, des viols pédocriminels et des viols incestueux[94],[95].

L'évaluation chiffrée de la pornographie sur Internet s'effectue via des analyses ou des extrapolations qui, n'offrant pas de véritables sources fiables, sont souvent contestées et critiquées.

  • Les analystes spécialistes du commerce sur l'Internet estiment qu'un site pornographique peut gagner entre 10 000 et 15 000 dollars chaque jour. Certains des plus anciens sites ont des revenus de presque 2 millions de dollars par mois[96]. L'industrie pornographique pèse environ 100 milliards de dollars par an.
  • En 1998, les internautes ont dépensé près de 1 milliard de dollars pour accéder à des sites pornographiques, cette année-là, il y avait plus de 100 000 sites pornographiques commerciaux et 200 nouveaux sites apparaissaient quotidiennement[97].
  • En 2024 et selon les statistiques issues de la réglementation DSA, 59% de la population espagnole totale consulte chaque mois l'un des trois plus gros sites mondiaux[98].
  • Sur 57 millions d'Américains accédant à Internet, près de la moitié consultent des sites pornographiques pendant 1 à 10 heures par semaine[99].
  • En France, en 2020, la moitié des consommateurs de pornographie en ligne ne consultent que les dix plus gros sites porno, en moyenne 44% de la population, dont près de 3 millions de mineurs[10].
Le logo du site PornHub.


En 2006, des chercheurs de l'université de Berkeley en Californie, dans une étude réalisée pour le Departement of Justice des États-Unis, affirment que la pornographie n'occupe qu'environ 1,1 % des pages Web indexées par Google et MSN live search[100]. Le ministère de la Justice déclara que 1 % signifie tout de même un nombre de pages élevé[101]. En 2010, une étude menée par Optenet, société spécialisée dans le filtrage réseau et la sécurité informatique, estime que « les contenus pornographiques occuperaient près de 37 % du total des pages web »[102].

L'apparition, à partir du milieu des années 2000, de sites Web (YouPorn, PornHub, xHamster…) proposant en streaming, sur le modèle de YouTube, du contenu pornographique gratuit (mêlant des vidéos amateur et des productions professionnelles piratées) a conduit à un profond changement des habitudes de consommation : la pornographie est encore plus aisément accessible via ces « tubes » qui représentent environ 90 % de la consommation en ligne[réf. nécessaire], et la majorité des studios de production de films pornographiques « à l'ancienne » ont été contraints à repenser leur modèle économique, ou de disparaître. Le groupe Aylo (anciennement MindGeek et auparavant Manwin), propriétaire de plusieurs des principaux « tubes », a ainsi pu racheter un grand nombre de sociétés de production, s'assurant un quasi-monopole sur l'industrie pornographique. D'après une enquête du gouvernement du Canada, 12,5% des canadien se rendent chaque jour sur des sites de Aylo qui collecte abusivement les données personnelles de navigation des internautes, les exploite à des fins commerciales et les revend à d'autres groupes. Il est aussi révélé par cette enquête qu'en 2015, la plupart des vidéos pornographiques mises en ligne sur ses plateformes ne respectent pas le consentement des personnes filmées, ce que la firme a affirmer avoir corrigé en 2022, sans toutefois fournir en la moindre preuve. Les équipes de modération des vidéos étant supposées vérifier en moyenne 60 vidéos par heure, aucune vidéo n'est regardée entièrement et à moins que l'illégalité soit flagrante, la modération mise en place par le géant de l'industrie pornographique demeure superficielle[34].

Dans la culture populaire

La pornographie est une source souvent détournée par les humoristes, chanteurs paroliers, clips musicaux, caricaturistes, auteurs de bande dessinées[103],[104]. Faire passer des messages sexuels cachés dans des productions culturelles tout public peut avoir des répercussions sur le développement psychologique des enfants[65]. Dans certains cas, la pornographisation de la culture peut-être considérée comme une atteinte sexuelle et une méthode de pédopiégeage[105].

Pornographisation

La pornographisation ou pornification est la reprise par la culture dominante des styles ou du contenu de l'industrie du sexe et de la sexualisation de la culture, en général occidentale. Ce processus est en plein essor et est parfois dénoncé par les mouvements d'opposition à la pornographie.

Bande dessinée

Milo Manara oriente sa carrière de dessinateur autour de la sensualité, la pornographie et l'érotisme, définissant ce dernier comme l'« élaboration culturelle du sexe »[106]. Dans ces dessins, les femmes sont représentée dans un canon de beauté rigide et stéréotypé, alors que les hommes qui bénéficient d'une multitude d'apparence, sont souvent représentés comme esclaves de leur excitation lubrique.

Pastiches

Parmi les nombreux pastiches porno des univers enfantins comme Disney, Les Simpson ou Star Wars, Tintin est probablement l'une des bandes dessinées les plus pastichées[107].

Chansons

L'artiste Marie Reno s'amuse du Merci qui dans une chanson parodique[108].

Législations

Droits sur la pornographie dans le monde
  • Pornographie légale
  • Pornographie légale sous restrictions
  • Pornographie illégale
  • Pas d'information

La pédopornographie est condamnée par les diverses législations en vigueur sur l'abus sexuel sur mineur. Concernant la pornographie impliquant des adultes, un grand nombre d'États réglementent strictement la liberté de publication des œuvres pornographiques : âge minimum d'accès requis, limitation des lieux d'accès, limitation des choses représentables.

Interdictions et restrictions

La diffusion et la pratique de la pornographie est majoritairement autorisée dans la quasi-totalité des pays occidentaux, en raison de la baisse progressive de l'influence des religions (tout particulièrement en raison de la déchristianisation de la société occidentale). Cette libéralisation n'a cependant été que progressive, et parfois très lente (l'« immoralisme » était ainsi durement réprimé sous la dictature de la Révolution argentine, national-catholique, de 1966-73).

La constitution de l'Oregon (33e État des États-Unis, créé en novembre 1857) avait interdit la possession de documents pornographiques. La Cour suprême de l'Oregon a aboli cette loi en 1987 dans l'affaire State v. Henry (en)[109]. Avec l'affaire Miller v. California en 1973 en Californie a été redéfinie l'obtention de matériel obscène. Cela regroupe énormément d'œuvres littéraires et artistiques de Gore Vidal (Myra Breckinridge) à D. H. Lawrence ou Gustave Flaubert

En revanche, elle reste interdite dans la totalité des pays arabo-musulmans[110].

Cette interdiction s'explique principalement pour des raisons religieuses, l'islam, comme de nombreuses autres religions, condamnant la sexualité débridée. Pour celles-ci, en effet, la sexualité doit être réservée au cadre privé des couples hétérosexuels et légitimes (donc mariés), et certains actes sexuels sont considérés comme interdits et répréhensibles (par exemple la sodomie, ou la pénétration pendant les règles).

En Chine, des vendeurs de rue proposent ouvertement des DVD pornographiques, mais elle est néanmoins interdite et les peines encourues peuvent aller jusqu'à l'emprisonnement à perpétuité[111]. Selon Reporters sans frontières, le prétexte de « pornographie » a permis au gouvernement de censurer des sites Web en Chine[112].

Le Japon n'autorise pas la représentation des organes génitaux, qu'on voit donc parfois floutés sur les images. La pornographie y est néanmoins (plus représenté, et constitue un marché important.)[réf. nécessaire]

En France, l'article 227-24 du Code pénal édicte que « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende (375 000 euros pour les personnes morales) lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur. » Depuis 1994, l'outrage aux bonnes mœurs n'est constitué que si le message pornographique atteint les mineurs. Vendeurs de presse et loueurs de vidéo doivent masquer les magazines et DVD érotiques ou pornographiques, ainsi que vérifier l'âge de leur clientèle. En revanche les affiches de telles revues apparaissent fréquemment dans l'espace public, donc à portée d'enfants, et si les images font généralement l'objet d'une censure minimale pour éviter d'éventuelles poursuites sur la base de cette loi (en particulier : mamelons féminins recouverts de pastilles noires ou d'étoiles blanches), les titres à caractère ouvertement pornographique semblent faire l'objet d'une tolérance tacite par les pouvoirs publics. Des associations de lutte contre la publicité et des associations familiales combattent ce qui est considéré comme une hypocrisie de la législation, et en 2018, l'humoriste Florence Foresti s'est scandalisée de ce que des affiches de ce type soient placées dans les rues à la vue de tous[113].

En 2010, l'exposition de Larry Clark au musée d'art moderne de la ville de Paris est interdite aux moins de 18 ans au motif qu'elle montre des clichés explicites d'actes sexuels entre mineurs[114].

Arguments en faveur

Selon Ruwen Ogien[115], les politiques publiques en matière de pornographie devraient suivre trois principes :

  • une neutralité à l'égard des definitions de la bonne sexualite ;
  • un principe négatif de l'abstention de dommages à autrui ;
  • un principe positif de considération de l'expression et des intérêts de tous.

Critiques

Collage lors de la manifestation féministe de nuit du 7 mars 2020 de Paris.

Alors que jusque dans les années 1960, toute représentation d'actes sexuels était jugée « pornographique » et interdite dans la plupart des pays occidentaux, cette représentation s'est ensuite généralisée, tout d abord en Scandinavie, avec le mouvement de « libération des mœurs » (maîtrise par les femmes de leur fécondité, via la légalisation de la contraception et de l'avortement, augmentation du nombre des divorces, revendications féministes portant notamment sur le « droit au plaisir », émergence du militantisme homosexuel). Mais le développement de la pornographie suscite aujourd'hui des réactions diverses, parfois extrêmement négatives.

Ces critiques d'origines diverses peuvent être synthétisées en quelques points :

  1. Les conditions de réalisation des images pornographiques impliqueraient une exploitation forcée des actrices, contraintes par la violence ou par la misère à des pratiques sexuelles auxquelles elles répugneraient. Le développement de la pédopornographie et de la pornographie imitant l'inceste[105]. À ces critiques majeures s'ajoute une critique secondaire concernant les risques de transmission de maladies sexuellement transmissibles encourus par les acteurs n'utilisant pas de préservatifs, tout en incitant certains spectateurs à adopter des pratiques à risques ;
  2. Les modes de diffusion de la pornographie sont critiqués pour : l'utilisation d'algorithmes qui favorisent l'addiction et l'escalade de la violence ; le développement de plateformes via webcam qui permet le développement de la prostitution et de la prostitution infantile en ligne[31],[37],[94];
  3. D'autres critiques portent sur les effets de la pornographie sur les spectateurs : par la multiplication des scènes de violences faites aux femmes[59], la pornographie développe des comportements permissifs au viol[116]. En outre, la recherche constate que la pornographie développe chez certains spectateurs des phénomènes de dépendance[117], les poussant à augmenter leur consommation de telles images, ainsi que le développement de biais psychopathiques[118] ;
  4. Les critiques portent également sur les valeurs que véhicule la pornographie, à réduisant les femmes à n'être que des « objets » et ramènerait les relations amoureuses à de simples rapports sexuels[119],[120].
  5. L'utilisation abusives des données personnelles collectées par les plateformes pornographiques[32],[33].

Industrie pornographique et VIH

L'apparition du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) dans les années 1980 cause la mort de plusieurs acteurs de films pornographiques. Durant un temps[précision nécessaire], le port du préservatif est la règle aux États-Unis, mais les productions avancent que des films avec des rapports protégés sont moins achetés que ceux sans protection, par conséquent, une proportion croissante de films sont réalisés sans préservatifs. Pour encadrer l'industrie et limiter les risques, l'Adult Industry Medical Healthcare Foundation est créée aux États-Unis, organisme qui se charge de tester les acteurs tous les mois et de recenser tous les partenaires sexuels, de manière à lancer une alerte dans les plus brefs délais dès qu'un cas de séropositivité est déclaré afin d'interrompre l'activité de toute personne susceptible d'avoir été contaminée. Dès lors, seuls quelques cas ont été recensés, bien souvent en dehors de l'industrie américaine (comme Darren James contaminé lors d'un tournage au Brésil) ou en dehors des plateaux de production (comme Marc Wallice consommateur de drogue par intraveineuse).

Concernant les films homosexuels, le port du préservatif est de règle.[Information douteuse]

En France, plusieurs actrices militent pour le port du préservatif comme Julia Channel, Ovidie ou encore Clara Morgane. Nombre de films s'y conforment, notamment du fait que le Conseil supérieur de l'audiovisuel prescrit aux chaînes de télévision autorisées à diffuser des programmes pornographiques de ne pas en diffuser qui comportent des images de relations sexuelles non protégées par le port du préservatif, considérant que ce type de programme a une influence auprès des jeunes adultes en banalisant les comportements sexuels à risque[121].

À partir de 2006, Act Up-Paris entame un travail sur la prévention dans les milieux de la pornographie. En juin 2006, Act Up-Paris publie une tribune dans Libération afin d'imposer le port du préservatif à la production pornographique à travers le monde[122].

Depuis quelques années[Combien ?], l'industrie pornographique brésilienne l'impose et ceci pour plusieurs raisons. L'avantage avancé est de montrer aux personnes qu'il est possible de prendre du plaisir avec un préservatif. Cet effet aurait eu un rapport positif dans la population brésilienne[réf. souhaitée].

Incitation à la violence

Les violences sexistes et sexuelles ont des causes multi-factorielles dont l'une des plus importante est le système patriarcal sexiste qui tolère les violences envers les femmes et les enfants[5],[123],[124]. Certains travaux montrent qu'il est peu pertinent d'isoler la pornographie de l'ensemble des représentations présentes dans d'autres médias[125]. Toutefois, l'ensemble des études récentes montrent une corrélation forte à très forte entre les violences sexistes et sexuelles vis-à-vis des femmes et l'usage de la pornographie[42],[126],[127],[128], ainsi qu'un déficit du fonctionnement normal de l'empathie, autrement dit, la pornographie favorise les biais psychopathiques[118].

D'autres études encore, montrent que les effets de la pornographie sont variables[129]. La pornographie servirait en effet à certains individus d'exutoire ou d'évitement émotionnel, ce qui favorise les réactions impulsives et le manque de contrôle de ses émotions[130]. En France, l'âge moyen de première exposition au porno est à 10 ans[10], ce qui constitue en soi une atteinte sexuelle sur mineur. Le cerveau des enfants étant très malléable, ils réagissent à cette atteinte par des réactions traumatiques comme l'adhésion au narratif agresseur[17], et donc la reproduction des schémas violents véhiculés par la pornographie[74].

Enfin, l'impact de la pornographie sur le cerveau est prouvé scientifiquement[117] et particulièrement délétère chez les plus jeunes[131]. Alors que les garçons sont entrainés à agresser[36], les filles sont préparées à être agressées[65]. Cette sexualisation précoce et violente[105] a de nombreux effets sur le développement de l'identité sexuelle et de l'estime de soi[132],[133],[134].

Pour anecdote, dans une interview donnée la veille de son exécution, le tueur en série Ted Bundy estime que le développement de son attirance pour la violence a été généré par le visionnage de films pornographiques[réf. souhaitée].

Féminisme

Les féministes ont des opinions diverses sur la pornographie. Pour bon nombre d'entre elles, par exemple Diana E. H. Russell, Andrea Dworkin, Catharine MacKinnon, Léo Thiers-Vidal, Bell Hooks, Gail Dines, Susan Brownmiller, Dorchen Leidholdt, Ariel Levy, Édouard Durand ou Robin Morgan, la pornographie est dégradante pour les femmes et se rend complice de la violence exercée contre elles, à la fois par la production d'œuvres dans un milieu où les mauvais traitements et l'exploitation des actrices sont monnaie courante[74],[77] et par la consommation de ces œuvres qui érotise la domination et l'humiliation des femmes, et renforce les comportements sociaux et sexuels qui favorisent le viol et le harcèlement sexuel)[42],[11],[120]. Historiquement les premières et souvent les seules, les féministes prennent position et s'engagent pour la protection des enfants et des adolescents des dangers et dérives de la pornographie. Toutefois, les féministes font des distinctions entre les diverses formes de pornographie.

Des membres de l'organisation Femen ont manifesté au Salon de l'érotisme à Paris – Le Bourget le 23 mars 2013 contre l'image des femmes dans la pornographie[135], l'animateur leur a alors scandé « you rape yourself » puis « they are porn stars »[136].

Le parcours de quelqu'une comme Ovidie peut servir à illustrer le rapport qu'entretient un certain féminisme avec la pornographie en France. Ovidie a commencé sa carrière professionnelle comme actrice de films pornographiques puis comme réalisatrice de films, notamment documentaires non pornographiques. Alors que le féminisme était plutôt dominé par la lutte contre la pornographie, elle considérait qu'il pouvait exister un « féminisme pro-sexe » ou « sex-positif » dans lequel la pornographie, ou en tout cas une certaine forme de pornographie de qualité, pouvait servir à l'émancipation des femmes par l'appropriation de leur corps. Dans les années 2010, elle arrête la pornographie au moment où celle-ci devient plus disponible que jamais de manière gratuite et illimitée sans restriction d'âge (ou avec des restrictions d'âge facilement contournable par simple clic) au moyen d'une connexion à internet. Dans son film documentaire sorti en 2014 À quoi rêvent les jeunes filles ?, elle s'interroge sur son parcours et remet en question la possibilité d'un féminisme pro-sexe compatible avec une pornographie de masse. Cette enquête auprès des jeunes filles des nouvelles générations l'amène à constater que la pornographie n'a pas contribué à l'émancipation féminine et que, tout au contraire, sa diffusion de masse semble contribuer à approfondir l'aliénation des nouvelles générations. Elle poursuit ce questionnement dans ses films suivants L'éducation sexuelle des enfants d'internet (2019) et, en enquêtant sur l'industrie du porno, dans Pornocratie (2017)[137]. Dans l'ouvrage Pornographie et désarroi des corps et des sentiments, la professeure d'université Divina Frau-Meigs observe que ce qui motive la gent féminine à regarder du contenu pornographique est la peur du rejet masculin. En visionnant ce type de contenu, celles-ci intègreraient inconsciemment la représentation d’être seulement un orifice, ce qui est très violent et peut être à l'origine de pensées suicidaires[138].

La question de la pornographie, à l'instar du travail du sexe en général, clive les mouvements féministes. Pour de nombreuses féministes, le principe de prudence doit s'appliquer, les femmes de l'industrie pornographique sont conditionnées par trois fois plus d'abus sexuels dans l'enfance que le reste de la population, subissent six fois plus de violences dans leur sphère privée et souffrent de trois fois plus de dépression que le reste de la population[10]. Bien que la consommation de pornographie puisse être perçu comme légitime, elle doit être encadrée ou produite afin de montrer le plaisir féminin sans porter de préjudices aux femmes qui consomment de la pornographie, ni à celles qui la produisent[139],[140].

Dépendance pornographique

Une étude menée à l'Institut Max Planck de Développement Humain à Berlin indique une corrélation entre la consommation de pornographie et des atteintes de certaines zones du cerveau, pouvant provoquer une altération de processus cognitifs cruciaux. Selon les travaux des chercheurs allemands publiés le jeudi 29 mai 2014 aux États-Unis, des hommes qui passent beaucoup de temps à regarder de la pornographie sur internet paraissent avoir moins de matière grise dans certaines parties du cerveau et une activité cérébrale réduite. « Nous avons constaté un lien négatif significatif entre le fait de regarder de la pornographie pendant plusieurs heures par semaine et le volume de matière grise dans le lobe droit du cerveau » indique l'étude. « Ces effets pourraient indiquer des changements dans la plasticité neuronale résultant d'une intense stimulation du centre du plaisir », ajoutent-ils dans cette étude, publiée en ligne dans le Journal of the American Medical Association, Psychiatry. Les auteurs ne peuvent toutefois pas prouver que ces phénomènes sont provoqués par une grande consommation de pornographie et jugent que davantage de recherches sont de ce fait nécessaires. Mais selon eux, ces travaux fournissent la première indication de l'existence d'une corrélation entre le fait de regarder de la pornographie et une réduction de la taille et de l'activité du cerveau en réaction à une stimulation sexuelle.[réf. nécessaire] D'autres études ont mené à des résultats similaires[141],[142].

Une étude publiée dans la revue Journal of the American Medical Association, Psychiatry observe une corrélation entre une consommation d'images pornographiques élevée, et une détérioration des connexions entre le striatum et le cortex préfrontal, la couche extérieure du cerveau liée au comportement et au processus décisionnel. « Des individus dont le volume du striatum est plus petit pourraient avoir besoin de plus de stimulations externes pour avoir du plaisir. Ils chercheraient ainsi dans la vue de films pornographiques davantage de plaisir, ce qui pourrait aussi conduire à en consommer de plus en plus », créant une sorte de dépendance, conclut l'étude[143]. Cet effet, est accentué par les algorithmes qui utilisent l'analyse des comportements des visiteurs de la plateforme pour faire des propositions susceptibles de les accrocher[42]. Plus l'utilisation de pornographie devient fréquente et plus l'utilisateur va préférer se masturber qu'avoir de vrais relations sexuelles[144].

L'addiction à la pornographie n'est pas reconnue ni dans le DSM 5 ni dans la CIM 11 (les deux manuels diagnostiques de référence) et il n'existe pas de consensus scientifique à son propos[145],[146].

No Fap

À la fin des années 2010, alors que tous les genres de pornographie sont disponibles de manière gratuite et illimitée sur Internet sans aucune véritable restriction, se développe sur les réseaux sociaux occidentaux la mode du « no fap », c'est-à-dire la volonté d'éviter et d'inciter à éviter de regarder de la pornographie à des fins de masturbation, en particulier auprès des jeunes hommes célibataires. Sont mis en avant les effets négatifs potentiels engendrés par une pratique de la masturbation trop fréquente, notamment la perte de volonté et de confiance en soi qui n'est pas favorable à l'accumulation d'énergie et de frustration nécessaire pour trouver et séduire un partenaire sexuel. Le « No Nut November », un challenge restreint au mois de novembre, se développe sur ce thème depuis les États-Unis à partir du début des années 2010, mais gagne vraiment en popularité vers 2017 et atteint la France en 2020[non neutre].

Immoralité ou nihilisme

Certains détracteurs de la pornographie lui reprochent de nier la subjectivité humaine, de détruire les relations sentimentales à l'autre en en faisant l'instrument d'un plaisir insatiable. Ce caractère insatiable du désir mis en scène, dans la surenchère des signes de la jouissance (hurlements orgasmiques, frénésie des pulsions, multiplication presque sans limites des partenaires, réduction de l'être humain à la seule pulsion sexuelle) marqueraient paradoxalement l'absence totale du désir : en effet, désirer, c'est désirer quelqu'un ; l'élimination de la dignité d'autrui, par des pratiques de domination, anéantit le corps en le transformant en « viande » à consommer, alors que c'est cet être que l'on désirait[147]. On pourra tout de même nuancer cette critique en envisageant le caractère révélateur et non initiateur de la déconsidération humaine : il est possible que ce refus de reconnaissance de l'autre en tant que personne eût été d'ores et déjà présent, consciemment ou non, chez l'individu avant son passage à l'acte : la pornographie aurait alors seulement été une incitation renforçant de tels idéaux au point d'autoriser, du point de vue de l'être, leur application.[réf. nécessaire]

Certains[Qui ?] précisent que la pornographie brise l'idée même de l'intimité en voulant que tout soit absolument visible, alors que l'intimité est par définition ce que l'on montre à très peu, ou bien même ce qu'on ne peut absolument pas dévoiler. Ce serait alors un refus de l'autre comme autre, une vision caricaturale et en cela un manque fondamental de respect.[réf. nécessaire] Cette critique est néanmoins discutable dès lors qu'on se réfère à l'intention de la pornographie : les individus mis en scène, qu'ils soient amateurs ou professionnels, n'en demeurent pas moins consentants dans la diffusion de l'œuvre filmée (par opposition aux sex tapes, réalisées sans le consentement des individus réalisant l'acte sexuel et violant alors effectivement leur intimité).[pertinence contestée]

La pornographie refuserait par l'obsession de l'image et de la visibilité ce qui en l'autre reste toujours en partie inaccessible, distant, c'est-à-dire différent. Elle rendrait le rapport intime formaté, ou encore « prévisible ». Sans doute qu'une certaine peur de la relation peut permettre de comprendre cette attitude, mais sans l'excuser.[non neutre] Sans être le mal absolu, la pornographie cinématographique serait le symptôme d'une difficulté réelle, mais mal surmontée[85]. D'autre part, selon le sociologue nord-américain Michael Kimmel, la banalisation de contenus à caractère pornographique sur Internet aurait des effets néfastes sur la capacité même de certaines personnes à gérer la frustration sexuelle dans la mesure ou ils peuvent en quelques clics assouvir leurs fantasmes. La pornographie sur le net rendrait les hommes inaptes à supporter ou dépasser les insatisfactions inhérentes à la condition humaine, se réfugiant dans une sexualité de l'immédiateté et du voyeurisme narcissique plutôt que dans la recherche de partenaires réels[148].

Les détracteurs de la pornographie dénoncent une banalisation de la pornographie dans la société actuelle, considérant que cette banalisation est caractéristique de la passivité des spectateurs qui l'acceptent sans aucune conscience morale. Ils[Qui ?] citent parfois à l'appui cette phrase de Fiodor Dostoïevski[réf. nécessaire] : « L'Homme est une ordure, il s'habitue à tout. » (Crime et châtiment). Ou encore cette formule d'Alexandre Soljenitsyne : « On asservit bien mieux les peuples avec la pornographie qu'avec les miradors. »

Les partisans de la pornographie[Qui ?] s'opposent à ces arguments, considérant que ce type de discours ne s'appuie sur aucune donnée fiable concernant les spectateurs de pornographie. Ainsi, Virginie Despentes note : « Les articles et ouvrages consacrés au genre sont extraordinairement nombreux. Les études sérieuses le sont moins, on se donne rarement la peine d'enquêter sur les réactions des hommes qui consomment du porno. On préfère imaginer ce qu'ils ont dans le crâne que poser directement la question. »[149] Jacques Attali soutient que les conditions antérieures liant sentiment amoureux et sexualité disparaissent, « le monde ne sera plus qu'une juxtaposition de solitudes et l'amour une juxtaposition de masturbations »[150].

Psyché

La construction de genre s’enracine très tôt dans les représentations sociales du féminin et du masculin, encouragée par le modèle des adultes et la culture[151],[152],[153]. Cette identification, souvent inconsciente, façonne la manière dont chacun investit son identité sexuelle, son rapport à l’autre et son inclination à reproduire les schémas appris[35],[154]. L’exposition précoce (en France, l’âge moyen de première exposition est à 10 ans[10]) et répétée à la pornographie influence profondément la construction du désir et les représentations du plaisir[155],[144]. Pour traiter et comprendre les informations liées aux scènes de violence, humiliations, violences sexuelles[74], le cerveau utilise alors des stratégies de protection, comme la dissociation ou l’adhésion au narratif de l’agresseur. Plus la personne exposée est jeune et plus l’impact traumatique est important[17]. Cela peut mener à des comportements compulsifs, des attitudes hypersexualisées, des comportements d’évitement émotionnel ou relationnel, ou développer des biais psychopathiques[156],[128], symptômes classiques des victimes d’abus sexuels[157],[17].

Le fait de conditionner sa sexualité à une stimulation virtuelle, favorise des sentiments négatifs envers soi-même et détourne la conscience de ses propres ressentis et désirs authentiques en la matière[158],[159]. Les personnes ayant une consommation auto-déclarée comme problématique (environ 17% des hommes et 5% des femmes) font état d’anxiété relationnelle, d’une difficulté accru à être surpris ou excités par de vraies relations, d’un besoin de se masturber irrépressible, se dépeignent plus enclins aux infidélités et disent ressentir des sentiments de honte, de mépris ou de regret après avoir jouit ou après avoir regardé du porno[160],[161]. Parmi eux, on constate généralement une contradiction entre les valeurs personnelles et les représentations violentes ou dégradantes véhiculées par les images pornographiques mainstream[162],[163]. L’exposition précoce à la pornographie, crée une sexualité traumatique et prématurée, le système cérébrale n’étant pas arrivé à maturité, cette entrée forcée dans la sexualité est susceptible de désorganiser le développement psychique, affectif et comportemental[164],[165]. En brouillant les repères entre violence et sexualité, ces contenus fragilisent la construction de l’identité et détournent les liens affectifs de leurs développements naturels[17],[166],[105]. Cette exposition peut être à l’origine d’une sexualité traumatique qui conduit la personne à reproduire des comportements ou des situations en lien avec le ou les différents traumas initiaux, poussant à être à nouveau victime ou bien agresseur. C’est un facteur à risque pour le développement de nombreux troubles psychiatriques[17] ou de paraphiliess[167].

Les processus neurobiologiques mis en jeu lors d'une activité pornographique existent également, en partie, chez l'animal :

« La perception et la représentation de l’activité sexuelle possèdent aussi, comme chez l’animal, un effet d’augmentation de la motivation, si bien que la pornographie met en jeu des mécanismes élémentaires communs à l’animal et à l’être humain[168]. »

L'être humain cherche, dans ses activités sexuelles, à maximiser le plaisir érotique. Les images pornographiques — peut-être davantage chez l'homme que chez la femme[169][source insuffisante] — augmentent l'excitation sexuelle et l'intensité des plaisirs érotiques.

Études pornographiques

Les études pornographiques visent à étudier les représentations sexuelles, dans le texte ou dans l’image et, au-delà, à réfléchir à l’origine de ces représentations ainsi qu'à leur impact sur les pratiques des individus[170].

Ce domaine de recherches relié aux sciences sociales émerge aux États-Unis au cours des années 1990, par le biais des cultural studies, et grâce aux travaux de Robert Stoller et Linda Williams, cette dernière inventant le concept de porn studies dès 1989 au sein de l'université de Californie à Berkeley, puis à l'université Duke[171]. En France, dès 2003, Ruwen Ogien, avec Penser la pornographie tente de dépasser le conflit binaire « pour ou contre ». Fin 2005, les Presses universitaires de France éditent un Dictionnaire de la pornographie regroupant les contributions d'une centaine de chercheurs du monde entier[172].

Dans les années 2010, les chercheurs insistent sur la nécessité des études pornographiques par le renouveau des controverses autour de l’influence de la pornographie sur les jeunes (découverte de la sexualité, épilation…) et de la diffusion massive de pornographie permise par Internet[173]. En 2014, les Britanniques Clarissa Smith et Feona Attwood fondent Porn Studies, une revue académique trimestrielle, appelant à la nécessité de combiner plusieurs perspectives sur l'étude de la pornographie, qui regroupent plusieurs disciplines tels que la psychologie, la sociologie, les études culturelles, l'éducation, la pédagogie ainsi que des études sur la pornographie en tant que genre cinématographique et performance[174].

Notes et références

Annexes

Bibliographie

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