Breton (cheval)
race de chevaux
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Le Breton est une race de chevaux de trait originaire de Bretagne. Issu de bidets locaux, son élevage s'organise dès la fin du XVIIe siècle sous l'influence de très nombreux croisements. Apprécié des militaires comme des paysans pour sa capacité de traction et sa polyvalence, le Breton connaît un grand succès à l'export au début du XXe siècle. Il quitte alors sa Bretagne natale depuis Landerneau et Landivisiau par trains et bateaux, et sert d'améliorateur pour d'autres races de chevaux de trait. En 1912, deux registres généalogiques (stud-book) existent pour chacun de ses deux types, le trait et le postier, avant d'être fusionnés puis fermés aux croisements. S'il garde ses fonctions de cheval de trait plus longtemps que d'autres races françaises, les années 1970 marquent une forte réduction de l'élevage. La réorientation de celui-ci vers la production de viande à destination de l'Italie survient vers 1980. Avec l'essor de l'équitation de loisir dans les années 1990, le Breton retrouve ses anciennes fonctions de cheval d'attelage.
Jument bretonne aubère au travail au haras national d'Hennebont | |
| Région d’origine | |
|---|---|
| Région | Bretagne, |
| Caractéristiques | |
| Morphologie | Cheval de trait |
| Registre généalogique | Association Nationale du Cheval Breton (ANCB). |
| Taille | ~1,58 m |
| Poids | ~750 kg |
| Robe | Généralement alezan, aubère, plus rarement bai, rouan, exceptionnellement noir |
| Tête | Carrée, profil rectiligne ou camus |
| Pieds | Courts, peu de fanons |
| Statut FAO (conservation) | Non menacé |
| Autre | |
| Utilisation | Surtout viande, plus rarement attelage, travail agricole, des zones forestières et urbaines, écopâturage. |
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Le Breton est très massif et musclé. Sa robe est le plus souvent alezane ou aubère. Malgré sa taille modeste pour un cheval de trait, il déploie un trot efficace et une grande puissance au travail. Plusieurs chevaux nommés « Breton » ont historiquement existé, chacun provenant d'un biotope spécifique. Si le bidet ambleur originel a désormais disparu, tout comme son descendant le Centre-montagne, officiellement, deux types de chevaux bretons perdurent et sont reconnus. Le postier Breton, fleuron de l'élevage, est à l'origine un cheval de poste utilisé aussi bien pour l'attelage que pour les travaux des champs. Le trait Breton plus grand et puissant, est historiquement élevé sur la côte nord de Bretagne. Destiné originellement au trait lourd agricole, c'est désormais surtout un cheval lourd, producteur de viande.
Avec plus de 60 000 individus présents sur le territoire français, le Breton est devenu au début du XXIe siècle l'un des chevaux de trait les plus présents avec le Comtois, bien que l'expansion de son élevage soit surtout liée à l'hippophagie. Il continue à s'exporter, le Brésil étant le seul pays hors de la France à reconnaître officiellement cette race. Il est soutenu comme cheval territorial par la région Bretagne. Grâce à sa rusticité, il entretient aussi des espaces verts et valorise les pâturages de moyenne montagne. L'attachement des Bretons pour leur race de chevaux est resté très fort, proche d'une « parenté totémique », comme en témoignent de nombreuses manifestations culturelles, l'érection de statues à Callac et Landivisiau, et la présence de ces chevaux dans différents écomusées bretons.
Dénomination et sources
Le Breton est nommé en référence à sa région historique d'élevage, la Bretagne[W 1],[1],[2]. Plusieurs types de chevaux différents sont regroupés sous cette dénomination de « Breton »[3],[4],[5]. Le type le plus lourd est nommé « Trait breton » ou « Gros breton »[6]. Le plus léger subsistant jusqu'à nos jours, le Postier breton, doit son nom à son utilisation historique pour tirer les chariots des postes[7],[8].
Un certain nombre de sources au sujet de cette race ont été publiées ou illustrées par Yvon Le Berre, auteur entre autres de l'ouvrage Le cheval breton, un ami pour la vie, paru en 2009[P 1]. L'ethnologue française Bernadette Lizet, alors directrice de recherche au CNRS, a publié en 2003 l'article Mastodonte et fil d'acier, qui retrace l'histoire du cheval breton entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1980[W 2].
Histoire

Origines
Comme tous les chevaux domestiques modernes, le Breton provient de la lignée DOM2 qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers 2 200 à 2 000 ans av. J.-C. selon une vaste étude génomique publiée dans Nature[S 1]. Diverses hypothèses sur son origine exacte ont été émises[9]. L'une, citée entre autres par l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards, suppose que des chevaux asiatiques soient arrivée en Bretagne vers 2 000 ans av. J.-C.[7],[6],[9]. Une autre école de pensée fait descendre la race de chevaux élevés par les guerriers Celtes dans les landes et les collines granitiques de la Bretagne, avant leur conquête de la Grande-Bretagne[S 2],[S 3],[7],[10],[9]. En effet, des chevaux sont représentés sur les pièces de monnaies celtiques frappées localement, démontrant leur présence physique et leur importance en Armorique à cette époque[11],[5].
Les ancêtres du Breton sont probablement établis de longue date dans les collines d'Armorique, notamment les monts d'Arrée[12],[9]. D'après l'autrice tchèque Helena Kholová, ce sont « d'horribles chevaux poilus, de conformation disgracieuse »[13]. Les Romains ne sont pas un peuple cavalier, cependant, leurs unités de cavalerie, principalement d'origine étrangère et notamment d'Afrique du Nord, ont peut-être eu une influence[H 1]. Le Breton a énormément évolué[14], résultant de très nombreux métissages depuis le Moyen Âge[10], notamment avec des trotteurs du Norfolk, des Percherons et des Ardennais[9],[S 4],[W 1].
Du Moyen Âge à la fin du XVIIIe siècle
À l'époque des croisades, le croisement des chevaux montagnards originels avec le cheval oriental ramené depuis ces terres lointaines ìnfluence le bidet breton[15],[9],[Note 1]. Une chronique rapporte qu'« en 1212, le duc Olivier Ier de Rohan ramena neuf étalons arabes qu'il croisa avec le cheval breton »[S 5]. Les allures confortables à mi-chemin entre l'amble et le trot font sa popularité comme cheval d'équitation au Moyen Âge[7],[6]. En raison de cette particularité et de sa taille relativement réduite, il est surnommé « bidet d'allures »[7],[9].
Vers 1500, deux types se différencient : le massif sommier du nord de la région, utilisé comme cheval de bât et pour les travaux de ferme, et le roussin du pays de Briec, plus fin et léger, monture de guerre également chevauchée pour les longs trajets[S 3],[15]. Le roussin ambleur médiéval se fait connaître, jusqu'au XVIIIe siècle, sous le nom de « bidet de Briec » ou « cheval de la lande ». Il est à l'origine du fameux bidet de Cornouaille, ou plus simplement bidet breton[S 6].
En 1666, Gabriel Calloet-Kerbrat conseille le croisement de la jument bretonne avec des étalons d'Allemagne et d'Angleterre[H 2]. L'importance de l'élevage des chevaux dans l'économie bretonne est attestée dès le XVIIe siècle, notamment par Jacques de Solleysel[16]. D'après l'historien Jacques Mulliez, à la fin du XVIIe siècle, dans les évêchés de Léon et de Tréguier, des efforts de sélection sont certainement faits sur les juments destinées à labourer[S 7],[17]. Mieux nourries et abritées des intempéries, elles deviennent plus puissantes et remplacent peu à peu les bœufs à la traction agricole[S 7],[S 8],[17]. Bernadette Lizet estime que cette profonde mutation du rapport à l'animal correspond aux débuts de l'élevage du cheval Breton proprement dit[S 9]. Quoi qu'il en soit, une demande constante en chevaux de traction est attestée dès cette époque[18].
XIXe siècle

Les chevaux bretons sont utilisés pour tracter l'artillerie de la Grande Armée[6] ; tout au long du XIXe siècle, la race est réputée fournir environ la moitié des chevaux d'artillerie de France[5]. Le terme « Breton » désigne peu à peu par défaut un cheval de trait[H 3]. En effet, au milieu de ce siècle, la majorité des 70 000 juments des départements de l'Ille-et-Vilaine et des Côtes-d'Armor sont de type trait[19].
Des différences entre types de chevaux élevés en Bretagne sont dues au sol et la nourriture : le littoral du Nord produit en général une nourriture abondante, tandis que les montagnes du centre offrent un environnement difficile pour l'élevage[H 4],[19]. D'après Éphrem Houël, en 1842, « la race de trait particulière à la Bretagne possède des qualités qui la font rechercher par toute la France et à l'étranger, pour les services du roulage, des diligences, des postes, et du train d'artillerie »[H 5]. Une lettre envoyée depuis Morlaix au Journal des haras en 1837 fait savoir que ces chevaux sont peu élégants, mais « robustes et courageux, sobres et durs à la fatigue, peu sensibles aux intempéries et aux privations de toute espèce »[H 6]. La forte demande en chevaux de poste au XIXe siècle pousse à des croisements avec des étalons normands et avec le Percheron, faisant émerger un type dit « Trait Breton percheronisé »[S 10], et introduisant la robe grise chez la race[20]. C'est ainsi qu'en 1844, les inspecteurs du ministère de l'agriculture recensent des chevaux de gros trait de Tréguier de robe grise ou rouanne, et des chevaux de trait léger de la région de Lamballe, de mêmes robes[21].
La race bretonne conserve de ses racines montagnardes le haras national, principal lieu d'élevage, situé dans le pays de Langonnet[H 5]. La création du haras national d'Hennebont en 1857 en fait la nouvelle capitale de l'élevage du cheval Breton[22]. Durant toute la seconde moitié du XIXe siècle, les haras bretons orientent l'élevage vers les besoins du marché[21]. Des bidets locaux sont croisés avec l'Ardennais pour donner des animaux aptes aux petits travaux de traction[S 10]. Les croisements du Breton avec le Percheron, le Boulonnais et l'Ardennais sont souvent des échecs, ces étalons reproducteurs massifs ne convenant pas à la taille réduite des juments bretonnes[15]. Le développement du réseau routier à la fin du XIXe siècle pousse à modifier la race de Léon[15]. Le tout premier trotteur Norfolk connu en Bretagne, sir Henry Dimsdale, arrive en 1844 au haras national de Lamballe[23]. La souche locale est ensuite croisée avec des étalons carrossiers légers, notamment le trotteur Norfolk britannique qui a une influence déterminante, et le Hackney, aboutissant au type plus léger du cheval Breton, le postier[24],[15],[25],[2], anciennement dénommé Norfolk-Breton[23]. Il construit la renommée de la Bretagne à l'arrivée du XXe siècle[S 10],[25]. D'après Lizet, ces croisements sont opérés sous l'influence d'aristocrates et notables de la région inspirés par le succès des chevaux anglais[S 11]. Ils sont surtout motivés par la forte demande militaire en chevaux d'artillerie, et suivent la mode d'époque pour la recherche du « sang »[S 4].
La nécessité d'un registre généalogique (stud-book) pour la race bretonne est défendue dès 1897[H 7].
De 1900 aux années 1950
Trop pauvre que je suis pour posséder un autre animal, du moins le Cheval d'Orgueil aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie[26].

En 1904, l'agronome Paul Diffloth rapporte que le Breton est « d'une sobriété et d'une rusticité à toute épreuve » bien qu'il manque d'élégance, un défaut « racheté par une vigueur et un courage exceptionnels »[H 8]. Les qualités du Postier breton ou Norfolk-Breton se font notamment connaître en 1905, grâce au concours central hippique de Paris[S 4]. Pendant l'entre-deux-guerres, les débouchés d'artilleur du Postier breton s'effondrent ; il est dès lors alourdi pour devenir un cheval agricole, secteur où la demande reste importante[27],[S 12].
Création du stud-book et organisation de l'élevage

D'après la plupart des sources grand public, dont la base DAD-IS, le registre généalogique (stud-book) du Breton est créé pour la première fois en 1909[W 1],[7],[6],[28],[29],[5],[8]. Colette Gouvion et Philippe Krümm précisent que ce premier stud-book est ouvert à Landerneau par le Syndicat des éleveurs du cheval breton (SECB)[27].
L'ethnologue Bernadette Lizet souligne toutefois une gestion initiale avec deux livres séparés pour les types trait et postier à cause d'un conflit entre éleveurs[S 13]. En 1911, le premier tome de la section bretonne du stud-book des chevaux de trait français est ouvert par des éleveurs du Finistère nord, en refusant les animaux issus de croisements[S 13]. La Société hippique de Saint-Pol-de-Léon y répond l'année suivante en créant le stud-book de la race postière Norfolk-Bretonne, c'est-à-dire celui du Postier breton[S 14].
Sur toute cette période, la tendance générale internationale est à l'augmentation de la taille des races de chevaux de trait pour gagner en puissance, grâce aux croisements[S 15]. Les autres races de trait, Shire ou encore Percheron, rencontrent beaucoup de succès à l'exportation[S 4]. Les éleveurs bretons souhaitent devenir concurrentiels sur ce marché[S 4], en élevant des chevaux plus grands et plus lourds[S 16]. En 1920, les croisements sont autorisés dans ce but[S 16]. Toutefois, en raison de son endurance et de ses allures, le Breton reste une exception, le métissage étant accusé de réduire ses qualités. Dans les années 1930, les croisements avec d'autres races sont officiellement abandonnés[S 10]. Cela n'empêche pas des fraudes d'éleveurs, qui importent des poulains ardennais entiers et leur donnent ensuite de faux papiers de chevaux bretons[S 16].
Le , les deux sections du stud-book sont fusionnées par décision ministérielle sous la mention « trait »[S 4],[5], en raison d'un flou généralisé quant aux origines géographiques des chevaux[S 15]. Des sections séparées sont toujours utilisées pour distinguer le type trait du type postier[12]. La même année, le type postier breton compte plus de 5 000 chevaux enregistrés[S 4]. Tous les chevaux bretons sont enregistrés ensemble depuis cette date. Le postier est toutefois soumis à des tests de performance à l'attelage[S 4]. Les éleveurs se dirigent vers le cheval d'attelage léger plus près du sang recherché par l'armée, ou vers le cheval de trait lourd comme en recherche la société nationale des agriculteurs[S 4]. Les inscriptions au stud-book étant trop peu nombreuses, la fermeture de celui-ci est envisagée[S 16]. En réalité, certains meuniers et petits éleveurs de Bretagne font saillir illégalement des étalons non enregistrés proches du type bidet, avec une relative tolérance des autorités, jusque dans les années 1930[S 16]. Ces petits chevaux solides sont recherchés sur les exploitations agricoles des régions difficiles d'accès en Bretagne[S 16]. La plupart des éleveurs ne font donc pas appel aux étalons des haras nationaux[S 16]. En réponse à cette tendance, le type Centre-Montagne est reconnu officiellement à son tour, en 1927, parmi les types officiels de la race avec le trait et le postier[S 16]. Également appelé « petit trait Breton » et historiquement issu des zones montagneuses, il s'agit de la plus petite des variétés de la race bretonne, soit environ 1,40 m. Il descend des bidets de montagne, et aurait survécu « parce qu'il y a toujours eu des éleveurs pour monter à cheval, dans la montagne »[S 17],[S 10]. En 1920 (selon Swinney[2]), 1930 (selon Hendricks[30]) ou 1951 (selon Edwards[31] et Haller[29]), le registre généalogique du Breton est officiellement fermé aux chevaux non issus de parents enregistrés ou nés à l'extérieur de la Bretagne historique, dont fait partie l'actuelle Loire-Atlantique[7].
Commerce international

La modernisation des transports en Bretagne profite aux chevaux de trait et surtout à leurs éleveurs, qui exportent dès lors leurs animaux dans toute l'Europe, décuplant ainsi leurs ventes[32]. La Bretagne étant productrice mais non consommatrice de tous ses chevaux militaires et carrossiers, le Breton est vendu massivement à ces usages principalement depuis les foires de chevaux de service organisées en nord-Finistère, dans un premier temps à Landerneau, puis à Landivisiau[S 18],[33]. Les foires aux chevaux, permettant le commerce de ces animaux, sont très nombreuses dans toute la Bretagne[27]. Durant l'apogée de la race et pour le seul département des Côtes-d'Armor, le Breton est vendu sur des foires à Lamballe (trois fois par an), Plaintel, Plœuc-sur-Lié, La Chèze, Pléboulle ou encore Pontrieux ; Lannion organise dix foires aux chevaux par an[34].
La Bretagne constitue alors la principale région de commerce de ces animaux, surnommée « la mère aux chevaux » par les marchands[S 19]. Les poulains sont amenés sur ces foires par leurs éleveurs ou des convoyeurs qui montent eux-mêmes à cheval, et qui se chargent de parcourir avec eux les 50 km en moyenne entre l'élevage et la foire[S 20]. Les éleveurs trouvent un intérêt économique à vendre les poulains dès le sevrage pour remettre immédiatement la jument à la saillie[S 21]. En deux heures de temps, un seul des marchands qui arpentent ces foires peut acheter comptant entre 110 et 120 poulains directement à leurs éleveurs, puis les charge dans des wagons de trains[S 22]. Les ouvertures de gares ferroviaires font de Landivisiau la plaque tournante de ce commerce[S 23]. L'expérience est souvent rude pour les poulains bretons, séparés de leur mère puis brutalement soumis au transport ferroviaire[S 24]. Une partie d'entre eux, privés du lait et de la présence de leur mère, cessent de s'alimenter et perdent le tiers de leur valeur commerciale en l'espace de cinq ou six jours[S 25]. Un poulain maigre a toujours moins de valeur qu'un poulain gras[S 26].
Un pic est atteint au début du XXe siècle, où d'immenses convois remplis de chevaux partent de la gare de Landivisiau et de la gare de Morlaix vers toute la France, tandis que des bateaux leur font gagner le sud de l'Europe (Italie et Espagne), l'Allemagne, l'Angleterre, l'Afrique du Nord, l'Amérique du Sud et le Japon[W 3],[33]. La communication des marchands se révèle efficace, leur permettant d'écouler ces chevaux dans des régions aussi variées que la Savoie, la Saône-et-Loire et la Dordogne[S 27]. Pour la seule année 1939, 18 000 chevaux quittent ainsi la Bretagne[S 28]. Ce sont essentiellement des animaux de travail déjà dressés, amenés à Landivisiau depuis leurs élevages de Cornouaille et du Vannetais[S 8]. Ils servent dans les vignes du bordelais et de la Méditerranée, ainsi qu'aux agriculteurs de Vendée et du Massif central, aux mines du Nord, et sont envoyés à l'abattoir de Vaugirard lorsqu'ils sont réformés[S 8].
De 1950 à 1990
Aujourd'hui, ces gros lourdauds connaissent un regain d’intérêt avec la boucherie ; faire du cheval lourd, c'est facile il n'y a pas besoin d'être un bon éleveur [...] Quand je vois ces chevaux faire maintenant une tonne, à quoi ça rime pour la traction ? [...] En trois ans, les aplombs sont foutus, les reins n'en parlons même pas ! Pour le bifteck, d'accord, et c'est pareil pour vos « Bretons » si allants et si forts sous les 800 kg, qui vont bientôt aborder les 1 000 kg de viande sur un squelette et des membres faits pour soutenir des poids bien inférieurs à la tonne ! [...] Pour moi, ce ne sont plus des chevaux de trait, mais des bêtes à viande[35].
En 1948, selon la Géographie universelle, « les départements bretons figurent parmi les plus riches en chevaux. On en compte 19 par kilomètre carré dans le Finistère, 13 dans les Côtes-du-Nord, 11 en Ille-et-Vilaine, 7 dans le Morbihan »[H 9]. Le commerce s'effondre progressivement après la Seconde Guerre mondiale en conséquence du plan Marshall qui encourage l'acquisition de tracteurs agricoles[S 29]. De plus, le développement du transport routier met progressivement fin aux transports de chevaux bretons par le train[S 30]. La Bretagne garde cependant un important élevage de chevaux de trait plus tardivement que dans d'autres régions de France[S 15]. Les débouchés locaux suffisent pour écouler les animaux. Jusque dans les années 1960, ces chevaux continuent d'être élevés et exportés grâce à une jumenterie que Bernadette Lizet qualifie d'anachronique au regard de la situation française[S 15]. Ils partent sur de petites exploitations, par exemple au travail viticole dans le Midi de la France[S 15]. Les éleveurs se rapprochent de leur syndicat d'élevage et des haras nationaux durant les temps difficiles des années 1960 et 1970, où seules les primes à l'élevage et les concours agricoles leur permettent de subsister[S 15]. L'INRA et l'Institut national agronomique effectuent différentes analyses démographiques et génétiques quant aux populations de chevaux de trait, toutes menacées[S 31]. En 1980, ces chercheurs en concluent que la race bretonne est victime de consanguinité, de dérive génétique, et de la disparition de ses structures de coordination. L'âge avancé de ses éleveurs rend sa situation précaire[S 31].
Durant toute cette époque, la tradition de la coupe de la queue du Breton (caudectomie) est conservée, souvent avec une coupe rase, ne laissant que deux ou trois articulations vertébrales caudales, soit quelques centimètres[12],[6]. Officiellement, cette caudectomie a pour but d'empêcher que les guides d'attelage ne s'emmêlent avec la queue de l'animal[6].
Sélection bouchère
En 1951, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) ouvre une section chevaline visant à industrialiser la production de viande de cheval en Bretagne, comme cela est déjà le cas pour les porcs et les bovins[S 15],[36]. En effet, le prix de vente d'un poulain breton à l'abattoir surpasse celui de tout autre débouché potentiel[S 32].
Les éleveurs locaux et le milieu équestre en général s'opposent un premier temps vigoureusement à l'élevage du Breton pour la viande[S 15],[36]. En 1978, l'éleveur de porcs et fils d'étalonnier breton François Coatalem prend la tête de la section chevaline de la FNSEA et engage un partenariat avec les haras nationaux pour développer ce débouché[S 15],[37]. L'année suivante, il obtient la mise en place d'un quota d'abattage de chevaux d'origine française, qui tient jusqu'en 1987[S 15],[38]. C'est l'ouverture vers le marché italien, grand consommateur de viande de cheval de trait, qui entraîne la vague d'engouement pour le cheval breton lourd et une sélection suivant de nouveaux critères[S 15]. Dès lors, les chevaux sont recherchés les plus gros possibles en dépit des problèmes d'aplombs et de fertilité occasionnés, et s'élèvent en plein air intégral[S 15]. Ce modèle d'élevage s'exporte dans le massif central et les Pyrénées[S 15],[39]. En 1984, les allures des chevaux bouchers n'étant plus prises en compte, le test d'allures des étalons de type postier est supprimé[S 33]. La distinction entre les types trait et postier devient moins évidente[S 34]. En 1985, le haras d'Hennebont envoie un énorme étalon reproducteur de type boucher nommé Oscar à Bannalec, dans le Finistère[S 16].
Disparition du Centre-Montagne
La sélection bouchère est fatale au Centre-Montagne qui, étant la plus petite des variétés de la race, est aussi considérée comme la moins adaptée à la production de viande[S 33]. Les étalons Centre-Montagne ne parviennent plus à saillir les juments trop grandes qui leur sont présentées en liberté[S 33], menant à l'extinction de ce type durant les années 1980[40]. La disparition de ce type traditionnel de la race provoque un malaise chez certains éleveurs, qui regrettent les « bonnes petites juments » du pays[S 34]. En réponse, ils montrent un nouvel engouement pour leur patrimoine et pour les chevaux plus légers à l'arrivée des années 1990[S 35].
Fertilité
Les étalons bretons des années 1980 ont la réputation d'être gras et peu fertiles[S 36]. En 1985, en Ille-et-Vilaine, seules 30 % des juments saillies par des étalons bretons sont pleines[S 36]. L'invention du spermogramme permet de corriger le problème en écartant les étalons les moins fertiles de la reproduction[S 37]. L'introduction de l'insémination artificielle privilégie aussi de nouveaux critères de sélection : moins que le poids, les allures, les aplombs ou le modèle, c'est la fertilité qui est prise en compte pour l'agrément d'étalon[S 37]. Il en résulte une baisse de diversité génétique, contrebalancée par la multiplication des élevages hors berceau dans les Pyrénées et le Massif central[S 37]. L'insémination artificielle permet aussi d'obtenir le sperme d'étalon distants géographiquement et donc d'augmenter les choix possibles des éleveurs[S 37].
Depuis les années 1990 : regain du sport-loisir et politique d'expansion

À partir des années 1990, la vague du cheval de loisir, liée au retour à la terre des néoruraux, provoque un regain d’intérêt pour le postier d'attelage[P 2],[S 35]. Lizet y voit aussi une réaction à la disparition du Centre-Montagne, des éleveurs souhaitant désormais préserver les lignées légères[S 35]. Dès lors, le brillant des allures, le geste du genou et le trot soutenu sont à nouveau recherchés[S 35]. Une série de mesures est mise en place par les haras nationaux pour favoriser ce marché, dont l'interdiction de la caudectomie en 1996, vue comme une hérésie par certains éleveurs traditionalistes[41],[S 38]. Les haras nationaux communiquent autour des attelages et des loisirs équestres[S 35]. Les concours d'utilisations traditionnelles et les routes du cheval de trait se multiplient[S 35]. Une nouvelle génération d'éleveurs prend la relève ; issus de milieux non agricoles, ils acquièrent des chevaux bretons dans une démarche de conservation et d'utilisation loisir[S 39]. Pourtant, d'après la journaliste de Cheval Magazine Catherine Bastide-Costes, l'utilisation du Breton au travail agricole n'a cessé de diminuer jusqu'à l'arrivée du XXIe siècle : vers 1984, les maraîchers Bretons employaient encore 400 chevaux pour leur activité, mais en 2004, tous ou presque ont disparu[P 3]. De même, Emmanuelle Hubrecht témoigne en 2005 que le Breton n'est quasiment plus utilisé au travail dans les champs de poireaux[42].
Il bénéficie, comme le Comtois, d'une politique d'expansion régionale[P 2]. En 1992, il compte pour pratiquement la moitié des chevaux de trait du territoire français[6]. Alors que les chevaux stationnés hors de Bretagne historique n'étaient pas comptabilisés au stud-book de la race, un recensement des élevages bouchers dans les Pyrénées et le Massif central permet de doubler les effectifs en une dizaine d'années (1 700 animaux recensés en 1990 contre plus de 3 400 en 2002[P 2]). Le marché de la viande s'effondre toutefois avec la construction européenne, qui favorise les importations[S 36].
Les haras nationaux accompagnent le mouvement de reconversion du Breton vers les loisirs[S 40]. Le haras national d'Hennebont se transforme en pôle culturel conçu comme un musée en plein air, et évite de montrer des éléments en rapport avec la viande[S 40]. Le haras national de Lamballe s'investit davantage encore en menant une politique de soutien à l'élevage de loisir, au grand dam des éleveurs de chevaux lourds[S 40]. Il héberge une quarantaine d'étalons des types trait et postier à la fin des années 1990[43]. Dans les années 2000, des postiers bretons rigoureusement sélectionnés y sont croisés avec des chevaux de sang légers (trotteurs et Pur-sangs), dans le but d'obtenir en troisième génération des postiers plus légers à réintégrer parmi la race bretonne[S 40]. L'initiative rencontre peu de succès[44]. D'après Lizet, les éleveurs bretons voient naître des chevaux hybrides au profil convexe[S 9], et ont le sentiment de perdre leur race[S 40].
Le Syndicat des Éleveurs du Cheval Breton (SECB) mène une politique d'ouverture aux éleveurs néoruraux qui lui permet de multiplier ses adhérents, passant de 500 à 1 400 dans les années 1990 et au début des années 2000[S 39]. Le nombre d'éleveurs progresse aussi, passant de 2 599 en 2001 à 2 811 en 2002[10]. Cependant, en 2018, le nombre annuel des naissances en France reste inférieur à 5 000[P 4], après une baisse continue entre 2012 et 2016[P 5].
Description
C'est un cheval à sang froid[13]. Officiellement, deux types subsistent : le trait et le postier[13],[31],[45],[40]. La sélection pour la viande fait que lorsque les éleveurs ont re-commencé à sélectionner des chevaux plus légers (années 1990), peu de différences existaient encore entre postier et trait, tous deux élevés au poids[44].
La différence historique s'explique par l'utilisation passée de ces chevaux, le trait étant destiné à la traction lourde au pas (qui exige un placement de l'encolure presque à l'horizontale), et le postier à la traction au trot (qui, au contraire, s'effectue avec l'encolure relevée)[46]. Le postier est plus réputé que le trait, se rapprochant davantage du cheval de sang[S 13]. Considéré comme une « réussite zootechnique » du XXe siècle[40],[9], Marcel Mavré estime qu'il constitue l'exemple le plus notoire de la réussite d'un croisement[25]. L'influence du trotteur Norfolk reste assez discrète selon Martial Cornic, qui estime qu'il suffit d'une génération pour qu'un Norfolk-Breton retrouve ses caractères bretons[H 10].
- Différences entre Postier et Trait breton
- Urbanes de Kergadou, étalon postier breton.
- Postiers bretons dans une pâture à Daoulas
- Poulain trait breton à Pontivy en 2017.
- Trait breton au salon international de l'agriculture de 2012.
Le Trait breton actuel est proche du Comtois qui, comme lui, est adapté à la moyenne montagne, de robe similaire, et élevé de manière extensive à destination de la boucherie[47]. Il est caractérisé par sa massivité et sa croissance rapide[31]. Ce type en a absorbé un autre plus ancien et plus lourd, le « Grand breton », qui a servi d'améliorateur pour de nombreuses autres races de trait[7]. Désormais élevé presque essentiellement pour sa viande, le Trait breton forme le type le plus fréquent chez la race ; il souffre alors fréquemment de surpoids, voire d'obésité[40].
Taille et poids
Du fait des nombreux modèles de la race, la taille des animaux modernes varie de 1,45 à 1,70 m pour les plus grands spécimens (en 2017)[40]. En 1984, l'autrice britannique Caroline Silver cite 1,43 à 1,60 m[3] ; l'auteur italien Maurizio Bongianni donne 1,55 à 1,65 m en 1987[7]. En 1992, Edwards estime que le postier ne dépasse pas 1,50 m, alors que le trait fait 1,55 à 1,60 m[48]. Kholová cite en 1997 une fourchette de 1,52 à 1,65 m[13], assez proche de celle citée par CAB International en 2016, 1,52 à 1,63 m[49]. Selon Emmanuelle Dal'Secco, en 2006, la moyenne se situe entre 1,55 et 1,63 m[10]. Différents auteurs citent une taille moyenne de 1,58 m[50],[45].
Durant les années 1990 et 2000, le Breton est allégé pour répondre à la demande du marché des loisirs[14]. Selon une majorité d'auteurs, le poids médian idéal est autour des 750 kg[29],[10],[45],[P 4]. Bongianni donne une fourchette de 700 à 900 kg en 1987[7], alors que l'auteur autrichien Martin Haller donne 600 à 900 kg[29]. La fourchette donnée en 2017 par Bataille et Tsaag Valren va de 650 à 1 000 kg[40]. Ce poids peut aisément atteindre la tonne pour les chevaux de boucherie[40],[36]. De plus, Lizet témoigne que les éleveurs de Bretons sont habitués à engraisser leurs chevaux avant les concours de modèle et allures[S 41].
Morphologie
Le Breton est un cheval trapu[13],[8] et robuste[29], au modèle bréviligne[7] et carré[42], avec une orientation de sélection pour la traction lourde ou bien pour la viande[49]. Il se caractérise par sa masse très imposante, « excessivement éclaté dans ses deux bouts »[40]. Particulièrement puissant[45], il présente une conformation excellente pour la traction lourde[6]. Le type trait est plus compact, alors que le postier est plus léger, plus étendu dans ses rayons et ses allures[40].
Tête
La tête est de format carré[13],[40],[48], proportionnée au corps[7]. Elle est décrite d'un volume et d'une taille moyennes par une majorité d'auteurs[40],[51], Kholová la décrivant comme grande et lourde[13], alors que Haller la décrit comme « plutôt fine »[29]. Le profil en est le plus souvent rectiligne[48],[13],[2],[51],[40], mais certaines lignées ont le profil camus (concave)[7],[51],[40], notamment au niveau du nez[51]. Les oreilles sont petites et mobiles[40],[31], portées relativement bas[48],[13],[52]. Le front est large[7],[2],[51],[40],[45], donnant des yeux espacés l'un de l'autre[42]. Ces yeux sont grands[48] et dégagent une expression douce[48],[42].
- Tête du Breton
- Alezan, vu de face
- Alezan crins lavés, vu de trois quarts
- Bai, vu de profil
- Détail sur le museau
- Détail sur l'oreille
Les ganaches sont lourdes[48],[7]. Les naseaux sont larges et ouverts[48],[13],[51],[40].
Avant-main, corps et arrière-main

L'encolure est souvent courte[7],[48],[13],[29],[42],[51],[31], bien que proportionnée au corps[48]. Elle est recherchée longue[40]. Elle est large et très musclée[7],[48],[31],[45], et présente une forme rouée[48],[42],[31]. Chez les étalons, la protubérance longitudinale est particulièrement massive[13].
L'encolure est bien greffée à un garrot[29],[51] large et relativement plat[7],[48]. Le poitrail est très éclaté[42],[45], la poitrine profonde. L'épaule est inclinée[53],[48],[31],[45] et peut être un peu courte[48], mais elle est recherchée longue[53],[45]. Elle est attachée à un corps compact, profond et court, d'apparence quasiment cylindrique[6]. Le passage de sangle est massif et court[13]. Le dos est court et large[45], puissant et fort[51]. Ce cheval a du coffre et ses côtes sont arrondies[51]. L'arrière-main est très puissante. La croupe est légèrement inclinée et large[7],[29],[45], ou bien d'apparence ronde[42]. Elle est souvent double[7],[52],[8].
Membres

Le Breton est particulièrement musclé au niveau des avant-bras et des cuisses[53],[48]. Les membres sont courts mais puissants[48],[51],[31],[45], avec des jointures larges[7],[52], et en particulier des boulets très prononcés[3]. Les canons sont courts et secs[53], parfois un peu fins, mais solides[7]. La paturon est court[7]. Par comparaison à d'autres races de chevaux de trait, les fanons sont peu abondants[3],[48],[31], voire absents[49]. Les pieds sont de taille moyenne selon Edwards[48], plutôt grands selon Kholová[13]. Ils se révèlent habituellement solides[48],[13].
Les genoux sont relativement bas chez le type trait[40]. Ces membres courts le rendent « près de terre », donnant au cheval Breton un aspect ramassé, qui s'explique par son utilisation historique sur des exploitations au terrain accidenté, nécessitant une meilleure accroche que sur des terrains plats[P 6].
Robes
La robe du Breton est le plus souvent de couleur alezane, de loin majoritaire, possiblement avec des crins lavés[7],[51],[53],[45] et des pommelures[5]. L'alezan foncé ou brûlé est la variante de robe la plus populaire[53].
Le standard de race accepte aussi le bai, l'aubère, le rouan, le noir, le bai-brun et le chocolat[W 4]. L'aubère est fréquent[45],[51], alors que les robes baies, rouannes[28], noires et bai-brunes sont très rares[3],[48],[13],[53]. Si certaines encyclopédies affirment que le gris est accepté[7],[48], ce n'est pas le cas selon le règlement officiel du stud-book de la race bretonne[W 4]. La raison s'explique sans doute par le fait que la robe grise provient de croisements avec le Percheron[20]. Elle a été discriminée tout au long du XIXe siècle, au profit des robes foncées[H 11]. S'il s'en voyait encore dans les années 1910, en 2022, on ne voit plus de chevaux bretons pommelés (gris) « depuis des dizaines d'années »[54].
- Robe du Breton
- Reine de Since, jument alezane, robe la plus fréquente
- Jument aubère
- Jument alezan brûlé crins lavés
- Vivaldi de St Fiacre, étalon noir
- Dolmen, poulain bai-brun très marqué de blanc, écarté du stud-book en raison de sa robe
Historiquement, la mode de la robe alezane a rendu le bai beaucoup moins fréquent[55]. Durant les années 1970 et 1980, les juges des concours se sont appliqués à écarter les sujets autres qu'alezans[S 9],[53]. Il s'agit peut-être d'une conséquence des croisements effectués avec les Ardennais qui sont presque toujours de robe baie[56],[53]. Les éleveurs bretons auraient cherché à éliminer la robe baie de leurs élevages afin d'effacer cette particularité qui rappelle les croisements et le métissage[56]. La plupart des chevaux portent beaucoup de marques blanches, avec une présence quasi-systématique de balzanes et d'une liste en tête[49],[53]. Toutefois, le stud-book tente de limiter la présence de ces marques blanches[53]. Le blanc a mauvaise réputation. La corne blanche des sabots est réputée moins solide, certains éleveurs estimant aussi que les poils blancs sur le ventre donneraient des maladies[S 9].
Tempérament et entretien

Ce cheval est réputé docile et volontaire[3],[45], d'excellent caractère[13],[24], avec un grand calme[42]. Les poulains destinés à l'utilisation sont le plus souvent éduqués dès leur plus jeune âge, au contraire de ceux destinés à l'abattage[57]. Ils sont alors familiers avec l'humain et d'une grande gentillesse[57],[P 4]. Le Breton est un cheval précoce[45]. Sa bonne résistance aux climats chauds est appréciée à l'exportation[52]. En Bretagne, ce cheval développe un pelage épais qui pousse long durant l'hiver, l'aidant à supporter les intempéries[13]. Il tolère facilement la neige, bien qu'elle tombe très rarement en Bretagne[42].
L'élevage a longtemps reposé sur la présence de la lande bretonne[58]. Une particularité documentée du Breton est de pouvoir se nourrir d'ajoncs, au point de braver les piquants pour attraper de jeunes pousses au bord des fossés[H 12]. Un proverbe populaire cité dans les années 1960 dit « Cheval de jonc, cheval breton »[59],[60], ou « cheval d'ajonc, cheval breton »[58] ; son usage a perduré jusque dans les années 1970[58]. Yann Brekilien ajoute que les paysans hachaient cette plante pour en nourrir leurs chevaux au lieu d'utiliser l'avoine, et que les bêtes s'en accommodaient très bien[60].
Allures
Malgré sa masse et ses membres courts, le Breton déploie des allures actives, énergiques et régulières[48], avec notamment un trot vif[3],[52]. Cependant, le type trait obèse élevé pour la boucherie est souvent mal appuyé au niveau des aplombs antérieurs, et peut billarder lors de ses déplacements[40]. Le type postier a des allures de bien meilleure qualité[51],[40], parfois hautes et troussées en résultante de l'influence du trotteur Norfolk[40].
Le Breton a fait l'objet d'une étude visant à déterminer la présence de la mutation du gène DMRT3 à l'origine des allures supplémentaire : sur 15 sujets testé, aucun ne portait cette mutation, confirmant l'absence de chevaux présentant des allures supplémentaires parmi les sujets de cette race[S 42].
Sélection

L'Association nationale du cheval de Trait breton (ANCTB), ex-Syndicat des Éleveurs du Cheval Breton (SECB), est l'association nationale de la race en France[W 5]. Créée en 1920, elle a vocation à représenter la race, sélectionner et améliorer le cheptel, et rassembler les éleveurs et personnes concernées par le cheval breton[W 5]. En 2003, en matière de sélection des animaux, son attention est portée sur la fertilité des étalons[61] et la limitation des marques blanches[62]. La robe pie est interdite par le standard de race. La jument Dame de Pique et l'étalon Océanique ont toutefois transmis de grandes marques blanches à leur descendance, que des éleveurs décrivent comme un « empoisonnement des robes »[62]. Les poulains dont les balzanes montent au-dessus des articulations sont généralement vendus à la boucherie[63]. Les marques blanches ne doivent idéalement pas dépasser le dessus du sabot ni l'étoile en-tête[63]. L'annexe au règlement du stud-book de la race pénalise les marques blanches en dehors de la tête et des membres, les balzanes dépassant la base du jarret et le canon, et la liste prolongée par un ladre ou du blanc sur les naseaux et aux lèvres[W 6]. C'est ainsi que le poulain Dolmen, né le avec du blanc étendu, a été écarté du stud-book malgré l'inscription de ses deux parents et son identification en règle[P 7].
Les éleveurs cherchent aussi à alléger le modèle postier pour le sortir du créneau hippophagique, et à l'adapter pour l'attelage de compétition et de loisir[W 3]. Les poulains issus d’insémination artificielle et de transfert d’embryon sont inscriptibles au stud-book[W 7]. Les poulains enregistrés peuvent être marqués d'une hermine, symbole de la Bretagne, sur le côté gauche de l'encolure[7],[45],[40],[W 7], l'apposition de cette marque n'étant pas obligatoire[40].
Le Breton fait partie des races de chevaux dont les éleveurs peuvent bénéficier de la « Prime aux races menacées d'abandon » (PRME), mise en place en France en 1997, d'un montant de 100 à 150 € en 2004[P 8]. En 2023, le Breton restait éligible à cette prime, alors d'un montant annuel de 200 € par cheval[W 8].
Génétique
Une analyse comparative publiée en 2005 conclut que toutes les races françaises de chevaux de trait sont relativement proches génétiquement les unes des autres, et se rapprochent également des races de trait européennes[S 43]. En 2009, Leroy et al. utilisent 11 marqueurs microsatellites sur 34 populations équines élevées en France dont plusieurs races de trait comme le Breton, et concluent à une diversité génétique significative entre et au sein des races, avec des variations d’hétérozygotie et une structure de population confirmant que les chevaux de trait français forment un groupe spécifique[S 44].
Étalons influents
La race bretonne est influencée par un certain nombre d'étalons raceurs[27]. L'un des fondateurs du Norfolk-Breton, l'étalon Denmark Vigorous, a joué un grand rôle au haras de Lamballe à partir de 1900[27]. Durant les années 1920, les grands raceurs du Postier breton sont Guéraër, Génor, Hercule, Plénée, Fra José, Plounéventer, Naonet et Viveur[27].
Cependant, le chef de race le plus connu est celui à l'origine du Trait breton, Naous, un demi-ardennais né en 1934 d'un étalon breton et d'une jument importée[S 4],[64]. La jument Ninon, née en 1957, donne les deux étalons Var Vella (en 1965) et Arguella (en 1966), qui à eux deux donnent naissance à 24 étalons, eux-mêmes pères de 110 étalons. Né en 1979, Nirée de l'élevage de la famille Desrues, à Vergéal, fils de Var Vella et d'Idole, marque fortement l'élevage dans les années 1990 avec Ici Landi (né en 1974), Norgant (né en 1979) et Riton (né en 1983), deux fils de Gouedic et pères de chevaux réputés[W 9]. Anvers (né en 1988) donne des pouliches de qualité, tout comme ses fils Glomel & Gabarit (né en 1994) et Jackson (né en 1998)[W 9].
Maladies génétiques

Le Breton peut être touché par trois maladies génétiques connues[65]. Le gène récessif responsable de l'épidermolyse bulleuse jonctionnelle létale est présent chez environ 14 % des chevaux de la race testés en 2015[65],[W 10]. Une analyse génétique permet de la dépister et donc d'éviter le croisement de deux chevaux porteurs. Depuis 2004, le programme d’éradication mis en place par le syndicat d'élevage et les haras nationaux impose le testage systématique des étalons reproducteurs[65],[W 10].
Il peut aussi être symptomatique à la myopathie à stockage de polysaccharides (PSSM), maladie génétique dominante qui provoque une dégradation des muscles et des « coups de sang »[57]. Aucune étude n'a été réalisée sur le cheptel français[P 9], aussi certains éleveurs et acheteurs font tester des animaux à leurs frais[65]. Une étude américaine non-randomisée réalisée en 2010 sur 51 chevaux bretons a révélé que 64 % d'entre eux étaient porteurs de la mutation responsable du type 1 de la maladie[S 45].
Enfin, le Breton fait partie des races de chevaux de trait susceptibles de souffrir de lymphœdème chronique progressif, qui provoque un engorgement, un épaississement et des démangeaisons au niveau des membres[S 46].
Utilisations
Le Breton a des capacités variées en fonction des différents types de la race, liées à l'organisation du travail agricole : jusqu'aux années 1900, un même cheval devait être apte à tracter la herse au pas dans les champs et à se rendre au marché au trot sur les routes[66]. Les chevaux les plus petits et légers peuvent être utilisés sous la selle et pour un travail de trait léger et rapide, tandis que les plus massifs sont adaptés à la traction lourde et aux travaux d'agriculture, bien qu'ils soient majoritairement élevés pour leur viande. La demande pour les loisirs reste faible[S 39]. Les éleveurs mettent en avant les aptitudes mixtes de cette race[46] ; Vincent Seite met ainsi en garde pour le maintien de qualités de pieds et d'aplombs afin de conserver des chevaux aptes à la traction hippomobile[P 10]. Le Postier breton est un bon cheval d'attelage, capable de réaliser des travaux de trait léger[6].
Production de viande
L'hippophagie constitue le principal moteur économique de l'élevage, et donc le premier débouché des éleveurs du Breton[S 39],[51],[45]. En 2018, environ 80 % des Bretons sont destinés à une revente bouchère[P 11]. Cette race est particulièrement appréciée en raison de son modèle dodu[31], de sa rusticité et de sa croissance rapide, permettant de produire une viande de qualité en peu de temps[52]. La plupart des poulains mâles de 18 mois « n'ont plus que l'abattoir pour horizon »[36]. Les responsables d'associations d'éleveurs interrogés estiment le maintien de cette production indispensable en dépit des controverses sociétales qu'elle suscite[W 3],[P 12],[P 13].
Cette viande n'est pas vendue en France, où l'hippophagie est marginale, mais en Italie et au Japon[P 10]. Un premier contact avec des acheteurs japonais en 2016 conduit à en tripler voire quadrupler le prix entre 2016 et 2018[P 14],[P 15]. La viande de cheval est en effet considérée comme un mets de luxe au Japon[P 15],[P 13]. En 2019, 140 chevaux bretons sont exportés par avion vers le Japon pour leur viande[P 16]. Les estimations pour cette même année sont de 1 000 à 1 500 exportations au total[P 15].
Welfarm et 30 millions d'amis dénoncent les souffrances causées à ces chevaux lors de leur engraissement et du transport en avion[W 11]. D'autres controverses concernent les violences physiques que certains éleveurs font subir aux poulains lourds lors des foires agricoles de Bretagne[P 17], ainsi que l'attribution de primes d'élevage à des animaux souffrant d'obésité, de boiteries et de défauts d'aplombs[P 18].
Sports et loisirs équestres
Différentes initiatives visent à positionner le Breton dans le secteur des loisirs et comme cheval familial pour de la promenade montée ou attelée[14],[43]. L'association nationale de la race le recommande dans les clubs d'équitation, pour y réaliser les travaux de cour et d'écurie, ou être monté lors de voltige en cercle[14],[W 3]. L'essor de l'équitation de loisir et du tourisme équestre, attelé en particulier, a permis de trouver de nouveaux débouchés dans la traction de roulottes et de chariots bâchés[43].
- Usages sport-loisir du Breton
- L'équipe bretonne de la Route du poisson 2012.
- Antic, jument postière bretonne baie, pendant la qualification loisir du haras national de Lamballe en 2013.
- Équitation de loisir sur la plage de Penvins en 2018.
Contrairement à bien d'autres races de trait, le postier Breton a toujours été utilisé à la traction[47]. Ils peut s'essayer à l'attelage de compétition, secteur qui a très fortement progressé depuis 1995 avec des concours d'utilisation organisés par les haras nationaux français, et des concours ouverts aux jeunes chevaux de toutes les races, organisés par la société hippique française et la fédération française d'équitation[W 3].
Travail agricole, forestier et urbain
La race est utilisée sur de petites exploitations agricoles[67],[52],[51], notamment par des légumiers pour les travaux de précision[57]. Des légumiers de la ceinture dorée, dans le Finistère nord, l'ont adopté dans leurs champs d'artichauts, de choux-fleurs et de pommes de terre[68],[W 3]. Ils réalisent le binage, le battage et le transport des têtes de légumes : le cheval permet de ne pas tasser le sol à l'approche de l'hiver[S 10]. De plus, le fumier produit par le cheval est valorisé, au point que dans les années 1980, il rapporte davantage à la revente que ne coûte la nourriture de l'animal[S 47]. Ces chevaux recueillent aussi des algues sur les plages bretonnes[67], notamment du goémon en pays Bigouden[24],[69],[51]. Il est employé dans des vignobles du sud-ouest de la France, pour des passages minutieux entre les pieds de vigne[6]. Le cheval Breton conserve aussi des usages dans le débardage forestier[24] ; il est considéré (en 2008) comme la troisième race de chevaux de trait la plus fréquente à cet usage, après l'Ardennais et le Comtois[70].
À partir de 2013, la région Bretagne soutient via des appels à projet le cheval territorial pour l'entretien des parcs et divers travaux municipaux, comme ceux de voirie[P 19],[P 4]. L'association régionale Faire à cheval, créée en 2012, répond souvent pour la réalisation concrète de tels projets[P 20].
La Chapelle-Gaceline met en place un ramassage scolaire avec les Bretons Nayak et Opera en 2011, puis une balayeuse hippomobile en 2015[P 21]. La Bouëxière accueille le Trait breton Oscar en 2018[P 19], puis en 2024, un transport scolaire hippomobile une fois par semaine[P 22]. L'une des expériences les plus pérennes concerne les chevaux bretons qui collectent les déchets à Questembert, maintenus durant trois mandats de maires différents pendant quinze ans[P 23],[P 24]. En avril 2025, une pétition est portée par le parti Révolution écologique pour le vivant afin de mettre à terme à cet usage des chevaux, comparé à de l'esclavage[P 25],[P 24] ; elle récolte 25 000 signatures[P 26]. Un cheval territorial breton est aussi utilisé à Lamballe depuis 2019 pour l'arrosage des jardinières[P 27].
- Démonstrations du Breton au travail
- Ramassage des déchets à Questembert, 2013
- Jument à la traction dans la campagne de Loudéac, 2014
- Démonstration de battage (dépiquage) au Gouel an Eost, Plougoulm, 2015
Violaine Frappesauce, épicière à Pluherlin, créée en 2010 une « équicerie » grâce à une roulotte aménagée et à Stourm (« Combat »), son postier Breton[P 28],[P 29]. L'attelage parcourt chaque jour les quinze kilomètres séparant Pluherlin de Rochefort-en-Terre afin d'effectuer des livraisons à domicile[P 29], constituant parfois le seul moyen de livraison des habitants de villages isolés[P 28]. L'initiative s'arrête en 2023, lorsque Stourm, âgé de 17 ans, est mis à la retraite[P 30]. En 2021, la ville de Brest fait appel à Vincent Seité qui désherbe le laurier palme avec ses deux chevaux bretons Atoum et Ubert[P 31].
Écopâturage
Le Breton est aussi utilisé pour l'entretien des espaces verts par la consommation des végétaux[69], dans des zones de déprise agricole et des zones naturelles sensibles, grâce à sa rusticité. Il est testé dans les régions marécageuses, les dunes et les landes, ainsi qu'à l'estive avec d'autres herbivores. L'une des plus célèbres expériences concerne la forêt de Brocéliande[W 3].
Spectacle et tourisme
Le cheval Breton trouve des usages dans le secteur du tourisme[W 1]. Attelé dans des fêtes de villages et défilés costumés, il est représenté dans nombre de fêtes bretonnes, mais aussi dans des spectacles organisés à Paris[W 3],[69]. On le retrouve attelé à des calèches de promenade, ou bien lors de mariages et de réceptions[W 3].
- Démonstrations du Breton en spectacle et tourisme
- Promenade en calèche à Pontrieux, 2009
- Traction de machines agricoles anciennes à la foire d'Avignon, 2013
- Défilé monté au Festival de Cornouaille en 2015
Un postier Breton, Naer (signifiant « Serpent », en Breton), joue avec son dresseur Laurent Jahan un numéro de combat médiéval, présenté notamment à cheval Passion en 2010[P 32]. Il s'est taillé depuis une solide réputation de cheval de spectacle, tournant dans toute l'Europe et à New-York durant les années 2010[P 33].
Croisements et naissances de mules
Le Breton est historiquement beaucoup exporté pour le croisement avec d'autres races de chevaux[7],[6],[31],[45]. Il a vraisemblablement influencé le cheval canadien en étant envoyé vers la Nouvelle-France (Canada) au cours du XVIIe siècle[7],[2],[S 48]. Il est également croisé avec le Franches-Montagnes suisse, et d'autres races de trait lourd[7]. Après la Seconde Guerre mondiale, un étalon Breton influence le trait du Schleswig, en Allemagne[71]. Au Royaume-Uni, cette race est croisée pour donner des cobs de selle[31].
- Races de chevaux influencées par le Breton
Au haras militaire de Saharanpur en Inde, après la partition de 1947, des juments bretonnes ont été croisées avec l'étalon anglo-arabe Mystère pour donner des carrossiers[72],[73],[74] ; le Breton a ainsi une influence sur le demi-sang d'Inde[74]. La race du trait italien provient de croisements avec des chevaux bretons, toujours autorisés par le stud-book italien[S 49],[75]. En Espagne, il est à l'origine de l'Hispano-Bretón, issu du croisement entre des juments locales espagnoles et des étalons bretons importés de France par le ministère espagnol de la Défense, durant les années 1930[S 50].
La jument bretonne peut donner naissance à une mule des Pyrénées par croisement avec un baudet de grande taille[W 12]. Des Bretons ont été envoyés en Inde pour y produire des mules[72].
Diffusion de l'élevage
La base de données de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), DAD-IS, considère le Breton comme une race locale d'origine française, transfrontière et à diffusion internationale[76],[W 1]. Par ailleurs, l'ouvrage Equine Science (4e édition de 2012) le classe parmi les races de chevaux de trait peu connues au niveau international[77].
Les anciennes restrictions d'enregistrement n'ont pas empêché l'élevage de se répandre dans toute la France et autour du monde[51].
En Bretagne et en France

Le berceau de race comprend la Bretagne historique, l'Ouest du Maine-et-Loire et des zones de moyenne montagne dans le Massif central et les Pyrénées[W 1]. Le Breton est l'un des chevaux de trait français aux effectifs les plus importants[67],[78],[15],[51],[8],[45]. Il reste très présent dans sa région d'origine, où il arrive fréquemment d'en voir dans les prés[50]. En 2002, 63 % des étalons sont stationnés en dehors de Bretagne[15]. La plupart des naissances hors Bretagne ont lieu en moyenne montagne[47].
En 2001, les 3 418 immatriculations de la race représentent alors 19 % des chevaux de trait en France[10]. L'expansion du Breton est comparable à celle du Comtois, avec un doublement des effectifs entre les années 1990 et le début des années 2000[47]. Les restrictions passées à l'inscription au stud-book ont provoqué des pertes génétiques, car pendant longtemps, seuls les animaux nés dans le berceau d'origine, la Bretagne historique, pouvaient y figurer[15]. Désormais, tous les chevaux issus de parents eux-mêmes Bretons sont automatiquement inscriptibles[W 3].
Selon le guide Delachaux (2016) comme les données de DAD-IS (consultation janvier 2026), le Breton n'est pas menacé d'extinction[W 1],[45]. En 2023, il est néanmoins considéré par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) comme une race chevaline française menacée d'extinction[P 34].
| Année | Effectif total | Étalons en service | Naissances / an | Nombre d'élevages[Note 2] |
|---|---|---|---|---|
| 1983 | 8 169[W 1] | |||
| 1990 | 12 054[W 1] | |||
| 1995 | 9 603[W 1] | |||
| 1999 | 579[78] | ~3 000[78] | > 2 500[78] | |
| 2001 | 9 477[W 1] | 3 418[10] | ||
| 2006 | 717[79] | ~3 800[79] | 3 226[79] | |
| 2013 | 633[80] | 3 011[80] | 2142[80] | |
| 2014 | < 12 000[W 1] / ~ 12 000[45] | |||
| 2017 | ~ 12 000[81] | |||
| 2018 | 63 106[Note 3],[W 1] | |||
| 2020 | 64 122[W 1] |
Le Breton est historiquement élevé au haras national de Lamballe et au haras national d'Hennebont[78],[51] ; il est aussi présent autour de La Roche-sur-Yon[51]. Il est visible chaque année au salon du cheval de Paris et au salon international de l'agriculture[69]. Le syndicat de la race compte 1 200 adhérents en 2002[69].
Les Bretons élevés dans des biotopes très différents de celui de la Bretagne tendent à perdre leurs caractéristiques au fil des générations, c'est pourquoi leurs éleveurs importent régulièrement des reproducteurs nés et élevés en Bretagne[42].
Au Brésil
L'armée brésilienne importe des Norfolk-Bretons à partir de 1925 afin de se fournir en chevaux d'artillerie[W 13], la race étant ensuite élevée localement afin de répondre aux besoins de l'armée[W 14]. Ces élevages militaires sont démantelés et les chevaux vendus aux enchères dans les années 1970, mais différents éleveurs brésiliens prennent soin de conserver la race[W 13]. En 1982, un stud-book est mis en place et tenu par la Associação Brasileira de Criadores do Cavalo Bretão (Association brésilienne des éleveurs de chevaux bretons), qui a son siège à Londrina[W 14].
Le Brésil importe un ou deux Bretons depuis la France chaque année, et constitue le seul autre pays à gérer un stud-book pour cette race[P 35]. La population brésilienne descend d'environ 180 chevaux ; elle est en danger critique d'extinction en conséquence de la dérive génétique[S 51]. Entre 2004 et 2011, l′Associação Brasileira de Criadores do Cavalo Bretão a enregistré moins de 64 naissances[S 51]. Le cheptel recensé en 2022 est de 1 225 chevaux[W 14], ce qui en fait le second mondial du Breton en race pure[W 13]. La race est présente dans le Sud, le Sud-Est et le midwest[W 14]. Il est généralement élevé en liberté, avec retour à l'écurie pour la nuit[W 14].
Dans le reste du monde
Lorsqu'en 1917 la création d'une race de chevaux de trait est préconisée au Maroc, le Breton est proposé pour l'importation et les croisements[H 13]. Il en est de même en Algérie, en 1913[H 14]. Ce cheval continue d’être exporté, pas seulement pour le marché de la viande puisqu'au début du XXIe siècle, une cinquantaine d'étalons reproducteurs partent chaque année pour le croisement avec des souches locales ou pour le travail agricole[P 35].
L’Espagne, l'Italie et l'Afrique du Nord sont les trois autres principaux importateurs[P 35],[80]. Il existe (en 2005) des exportations régulières vers les Balkans[5]. En 2022, l'Europe de l'Est est considérée aussi comme un marché d'exportation[P 36].
Cette race est aussi exportée vivante au Japon[7],[31]. DAD-IS recense 1 115 Bretons présents dans ce pays en 1999[W 15].
Cheval Breton dans la culture
Le cheval Breton est un patrimoine culturel[S 13],[W 3],[P 4], ainsi que l'une des races de chevaux de trait les plus fameuses élevées en France[5]. La culture marchande historique de la Bretagne a disparu avec la motorisation, mais un attachement profond perdure entre éleveurs, utilisateurs, et chevaux bretons[S 13],[W 3], teinté de nostalgie de l'âge d'or de ce cheval de trait[S 13]. Selon l'anthropologue Sergio Dalla Bernardina, cet attachement est proche d'une « parenté totémique », l'éleveur de Bretons employant par exemple le « nous » pour parler de ses chevaux et de lui, ou de l'ensemble des éleveurs et chevaux de son pays[S 52]. Les habitants témoignent d'un certain régionalisme à travers l’intérêt pour leurs chevaux, leurs concours d'élevages, et les foires qui attirent un public nombreux[69]. À Loudéac, la fête du cheval est ainsi l'occasion de voir tous les types de chevaux bretons dans une démarche de valorisation de la culture régionale[S 35]. En parallèle, le marché touristique européen contribue à une folklorisation des chevaux et des paysans bretons[S 53].
Le statut social attaché à la possession d'un cheval au début du XXe siècle est décrit dans dans Le Cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Hélias, à travers la scène du grand-père Le Goff qui panse chaque matin son cheval d'orgueil dans son écurie imaginaire[S 54]. D'autres œuvres évoquent des chevaux bretons sans en faire leur sujet principal. Honoré de Balzac en mentionne dans son roman Les Chouans[S 55].
- Représentations du Breton dans les Arts
- Un cheval de trait breton gris, peinture de Rosa Bonheur
- Paysan et cheval breton, sculpture de François Bazin, écomusée de la Bintinais
- Cheval breton, sculpture de Georges Malissard, écomusée de la Bintinais
La peintre Rosa Bonheur a eu plusieurs fois l'occasion de travailler sur des chevaux Bretons[H 15]. La place de Callac s'est vue offrir par le ministère de la culture en 1958 une statue du célèbre reproducteur Naous, réalisée à la fin de sa vie[S 56],[64]. En 1983, la mairie de Landivisiau a érigé la statue d'un cheval Breton à l'endroit où se tenait jadis son célèbre marché au chevaux, qui attirait de très nombreux maquignons[S 56].
Le domaine de Ménez-Meur, dans les monts d'Arrée, accueille une maison du cheval Breton depuis 1980[82],[S 57], et sert de conservatoire pour cette race depuis sa création[P 37]. La race est aussi visible à l'écomusée de la Bintinais, depuis sa création en 1988[S 58]. En 1998, Jean-Maurice Colombel créé une exposition autour du cheval et des hommes, qui a été vue à Rennes, Vannes, Vitré et Hennebont, entre autres, jusqu'en 2003[83].
