Prem Rawat
ambassadeur de Paix
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Prem Pal Singh Rawat, plus connu sous les noms de Prem Rawat ou Maharaji, né le à Haridwar, en Inde, est un gourou indien.
Leader d’un nouveau mouvement religieux, les évolutions de son discours et des associations qui relaient son message ont suscité des controverses. En France, au moins une de ses organisations, Élan vital (ex-Mission de la Lumière Divine), est considérée comme mouvement sectaire et cité dans les rapports de l'Unadfi.
Biographie
Les années 1957 - 1971
Prem Rawat est le plus jeune des quatre fils de Hans Ram Singh Rawat, plus connu sous le nom de Sri Hans Ji Maharaj (en), et de Rajeshwari Devi, sa seconde épouse, également appelée Mata Ji. Son père était un maître indien[1]. C’est à l’insistance de son entourage que la Divya Sandesh Parishad, ou Divine Light Mission (en), a été créée en 1960 sur la base des principes suivants : « les religions sont une », « la paix est indivisible » et à la portée de chacun, et « des individus mécontents et des nations insatisfaites ne pourront jamais promouvoir une paix durable dans le monde »[1],[2].
Prem Rawat a six ans lorsque son père lui enseigne quatre techniques de méditation transmises de maître en maître. Il a huit ans lorsque son père décède en 1966. À la fin des treize jours de deuil traditionnels, il est reconnu comme son successeur par son entourage[3] et reçoit alors le titre de Guru Maharaj Ji[4].

Au cours de ses premières années passées en Inde, Prem Rawat évolue dans un environnement fortement empreint d’hindouisme[5], et apprend l'anglais dans une école catholique de Dehra Dun.
Quelques occidentaux qui l’ont rencontré en Inde en 1968 l’invitent à venir dans leur pays donner des conférences[6],[7].
Les années 1971 - 1980
En juin 1971, à l’âge de treize ans, il se rend au Royaume-Uni pendant ses vacances scolaires. Il prend la parole au Festival de Glastonbury. Un mois plus tard, après s’être rendu à Paris puis à Heidelberg il s'envole pour Los Angeles. En 1971, La Divine Light Mission est enregistrée aux États-Unis en tant qu’association à but non lucratif[8].
A l'âge de quinze ans, il affirme son autorité et exprime le souhait de ne plus être tenu à l’écart de la gestion de la Mission[9],[10]. Une nouvelle répartition des responsabilités est mise en place : à partir de décembre 1973, Prem Rawat prend le contrôle de la branche occidentale de l’organisation sur le plan administratif. Sa mère place Bal Baghwan Ji, son fils aîné, à la tête de la branche indienne dont elle conserve le contrôle[11].
En 1974, à l'âge de seize ans, Prem Rawat obtient le statut de mineur émancipé et épouse Marolyn Johnson, une Américaine de huit ans son aînée. Cette union avec une Occidentale suscite à nouveau une vive désapprobation de la part de sa mère qui considère qu’elle ne se conforme pas à ses vœux et bafoue la tradition hindoue[12]. Elle provoque une rupture définitive entre eux. Mata Ji qualifie alors son plus jeune fils de playboy[13], ne le reconnaît plus comme le successeur de Shri Hans en tant que maître et désigne comme tel Bal Baghwan Ji[11],[14].
A cette période, des critiques émergent dans son entourage concernant sa personnalité, ses choix de vie et l‘adulation dont il fait parfois l’objet[15]. Par ailleurs, des divergences de point de vue quant à son rôle apparaissent. Quelques-uns de ses proches collaborateurs projettent d’assumer seuls la responsabilité de relayer ses enseignements en Occident selon les moyens qu’ils jugent les plus appropriés. Cette intention est perçue comme une volonté de le reléguer au statut de simple figure emblématique[16].
En 1976, les critiques et luttes de pouvoir s’intensifient au sein du mouvement, principalement aux États-Unis. S’ensuit alors une période de défections d’anciens collaborateurs devenus ouvertement hostiles. Cette période est marquée par des accusations de dérives sectaires relayées par une partie de la presse américaine[17]. Le public de Prem Rawat se réduit alors considérablement et les associations se réorganisent[18].
En 1977, Prem Rawat devient citoyen américain[19]. En 1979, après avoir obtenu une licence de pilote de ligne, il prend pour la première fois les commandes d’un Boeing 707 acheté d’occasion. Il choisit ensuite de piloter un avion ou un hélicoptère loué, pour se rendre dans les régions difficiles d’accès et répondre aux invitations à parler de paix qui lui sont adressées depuis les cinq continents[20].
Les années 1980 - 2000
En 1980, il décide de tenir compte des particularismes culturels de ses nouveaux publics en abandonnant les termes issus de l’hindouisme ainsi que les rites et traditions de cette religion qui ne subsistent plus que dans certaines contrées où ils sont profondément ancrés. Le mot « guru » est remplacé par « maître » et les réunions centrées sur ses enseignements ne sont plus appelées « satsang ». Les mahatmas (ou « baïs » lorsqu’il est fait référence à des femmes) venus d’Inde pour enseigner les techniques de méditation sont un temps remplacés par des « instructeurs » occidentaux[21] avant que les avancées de la technologie ne permettent à Prem Rawat de les enseigner lui-même, via un DVD, lorsqu'il ne peut le faire en présentiel. Ces décisions rendront la nature de son message plus facilement perceptible : son auditoire pourra désormais se focaliser sur le message plutôt que sur une présentation imprégnée de nombreuses caractéristiques de la culture indienne qui s’étaient révélées pour beaucoup sources de distraction, voire de mécompréhension ou de malentendus[22],[23],[24].
En 1983, La Divine Light Mission est dissoute et remplacée par Elan Vital, une organisation à but non lucratif fondée pour organiser les événements de Prem Rawat et diffuser ses enseignements. Dépourvue de caractère religieux, elle s’adresse à un public occidental plus large[25],[1]. Prem Rawat abandonne le titre de Guru Maharaj Ji pour se faire appeler simplement Prem Rawat[26]. Ensuite, il est également fréquemment désigné sous l’appellation « Maharaji »[27]. La même année, les ashrams, où vivaient un petit nombre des personnes suivant ses enseignements, sont fermés en Occident[28],[14].
Avec la diffusion des cassettes vidéo, puis des DVD, Elan Vital met à disposition de particuliers et d'associations des enregistrements audiovisuels des conférences de Prem Rawat, en complément des transcriptions écrites précédemment proposées[29]. A partir de 1998, les conférences sont transmises en direct ou en différé par satellite[30]. Ce nouveau mode de diffusion vise à offrir un accès plus direct à ses enseignements[31], la transmission orale traditionnelle ayant donné lieu à des interprétations très diverses[32].
Les années 2000 - 2010
En 2001, Prem Rawat crée The Prem Rawat Foundation (TPRF) dont l'objectif est de « faire progresser la dignité, la paix et la prospérité afin de répondre aux besoins humains fondamentaux de nourriture, d’eau et de paix »[33].
Prem Rawat reçoit le titre honorifique "d'ambassadeur de la paix" de la part de Pierre Weil, recteur de l’organisation privée brésilienne Université de la Paix (UNIPAZ), en 2006 à Florianopolis au Brésil, et de la part des représentants de la région Basilicate en 2009 à Potenza en Italie[27],[34].
En 2007, la fondation TPRF met en place le Programme d’éducation pour la paix. Il est utilisé pour la première fois dans la prison d’État Dominguez, de San Antonio au Texas[35],[36],[37]. Ce programme est constitué d’une série de dix ateliers interactifs destinés à encourager les participants à découvrir leurs ressources intérieures parmi lesquelles la faculté de se relier à la paix en soi. Il est principalement basé sur les interventions de Prem Rawat[38]. Il est librement utilisé par des associations et institutions publiques et privées[39], notamment des maisons associatives, universités, centres de formation pour adultes, refuges pour sans-abri, foyers d’aide aux toxicomanes, personnel d’établissements pénitentiaires et personnes incarcérées[40],[41].
En Inde, la fondation TPRF collabore avec la fondation Raj Vidya Kender pour proposer, depuis 2004, des consultations ophtalmologiques gratuites[42] à des centaines de milliers de personnes en situation de grande précarité[43],[44].
En 2009, d’après l’agence de presse italienne Agenzia Aise, Gianni Pittella, alors vice-président du Parlement européen, déclare que Prem Rawat effectue de nombreux déplacements internationaux pour donner des conférences au sujet de la paix[45].
Ses enseignements et leurs origines
Le message de Prem Rawat met l’accent sur l’accès individuel à la paix intérieure. Il affirme que celle-ci peut être obtenue par une exploration des ressources internes de chacun, plutôt que par l’adhésion à des dogmes. Son enseignement repose notamment sur quatre techniques, désignées sous le nom de « Connaissance », présentées comme visant à favoriser une expérience intérieure de paix[46],[47].
Ron Geaves (en), professeur de religion comparée, indique que, lors de ses conférences, Prem Rawat s’exprime de façon spontanée en s'appuyant sur son expérience personnelle plutôt qu’un ensemble de connaissances théoriques ou théologiques[48]. Toutefois, peu après l’arrivée de Prem Rawat en Occident, un certain nombre de chercheurs ont essayé d’identifier la lignée de maîtres à laquelle il pouvait être rattaché, conformément à la tradition indienne du Parampara (en).
Pour plusieurs d'entre eux, dont J. Gordon Melton, les enseignements de Prem Rawat s'inscriraient dans la tradition du Sant Mat, ou seraient apparentés au courant Radha Soami[49],[50].
Ron Geaves quant à lui, se référant aux déclarations de Prem Rawat sur sa lignée, associe ses enseignements à la tradition établie par Totapuri (de)[51] qui donna naissance à l’Advait Mat (en) dont Ananpuri Ji fut à l’origine. Cette lignée comprendrait ensuite Advaitanand Ji (en) et Swarupanand Ji (en), ce dernier ayant été le maître de Hans Ji Maharaj (en). Il souligne que, bien que les enseignements issus de la lignée Totapuri ont des points communs avec ceux issus de la tradition Radha Soami, et qu'ils se soient développés dans une même secteur géographique, ils sont néanmoins différents[52].
Implantation en France
En 1983, le rapport parlementaire d'Alain Vivien, Les sectes en France, classe La Lumière Divine dans la catégorie "spiritualité, synthèse des grandes religions"[53]. Le Parisien indique que son association Elan Vital est inscrite en 1995 dans la liste des 173 mouvements sectaires établie par un rapport parlementaire du parlement français[54],[55]. Un rapport du ministère de l’intérieur français daté de 2021 indique qu’on ne peut pas qualifier de mouvement sectaire des groupements sur la base de listes comme celle du rapport parlementaire de 1995, et qu’une telle qualification peut aboutir “à la stigmatisation d’associations exemptes de toute dérives sectaires avérées”, mais qu’il convient de se concentrer sur les faits établis de dérives sectaires portant atteinte à l’ordre public[56].
Controverses et accusations de dérives sectaires
L’arrivée de Prem Rawat en Occident a très tôt été suivie de controverses.
Dans les années 1970, de nombreux sociologues ont décrit Prem Rawat comme un leader charismatique[57],[58],[59].
John Gordon Melton considère que ce charisme a contribué à la diffusion rapide de son message parmi des membres de la contre-culture des années 1960[60]. L’engouement que ce charisme suscitait auprès d’un grand nombre d’entre eux, la façon quelque peu exotique voire extravagante dont ils l’exprimaient, les rites et traditions de l’hindouisme dont les enseignements de Prem Rawat étaient alors empreints, ont amené certains observateurs à considérer ce phénomène comme relevant d'un nouveau mouvement religieux[61],[62],[63].
Dans son étude de 1982, Paul Schnabel retranscrit les propos de Van der Lans, professeur de psychologie des religions, pour qui Prem Rawat « semblait encourager ses élèves à une attitude non critique, ce qui leur donnait la possibilité de projeter leurs fantasmes de divinité sur sa personne »[64]. En Inde, les appellations de Sant, Satguru (en) ou Maître Parfait (en) ont été très tôt attribuées à Prem Rawat[65],[66].
La presse présente parfois Prem Rawat comme maître spirituel, conférencier ou auteur[67],[68],[69],[70].
Mais Libération le présente comme un chef de secte[71]. Le Parisien le décrit comme un gourou « estimable maître d'une technique unique de méditation intérieure pour ses disciples, dangereux manipulateur pour ses détracteurs ». Le journal relaie également les témoignages d'anciens adeptes l'accusant d'enrichissement personnel.
Le magazine Capital qualifie la formation professionnelle délivrée par Elan Vital d'« illumination », rapportant que cette formation est basée sur une « roue des couleurs » (Success Insights), dont les couleurs sont censées représenter le comportement des participants, par exemple le vert censé correspondre à une docilité envers l’autorité. Le magazine note également qu'une session de base pour une vingtaine de participants est facturée 26 000 euros[72].
En 2020, l'UNADFI publie le témoignage d'une Espagnole dont le mari a rejoint la secte Elan Vital de Prem Rawat[73].
Œuvres
- Quand le désert fleurit… et autres graines de vie, Éditions Leduc.s, (ISBN 979-10-285-1369-6)
- Apprendre à s'écouter : comment trouver la paix dans le bruit du monde, Paris, Editions du Seuil, , 274 p. (ISBN 978-2-02-145630-1 et 2-02-145630-7, OCLC 1250260989)
- (en) Breath, Wake Up to Life, New York, St. Martin’s Essentials, , 192 p. (ISBN 9781250366757)
Distinctions
- BrandLaureate International Hall of Fame Lifetime Achievement Award (prix “BrandLaureate International Hall of Fame” d’excellence pour l’ensemble de sa carrière) décerné par la Asia Pacific Brands Foundation (2012)[74].
- Record Guinness : record d’audience pour une lecture publique d’un seul auteur : 114,704 participants le 2 avril 2023 à Lucknow dans l’Etat de l’Uttar Pradesh en Inde[75].
- Record Guinness : record d’affluence à une conférence : 375 603 participants le 26 novembre 2023 à Gaya dans l’Etat de Bihar en Inde[76].
- Record Guinness : record d’audience pour une lecture publique de plusieurs auteurs : 133 234 participants le 2 mars 2025 à Mirzapur dans l’Etat de l’Uttar Pradesh en Inde[77].
Bibliographie
- Andrea Cagan (en), La paix est possible, Vienne, Albatros, , 395 p. (ISBN 978-3-85219-036-5)
- (en) Ron Geaves, « Globalization, charisma, innovation, and tradition: An exploration of the transformations in the organisational vehicles for the transmission of the teachings of Prem Rawat (Maharaji) », Journal of Alternative Spiritualities and New Age Studies, vol. 2, , p. 44-62.
- Rawat, Prem et Wolf, Burt, (2005) - Inner Journey: A spirited conversation about self-discovery (DVD). (ISBN 0-9740627-0-7)
- (en) Prem Rawat, The Prem Rawat Foundation presents: Maharaji at Sanders Theatre, Harvard University, (ISBN 0-9740627-3-1)
- (en) Prem Rawat, Maharaji at Griffith University, (ISBN 0-9740627-2-3)
- Geaves, Ron, (2002) - From Divine Light Mission to Elan Vital and Beyond: an Exploration of Change and Adaptation, International Conference on Minority Religions, Social Change and Freedom of Conscience, University of Utah at Salt Lake City.
- (en) Jeffrey K. Hadden et Eugene M. Elliot III, « Divine Light Mission/Elan Vital », dans Gordon J. Melton et Martin Bauman (Eds.), Religions of the world: A Comprehensive Encyclopedia of beliefs and practices, ABC-CLIO, (ISBN 1-57607-223-1)
- (en) Lucy DuPertuis, « How people recognize charisma: the case of darshan in Radhasoami and Divine Light Mission », Sociological Analysis, University of Guam, vol. 47, no 2, .
- (en) James V. Downton, Sacred journeys: The conversion of young Americans to Divine Light Mission, Columbia University Press, , 245 p. (ISBN 0-231-04198-5)
- (en) Charles Cameron (Ed.), Who Is Guru Maharaj Ji?, Bantam Books, Inc.,
