Prix Renaudot
prix littéraire français
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le prix Théophraste-Renaudot, plus couramment appelé prix Renaudot, est un prix littéraire honorifique[1] créé en 1926 par dix journalistes et critiques littéraires, attendant les résultats de la délibération du jury du prix Goncourt.
| Prix Renaudot | |
Prix Renaudot affiché chez Drouant. | |
| Nom original | Prix Théophraste-Renaudot |
|---|---|
| Prix remis | Aucune dotation |
| Description | Prix littéraire |
| Pays | |
| Date de création | 1926 |
| Dernier récipiendaire | Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour Je voulais vivre (2025) |
| modifier |
|

Historique
En 1925, durant l'attente de la délibération du prix Goncourt, Georges Charensol et Gaston Picard proposèrent, par boutade, de créer un équivalent du Goncourt décerné par un jury de journalistes. L'idée naît d'une conversation humoristique entre les deux critiques[2].
Le prix est effectivement créé l'année suivante et prend le nom de prix Renaudot, en hommage à Théophraste Renaudot, fondateur de La Gazette. Le premier lauréat est choisi pour le style et l'originalité de son œuvre, dans une démarche d'encouragement littéraire, fondant ainsi la vocation du prix : récompenser des ouvrages de qualité qui auraient pu échapper à l'attention du jury Goncourt.
Le premier jury du prix Renaudot se composait de Raymond de Nys, Marcel Espiau, Georges Le Fèvre, Noël Sabord, Georges Martin, Odette Pannetier, Henri Guilac, Pierre Demartre, Georges Charensol et Gaston Picard.
Ces dix membres ont rédigé collectivement La Vie de Théophraste Renaudot, biographie en dix chapitres où chacun d'eux signe une section. L'ouvrage est paru en 1929 chez Gallimard, dans la collection Vie des hommes illustres.
Sans être organiquement lié à l'Académie Goncourt — composée uniquement d'écrivains —, le jury du prix Renaudot en constitue le complément naturel, les deux prix étant traditionnellement annoncés simultanément, le premier mardi de novembre, au restaurant Drouant à Paris.
Outre le prix principal, le jury décerne chaque année depuis 2003 un prix Renaudot de l'essai et depuis 2009 un prix Renaudot du livre de poche. Il existe également depuis 1992 un prix Renaudot des lycéens.
L'institution a un règlement intérieur souple pour l'attribution[3]. Les modalités varient selon les statuts mais il est reconnu qu'un écrivain lauréat d'un autre grand prix littéraire (prix Goncourt, prix Femina, prix Interallié, prix Médicis) ne peut recevoir le Renaudot[4]. C'est d'ailleurs en raison de ce manque de cumul que le jury créa spécifiquement un prix spécial pour Le Lambeau en 2018, déjà récompensé par le Femina[5]. En 2018, la sélection d'un livre auto-édité de Marco Koskas déclenche la polémique[6].
Polémiques sur certaines attributions de prix
Alors qu'il demeure une récompense d'importance au sein de la rentrée littéraire de l'automne, la sincérité du scrutin, accusé de favoritisme, a plusieurs fois été mise en doute[7].
Accusations de copinage et de conflits d'intérêt
Le prix littéraire a fait l'objet d'accusations sévères de la part de plusieurs journaux français et internationaux. Le Monde décrit la récompense comme un « prix d’amis », une « figure de dinosaure dans une industrie très attachée à ses traditions », un « système fermé d’affinités sélectives » régi par un « processus opaque et arbitraire »[8] ; L'Obs, comme une entreprise de copinage, gâtée par la « corruption sentimentale » et les « renvois d’ascenseur »[9].
Dans son journal, Jacques Brenner notait les petits arrangements de Yves Berger, celui-ci lui déclarant, en 1983, « au premier tour, tu votes selon ton cœur. Au deuxième tour, tu votes pour ton éditeur »[10], puis, quelques années plus tard, l'intimant de « convaincre les jurés du Renaudot (...) de « bien » voter »[11].
En 2007, Christophe Donner a accusé Franz-Olivier Giesbert d'avoir « manipulé » les délibérations du jury[12]. Selon l'Agence France-Presse, c'est en effet « à la surprise générale » que les jurés du Renaudot ont attribué le prix 2007 à Daniel Pennac, alors que son livre ne figurait pas sur la liste des ouvrages sélectionnés[13]. Le cas s'est reproduit en 2018, puis en 2019, après que les livres de Valérie Manteau, Le Sillon, et de Sylvain Tesson, La Panthère des neiges, qui ne figuraient pas dans les sélections successives, ont été désignés lauréats au mois de novembre[14]. Cette accusation est à nouveau portée après l'attribution du prix essai à Éric Neuhoff en 2019 (le jury comprenait Jérôme Garcin et Frédéric Beigbeder, respectivement animateur et intervenant au Masque et la Plume, auquel collabore Éric Neuhoff)[15].
En mai 2020, Christophe Claro demande au jury de retirer son roman La Maison indigène de sa liste de sélection, indiquant sur son blog et sur Twitter : « Je n'ai aucune envie de participer à quelque mascarade que ce soit, même patronnée par des écrivains aussi talentueux et prestigieux que le sont, pour ne citer qu’eux, messieurs Beigbeder, Giudicelli et Besson »[16].
Polémiques sur Gabriel Matzneff
L'attribution du prix de l'essai à Séraphin c'est la fin ! de Gabriel Matzneff en 2013 choque a posteriori de nombreuses personnes et incite Vanessa Springora à écrire son livre Le Consentement, paru en 2020[17],[18]. À la suite des révélations sur Gabriel Matzneff, Jérôme Garcin, membre du jury du prix, démissionne le . Il lie son départ, notamment, à « l’affaire Vanessa Springora » et critique en outre « l'aberrante constitution d’un jury à 90 % masculin »[19],[16]. Il est provisoirement suivi le par Jean-Marie Gustave Le Clézio[20] qui revient ensuite sur sa décision[16].
La révélation de relations pédophiles entretenues aux Philippines par Gabriel Matzneff ou Christian Giudicelli choque, en particulier aux États-Unis, où l'affaire Matzneff a été évoquée à trois reprises dans les pages du New-York Times, dont le correspondant local ne comprend pas que les écrivains en France soient ainsi sacralisés alors que « jamais un ouvrier pédophile n'aurait été protégé ainsi ». Pour Laure Murat, une historienne et professeur de littérature à UCLA qui a pourtant défendu Matzneff contre la « curée » dont il a fait l'objet, il reste toutefois « honteux » que Christian Giudicelli ne démissionne pas de ses fonctions, et pour elle « l’ensemble du jury aurait dû se remettre en question », tandis que pour d'autres jurés (Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud), c'est un non-sujet[16].
Membres du jury
Les dix membres du jury sont élus à vie par cooptation. La présidence est tournante, elle change chaque année au sein du jury. Le président régule les débats. En cas de blocage, après dix tours de scrutin, la voix du président compte double pour les votes qui suivent. Un juré est également nommé secrétaire.
- Jean-Noël Pancrazi (depuis 1999)
- Georges-Olivier Châteaureynaud (depuis 1995), secrétaire général
- Dominique Bona (depuis 1999)
- Franz-Olivier Giesbert (depuis 1998)
- Patrick Besson
- J. M. G. Le Clézio
- Frédéric Beigbeder (depuis 2011)
- Cécile Guilbert, depuis le [21]
- Stéphanie Janicot, depuis le [21]
- Mohammed Aïssaoui, depuis mai 2023
Anciens jurés
- Francis Ambrière[22] (-1998)
- Henri Amouroux (-1986)[23]
- Alain Bosquet (-1998)[23]
- André Bourin (1971-2009)
- Jacques Brenner (1986-2001)
- André Brincourt (1984-2011)[24]
- José Cabanis (1986-2000)[23]
- Georges Charensol[22]
- Pierre Demartre
- Marcel Espiau
- Luc Estang[23]
- Max-Pol Fouchet[22]
- Jérôme Garcin (2011-2020)
- Christian Giudicelli (1993-2022)[23]
- Henri Guilac
- Roger Grenier[22]
- Pierre Mazars (-1985)[23]
- Georges Martin
- Robert Mallet (-1986)[23]
- Maurice Nadeau[22]
- Raymond de Nys
- Maurice Noël[22]
- Étienne Lalou[22]
- Georges Le Fèvre
- Marcel Sauvage[23]
- Noël Sabord
- Odette Pannetier
- Gaston Picard
- Georges-Olivier Châteaureynaud
- Louis Gardel (1986-2021)[23]
- Roger Vrigny (-1997)[23]
Liste des lauréats
Prix Renaudot
Prix Renaudot de l'essai
Les liens renvoient aux titres des essais ou aux sujets qui y sont abordés.
- 2000 : L'Imaginaire des drogues : De Thomas de Quincey à Henri Michaux de Max Milner (Gallimard)
- 2001 : Protée et autres essais de Simon Leys (Gallimard). Collection d'essais sur Protée, les ouvertures romanesques, André Gide et Don Quichotte.
- 2002 : Le Silence de Delphes : Journal littéraire de Claude-Michel Cluny (La Différence).
- 2003 : Dictionnaire amoureux de l'Amérique d'Yves Berger (Plon)
- 2004 : Madame Proust d'Évelyne Bloch-Dano (Grasset). Biographie de Jeanne Weil Proust.
- 2005 : Le Roman de Constantinople de Gilles Martin-Chauffier (Le Rocher)
- 2006 : Jean-François Revel : Un esprit libre de Pierre Boncenne (Plon)
- 2007 : Le Benarès-Kyôto de Olivier Germain-Thomas (Le Rocher)
- 2008 : Autobiographie d'un épouvantail de Boris Cyrulnik (Odile Jacob). Enquête psychologique.
- 2009 : Alias Caracalla de Daniel Cordier (Gallimard)
- 2010 : L'Affaire de l'esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui (Gallimard)
- 2011 : Fontenoy ne reviendra plus de Gérard Guégan (Stock)
- 2012 : Le Dernier Modèle de Frank Maubert (Fayard). Sur Caroline, le modèle des dernières années d'Alberto Giacometti.
- 2013 : Séraphin c'est la fin ! de Gabriel Matzneff (La Table ronde). Recueil d'articles.
- 2014 : De chez nous de Christian Authier (Stock). Essai sur les « frontières mouvantes de l’identité nationale »
- 2015 : Leïlah Mahi 1932 de Didier Blonde (Gallimard) Enquête littéraire sur une femme incinérée au columbarium du Père-Lachaise.
- 2016 : Le Monde libre d'Aude Lancelin (Les Liens qui libèrent). Essai critique sur le journalisme[37].
- 2017 : De l'ardeur : Histoire de Razan Zaitouneh, avocate syrienne de Justine Augier (Actes Sud)
- 2018 : Avec toutes mes sympathies d'Olivia de Lamberterie (Stock)
- 2019 : (Très) cher cinéma français d'Éric Neuhoff (Albin Michel)
- 2020 : Les Villes de papier : Une vie d'Emily Dickinson de Dominique Fortier (Alto, Grasset)
- 2021 : Dans ma rue y avait trois boutiques de Anthony Palou (Les Presses de la Cité). Autobiographie sur l'enfance de l'auteur à Quimper.
- 2022 : Déjeunons sur l'herbe de Guillaume Durand (Bouquins). Essai consacré à Édouard Manet.
- 2023 : De Gaulle, une vie. L'homme de personne (1890-1944) de Jean-Luc Barré (Grasset). Premier tome d'une biographie consacrée à Charles de Gaulle.
- 2024 : Échec et mat au paradis : récit de Sébastien Lapaque (Actes Sud). Compte-rendu des conservations entre Georges Bernanos et Stefan Zweig avant le suicide de ce dernier qui ont eu lieu au Brésil en 1942.
- 2025 : Le Crépuscule des Hommes d'Alfred de Montesquiou (Robert Laffont). Récit racontant le procès de Nuremberg en 1945.
Prix Renaudot du livre de poche
- 2009 : Palestine d'Hubert Haddad (Le Livre de Poche/Zulma)
- 2010 : L'Origine de la violence de Fabrice Humbert (Le Livre de Poche)
- 2011 : À l'enfant que je n'aurai pas de Linda Lê (NiL)
- 2012 : Les Vieilles de Pascale Gautier (Folio/Gallimard)
- 2013 : Le Pérégrin émerveillé de Jean-Louis Gouraud (Babel/Actes Sud)
- 2014 : Le Garçon incassable de Florence Seyvos
- 2015 : La fiancée était à dos d'âne de Vénus Khoury-Ghata
- 2016 : La Mémoire du monde (intégrale) de Stéphanie Janicot
- 2017 : Les méduses ont-elles sommeil ? de Louisiane C. Dor
- 2018 : Dieu, Allah, moi et les autres de Salim Bachi
- 2019 : Une vieille histoire. Nouvelle version de Jonathan Littell
- 2020 : Charles de Gaulle d'Éric Roussel (Tempus/Perrin)
- 2021 : Louis Jouvet d'Olivier Rony (Folio/Gallimard)
- 2022 : Vivre avec nos morts de Delphine Horvilleur
- 2023 : Le Retournement de Manuel Carcassonne
- 2024 : Les années-lumière de Serge Rezvani (Philippe Rey)
- 2025 : Vivre : le compte à rebours de Boualem Sansal (Gallimard)[38]
Prix Renaudot des lycéens
- 1992 : Aden d'Anne-Marie Garat (Le Seuil)
- 1993 : Jacob Jacobi de Jack-Alain Leger (Julliard)
- 1994 : Une mort de théâtre de Claude Mourthé (Julliard)
- 1995 : Le Jeu du roman de Louise Lambrichs (Le Seuil)
- 1996 : L'Ode à la reine de Jean-François Kervéan (Calmann-Lévy)
- 1997 : L'Homme du cinquième jour de Jean-Philippe Arrou-Vignod (Gallimard)
- 1998 : Une poignée de gens d'Anne Wiazemsky (Gallimard)
- 1999 : Foraine de Paul Fournel (Le Seuil)
- 2000 : Dans ces bras-là de Camille Laurens (POL)
- 2001 : Le Soir du chien de Marie-Hélène Lafon (Buchet Chastel)
- 2002 : La Métaphysique du chien de Philippe Ségur (Buchet Chastel)
- 2003 : Silence, on ment de Gilles Martin-Chauffier (Grasset)
- 2004 : La Dernière Leçon de Noëlle Châtelet (Le Seuil)
- 2005 : Festins secrets de Pierre Jourde (L'Esprit des péninsules)
- 2006 : Maos de Morgan Sportès (Grasset)
- 2007 : Le Cœur cousu de Carole Martinez (Gallimard)
- 2008 : Le Voyage du fils d'Olivier Poivre d'Arvor (Grasset)
- 2009 : Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé (L’Olivier)
- 2010 : Dans la nuit brune d'Agnès Desarthe (L’Olivier)
- 2011 : Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan (Jean-Claude Lattès)
- 2012 : L'Hiver des hommes de Lionel Duroy (Julliard)
- 2013 : Plonger de Christophe Ono-dit-Biot (Gallimard)
- 2014 : L'Amour et les Forêts d'Éric Reinhardt (Gallimard)
- 2015 : Juste avant l'oubli d'Alice Zeniter (Flammarion)
- 2016 : Giboulées de soleil de Lenka Hornakova-Civade (Alma)
- 2017 : Nos richesses de Kaouther Adimi (Le Seuil)
- 2018 : La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné[39] (L'Iconoclaste)
- 2019 : Le Bal des folles de Victoria Mas (Albin Michel)
- 2020 : Le Métier de mourir de Jean-René Van der Plaetsen (Grasset)
- 2021 : La Carte postale d'Anne Berest (Grasset)
- 2022 : On était des loups de Sandrine Collette (JC Lattès)
- 2023 : Panorama de Lilia Hassaine (Gallimard)
- 2024 : Les Guerriers de l'hiver d'Olivier Norek (Michel Lafon)
- 2025 : La Nuit au coeur de Natacha Appanah (Gallimard)