QV66

tombe de Nefertari, située dans la vallée des reines From Wikipedia, the free encyclopedia

QV 66[note 1] est un des tombeaux situé dans la vallée des Reines, dans la nécropole thébaine, sur la rive ouest du Nil face à Louxor en Égypte. Il a été creusé pendant le règne de Ramsès II pour sa grande épouse royale Néfertari. Découverte en 1904 par la Mission archéologique italienne dirigée par Ernesto Schiaparelli, alors directeur du musée égyptologique de Turin, elle est considérée comme la plus belle tombe de la vallée[1],[2],[3].

Faits en bref Tombeaux de l'Égypte antique, Emplacement ...
QV 66
Tombeau de Néfertari
Tombeaux de l'Égypte antique
Image illustrative de l’article QV66
Vue intérieure de la tombe
(salle VI, en direction de la sortie)
Emplacement Vallée des Reines
Coordonnées 25° 43′ 40″ nord, 32° 35′ 33″ est
Situation sur carte Égypte
QV 66
Découverte 1904
Découvreur Ernesto Schiaparelli
Fouillé par Ernesto Schiaparelli
Classement
Vallée des Reines - QV66 +
Fermer

Découverte de la tombe

La tombe est découverte en 1904 dans la vallée des Reines, sur la rive ouest de Thèbes, par l’archéologue italien Ernesto Schiaparelli, professeur d’égyptologie à l’université de Turin et grand promoteur des collections du Musée égyptologique de Turin, dont il est directeur de 1884 à 1928.

En 1903, Schiaparelli obtient des autorités égyptiennes la concession exclusive pour fouiller la vallée des Reines ; il est le premier égyptologue à y mener des recherches de manière systématique lors de trois campagnes successives, assisté de son collaborateur Francesco Ballerini.

Au cours de la deuxième campagne, alors que Schiaparelli effectue des relevés au nord de l’oued principal de la zone, où d’autres tombes avaient déjà été trouvées, les ouvriers mettent au jour les premières marches d’un escalier, indice sûr de la présence d’une sépulture. Après avoir ôté les amas de déblais qui recouvraient les marches, ils mettent rapidement au jour un escalier taillé dans le rocher entre deux parois blanchies à la chaux, présentant au centre le plan incliné caractéristique nécessaire pour déplacer et faire descendre le sarcophage[4]. Large de 1,65 m, l’escalier descend sur huit mètres jusqu’à un grand mur percé d’une porte ; sur les montants sont inscrits le nom de la reine. La tombe est toutefois trouvée ouverte, sans trace de la fermeture originelle, et de nombreux éboulis étaient tombés jusqu’à la première salle. Les autres pièces sont retrouvées dégagées et il apparaît clairement que la tombe avait déjà été pillée, peut-être dans l’Antiquité. Du sarcophage en granit rose, seuls quelques fragments sont récupérés, dont plusieurs éléments du couvercle. Du mobilier funéraire, qui devait être à l’origine très abondant, on ne trouve qu’une trentaine d’ouchebtis, des fragments de trois vases en terre cuite et d’autres en albâtre, ainsi que des morceaux de coffrets funéraires et de mobilier. Schiaparelli ne récupère qu’une partie de la momie — les jambes —, de nombreux bandelettes de lin très fin utilisées pour envelopper le corps, et les sandales en fibre de palmier portées par la reine. Dans une niche au fond de la chambre du sarcophage, derrière une dalle de pierre, se trouvait une amulette figurant le djed, protecteur de la tombe[4].

Description

Plan de la tombe.

On accède à la tombe par un escalier (A) menant à l'antichambre (C) dotée de rebords sur les côtés ouest et nord. Deux alcôves (D, E), divisées par des demi-piliers, mènent à la chambre latérale (G) à l'est de l'antichambre. Dans le prolongement de l'antichambre, une seconde rampe à gradins (I) mène à la chambre funéraire quadrangulaire à piliers (K) d'une superficie d'environ 90 mètres carrés. Trois chambres latérales (M, O, Q) se trouvent à l'ouest, à l'est et au nord de cette chambre. On trouve également trois niches en briques magiques sur les murs ouest, est et nord de la chambre (K), ainsi que des rebords le long des murs. Le soubassement de cette tombe, semblable à celui de la tombe adjacente QV80 et à d'autres du côté nord de la vallée, d'une couche de marne inclinée, qui ne présente que peu de nodules de chert et d'abondants sels le long des joints ouverts et sur les surfaces, en particulier dans les chambres inférieures[2].

La tombe est sans aucun doute le plus bel exemple du courant stylistique de cette période. À l'époque, Schiaparelli écrit d'ailleurs :

« La grandeur des figures, la vivacité des couleurs, la magnificence et l'assurance du style qui rappelle ce que l'art égyptien a produit de plus beau pendant la première période de la XIXe dynastie, font de cette tombe l'un des monuments les plus célèbres de la nécropole de Thèbes, en mesure de rivaliser, non pas tant par la taille que par l'harmonie de ses différentes parties et son art exquis, avec les plus belles tombes de la vallée des Rois. »

Décoration

La tombe contient plusieurs extraits du Livre des morts, avec les chapitres 148, 94, 146, 17 et 144, qui relatent toutes les cérémonies et épreuves qui se sont déroulées depuis la mort de Néfertari jusqu'à la fin de son voyage, représenté sur la porte de sa chambre funéraire. Néfertari renaît alors et émerge de l'horizon oriental sous la forme d'un disque solaire, immortalisée à jamais par sa victoire sur le monde des ténèbres.

Entrée de la tombe au moment de sa découverte, photographiée depuis les marches descendantes, 1904. Archives photographiques, Musée égyptologique de Turin.
Vue de l’antichambre au moment de sa découverte. Mur ouest, scène 3. Dans le registre supérieur figurent Atoum entre deux lions, l’oiseau Bénou, une momie sur un lit entre deux faucons, ainsi que Nephtys et Isis. Ces scènes sont liées au registre central, qui présente le chap. 17 du Livre des morts. En bas, à gauche, se trouve un décor composé de piliers Djed et de nœuds tyet (nœud d’Isis), tandis qu’au centre apparaît une tablette à mouluration en « gorge égyptienne », avec des représentations de sanctuaires.

L'antichambre est décorée de peintures inspirées du chapitre 17 du Livre des morts, chapitre qui est censé guider Néfertari sur la façon de se transformer en ba. Le plafond est orné d'une scène astronomique, peinte en bleu foncé et composée d'une myriade d'étoiles dorées à cinq branches ; ce plafond représente le ciel. Le mur est de l'antichambre est interrompu par une grande ouverture flanquée d'Osiris à gauche et d'Anubis à droite ; celle-ci mène à la chambre latérale, décorée de scènes d'offrandes, précédée d'un vestibule où les peintures représentent Néfertari présentée aux dieux qui l'accueillent. L'antichambre et la salle latérale (chambres C et G) représentent l'horizon (akhet égyptien) où le soleil se lève et se couche. Ceci est mis en valeur par la grande image de l'horizon peinte au-dessus de l'entrée du tombeau. Pour les Égyptiens, c'était l'espace liminal entre le monde physique et celui des enfers, que le défunt devait traverser pour rejoindre Osiris. La chambre G met en valeur l'union d'Atoum et d'Osiris dans ses illustrations. Le mur face à l'entrée représente Osiris et Atoum assis dos à dos, tandis que l'une des scènes les plus évocatrices se trouve sur le mur est de la chambre G et présente un syncrétisme entre Osiris et Rê, protégé par Isis et Nephtys. Le texte hiéroglyphique qui se trouve de chaque côté du dieu momiforme dit : « Osiris repose en Rê » et « C'est Râ qui repose en Osiris »[5].

Sur le mur nord de l'antichambre se trouve l'escalier qui descend à la chambre funéraire. En descendant vers la chambre funéraire, on suit le défunt dans la Douât où le corps repose la nuit. Cette transition est illustrée par les chacals d'Anubis assis qui veillent à l'entrée de la chambre du sarcophage[5].

Selon les doctrines religieuses de l'époque, c'est dans la chambre funéraire, que les anciens Égyptiens appelaient la « salle dorée », que se déroulait la régénération du défunt. Le programme décoratif des murs de la chambre funéraire s'inspire des chapitres 144 et 146 du Livre des Morts. Une fois à l'intérieur de cette chambre funéraire, le défunt franchit en effet les portes des Enfers et se présente devant Osiris, Hathor de l'Ouest et Anubis, sur le mur arrière droit. Sur le mur latéral gauche se trouve une petite niche ornée d'images des fils momiformes d'Horus, qui pourrait avoir été l'emplacement du coffre canope. Des deux salles latérales de la chambre funéraire, celle de gauche (ouest) contient également des images des fils d'Horus, d'Isis et de Nephtys, tandis que le mur du fond présente une image du tombeau d'Osiris, mythiquement situé à Abydos. La salle latérale droite (est) présente des images de la reine devant Hathor, Anubis et Isis, ainsi qu'une grande figure de Nout sur le mur du fond. Ces deux salles servaient probablement de stockage aux objets funéraires de Néfertari. La salle arrière est malheureusement en mauvais état et ne présente que peu de décorations sur les murs latéraux. Ce style de décoration semble différent du reste de la tombe et pourrait avoir été ajouté ultérieurement. Le centre du tombeau est supporté par quatre piliers dont l'une des faces représente pilier djed, symbole de stabilité et du dieu Osiris et c'est là que Néfertari devient Osiris qui repose dans le sommeil de la mort. Le plafond de la chambre funéraire est un plafond astronomique qui est soutenu par quatre piliers entièrement décorés[6].

Sur l'un des murs ornés de peintures, une scène nommée la « Reine jouant aux dames » représente Néfertari jouant au senet. Des interprétations suggèrent qu'un jeu de senet aurait pu être volé, ainsi que le corps et d'autres représentations symboliques de Néfertari. L'une des peintures de la tombe la représente se présentant devant le dieu de l'écriture et de la littérature, Thot, pour proclamer son titre de scribe. Parmi les autres dieux mentionnés dans la tombe, il y a , Khépri, Neith, Serket, Maât, Ouadjet, Nekhbet, Amon et Amonet.

Objets

La tombe de Néfertari a été pillée dans l'Antiquité, mais plusieurs fragments d'objets ont été récupérés par Ernesto Schiaparelli et se trouvent aujourd'hui au Musée égyptologique de Turin. Parmi ceux-ci figurent trente-quatre ouchebtis, le couvercle d'une boîte et une tête de sceptre, tous deux portant le nom du pharaon Aÿ, une amulette protectrice, des vestiges de sarcophages en granit (qui se trouvait à l'origine au centre de la chambre funéraire) et une paire de sandales. Lors du projet de conservation de 1988, un fragment de feuille d'or gravée du nom de Néfertari a été découvert dans la tombe[6].

Conservation et restauration

Le sel de roche, constitué principalement de chlorure de sodium, est le principal responsable des dommages subis par la tombe. Différentes campagnes sont menées entre 1934 et 1977 par le Service des Antiquités égyptiennes pour enrayer la dégradation de la tombe, sans résultats appréciables.

En 1987, une équipe internationale étudie les différents problèmes, localisant les zones abimées, analysant les pigments, crépis, sels et couleurs. Les restaurations commencent en 1988 et prennent fin en 1992.

En 1995, la tombe est ouverte au public mais pour un nombre limité de visiteurs quotidiens. À ce jour, elle est de nouveau fermée.

Elle est désormais accessible uniquement moyennant le paiement d'un droit d'accès dont l'intégralité doit être versée à une caisse du Conseil suprême des Antiquités égyptiennes, spécialement destinée à la restauration et à la conservation des monuments.

Photos

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI