Ramesséum

temple funéraire de Ramsès II From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Ramesséum est le temple des millions d'années de Ramsès II, faisant aussi office d’université, situé dans la nécropole thébaine, en face de Louxor, en Égypte.

Faits en bref Divinité, Époque ...
Ramesséum
Vue du temple depuis sa seconde cour intérieure.
Temple de l’Égypte antique
Divinité
Époque
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Exploration et fouilles

Halage du colosse de Ramsès II par Belzoni, en 1816.

Le temple a été visité vers 300 avant l’ère commune par Hécatée d'Abdère, visite qui nous est rapportée au Ier siècle avant notre ère par l'historien grec Diodore de Sicile ; dans ses recueils, il décrit ce « Tombeau d'Osymandyas[note 1] » « comme le plus majestueux de toute l'Égypte »[1].

Les origines de l'égyptologie moderne remontent à l'arrivée en Égypte de Napoléon Bonaparte durant l'été 1798. Bien qu'il s'agisse indéniablement d'une invasion par une puissance impérialiste étrangère, elle n'en était pas moins une invasion de son temps, imprégnée des idées des Lumières : aux côtés des troupes napoléoniennes se trouvaient des hommes de science, ceux-là mêmes dont le labeur sous le soleil du désert allait plus tard donner naissance à la Description de l'Égypte, œuvre fondatrice en 23 volumes. Deux ingénieurs français, Jean-Baptiste Prosper Jollois et Édouard de Villiers du Terrage, furent chargés d'étudier le site du Ramesséum, et c'est avec en grande pompe qu'ils l'identifièrent au « Tombeau d'Ozymandias » ou « Palais de Memnon » décrit par Diodore de Sicile au Ier siècle av. J.-C..

Le visiteur suivant d'importance fut Giovanni Battista Belzoni, homme de spectacle et ingénieur d'origine italienne, devenu par la suite archéologue et antiquaire. En 1815, les voyages de Belzoni le menèrent au Caire, où il vendit à Méhémet Ali une machine hydraulique de sa propre invention. Il y rencontra le consul général britannique Henry Salt, qui engagea ses services pour récupérer au temple de Thèbes le « Jeune Memnon », le torse de l'une des deux statues colossales en granit représentant Ramsès II, et le transporter en Angleterre. Grâce à l'ingénierie hydraulique de Belzoni et à son talent d'ingénieur[note 2], la tête de pierre de sept tonnes arriva à Londres en 1818, où elle fut baptisée « The Younger Memnon » et, quelques années plus tard, accéda à une place de choix au British Museum.

Statue brisée nommée « Ozymandias ».

C’est dans le contexte de l’intense effervescence qui entourait l’arrivée de la statue, et après avoir entendu des récits merveilleux d’autres trésors, moins transportables, encore enfouis dans le désert, que le poète Percy Bysshe Shelley composa son sonnet « Ozymandias ». Une statue massive en granit rose, tombée au Ramesséum, est désormais indissociable de Shelley, en raison du cartouche gravé sur son épaule, portant le nom de trône de Ramsès, Ouser-maât-rê Setep-en-rê, dont Diodore a transcrit la première partie en grec : « Ozymandias ». Si les « vastes jambes de pierre sans tronc » décrites par Shelley relèvent davantage de la licence poétique que de l’archéologie, le « visage à demi enfoui... brisé » gisant sur le sable décrit avec précision une partie de la statue détruite. Les mains et les pieds gisent à proximité. Si elle était encore debout, la statue d'Ozymandias, d'un poids approximatif de mille tonnes, culminerait à seize/dix-neuf mètres de hauteur, rivalisant avec les Colosses de Memnon et les statues de Ramsès sculptées d'Abou Simbel.

Le nom du Ramesséum  ou du moins sa forme française Rhamesséion  a été donné par Jean-François Champollion, qui visita les ruines du site en 1829 et identifia le premier les hiéroglyphes composant les noms et titres de Ramsès sur les murs.

Une équipe franco-égyptienne, avec l’« Association pour la Sauvegarde du Ramesseum », explore et restaure le Ramesséum et ses environs depuis 1991. Parmi leurs découvertes lors des fouilles figurent des cuisines, des boulangeries et des réserves pour le temple au sud, ainsi qu'une école où les garçons apprenaient le métier de scribe au sud-est. La préservation du site a été notamment entravée par la présence d'agriculteurs égyptiens modernes qui exploitent la zone et empiètent sur les ruines[2],[3].

Histoire

Ramsès II a modifié, usurpé ou construit de nombreux édifices, dont le plus somptueux, conformément aux pratiques funéraires royales du Nouvel Empire, était sans doute son temple des millions d'années : un lieu de culte dédié au roi, dieu sur terre, où son souvenir était perpétué après sa mort. Les archives qui nous sont parvenues indiquent que les travaux commencèrent peu après le début de son règne et se poursuivirent pendant vingt ans.

La conception du temple des millions d'années de Ramsès II respecte les canons architecturaux des temples du Nouvel Empire. Orienté nord-ouest/sud-est, le temple se composait de deux pylônes de pierre (portes d'une soixantaine de mètres de large) se succédant, chacun donnant sur une cour. Au-delà de la seconde cour, au centre du complexe, se trouvait une salle hypostyle couverte à quarante-huit colonnes, entourant le sanctuaire intérieur. Un pylône imposant se dressait devant la première cour, avec le palais royal à gauche et la statue colossale du roi dominant le fond. Comme le voulait la coutume, les pylônes et les murs extérieurs étaient ornés de scènes commémorant les victoires militaires du pharaon et témoignant de son dévouement aux dieux et de son lien de parenté avec eux. Dans le cas de Ramsès, une grande importance est accordée à la bataille de Qadesh en l'an 5 de son règne. Les scènes du grand pharaon et de son armée triomphant des forces hittites fuyant devant Qadesh, telles que décrites dans les canons de l'« épopée de Pentaour (en) », sont encore visibles sur le pylône.

Contrairement aux temples de pierre massifs que Ramsès fit sculpter à flanc de montagne à Abou Simbel, le passage inexorable de trois millénaires n'épargna pas son « temple d'un million d'années » à Thèbes. Cela était principalement dû à sa situation en bordure de la plaine inondable du Nil, les crues annuelles érodant progressivement les fondations de ce temple et de ses voisins. La négligence et l'arrivée de nouvelles religions contribuèrent également à son fragilisation : par exemple, au début de l'ère chrétienne, le temple fut transformé en église chrétienne.

Le temple de Ramsès II est typique des temples des millions d'années construits au Nouvel Empire. Mis à part la surenchère architecturale  chaque roi du Nouvel Empire s'efforçant de surpasser son prédécesseur en volume et en ampleur  le Ramesséum est en grande partie conçu sur le même modèle que le temple de millions d'années d'Amenhotep III, situé derrière les Colosses de Memnon, à environ un kilomètre au sud du Ramesséum, et que le temple des millions d'années de Ramsès III à Médinet Habou, dont le plan était très proche de celui du Ramesséum. En réalité, l'importance dont jouit aujourd'hui le Ramesséum tient davantage à la date et aux circonstances de sa redécouverte par les Européens.

Description

Plan du Ramesséum, établi par James Edward Quibell.

Au nord des colosses de Memnon, situé entre le temple des millions d'années d'Amenhotep II au nord et celui de Thoutmôsis IV au sud, sur la rive gauche de Thèbes « la ville aux cent portes », est érigé le Ramesséum dont il ne subsiste aujourd'hui que des ruines. La superficie de ce temple est d'environ dix hectares.

Le « château de millions d'années » constituait l'endroit où le renouvellement de l'essence divine de pharaon était célébré. Vaste domaine, ceint d'un haut mur d'enceinte, en son centre se trouvait le temple, entouré de bâtiments pour les célébrations des fêtes, des bureaux administratifs, maisons de prêtres, atelier, entrepôts et un palais où résidait Ramsès lors de sa venue sur le site. Important centre économique, culturel et religieux, le château de millions d'années était un point de convergence intellectuelle et de réflexion théologique. La publication en 1928 par Kurt Heinrich Sethe du papyrus dramatique du Ramesséum découvert en 1896 dans la tombe « du magicien » a permis d'attester l'existence d'un théâtre de l'Égypte antique.

Première cour

On accédait au Ramesséum par un pylône donnant sur la première cour. À l'arrière se dressaient deux statues colossales, flanquant le second pylône. La plus grande, nommée aujourd'hui « Ozymandias » et appelée par les Anciens Égyptiens « Soleil des princes », représentait Ramsès, la plus petite sa mère Mouttouya. Seuls des fragments du socle et du torse subsistent de la statue en du pharaon trônant. On estime son poids à mille tonnes et sa hauteur à seize/dix-neuf mètres. Elle fut transportée sur deux-cent-vingts kilomètres depuis la carrière jusqu'au Ramesséum. C'est l'une des plus grandes statues colossales au monde. Cependant, des fragments de quatre colosses de granit encore plus imposants, dédiés à Ramsès, ont été découverts à Tanis (nord de l'Égypte). Leur hauteur est estimée à vingt-et-un/vingt-huit mètres.

Deuxième cour

Portique avec les piliers osiriens.

Les vestiges de la deuxième cour comprennent une partie de la façade intérieure du pylône et une portion du portique osirien sur la droite. Des scènes de guerre et la déroute des Hittites à Qadesh sont représentées à plusieurs reprises sur les murs. Dans les registres supérieurs figurent un festin en l'honneur du dieu phallique Min, dieu de la fertilité. De l'autre côté de la cour, les quelques piliers et colonnes osiriens encore présents donnent une idée de la grandeur originelle. On peut également apercevoir des vestiges épars des deux statues du roi assis qui flanquaient autrefois l'entrée du temple : l'une en granit rose, l'autre en granit noir. La tête de l'une d'elles a été transférée au British Museum.

Salle hypostyle

Trente-neuf des quarante-huit colonnes de la grande salle hypostyle, mesurant 41 × 31 mètres, sont encore debout dans les rangées centrales. Elles sont ornées des scènes habituelles représentant le roi devant diverses divinités. Une partie du plafond, décoré d'étoiles d'or sur fond bleu, a également été conservée. Les fils et les filles de Ramsès figurent en procession sur les quelques murs restants.

Sanctuaire

Le sanctuaire était composé de trois pièces consécutives, avec huit colonnes et la cellule tétrastyle. Il ne reste aujourd'hui qu'une partie de la première pièce, dont le plafond est orné de scènes astrales, et quelques vestiges de la deuxième pièce.

Autres bâtiments

Au nord de la salle hypostyle se trouvait un temple plus petit, dédié à la mère de Ramsès, Mouttouya, et à son épouse principale bien-aimée, Néfertari. Au sud de la première cour se dressait le palais du temple. Le complexe était entouré de divers entrepôts, greniers, ateliers et autres bâtiments annexes, dont certains datent de l'époque romaine.

Un temple dédié à Séthi Ier, dont il ne reste aujourd'hui que les fondations, se dressait autrefois à droite de la salle hypostyle. Il se composait d'une cour à péristyle et de deux chapelles. L'ensemble du complexe était ceint de murs en briques crues qui partaient du gigantesque pylône sud-est.

Un dépôt de papyrus et d'ostraca datant de la Troisième Période intermédiaire indique que le temple abritait également une importante école de scribes.

Le site était déjà occupé avant même que Ramsès n'en pose la première pierre : sous la salle hypostyle, des archéologues modernes ont mis au jour un tombeau à puits du Moyen Empire, renfermant un riche ensemble d'objets religieux et funéraires.

Notes et références

Bibliographie

Annexes

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