Rodney Graham

artiste, photographe et compositeur canadien From Wikipedia, the free encyclopedia

Rodney Graham, né à Abbotsford (Colombie-Britannique) le et mort le à Vancouver (Colombie-Britannique) [1], est un artiste canadien de Vancouver. Il est connu principalement pour ses sculptures conceptuelles, ses œuvres textuelles, ses photographies et ses films.

Naissance

Abbotsford (Colombie-Britannique)
Décès
(à 73 ans)
Vancouver (Colombie-Britannique)
Période d'activité
Nom de naissance
William Rodney Graham
Faits en bref Naissance, Décès ...
Rodney Graham
Girouette sur le toit de la Whitechapel (Londres - 2008) reproduisant l’artiste sous les traits d’Érasme au XVIe siècle.
Naissance

Abbotsford (Colombie-Britannique)
Décès
(à 73 ans)
Vancouver (Colombie-Britannique)
Période d'activité
Nom de naissance
William Rodney Graham
Nationalité
Canadienne
Activité
Réalisateur et producteur de cinéma, artiste, peintre, photographe, sculpteur, artiste vidéo
Formation
University of British Columbia, Simon Fraser University
Maître
Ian Wallace (artiste)
Représenté par
Mouvement
À ses débuts, École de Vancouver
Distinction
Ordre du Canada (2016)
Œuvres principales
Vexation Island (1997)
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Se destinant d’abord à la littérature, il s’oriente vers les arts visuels sous l’influence de Ian Wallace sous la direction duquel il étudie à l’université et avec qui il joue de la guitare électrique dans un groupe musical. Sa première œuvre est une installation éphémère, Camera Obscura, qui rappelle que notre vision du monde est fortement influencée par le médium employé. S’ensuit une série d’œuvres photographiques sur le même thème. Également dans la décennie 1980, il se met à la production de « livres-objets ». En 1994 il produit films et vidéos où il se met lui-même en scène[2]. Son œuvre commence à être reconnue dans les années 1980 et vers la fin de la décennie, Graham est invité à diverses expositions internationales. Il représente le Canada à la 47e Biennale de Venise en 1997. En mars 2013, Postes Canada émet un timbre reproduisant une de ses œuvres dans sa série sur la photographie au Canada. Il est fait membre de l’Ordre du Canada en 2016 [2].

Biographie

Étudiant de premier cycle à l’Université de Colombie-Britannique, Rodney Graham se destinait à l’écriture et à la littérature. Il compléta ses études universitaires à la Simon Fraser University où un cours de Ian Wallace devait le réorienter vers les arts visuels[2],[3].

Vers la fin des années 1970, Graham, qui jouait de la guitare électrique, devait retrouver Ian Wallace (basse électrique) et un autre membre de l’École de Vancouver, Jeff Wall (guitare-clavier), au sein de l’ensemble UJ3RK5 (You Jerks)[1].

L’une de ses premières œuvres, Camera Obscura (1979) [N 1], préfigurant son intérêt soutenu pour les technologies anciennes, fut une installation éphémère reproduisant dans une grange de la ferme familiale cet instrument optique dans lequel une image passant par le trou d’une chambre noire se reproduit sur la surface de la caméra opposée au même trou, mais de façon inversée. Symboliquement, il reproduisit l’image d’un arbre devant la grange, lequel se retrouva, tête-bêche, sur le mur arrière de celle-ci[2]. Il devait continuer plus tard sur le même thème avec une série de photographies en noir-et-blanc prises à différents endroits et au cours de plusieurs années de chênes d’essences diverses reproduits le feuillage en bas et les racines en haut. Mais tandis que Flanders Trees - Oak, Kaggevinne (1989) est un arbre majestueux aux branches luxuriantes, Oak Trees, Ref Bluff (1993) est réduit à l’état de squelette décharné[2]. Il conclura cette recherche en 1998 par une série de sept reproductions monumentales de chênes rouvre, imprimées sur papier couleur dans des tons sépia et charbon de bois de grande intensité[4].

Graham ne perdit toutefois jamais son amour originel pour la littérature et, début des années 1980, se lança dans la production d’œuvres reconfigurant des ouvrages célèbres, y ajoutant des pages additionnelles, insérant des textes en boucle ou encore incorporant des livres dans des dispositifs optiques, comme avec Dr. No* (1991), Lenz (1993) et Reading Machine for Lenz (1993). Dans ce dernier cas, il crée un appareil qui présente les cinq premières pages de la nouvelle « Lenz » de Georg Büchner de façon telle que l’ordre des mots et des phrases devient répétitif et aléatoire[2],[5]. Dans The System of Landor’s Cottage : A Pendant to Poe’s Last Cottage (1987), il ajoute au texte un narrateur qui décrit à la première personne une machine complexe qui ne semble avoir aucune fonction précise. Plusieurs de ces livres-objets furent réalisées avec la collaboration de l’éditeur d’art belge Yves Gevaert et de Christine Burgin, propriétaire d’une galerie d’art[6]. Suivant ce travail sur la littérature, Graham commencera à s’intéresser à partir de 1983 à l’œuvre de Sigmund Freud qu’il utilisera, à l’instar des Ready-Made, en les intégrant dans des sculptures à la manière de Donald Judd, tels The Basic Writings of Sigmund Freud (1987) [7].

Dans les années 1990, Graham cherche de nouvelles façons de s’exprimer et se tourne vers la vidéo. En 1994, il produit Halcion Sleep dans laquelle il apparait lui-même sous les traits d’un homme avalant un somnifère dans une chambre d’hôtel de Vancouver pour être « enlevé » par son frère qui le ramène chez lui au centre-ville. Filmé en noir et blanc, cette vidéo rappelle les vidéos d’art conceptuel des années 1970[2]. Au contraire, Vexation Island (1997) avec laquelle il représentera le Canada à la Biennale de Venise, est filmée en couleurs vives et rappelle les grands classiques d’Hollywood; elle assure sa renommée sur la scène internationale[8].

Au tournant du millénaire, Graham ajoute le cinéma à la vidéo et commence une série d’œuvres explorant les liens entre cinéma et culture populaire. Lobbing potatos at a gong (1969) (2006), filmé en 16 mm. présente en boucle une performance datant de 1969 rappelant le mouvement Flexus[N 2],[9].

En 2013, son œuvre sera reconnue par Postes Canada qui lui consacrera un timbre dans sa série sur la photographie au Canada. Intitulée Basement Camera Shop circa 1937, l’image reproduit en la transformant une photographie découverte par l’artiste dans un magasin d’antiquités. Graham s’insère dans cette photo sous la forme du propriétaire d’un magasin attendant à son comptoir l’arrivée d’un client[10].

Son œuvre la plus connue (et qui souleva une importante controverse) fut sans doute le Spinning Chandelier (2019), un lustre en cristal de près de 5 m sur 8 m suspendu à l’une des extrémités du pont de la rue Granville à Vancouver. Celui-ci s’abaisse deux fois par jour, tourne sur lui-même pendant quatre minutes avant de retourner à sa position originale[2].

Rodney Graham vécut à Vancouver jusqu’à son décès le 22 octobre 2022. Dans les dernières années de sa vie, il avait ouvert une boulangerie avec son ex-épouse, l’artiste Channon Oksanen et le partenaire d’alors de celle-ci, le photographe et musicien Scott Livingstone[11].

Œuvre

Aerodynamic Forms in Space dans le Stanley Park de Vancouver.

Nombre d’œuvres de Rodney Graham s’articulent autour d’une absurdité apparente, ses personnages étant captifs de boucles sans fin où la relation entre « civilisation » et « état naturel » transforme en banalités des genres établis. Artiste utilisant de nombreux médias visuels, Graham s’intéresse à la fois aux technologies utilisées dans la production de ses œuvres et à l’histoire de ces technologies, puisant son inspiration dans des auteurs aussi divers que Sigmund Freud, Mallarmé, Richard Wagner, Edgar Allan Poe, Ian Fleming et les frères Grimm[12].

Ainsi, la série de photographies sur les chênes voulait amener le spectateur à constater que, qu’il s’agisse d’une œuvre d’art ou de la nature elle-même, notre perception dépend en grande partie de la technologie utilisée pour la représenter ainsi que par notre propre physiologie[2]. S’y référant Graham expliquera ainsi sa vision du monde : « Vous n’avez pas à fouiller de façon approfondie la physique moderne pour constater que la science proclame que le monde n’est pas véritablement ce qu’il parait être. Avant que l’image ne soit rectifiée par le cerveau, l’œil voit un arbre à l’envers, de la même façon qu’il apparait sur la plaque de verre située au fond de la caméra grand-format que j’utilise[13]".

Par la suite, nombre de ses photographies consisteront en boites lumineuses dans lesquelles l’artiste se met lui-même en scène comme personnage fictif d’une trame faisant appel à notre mémoire collective : batteur dégustant un steak sur un tambour (Dinner Break : Salisbury Steak - 2017), attablé dans un bar (Artist in Artists’ Bar, 1950s -2016). Chaque photo est minutieusement construite avec costumes et décors créés soit dans son studio de Vancouver, soit dans des endroits publics de cette même ville[12].

De la même manière, ses œuvres des années 1990 utilisant des ouvrages littéraires qu’il reconfigure par « annexion » (phénomène différent de l’ « appropriation » dans la mesure où son intervention « s’annexe » à des œuvres existantes) nous amènent à réfléchir sur notre relation à la littérature et au médium qui façonne notre jugement à partir d’une série d’expériences personnelles. Ainsi, The System of Landor's Cottage. A Pendant to Poe's Last Story, deluxe edition (Le système du cottage Landor : pour faire pendant à la dernière histoire de Poe, Édition de luxe) part de la nouvelle d’une vingtaine de pages de Poe Landor’s Cottage : A Pendant to ‘The Domain of Arnheim’. Cependant, Graham y insère un conte fantastique centré sur un pavillon où se trouve une machine mystérieuse, apparemment sans utilité rationnelle. À travers un réseau d’histoires intégrées dans le conte, l’origine de cette machine s’éclaircit mais non ses pouvoirs étonnants. Le lecteur se voit confronté à des merveilles architecturales, fruits d’un encodeur magique, et sera amené à conclure que, dans la vie moderne, la technologie constitue le véritable mystère[14].

Cette même interrogation sur le rôle de la technologie dans notre perception de la réalité se retrouvera dans les travaux de Graham sur Freud qui aboutissent à nouveau à un autre questionnement, cette fois sur la psyché moderne[2].

Honneurs et récompenses

  • Prix Gershon Iskowitz (2004)
  • Kurt Schwitters-Preis, Niedersächsiche Paarkassenstiftung, Allemagne (2006)
  • Prix Audain pour l’ensemble de son œuvre dans le domaine des arts (2011)
  • Sa photographie Basement Camera Shop est choisie pour la série de Postes Canada sur la photographie au Canada (2013)
  • Membre de l’Ordre du Canada (2016) [2],[15].

Expositions importantes

Rodney Graham a participé à maintes expositions aussi bien individuelles que collectives; on trouvera ci-après les plus importantes[16].

  • Hamburger Banhof, Berlin (2001)
  • Whitechapel Gallery, Londres (2002)
  • Museum of Contemporary Art, Los Angeles (2004)
  • Institute of Contemporary Art, Philadelphie (2005)
  • Biennale de Whitney (2006)
  • Rétrospective de son œuvre au Musée d’art contemporain de Barcelone (2010)
  • Rétrospective de son œuvre à la Vancouver Art Gallery (2012)
  • Carnegie International (2013)
  • Rodney Graham - You Should be an Artist, Dijon (2016-2017)[2].

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

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