Romain II
empereur byzantin de 959 à 963
From Wikipedia, the free encyclopedia
Romain II (en grec : Ρωμανός Βʹ, Rōmanos II), parfois surnommé le Jeune, né en 939 et mort le , fils de Constantin VII et d'Hélène Lécapène, est un empereur byzantin ayant régné de 959 à 963, appartenant à la dynastie macédonienne.
| Romain II | |
| Empereur byzantin | |
|---|---|
Romain représenté sur l'ivoire éponyme sur lequel il est couronné avec sa première femme par le Christ[1]. | |
| Règne | |
| - (3 ans, 4 mois et 6 jours) |
|
| Période | Macédonienne |
| Précédé par | Constantin VII |
| Suivi de | Nicéphore II Phocas |
| Biographie | |
| Naissance | |
| Décès | (à 24 ans) (Constantinople) |
| Père | Constantin VII |
| Mère | Hélène Lécapène |
| Épouse | Eudoxie Théophano Anastaso |
| Descendance | Basile II Constantin VIII Anna Porphyrogénète |
| modifier |
|
Né porphyrogénète, il n'acquiert sa stature impériale qu'en 945, après que son père soit parvenu à se débarrasser de l'influence de la famille Lécapène qui l'empêche jusque-là de régner en fait. Cette année-là, Romain est associé au trône et couronné coempereur. Marié très jeune, il devient veuf dès 949 et épouse ensuite une certaine Théophano Anastaso qui semble particulièrement influente. Quand son père meurt en 959, il prend aisément sa succession. À l'exception d'une conspiration facilement découverte, son règne est globalement prospère. Il s'appuie notamment sur l'eunuque Joseph Bringas pour le gouvernement intérieur et se repose largement sur les Phocas pour les opérations militaires. Cette famille, symbolisée par le général Nicéphore Phocas, est alors particulièrement influente et c'est par l'action de Nicéphore qu'est reconquise la Crète et que la Cilicie semble sur le point de redevenir byzantine.
Du fait de ce gouvernement largement délégué à d'autres et en raison des écrits des chroniqueurs byzantins à son égard, il laisse généralement l'image d'un empereur jouisseur, peu porté sur l'exercice du gouvernement. Mort jeune, peut-être en raison de ses excès, il laisse le trône à ses deux très jeunes fils, rapidement associés au pouvoir, Basile II et Constantin VIII mais ils subissent une longue période de régence avant de pouvoir effectivement gouverner de 976 à 1028.
Sources
Plusieurs chroniques byzantines relatent l'existence de Romain II. Celle de Jean Skylitzès, rédigée un siècle plus tard, est parmi les plus connues mais si certains faits relatés sont potentiellement romancés, à l'instar de ce qu'il dit des origines de la deuxième femme de Romain, Théophano Anastaso. Skylitzès décline le portrait classique de Romain, porté, comme d'autres empereurs de sa famille, sur les plaisirs de la vie[2]. Son récit peut être comparé à celui de la chronique dite de Théophane continué. Il ne s'agit pas d'une œuvre unique mais d'une compilation de différents textes dont le dernier couvre la période 948 à 961 et semble avoir été rédigée par un proche de Romain II, peut-être le logothète de l'armée Théodore Daphnopatès[3]. Cette source lui est plutôt favorable et le décrit comme grand et svelte, large d'épaules et aux cheveux blonds. Parmi les autres chroniqueurs byzantins, Léon le Diacre, dont l'histoire débute avec le règne de Romain, écrit ainsi de lui qu'il est « un homme bon, au discours et à la contenance de bon aloi, d'apparence distinguée, et plein de toutes sortes de nobles vertus, doux et juste envers ses sujets ; mais il était aussi diverti par des faiblesses de jeunesse et des amusements »[4],[5]. Cette description d'un empereur immature, presque enfantin, est récurrente dans les sources byzantins quand il s'agit de qualifier un souverain qui délègue, de gré ou de force, son gouvernement à d'autres. Il devient alors désintéressé des affaires de l'État pour se consacrer à d'autres activités, à l'instar des descriptions de Constantin VII, d'Alexandre ou de Constantin VIII[6].
Enfin, il faut noter l'existence d'un poème écrit par Théodose le Diacre et composé en l'honneur de Romain II et des succès militaires intervenus sous son règne, en particulier la reprise de la Crète. Ce texte, qui loue également l'action de Nicéphore Phocas et qui a peut-être été amendé quand celui-ci est arrivé au pouvoir, est particulièrement favorable à Romain, dans un exercice de propagande impériale, même s'il sert au moins autant à exalter les mérites de ses généraux. Dans ce texte, Romain apparaît par exemple comme le souverain qui surgit dans les songes de ses soldats pour exalter leur ferveur guerrière, gommant ainsi la distance géographique entre Romain et la Crète et l'idée qu'il pourrait n'avoir eu qu'un rôle secondaire dans cet épisode[7],[8]. Un autre poème, commandé par un certain Eustathe Argyre[9], fait également les louanges de Romain II dans le style d'un panégyrique, sans que les historiens ne s'accordent complètement sur sa date de rédaction, soit dans la jeunesse de Romain, soit alors qu'il est déjà empereur[10].
L'essentiel des historiens modernes ont suivi les jugements des chroniqueurs byzantins. Dès le XVIIIe siècle, Edward Gibbon le dit « plus faible que méchant », sous la coupe de sa femme, « il consumait dans une infatigable oisiveté ces journées qu’il devait à son peuple »[11]. Georg Ostrogorsky écrit qu'il « est un jeune homme bien fait, aimable, mais faible de volonté et frivole, qui avait hérité de son père l'impuissance politique, mais non le sérieux de l'érudition »[12]. Anthony Kaldellis dit qu'on se souvient de son règne comme d'une période de prospérité, tout juste ternie par de mauvaises récoltes en 960 mais ne remet pas en question le constat d'un homme qui préfère la chasse et les courses de char au gouvernement[13], tandis que Lynda Garland le qualifie d'immature[14].
Origines

Romain II est le fils de Constantin VII Porphyrogénète, lui-même issu de la dynastie macédonienne au pouvoir depuis Basile Ier le Macédonien. Sa mère est Hélène Lécapène, elle-même fille de Romain Ier Lécapène, qui gouverne comme régent de Constantin et qui s'assure ainsi une union familiale en mariant sa fille avec lui. Romain II a d'ailleurs le nom de son grand-père maternel, une pratique relativement classique, qui explique son surnom de « Romain le Jeune » dans certains écrits[11]. Selon la chronique de Théophane continué, il aurait vingt-et-un ans à son accession au trône. Romain serait alors né vers 938 et il est l'aîné de plusieurs sœurs, parmi lesquelles Théodora. Il apparaît donc très tôt comme l'héritier naturel de son père alors que le principe dynastique s'affermit avec les Macédoniens. En effet, il est dit porphyrogénète, c'est-à-dire né dans la pourpre, signifant par-là qu'il vient au monde alors que son père est un empereur régnant, ce qui renforce sa légitimité[13]. Pour autant, Constantin VII doit composer longtemps avec la lourde tutelle de Romain Ier Lécapène, qui est finalement écarté du trône en 944 par ses propres fils, Étienne Lécapène et Constantin Lécapène, qu'il a relégués dans l'ordre de la succession[16]. C'est seulement là, en janvier 945, que Constantin peut à son tour les exiler, s'ouvrant enfin la voie vers un règne personnel et l'association au trône de son fils Romain II le 6 avril 645[17],[18]. Celui-ci est alors couronné comme coempereur en 945, une pratique courante dans le monde politique byzantin. C'est d'ailleurs à l'intention de Romain que Constantin rédige son De Administrando Imperio, sorte de guide d'administration de l'Empire[19].
C'est également très jeune, à l'instigation de son grand-père, Romain Ier, qu'il est promis à un mariage avec une fille illégitime d'Hugues d'Arles, alors roi d'Italie. L'union intervient en 944, avec Berthe, renommée du prénom byzantin Eudoxie[13]. Toutefois, sa jeune épouse meurt dès 949 et Romain II se retrouve veuf à peine adolescent, à la suite d'une brève union non consommée dont Georg Ostrogorsky a souligné l'étrangeté, tant il est contraire aux principes byzantins de marier un porphyrogénète à une princesse étrangère, illégitime qui plus est et dont la seule explication réside dans son caractère diplomatique[12],[20]. Warren Treadgold a également qualifié ce mariage d'humiliation infligée par Romain Ier à la dynastie macédonienne, qu'il chercherait à reléguer au second plan[21]. Malgré cela, cet éphémère mariage a fait l'objet d'une des plus célèbres œuvres d'art en ivoire de l'art byzantin, l'ivoire de Romain. Sur cette petite plaque, les deux jeunes époux sont couronnés par le Christ, dans un style hiératique assez caractéristique de l'art de la dynastie macédonienne, dans lequel l'empereur est souvent associé à des figures saintes dans des postures de dévotion[22]. Anthony Kaldellis postule qu'un tel objet a pu être produit avec d'autres pour être distribués à certains membres de l'aristocratie impériale[23].
Veuf, il est un temps promis à une nièce d'Otton le Grand mais le mariage n'aboutit pas[24]. Il finit par épouser une certaine Théophano Anastaso. Les origines de celles-ci sont en partie mystérieuses car Jean Skylitzès rapporte, peut-être pour la discréditer, qu'elle serait de très modeste ascendance. Elle aurait été la fille d'un aubergiste. En réalité, sur la base du récit de Théophane continué, elle appartenait très probablement à la famille des Kratêroi, connue dans les documents depuis le début du IXe siècle (avec au moins deux personnages nommés « Léon Kratêros » qui furent stratèges des Anatoliques au IXe siècle)[4]. Surtout, elle semble d'une grande beauté et aurait ainsi séduit l'empereur, non sans rappeler les concours de beauté alors parfois organisés pour trouver une épouse pour un futur empereur, sans qu'une preuve formelle d'un tel concours n'existe[25],[26]. Née en 941, Théophano prend un certain ascendant sur Romain II. Au début du règne, elle tente d'imposer à ce dernier qu'il expulse sa mère dans une aile du Grand Palais pour la mettre à l'écart et il faut les supplications d'Hélène pour convaincre Romain de n'en rien faire[14]. En revanche, Théophano obtient que ses belles-sœurs prennent le voile. Cette décision vise probablement à éviter toute alliance matrimoniale qui pourrait concurrencer le pouvoir de Romain et Théophano[14]. Dès 958, elle semble donner naissance au futur Basile II. Ainsi, à la mort de Constantin VII le 9 novembre 959[note 1],[14], Romain a déjà un héritier, d'autant que Théophano lui donne un deuxième fils, le futur Constantin VIII, en 960 ou 961[27].
Règne
Politique intérieure

.
Entourage

A l'instar de son père, Romain délègue d'importantes fonctions à des eunuques de la cour. Ainsi, il promeut Joseph Bringas, déjà influent avant 959, devient parakimomène en remplacement de Basile Lécapène[28],[29]. Cette fonction est primordiale et s'apparente à celle d'un premier ministre, constamment au contact de l'empereur. Selon certains chroniqueurs, ce serait sous l'influence de Théophano que Romain aurait promu Bringas. Dans l'ensemble, les différents chroniqueurs font souvent de ce dernier le véritable maître de l'empire, à l'image de Stépanos Taronetsi, auteur arménien. Si Joseph Bringas domine l'administration civile, il compose avec l'influence prépondérante des Phocas sur les affaires militaires[30]. Celle-ci comprend plusieurs généraux de premier ordre, en particulier Nicéphore Phocas et son frère Léon Phocas le Jeune. A eux deux, ils se partagent la fonction de Domestique des Scholes, pour les armées d'Orient pour le premier et pour les armées d'Occident pour le second, ce qui en fait les deux principaux généraux de l'Empire[31]. Parmi les autres dignitaires promus par Romain figure Théodore Daphnopatès, d'abord logothète de l'armée puis éparque de Constantinople[32].
Skylitzès, qui met l'emphase sur les dépravations de Romain, rapporte comme anecdote qu'il aurait fait sortir de sa condition monastique un eunuque connu pour ses frasques et qui aurait été contraint de prendre l'habit par Constantin VII. Le patriarche Polyeucte de Constantinople se serait en vain élevé contre cette décision de le faire renoncer à ses vœux[33].
Soucieux d'assurer sa succession, Romain fait couronner ses fils comme coempereurs alors qu'ils sont très jeunes, à la Pâques 960 (22 avril) pour Basile II et à la Pâques 962 (30 mars) pour Constantin VIII, à chaque fois par le patriarche Polyeucte[18],[27]. Les empereurs sont alors soucieux de faire coïncider les événements importants de leur existence avec des moments forts de la vie liturgique[34].
Conspiration
Une seule conspiration contre Romain est rapportée au début de 961. Elle est menée par plusieurs aristocrates, menés par un certain Basile Peteinos, un officier supérieur proche de Constantin VII[35]. Il est possible qu'il ait été congédié de ses fonctions par Romain. Il est accompagné de patrices comme Paschalios, Bardas Lips ou encore Nicolas Chalkoutzès[36]. Les fonctions et la biographie de ces hommes sont largement méconnus mais ils paraissent appartenir à la haute aristocratie. Selon Skylitzès, ils auraient prévu de se saisir de l'empereur alors qu'il se rend à l'Hippodrome assister à des courses de char, pour placer Basile Peteinos à la tête de l'Empire. C'est un certain Ioannikios, d'origine arabe, qui aurait trahi ses coconspirateurs qui sont arrêtés sur ordre de Joseph Bringas la veille du jour fatidique. Torturés, ils sont ensuite contraints de parader dans l'Hippodrome lors d'une humiliation publique, tonsurés et exilés. Ils sont néanmoins graciés rapidement. Quant à Basile Peteinos, il semble avoir sombré dans la folie et être mort peu après[37],[35]. Malgré cet épisode, Anthony Kaldellis souligne que l'aristocratie est globalement acquise au régime, jouissant d'un certain nombre de privilèges[31].
Activités législatives
Du règne de Romain, une novelle a été conservée en date de 962. Elle concerne le régime des stratiotes, les paysans-soldats, propriétaires de leurs terres et chargés de leur défense. Ils sont le fondement de l'ordre militaire byzantin, mobilisables en cas de guerre, ils assurent une levée de troupes rapide, particulièrement adaptée aux guerres défensives face aux raids arabes. Néanmoins, ce modèle souffre de l'appropriation des terres, notamment par l'aristocratie.
Généralement, les empereurs macédoniens s'efforcent de lutter contre ce phénomène, sans forcément y mettre l'entièreté des moyens. C'est ce qui ressort de la novelle de Romain II qui renouvelle l'impératif de restitution de terres, notamment irrégulièrement acquises. Elle rappelle notamment l'enjeu de conservation du service militaire affecté à la possession d'une terre. De même, elle réitère que l'aliénation d'une terre par un stratiote devenu insolvable ne saurait être valide si le service militaire disparaît avec la cession[38]. Michel Kaplan souligne que les cas de cessions des terres stratiotiques peuvent intégrés les situations d'appropriation par des fonctionnaires, notamment pour des raisons fiscales en cas d'impayés d'impôts. Cependant, les stratiotes ont le droit à une restitution gratuite quand ils la demandent, même si la terre a été revendue. Michel Kaplan souligne à cet égard que l'empereur et son administration ne tranchent pas entre l'impératif fiscal et l'impératif social[39].
Un autre sujet concerne le cas des stratiotes aisés qui décident de se mettre au service d'un aristocrate et donc de céder leurs terres autant que leur obligation de service militaire. Romain II constate l'émergence de ce phénomène qui permet par ailleurs aux puissants de disposer de soldats entraînés à leur service mais ne parvient pas véritablement à le limiter[40].
C'est aussi à la demande de Romain que Théodore le Décapolite fait paraître un rescrit sur le remboursement des acheteurs évincés, seulement pour ceux s'étant rendus acquéreurs de terres stratiotiques avant 944. Il s'agit là d'une interprétation de législation existante, vouée à avoir force de novelle. Elle édicte que la restitution du bien à un stratiote, même appauvri, doit être la norme dès lors que la terre a perdu sa nature militaire. Le remboursement est prévu en cas d'acquisition légale mais il peut être échelonné, avec un délai allongé à cinq ans. Un autre mécanisme consiste en la restitution de la terre au stratiote appauvri mais tout en conservant l'usufruit au bénéfice de l'acquéreur, qui se rembourse en quelque sorte par le produit tiré de l'exploitation de la terre. Enfin, il est même possible que la communauté villageoise compense la défaillance du stratiote impécunier et récupère la jouissance de la terre[41],[42].
Dans l'ensemble, à l'instar d'autres mesures prises par les successeurs et prédécesseurs de Romain, les empereurs macédoniens peinent à véritablement préserver la petite et moyenne paysannerie propriétaire de l'appropriation de leurs terres par les puissants[43].
Monnayage
Les monnaies du règne de Romain sont étonnament peu nombreuses et cette rareté a suscité la perplexité de numismates comme Philip Grierson. Il ne semble exister aucune monnaie d'argent ou de cuivre datant de son règne et seules quelques solidus en or ont été retrouvés, de deux types différents, d'autant que des confusions ont parfois été faites avec des pièces attribuées à Romain Ier[44]. En revanche, des follis en cuivre exhumés à Cherson, où subsiste un atelier monétaire autonome, peuvent être rattachés à Romain II[45]. A ces pièces propres au règne de Romain, il faut rajouter les solidus sur lesquels il apparaît avec son père, Constantin VII, généralement au revers, tenant conjointement la croix patriarcale, tandis que l'avers est occupé par le Christ[46],[47].
- Différentes monnaies de Romain :
- Pièce sur laquelle Constantin VII et Romain II sont représentés conjointement tenant la croix patriarcale, Constantin occupant la place d'honneur en tant qu'empereur principal. C'est le Christ qui est représenté sur l'avers, tenant les Évangiles.
- Face d'une pièce du règne de Romain. Il apparaît couronné d'un diadème, barbu et tenant l'orbe crucigère, symbole traditionnel du pouvoir dans le monde politique byzantin[48].
- Rare monnaie de bronze conservée à la Bibliothèque nationale de France, représentant Romain couronné d'un diadème avec l'orbe et le sceptre[49].
Politique extérieure

Si Romain II est souvent décrit comme un empereur plus porté sur les plaisirs que sur la chose publique, son bref règne voit malgré tout la poursuite de succès militaires d'importance, pour lesquels il semble jouer un rôle d'impulsion[50], dans une époque où les empereurs ne mènent généralement pas leurs troupes aux combats. De ce fait, les succès militaires du règne de Romain sont principalement dus aux Phocas, auxquels il accorde sa confiance, dans la continuité d'autres souverains avant lui et qui ont la mainmise sur la politique militaire[51]. Dès son arrivée sur le trône, il confie à Nicéphore Phocas le commandement d'une expédition pour vaincre l'émirat de Crète, qui a résisté à plusieurs tentatives de reconquêtes, la dernière en date par Constantin Gongylès en 949[52]. L'empereur agit malgré la mise en garde des Fatimides qui l'informent qu'un tel acte entraînerait la fin de la trêve conclue avec eux par son père[53]. Nicéphore Phocas prend la tête d'une armada qui transporte une grande armée, qui débarque en Crète à l'été 960. Rapidement, il s'impose et met le siège sur Chandax, capitale de l'île, qui finit par tomber en mars 961. La Crète redevient alors byzantine, ce qui signe une grande victoire pour l'Empire[54]. Si Skylitzès affirme que Nicéphore n'est pas spécialement récompensé pour son action, l'historien Athanasios Markopoulos a démontré, sur la base d'autres sources, d'une forme de triomphe est organisé par Romain II pour célébrer son succès[55].
Dans l'ensemble, les frontières de l'Empire sont peu menacées sous Romain II, ce qui explique l'ampleur du déploiement de forces possible pour reprendre la Crète[56]. Dès la fin de l'année 961, il envoie Nicéphore Phocas en Orient pour qu'il poursuive ses succès militaires. Progressivement, l'Empire rogne sur la frontière avec les émirats arabes frontaliers, aux dépens en particulier des Hamdanides alors dirigés par Ali Sayf al-Dawla. Dès novembre 960, Léon Phocas le Jeune s'est distingué par une victoire défensive lors de la bataille d'Andrassos, qui confirme la résilience des forces byzantines[57] et lui vaut également un triomphe[58]. Une fois revenu sur la frontière orientale, Nicéphore Phocas peut passer à l'attaque et prend par exemple Anazarbe en février 962. Dans les mois qui suivent, c'est toute la Cilicie musulmane qui s'effondre, au point que Nicéphore parvient à mettre à sac Alep en décembre 962. De nouveau, Nicéphore Phocas revient en vainqueur et, si la Cilicie n'est pas encore reconquise, elle est sur le point de tomber[59].
En Occident, le seul événement notable est une incursion des Magyars dans les Balkans vers 960, qui est vaincue par le général Marianos Argyre[60].
Mort et succession

Romain II meurt jeune, le 15 mars 963[61]. De ce fait, des rumeurs ont mis en cause sa femme, Théophano Anastaso, dans un potentiel empoisonnement mais rien n'accrédite cette thèse[14]. Ainsi, selon Skylitzès, il serait mort soit de la suite de ses excès de débauche, soit du poison[62],[63]. Il est enterré dans la nécropole impériale de l'église des Saints-Apôtres de Constantinople, au sein du mausolée de Constantin le Grand, dans une tombe de marbre blanc apparemment sans ornementation et qui aurait été initialement prévue pour son père[64],[61]. Il laisse deux très jeunes fils déjà couronnés mais incapables d'exercer le gouvernement. Une lutte pour la régence oppose alors Joseph Bringas au prestigieux général Nicéphore Phocas qui parvient à s'imposer durant l'été et se fait couronner empereur en épousant Théophano Anastaso. Néanmoins, conscient de la légitimité acquise par les Macédoniens, il ne remet pas en cause la position des deux fils de Romain II. Ces derniers, d'abord sous la tutelle de Nicéphore de 963 à 969 puis de son assassin et successeur Jean Ier Tzimiskès entre 969 et 976, ne gouvernent qu'à partir de cette dernière date. D'abord Basile II jusqu'en 1025 puis Constantin VIII jusqu'en 1028, dernier représentant mâle de cette dynastie[65].
Descendants
Il a au moins trois enfants avec Théophano Anastaso, ainsi qu'une potentielle fille aînée, Hélène mais son sort est incertain[66] :
- Basile II (né vers 958 et mort en 1025) ;
- Constantin VIII (né vers 960 et mort en 1028) ;
- Anna Porphyrogénète (née en 963 et morte en 1011), mariée à Vladimir Ier, grand-prince de Kiev, sans postérité.