Safed

ville du nord d'Israël située en Haute Galilée From Wikipedia, the free encyclopedia

Safed, en hébreu Tzfat (hébreu moderne : צפת Sefath), en arabe : صفد Safad ou encore Tsfat, est une ville du nord d'Israël située en Haute Galilée. Avec une altitude de 900 m, c'est la ville la plus élevée d'Israël. Le nom צְפַת vient du verbe צָפָה « guetter, observer ». À l'époque du Sanhédrin de Jérusalem, Safed était l'un des villages-fanaux (מַשּׂוּאוֹת) construits sur les collines depuis Jérusalem, où des feux étaient allumés de proche en proche pour annoncer la nouvelle lune et les jours saints.

MaireYossi Kakon (2024- )
Population35 715 hab. (2018[1])
Faits en bref Administration, Pays ...
Safed
(he) צפת (ar) صفد
Blason de Safed
Héraldique
Administration
Pays Drapeau d’Israël Israël
District District nord
Maire Yossi Kakon (2024- )
Démographie
Population 35 715 hab. (2018[1])
Densité 1 221 hab./km2
Géographie
Coordonnées 32° 57′ 56″ nord, 35° 29′ 59″ est
Altitude 900 m
Superficie 2 924,8 ha = 29,248 km2
Localisation
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Safed
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Safed
Liens
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    Safed est l'une des quatre villes saintes du judaïsme. Elle est communément appelée la « ville bleue des cabbalistes ».

    Géographie

    Histoire

    Antiquité

    La ville n'est pas mentionnée dans la Bible. Elle est parfois identifiée avec Sepph (grec : Σεπφ), ville de Galilée fortifiée par Flavius Josèphe pour soutenir une attaque romaine en 66[2].

    La ville est en revanche mentionnée dans le Talmud de Jérusalem[3].

    Entre la période talmudique et les Croisades, son histoire reste inconnue[2].

    Moyen Âge

    Safed apparaît dans les sources juives depuis le Moyen Âge[4]. Un document de la Guéniza du Caire, écrit en 1034, mentionne une transaction faite à Tiberiade en 1023 par un certain juif du nom de Musa ben Hiba ben Salmun avec la nisba (suffixe apposé à un nom en arabe ) "al-Safati" (soit, « de Safed ») indiquant ainsi la présence d'une communauté juive vivant avec les musulmans au XIe siècle.

    Des sources croisés, on sait également qu'en 1140 à Saphet, il existait une forteresse très puissante entre Saint-Jean d'Acre et le lac de Tibériade, construite par le roi Foulques d'Anjou. Puis cette forteresse fut cédée aux Templiers. Elle fut prise par Saladin en décembre 1188 et démantelée en 1220[2]. En 1240, Safed est reprise par les Templiers qui doivent la céder 1266 au sultan mamelouk Baybars, qui renforce les fortifications de la ville[2] et y construit des caravansérails, des bazars et des mosquées. Les Mamelouks font de Safed la capitale d'une province comprenant la Galilée et le Liban[2].

    Si quelques Juifs ont pu vivre à Safed au XIe siècle, une communauté juive ne semble y être fermement implantée qu'à partir du XIIIe siècle. Mais la peste noire amène le déclin de la ville à partir de 1348.

    La communauté juive, florissante sous le gouvernement mamelouk, se monte en 1481 à 300 familles dans Safed et ses environs. Ils s'y livrent au commerce des produits alimentaires dont les épices. La communauté sépharade expulsée d'Espagne croît notablement après la conquête de la Palestine par les Ottomans en 1516[2].

    Elle est appelée la « ville bleue des cabbalistes » car c'est la couleur dominante de ses synagogues et de son cimetière où les tombes sont peintes en bleu, et car elle perpétue une longue tradition de cabbalistes, depuis qu'elle est devenue le lieu d'enseignement de Moïse Cordovero et Isaac Louria et a servi de centre de diffusion mondiale de la Kabbale juive au XVIe siècle[5].

    Période du califat ottoman

    Safed est particulièrement importante dans l'histoire du judaïsme, représentant le refuge de nombreux érudits après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 ; de fait, elle devient l'un des grands centres de la Kabbale, recueillant des savants aussi renommés que Moïse Cordovero ou Isaac Louria, mais aussi de la Halakha, puisque Yossef Karo, l'auteur du Choulhan Aroukh y résida également. C'est également la ville de Salomon Alkabetz, auteur du Lekha Dodi, hymne chanté pour accueillir le Shabbat. Un autre poème liturgique, Shalom alekhem qui est chanté lors de l'entrée du Shabbat, a également été composé à Safed par les Kabbalistes, à la fin du XVIIe siècle. Le poème liturgique Yedid nefesh, est également composé à Safed au XVIe siècle par le rabbin et kabbaliste Elazar Azikri.

    Vue moderne de Safed.

    Safed est comptée parmi les quatre villes saintes juives avec Jérusalem, Hébron et Tibériade[6],[7]. Les traditions talmudiques assignent à Safed et à Tibériade une sainteté qui rivalise avec celle de Jérusalem. Selon elles, le Messie sortira du lac de Génézareth, à Tibériade, et établira le siège de son empire à Safed.

    Quartier musulman de Safed en 1908.

    En 1522, 300 familles juives vivent à Safed. Des statistiques turques de 1548 indiquent que Safed était alors le centre d'un district comprenant 282 villages ; approximativement 1 900 familles familles de contribuables vivaient en ville dont 716 juives[2].

    Rue commerçante de Safed en 1946

    La cité fut prospère jusqu'au XVIe siècle, et on y fonda en 1578 la première imprimerie du Moyen-Orient. Huit synagogues sont fondées au XVIe siècle[2].

    Cependant, la diminution de la qualité du gouvernement turc, une épidémie en 1747, un tremblement de terre qui tue 1 800 personnes et conflits entre Juifs et Arabes entraînent peu à peu le déclin de la communauté juive[2].

    Mandat britannique

    De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Safed est conquise en 1918 et la Palestine est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.

    Selon le recensement de 1922 opéré par l'administration britannique, Safed avait une population de 8 761 habitants, dont 5 431 musulmans, 2 986 juifs et 343 chrétiens. Safed est ainsi une ville à population mixte sous Palestine mandataire, qui connait des tensions dès les années 1920. Lors des émeutes de 1929, 18 Juifs sont tués dans cette ville[8].

    Le recensement de 1931 indique 9 441 habitants dont 6465 musulmans et 2547 Juifs[9].

    En mai 1938, le consul de France Amédée Outrey s’intéresse au sort de la communauté juive isolée à Safed. Il intervient puisque les membres de celle-ci, « en raison de leur qualité de protégés français (...) n’ont évidemment rien à attendre des autorités locales » et sont livrés sans défense à un environnement hostile[10].

    En 1948, Safed compte une population comprise entre 10 000 et 12 000 Arabes, et 1 500 à 1 700 Juifs pour la plupart religieux[11],[12].

    Guerre de 1948

    En 1948, la ville comptait environ 12 000 Arabes et environ 1 700 Juifs, pour la plupart religieux et âgés[13]. Le 5 janvier 1948, des Arabes attaquèrent le quartier juif[14]. En février 1948, pendant la guerre civile, des Arabes musulmans attaquèrent un bus juif tentant de rejoindre Safed, et le quartier juif de la ville fut assiégé par les musulmans. Les forces britanniques présentes n'intervinrent pas. Selon Martin Gilbert, les vivres vinrent à manquer. « Même l'eau et la farine étaient désespérément insuffisantes. Chaque jour, les assaillants arabes se rapprochaient du cœur du quartier juif, faisant sauter systématiquement les maisons juives au fur et à mesure qu'ils resserraient leur étau sur la zone centrale[15]. »

    Le 16 avril, le même jour où les forces britanniques évacuèrent Safed, 200 miliciens arabes locaux, soutenus par plus de 200 soldats de l'Armée de libération arabe, tentèrent de s'emparer du quartier juif de la ville. Ils furent repoussés par la garnison juive, composée d'environ 200 combattants de la Haganah, hommes et femmes, renforcés par un peloton du Palmach[16].

    L'attaque terrestre du Palmach sur le secteur arabe de Safed eut lieu le 6 mai, dans le cadre de l'opération Yiftach. La première phase du plan du Palmach pour s'emparer de Safed consistait à sécuriser un corridor à travers les montagnes en capturant le village arabe de Biriyya[17]. L'Armée de libération arabe plaça des pièces d'artillerie sur une colline adjacente au quartier juif et commença à le bombarder[18]. Le Troisième Bataillon du Palmach échoua à prendre l'objectif principal, la « citadelle », mais « terrorisa » suffisamment la population arabe pour provoquer de nouveaux départs, ainsi que des appels urgents à l'aide extérieure et des tentatives d'obtenir un cessez-le-feu[19].

    Le secrétaire général de la Ligue arabe, Abdul Rahman Hassan Azzam, déclara que l'objectif du Plan Dalet était de chasser les habitants des villages arabes le long des frontières syriennes et libanaises, notamment les localités situées sur les routes par lesquelles les forces arabes régulières pourraient pénétrer dans le pays. Il nota qu'Acre et Safed étaient particulièrement menacées[20]. Cependant, les appels à l'aide restèrent sans réponse, et les Britanniques, à moins d'une semaine de la fin du Mandat britannique sur la Palestine, n'intervinrent pas non plus contre la deuxième et dernière attaque de la Haganah, qui débuta dans la soirée du 9 mai par un barrage de mortiers sur des sites stratégiques de Safed. À la suite du barrage, l'infanterie du Palmach, au cours de combats acharnés, s'empara de la citadelle, de Beit Shalva et du fort de police, les trois bâtiments dominants de Safed. Tout au long du 10 mai, les mortiers de la Haganah continuèrent à pilonner les quartiers arabes, provoquant des incendies dans la zone du marché et dans les dépôts de carburant, qui explosèrent. « Le Palmach "laissa intentionnellement ouvertes les voies de sortie pour la population afin de 'faciliter' son exode..." »[21] Selon Gilbert, « Les Arabes de Safed commencèrent à partir, y compris le commandant des forces arabes, Adib Shishakli (futur Premier ministre de Syrie). Le fort de police du Mont Canaan étant isolé, ses défenseurs se retirèrent sans combattre. La chute de Safed porta un coup au moral arabe dans toute la région... L'invasion de la Palestine par des armées arabes régulières semblant imminente — une fois que les Britanniques auraient finalement quitté les lieux dans onze ou douze jours — de nombreux Arabes estimèrent que la prudence commandait de partir jusqu'à ce que les Juifs aient été vaincus et qu'ils puissent rentrer chez eux. »[22] Selon Abbasi, l'exode des Arabes de Safed se déroula en trois phases. La première fut due au départ des Britanniques, aggravé par l'échec d'une attaque contre le quartier juif et un désaccord entre les commandants jordanien et syrien. La deuxième fut due à la chute du village voisin d'Ein al-Zeitoun et au massacre commis par les forces juives. La troisième fut due à la création délibérée de panique par les forces juives[23].

    Quelque 12 000 Arabes, certaines estimations allant jusqu'à 15 000, s'enfuirent de Safed et constituèrent « une lourde charge pour l'effort de guerre arabe »[24]. Parmi eux se trouvait la famille du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas[25]. La ville était entièrement sous le contrôle des forces paramilitaires juives le 11 mai 1948[26].

    Au début du mois de juin, des notables juifs de Safed se rendirent à Tel Aviv pour demander au gouvernement d'empêcher le retour des Arabes dans la ville, menaçant de l'abandonner si ces derniers étaient autorisés à revenir. Ils firent valoir que, la majeure partie des biens arabes ayant entre-temps été saisis ou volés, la communauté juive serait incapable de résister à la pression des demandes de restitution formulées par les personnes déplacées[27].

    Monument dédié aux soldats qui ont combattu pendant la guerre d'indépendance.

    Période israélienne

    La Galerie Beit Castel (en) à Safed.

    Safed a de nos jours regagné en popularité, et est redevenue aujourd'hui un centre d'études juives. C'est aussi un centre artistique, avec ses célèbres rues pavées, ses galeries d'exposition et ses cafés. Il s'y tient annuellement un festival de musique klezmer mondialement connu[28].

    Safed est également devenu de nos jours un lieu de pèlerinage sur les tombes des Justes (Kivre Tsadikim) et dans les antiques synagogues de la ville : synagogue Aboad, Joseph ben Ephraim Karo, Ari Ashkenazi, Ari Sephardi... Il est également possible de se tremper dans le Mikvé du Ari (Isaac Luria), dont les eaux sont glaciales.

    Tensions entre Arabes et Juifs

    En 1974, 102 écoliers israéliens de la ville sont pris en otage par des Palestiniens du FPLP, 22 d'entre eux sont massacrés et 68 sont blessés. Les trois adultes qui accompagnaient les enfants sont assassinés[29].

    En 2006, le Hezbollah tire 74 roquettes Katioucha sur la ville et 397 autres s’abattent à proximité faisant un mort et plusieurs blessés parmi la population civile[30],[31].

    Le , des heurts éclatèrent à nouveau entre Arabes et Juifs ultra-orthodoxes, avec échanges d'insultes et jets de pierres[32]. Le , le polémiste israélien Gideon Levy a qualifié Safed dans une tribune publiée par Haaretz (classé à gauche) de « ville la plus raciste du pays »[33].

    Cinquante rabbins ultra-orthodoxes cosignent une lettre rendue publique le , dans laquelle ils affirment que « la Torah interdit de louer ou de vendre une propriété à un non-juif », les Arabes israéliens étant la principale cible de cette initiative, rapporte Yediot Aharonot. Shmuel Eliyahou, le grand-rabbin de Safed, est le premier, en octobre, à appeler les habitants de sa ville à ne pas louer ou vendre des appartements à des Arabes[34],[35]. Plusieurs personnalités israéliennes dénoncent ce manifeste. Parmi elles, Noah Flug, le président de l’association chapeautant en Israël toutes les organisations de rescapés de la Shoah, exprime son indignation en soulignant que « les Nazis appelaient à ne pas louer aux juifs », relève le quotidien israélien[34].

    Panorama

    Vue panoramique de Safed avec le mont Méron en arrière-plan.

    Personnalités originaires de Safed

    Jumelages

    Notes et références

    Voir aussi

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