Deuxième Emsav
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Le deuxième Emsav est une période du mouvement breton allant de la fin de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il est marqué par l'apparition du nationalisme breton et du fédéralisme breton en politique.
Histoire
Origine
La Première Guerre mondiale bouleverse la Bretagne, qui comme le reste de la France, est saignée à blanc. Les régions les plus touchées sont les régions agricoles de l’ouest et du sud-ouest (Pays-de-la-Loire, Bretagne historique, Aquitaine)[1]. Ce taux de perte donne l'impression à une partie de l'opinion un sentiment de victimisation[2].
Champs d'actions
Développement de la littérature de langue bretonne
Roparz Hemon développe l'idée de défendre la langue bretonne en s'inspirant des combats menés par les Danois et les Tchèques pour contrer la germanisation de ces pays[3].
Le mouvement des Seiz Breur se donne pour mission de renouveler l'art populaire breton[4].
Politique : nationalistes contre fédéralistes
Le Groupe régionaliste breton est fondé le [5]. Le but déclaré de vouloir « travailler activement au relèvement de la Patrie bretonne »[6]. Le mouvement se restructure en Unvaniez Yaouankiz Vreiz en [7].
Une partie des membres de ce groupe évolue vers le pacifisme, l'internationalisme, le progressisme de gauche, le fédéralisme social, "l'autonomisme rouge" avec la création de la Ligue fédéraliste de Bretagne (LFB), et l'éphémère Parti national révolutionnaire breton (PNRB)[8].
La Ligue fédéraliste de Bretagne naît dans le contexte de l’éclatement du Parti autonomiste breton (PAB) lors du congrès du PAB à Rennes, le , où des tensions idéologiques entre les autonomistes de gauche, favorables à un fédéralisme républicain, et les nationalistes de droite, menés par Olier Mordrel et François Debauvais, conduisent à une scission[9].
L'enseignement du breton est promu par l'association Ar Falz, créée en 1933[7].
Au congrès de Carhaix, en , le Parti national breton se transforme en un véritable parti fasciste breton et, en , les murs des villes bretonnes sont à nouveau couverts d'inscriptions comme « La Bretagne aux Bretons », « Breiz Atao vaincra », etc.[10].
Le décret-loi Daladier du cible les « séparatistes » ; il permet de poursuivre et condamner « quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire »[11],[12],[13].
François Debauvais et Mordrel se réfugient fin en Belgique puis en Allemagne tandis que les autres cadres du parti sont mobilisés. Le parti est dissous sous le gouvernement Daladier le [11],[12] en raison de ses positions très « amicales » avec l'Allemagne nazie[13].
Seconde Guerre mondiale
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'ensemble du mouvement politique nationaliste promeut la collaboration avec l'Allemagne nazie et/ou avec le régime de Vichy[14]. Selon Jean-Jacques Monnier, de nombreux individus qu'il désigne comme « militants culturels bretons » choisissent la Résistance à l'occupant allemand[15]. Georges Cadiou estime pour sa part que le mouvement breton s'est « fourvoyé très majoritairement » dans la collaboration avec l'occupant, à l'exception des quelques cas individuels[16].
Les comportements des uns et des autres sont l'objet d'une amnésie sélective de guerre qui nourrit toujours des polémiques plus de soixante ans après : « En réalité, à la Libération, au sein du mouvement breton, on minimise la collaboration, on crée le mythe de l'épuration sauvage »[17].
Selon Clarisse Chassigneux et Boris Thiolay, la Résistance est un mouvement précoce en Bretagne et la collaboration doit être replacé dans « dans un ensemble plus vaste »[18].
Après 1945
Près de 2 000 militants bretons sont arrêtés et « Internés administratifs ». Parmi les dirigeants d'organisations pro-nazies, la plupart seront condamnés à la Libération. Un certain nombre d'entre eux réussiront à échapper à la Justice et à gagner l'Irlande grâce à la filière de faux passeports montée par Yann Fouéré[19]. Quelques autres sympathisants sont relâchés au bout de quelques semaines, aucune charge n'ayant été retenue contre eux [20]. Les militants du PNB sont avant tout poursuivis pour avoir collaboré avec les autorités nazies (chef principal d'accusation : intelligence avec l'ennemi). D'ailleurs peu d'entre eux seront inquiétés :
« Environ 15 à 16 % des membres du PNB ont été traduits devant les tribunaux, rares sont les sympathisants à avoir été jugés. Ce qui fait de l'Épuration un épiphénomène dont la réalité est très éloignée de l'image mythique d'une répression massive, entretenue par la mémoire traumatisée des nationalistes bretons[21]. »
Le soutien à l'Allemagne nazie des nationalistes bretons du PNB a clairement nui à l'idée d'un projet autonomiste breton. Certains auteurs vont plus loin et avancent que ce soutien aurait nui à la culture et à la langue bretonnes, au moment même où les premières mesures gouvernementales en faveur des langues régionales étaient initiées :
« Cette culture de la haine de l’étranger et du mépris du peuple qui habitait les nationalistes les a conduits à faire déconsidérer pour longtemps l’intérêt pour la langue et la culture bretonnes dans la région, voire à permettre aux bretonnants de justifier l’abandon du parler breton. Pourtant, dès décembre 1946, à l’initiative des pouvoirs publics, Pierre-Jakez Hélias lançait un nouveau programme d’émissions radiophoniques en langue bretonne sur Radio Quimerc’h[22]. »