Disc jockey

personne qui sélectionne, diffuse, et mixe de la musique à destination d'un public From Wikipedia, the free encyclopedia

Un disc jockey (/diskʒɔkɛ/, en anglais : [dɪsk dʒɒki]), également orthographié disc-jockey, couramment épelé DJ ([diː ˈdʒeɪ])[1],[a] ou deejay[1], aussi appelé platiniste en français[2], est la personne responsable de la manipulation ("jockeying") des disques et par extension l'animateur qui sélectionne, diffuse et mixe de la musique à destination d'un public, que ce soit pour une émission radiophonique, dans une discothèque ou à l'occasion d'un événement spécifique.

DJ Spooky lors du Sundance Film Festival en 2003.

Définition

Dénominations

Un disc jockey lors d'un événement utilisant une platine disque et un DJ mixer (en), une petite table de mixage utilisée pour la transition entre les chansons.

Histoire

1919-1930 - De l'animateur radio au disc radio

Animateur de radio de la station radio CKVL à Montréal en 1948

La première guerre mondiale a été un boost pour la recherche et le développement de la radio en grandes ondes, et en 1916, sur demande de son employer Westinghouse Company (aujourd'hui Audacy Inc.), l'ingénieur Frank Conrad lancer une radio amateur expérimentale 8XK (identifiant radiophonique américain) pour tester la technologie, ce qui lui permettait de diffuser malgré l'interdiction des radio amateurs à cause de la guerre. Le premier octobre 1919, l'interdiction des radios amateur est levée et le 17 octobre 1919, Conrad surprend ses auditeurs radioamateurs (hams) en annonçant la connexion d'un phonographe 78 tours pour y diffuser des requêtes musicales. Submergé par les demandes, Frank va alors décider de les regrouper sur un set de 2 heures diffusé le mercredi et samedi soir[3].

En 1935, Le terme de "disc jockey" apparait dans les années 1930, toujours aux Etats Unis. Le terme est d'abord formulé par un des pionnier et start du talk show, l'animateur Walter Winchell, dans une chronique de presse, en parlant de disc jockey pour désigner Martin Block lorsqu'il faisait ses sets pour animer l'émission Make believe Ballroom (WNEW), notamment pour désigner son habileté à jongler avec les disques. Le terme gagnera sa pleine popularité en 1941 suite à un article dans le magazine Variety[4].

1940-1950 - Des salles de bal aux discothèques

En 1942, voyant que la commodité et le gain financier prend le pas sur la qualité des orchestres live, les artistes musicaux se mettent en grève de 1942 à 1944. Mais l'effet est encore pire puisque cette grève va inciter les salles de bal à utiliser davantage des disques. Avec l'arrivée du transistor, les systèmes de sonorisation vont se développer, et c'est cet enchaînement de facteurs qui vont précipiter déclin des big bands et de l'essor de l'activité de disquaire, même si elle reste considérée comme une activité technique (comme barman ou serveur)[5].

1950-1970 - Du disco et des DJ

Le métier se développe à la radio, grâce à l'influence des États-Unis : la musique prend de plus en plus de place dans la programmation. Les premières radios pirates lors de la décennie suivante vont mettre en exergue le rôle du « disc jockey-animateur » jusqu'à influencer les grandes radios nationales[6]. Ceux-ci ne cherchent pas à enchainer les morceaux au rythme, ils annoncent et parlent durant la phase d'introduction de chaque morceau[7],[8]. Les premiers jingles radiophoniques sont utilisés. Dans les années 1960, ces hommes de radio vont influencer les disquaires des discothèques jusque là muets[9]. Dans les années qui vont suivre, deux types de disquaires vont cohabiter suivant les lieux : celui, technique, qui va enchaîner les disques en parlant rarement au micro et le second, plus centré sur l'animation[10]. Mais progressivement, les simples enchaînements de titres deviennent un ensemble cohérent qui accompagne les danseurs.

1970-1980 - Le saut du DJ dans le mix

Durant les années 1970, l'essor du Hip hop vont favoriser l'émergence de nouvelles techniques de mixage. Kool Herc (Bronx) va avoir l'idée de mixer un disque sur lui-même (le même disque chargé sur les 2 platines), en plein milieu du morceaux en recalant le second au début du break (hip hop) alors que le premier le finit[11]. Le break boucle sur lui-même, c'est le début du looping.

En 1975, Grand Wizzard Theodore est interpelé par le son que fait un disque qui s'arrête sous la tête de lecture, et qu'on bouge ensuite. Pour le coup il joue avec ce son et se met à "frotter" ses disques pour "gratter" le saphir. c'est le début du scratch[12],[13].

1980-1990 - De l'ombre à la lumière


Par ailleurs, a force d'améliorer les techniques de scratch et de looping, le terme de turntablism est finalement proposé par DJ Babu en 1995 pour décrire cette pratique.

Afrika Bambaataa.

2000-Auj. – Starification et industrialisation

Fonctions

Animateur

Il peut simplement enchaîner les morceaux de musique les uns après les autres en fonction des envies des auditeurs. Il peut aussi modifier ou superposer deux musiques, ou une musique et une version a cappella, et faire preuve de créativité et d'ingéniosité, voire utiliser des équipements spéciaux ou des ordinateurs pour refondre entièrement le morceau utilisé. Dans le milieu du « DJing », cette technique est connue sous le nom de « bootleg » ou encore de « mashup » ou « medley ».

L'animateur DJ de soirée privée comme le mariage ne peut pas être considéré comme un artiste du spectacle. Par contre, depuis fin 2015, le DJ ayant une activité en discothèque est considéré comme un « pourvoyeur de spectacle vivant » grâce à une loi votée par les députés français. Il peut à ce titre prétendre au statut d'intermittent du spectacle pour autant que le lieu qui le reçoit cotise en conséquence[14].

Musicien

DJ star

Armin van Buuren, l'un des disc jockeys les plus titrés au monde, au Madison Square Garden en 2013.

Certaines têtes d'affiches, particulièrement en EDM, sont devenues de véritables vedettes[15], à l'instar de David Guetta, Tiësto ou Avicii par exemple. « Nous sommes les nouvelles rock-stars, c'est un fait ! », annonce Alesso[16].

Les salaires se mettent alors en adéquation avec leur statut : ils « s'envolent »[17]. D'après les études du magazine Forbes, une douzaine de DJ gagnent plus de quinze millions de dollars dans l'année[16],[18] : les quinze premiers DJs mondiaux représentent à eux seuls 268 millions de dollars de chiffre d'affaires[19] en 2014 puis plus de 300 millions l'année suivante, sachant que le chiffre global estimé du domaine de l'EDM atteint six à sept milliards de dollars[15],[19] dont plus de 400 millions d'euros rien qu'en France d'après la Sacem[20]. Selon ce même magazine économique, les gains de Calvin Harris  en tête du classement  se montent alors à plusieurs dizaines de millions de dollars[21], comprenant, outre ces prestations scéniques, son travail de production ou les revenus de ses labels et droits d'auteur[22], et ce, quatre ans de suite[23],[24]. « Notre genre musical [a] pris le dessus au sein de l'industrie musicale », précise Martin Garrix[25] qui est passé en peu d'années d'un salaire individuel à quatre chiffres pour six chiffres, rémunérant aussi une importante équipe technique derrière lui[17],[b] ; mais cela ne profite guère aux majors du disque, reléguées en fin de peloton en ce qui concerne l'influence ou les gains financiers[22]. Cette course aux enchères des cachets peut aller jusqu'à des contrats annuel de plusieurs dizaines de millions pour certains DJ résidents de Las Vegas[17] ; la Chine ou Dubaï suivent cette escalade[17].

Si la transition du marché de l'electro, des discothèques aux festivals relayés mondialement, a évolué en une quinzaine d'années, c'est David Guetta qui reste considéré comme l'élément clef avec sa production avec Fred Rister I Gotta Feeling en 2009 faisant rapidement décoller l'electro aux États-Unis[17]. Jusque là, « les Américains y étaient imperméables » précise le rédacteur en chef de DJ Mag et ajoute « c'est bien l'incursion de David Guetta qui a tout fait basculer »[17]. En parallèle, Internet a changé la donne par la diffusion globale de vidéos ; « le secteur explose »[17], les grands événements, rentables[17], se multiplient sur un modèle unique : l'Ultra, Tomorrowland ou l'Electric Daisy Carnival se déclinent à travers la planète, avec globalement une programmation identique. Résultat, cette uniformisation savamment marketée laisse les disc-jockeys acquérir un succès plus seulement national, mais bien mondial[22]. Une réciprocité s’établit alors entre la réputation des grands festivals et la renommée de l'artiste, chacun ayant besoin de l'autre pour obtenir revenus et reconnaissance du public. Le vedettariat de la profession et l'inflation des festivals oblige les discothèques à se renouveler et à s'agrandir[17].

Mais cette starisation coûteuse, combinée à l'industrialisation de cette culture musicale[c], font disparaître ces mêmes disc-jockeys des clubs dont ils sont pourtant issus[22],[26]. De plus, David Guetta précise que la fonction de DJ reste également de faire connaître des nouveautés, mais « les DJ stars que nous sommes faisons de moins en moins découvrir de musique car on est arrivé à un tel niveau de show, devant des foules tellement grandes qu'on perd l'opportunité de le faire »[26]. En définitive, cet avènement d'une frange de disc-jockey entraîne comme conséquence de renforcer une scène underground, plus accessible, dans le domaine de la dance : « c'est du vrai clubbing avec des DJ qui jouent encore devant des publics plus réduits », commente l'artiste français[26].

Pratiques musicales courantes

Le disc jockey russe Arty au Spring Awakening Music Festival à Chicago en juin 2014.
  • Fondu enchaîné : la fin d'un morceau de musique est mélangée avec le début du morceau suivant de manière à assurer une transition progressive.
  • Calage tempo : les rythmiques des deux disques sont superposées pour adopter le même BPM (battement par minute).
  • Mixage : les disques sont synchronisés manuellement à l'aide des réglages de vitesse des platines et sont mélangés avec diverses variations, portant notamment sur les égalisations (niveau des fréquences graves, médium et aiguës), ainsi que sur l'utilisation des faders et crossfaders.
  • Scratch : utilisation d'un fader ou crossfader pour découper le son enregistré sur le vinyle, de manière à le transformer et à le rendre plus rythmé ou incisif. Dans la musique hip-hop, le disc jockey peut être parfois accompagné d'un MC (Master of Ceremony, rappeur). Le DJ scratche, c'est-à-dire qu'il pose ses doigts sur le vinyle et en modifie la vitesse et le sens de lecture afin de déformer et de rythmer les sons existants. Cette déformation de sons est associée à l'utilisation, sur la table de mixage (élément central), d'un fader ou crossfader. Cet élément permet de passer du son d'une platine à l'autre et de couper le son d'une des deux platines. Il existe diverses techniques de scratch, comme le cutting, le transforming, ou encore le flare, qui peuvent être cumulées et alternées.

Les disques sont enchaînés de plusieurs façons :

  • Soit en « scratchant » (principalement utilisé en hip-hop et en rap) ;
  • Soit en mélangeant (mixant) progressivement les deux titres : il est alors question d'un fondu-enchaîné (fade ou crossfading) ;
  • Soit en mélangeant (mixant) progressivement les deux titres, et en calant le tempo du premier morceau (en réglant sa vitesse, il aussi question de pitch), il est alors question de mix dans le tempo (beatmix) ;
  • Soit en jouant le deuxième titre juste après le premier (un cut) ; en fait, le premier battement du deuxième titre (premier beat) est joué en même temps que le dernier beat du premier.
  • Soit par l'utilisation d'effets permettant entre autres de faire des loops, un echo, un brake, un backspin,... ou de les combiner avant de transiter sur la musique de l'autre plateau.

Certains musiciens se disent également DJ du fait qu'ils utilisent les mêmes outils, bien que ce ne soit pas dans le but d'enchaîner des morceaux, mais bien d'en créer de nouveaux à partir d'éléments de plusieurs supports musicaux selon le principe des boucles et du sampling (litt. échantillonnage).

Le DJ-ing ne se fait pas toujours en direct, ni face à un public. Par exemple, certains DJ utilisent des logiciels comme Cubase, FL Studio, ou Reason pour créer leur propres tracks. Certaines maisons de disques ne publient rien d'autre que les réalisations en studio de DJ. Il existe aussi un championnat du monde des DJ, qui se rencontrent dans différents types de catégories.

Le concept du DJ-ing s'applique également à la vidéo. Le vidéo-jockey (visual jockey ou VJ) enchaîne et superpose des images fixes et animées qui peuvent être projetées sur écran à l'occasion de soirées ou de concerts, mais également, sur les chaînes télévisées musicales. Le terme a d'ailleurs été élargi au simple présentateur d'émissions de telles chaînes du fait qu'il est censé choisir les clips vidéo qui passent. De la même manière, il est question de KJ (karajockey) pour les animateurs de karaoké.

Support musical et DJing

Platine Technics SL-1200 MKII (platines vinyle).
Platine Behringer DX 626 (platines CD).

Cependant, à l'exception de la scène underground, de moins en moins de disc-jockeys mixent sur vinyles, ce format étant supplanté par le format numérique pour des raisons de gain de place (ainsi, Laurent Garnier a pu dire « j’ai 55 000 vinyles à la maison, je n’ai aucune envie de continuer de me dire que je peux les perdre dans l’avion. La technologie me permet d’emmener l’équivalent de ma collection sans me casser le dos »[27]), d'ergonomie et de possibilités de création.

Le contrôle d'un logiciel prend maintenant un intérêt de plus en plus important pour des DJs pros, grâce à l'apparition de contrôleurs de qualité ou de systèmes comme le vinyle timecodé. Cela dit, il est généralement plus aisé d'effectuer des transitions de type Calage tempo sur ces programmes, qui disposent souvent d'une fonction de synchronisation automatique des morceaux à caler, ainsi que l'affichage du BPM[28],[29].

Équipement de base

Table de mixage numérique professionnelle.

Risques pour la santé

Du fait de leur profession ou spécialité, et parce qu'ils sont souvent exposés à des intensités sonores élevées, de nombreux disc jockeys courent le risque de développer une surdité ou une de perte d'audition[30],[31],[32],[33] ; et s'ils sont, en outre, chroniquement exposés aux infrasons à forte intensité, et plus généralement aux basses fréquences à haute intensité (≤ 500 Hz, soit à des longueurs d'onde pour certaines totalement inaudibles et contre lesquelles les protections auditives sont sans efficacité), ils sont alors aussi exposés à un syndrome dit maladie d’origine vibroacoustique (ou maladie vibroacoustique)[34],[35], principalement caractérisée par un épaississement du péricarde.

Selon Alves-Pereira et Branco, les deux spécialistes de ce syndrome, il est possible d'empêcher l'évolution de la maladie vers des stades cliniquement graves ou mortels à condition de détecter la maladie précocement, ce qui implique un échocardiogramme chaque année, ainsi qu'un suivi médical par des médecins du travail bien informés travaillant avec la participation active du patient[36].

Vocabulaire

En , la commission générale de terminologie et de néologie française a proposé de traduire en français les termes « deejay » et « disc jockey » sous l'appellation « platiniste ». Cette proposition a reçu l'accord de l'Académie française et le nouveau terme a été publié au Journal officiel le [1].

Le vocabulaire du DJ comprend un certain nombre de termes techniques :

  • BPM : battement par minute (mesure le tempo d'un morceau).
  • Calage tempo (ou beatmatching) : synchronisation des rythmes de deux morceaux.
  • Cellule : tête de lecture d'une platine vinyle.
  • Cross-fader : fader placé horizontalement sur une table de mixage permettant de basculer d'une voie à l'autre (la courbe de « fondu » peut être linéaire, exponentielle, « tout ou rien » et/ou réglable selon le modèle). Facilite le fondu enchaîné.
  • CUE : point de départ de la lecture sur un lecteur CD. Peut être le début de la chanson ou un point quelconque du morceau prédéfini sur platine CD.
  • Fader : bouton à glissière permettant de modifier le volume sonore d'une voie (aussi appelé potentiomètre linéaire).
  • Feutrine : également appelée « slipmat », sorte de tapis intercalé entre le vinyle et le plateau de la platine permettant de faire glisser le vinyle sans dommage. Ainsi pour faire Pause, un DJ jouant sur vinyles utilise rarement la touche play et stop. Pour arrêter un morceau il pose ses doigts sur le disque, qui doit donc pouvoir glisser sur la feutrine. Il peut alors le lancer (throwing) dans le rythme.
  • Hamster style : méthode utilisée par les DJ à platines ou la configuration du crossfader est inversée, c'est-à-dire que la platine droite est à gauche du crossfader.
  • Loop : boucle sonore composée d'un point d'entrée (loop-in) et d'un point de sortie (loop-out).
  • Pitch bend : mécanisme (potentiomètre ou boutons) d'une platine (vinyle ou CD) permettant de modifier la vitesse de lecture (modification exprimée en pourcentage par rapport à l'original). Son réglage permet ainsi de synchroniser les beats de deux morceaux (entrant et sortant), mais en conséquence décale la hauteur.
  • Mashup ou versus : remix mixant la version a cappella d'un morceau avec l'instrumental d'un autre.
  • Résident ou DJ résident : concerne un disc jockey présent à date régulière sur une radio ou dans une discothèque. Ses sessions de mix donnent alors l'image musicale du lieu ou de l'émission[37]. Certaines radios sont connues pour avec des DJ résidents telles Fun Radio ou Radio FG par exemple.
  • Sample : court extrait ou une partie d'un morceau de musique, joué en boucle ou par intermittence. Il peut être déformé pour atteindre l'effet recherché.
  • White label : disque vinyle une étiquette blanche sans marquages ; il s'agit généralement d'un morceau produit par un DJ peu connu, et pressé en faible nombre d'exemplaires. Il permet souvent d'évaluer le potentiel du morceau avant pressage sous un vrai label. La plupart des bootlegs sont pressés en « white ».

Notes et références

Annexes

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