Shaj Mohan

philosophe indien From Wikipedia, the free encyclopedia

Shaj Mohan est un philosophe indien[1]. Ses travaux philosophiques portent sur la métaphysique, la raison, la philosophie de la technologie, la philosophie de la politique et le secret. Les travaux de Mohan sont basés sur le principe de l'anastasis selon lequel la philosophie est une possibilité toujours présente sur la base d'une réinterprétation de la raison[2],[3]. Shaj Mohan travaille au sein d'une communauté d'amitié avec Divya Dwivedi, Jean-Luc Nancy, Bernard Stiegler, et Barbara Cassin[4].

Nationalité
Indien
Activité
Philosophe
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Shaj Mohan
Biographie
Nationalité
Indien
Activité
Philosophe
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Formation

Shaj Mohan fait ses études primaires à Thiruvananthapuram, au Kerala, et étudie la philosophie au St. Stephen's College de Delhi, où il enseigne quelque temps. Il est titulaire de diplômes universitaires en économie et en philosophie. Shaj Mohan est originaire de Tirunelveli. Son grand-père, Nadaraja Pillai, a participé au mouvement d'indépendance indien avec le parti du Congrès.

Il a publié des ouvrages sur la métaphysique, la raison, la nature, le secret, la philosophie de la technologie, et la philosophie politique. Il a écrit des essais philosophiques contre la montée du nationalisme hindou dans The Indian Express, Mediapart, La Croix, The Wire, The Caravan, Le Monde et Libération. Selon Le Monde, Mohan aurait reçu des menaces de mort pour ses écrits critiquant le nationalisme hindou[5]. Jean-Luc Nancy a défendu Dwivedi et Mohan dans Libération[6].

En 2021, la revue américaine de théorie critique Episteme a publié un numéro spécial sur la philosophie de Mohan et Divya Dwivedi[7].

Œuvre philosophique

L'œuvre de Mohan illustre la possibilité d'une philosophie qui ne soit ni métaphysique ni déconstruction, et son orientation a été décrite comme un matérialisme déconstructif[8]. On trouve dans son œuvre « quelque chose que l'on peut qualifier de théorie révolutionnaire, mais pas sous ce nom »[9],[10]. Son œuvre allie le formalisme et l'argumentation de la philosophie analytique au style exégétique intuitif de la philosophie continentale.

Mohan a écrit les ouvrages Gandhi and Philosophy: On Theological Anti-politics, publié par Bloomsbury Academic (Royaume-Uni), et Indian Philosophy, Indian Revolution: On Caste and Politics, publié par Hurst Publishers (Royaume-Uni) et Oxford University Press (États-Unis), avec la philosophe Divya Dwivedi[11].

Jean-Luc Nancy a rédigé la préface de Gandhi and Philosophy et a décrit l'originalité de cet ouvrage quant à la relation qu'il met en évidence entre vérité et souffrance. Nancy a écrit que cet ouvrage marque le renouveau de la philosophie après la fin de la métaphysique, « C'est ainsi que ce livre attire notre attention et contribue à nous orienter, si je puis dire, vers une pensée, et même un monde, ni humaniste ni réduit à la souffrance au nom de la Vérité. Selon les termes de cet ouvrage : ni métaphysique ni hypophysique. »

Rachel Adams et Crain Soudien affirment que la pensée de Mohan « s'impose de plus en plus comme l'une des contributions les plus radicales et les plus importantes à la philosophie du monde actuel »[12].

Gandhi and Philosophy: On Theological Anti-politics

En 2018, en collaboration avec le philosophe Divya Dwivedi, Mohan a publié Gandhi and Philosophy: On Theological Anti-politics[13]. Cet ouvrage examine divers aspects de la pensée de Gandhi en adoptant un nouveau système de réflexion philosophique basé sur le concept d'anastasis[14]. Dans la préface, Jean-Luc Nancy écrit que cet ouvrage propose une orientation nouvelle à la philosophie, orientation qui n'est ni métaphysique ni hypophysique[15]. La tendance hypophysique qui serait inhérente à la philosophie selon cet ouvrage est définie comme une conception de la nature comme divine. Il en résulte que l'éloignement de la nature entrainé par un environnement technologique réduit la valeur des humains et les rapproche du mal[16]. L'attachement de Gandhi à cette vision hypophysique de la nature se traduit par son éthique de résistance passive et de non-violence[17]. Dans sa conférence de 2019 au Royal Institute of Philosophy, Dwivedi fait la distinction suivante entre métaphysique et hypophysique : « Alors que l'une et l'autre visent à identifier l'Occident, chacune de ces tendances ouvre sur des avenirs distincts : la métaphysique sur une autre forme de pensée que la philosophie, l'hypophysique sur l'autre de la pensée elle-même[18] ».

Gandhi and Philosophy identifie le racisme avec la pratique des castes, ce qui revient à accuser Gandhi de racisme vu qu'il soutenait ce système. Lorsque le The Indian Express a rendu compte des vives réactions suscitées par cette accusation de racisme, Dwivedi a répondu que le racisme de Gandhi était particulier en ce sens que celui-ci ne reposait pas sur la volonté de maintenir les traditions mais sur la supériorité morale. Selon la philosophe, Gandhi a une part de responsabilité dans l'institutionnalisation de l'hindouisme et du langage hindi[19]. En faisant de la religion une arme contre le colonisateur, le projet politique de Gandhi est aussi à l'origine de la montée du nationalisme hindou, ainsi que l'écrit Krithika Varagur dans son compte-rendu du livre pour le The Washington Post. Elle cite notamment Dwivedi pour qui Gandhi played a huge role in solidifying the Hindu majority identity in India today[20]. Dans un article pour la revue Esprit, Divya Dwivedi et Shaj Mohan écrivent que « L’image de l’Inde indépendante associée à l’autorité de Gandhi cache l’oppression millénaire des castes inférieures, assurée au XXe siècle par l’invention de l’hindouisme[21] ».

Gandhi and Philosophy montre aussi que le manque d'empathie de Gandhi pour la souffrance des Juifs sous le régime nazi découle directement de sa conception de la vérité : « Dans son annihilation, le peuple juif devait éprouver la Vérité absolue, a joyful sleep[15] »[22].

Indian Philosophy, Indian Revolution: On Caste and Politics

« Philosophie indienne, révolution indienne : sur les castes et la politique » est un livre coécrit par Divya Dwivedi et Shaj Mohan, publié par C. Hurst & Co. (Hurst Publishers) au Royaume-Uni et Westland en Inde en 2024[23],[16]. Cet ouvrage a été introduit, édité et annoté d'un glossaire philosophique par Maël Montévil, biologiste théoricien et philosophe des sciences à l'École normale supérieure de Paris. Il s'agit d'un recueil d'essais et d'entretiens abordant des sujets tels que les fondements théoriques de l'oppression des castes, le nationalisme hindou, la philosophie de l'histoire et la révolution. Le média indien The Wire a indiqué que l'intégralité des droits d'auteur de ce livre avait été reversée à l'avance à des organisations caritatives : Oxfam UK, Reporters sans frontières et Equality Labs USA[23],[24].

Henrik Schedin a déclaré dans Parabol Magazine que ce livre transforme radicalement la façon dont on comprend l'Inde et la politique indienne[20]. Prerna Vij dans le Scroll a écrit que cet ouvrage devrait être considéré comme un ouvrage de référence pour transformer l'Inde, car « il deviendra une lecture essentielle »[25].

La recension parue dans Contemporary Political Theory s'est concentrée sur les implications mondiales et les aspects théoriques de *Indian Philosophy, Indian Revolution*. La complicité du monde universitaire occidental dans un nouveau système mondial d'exploitation est un thème central du livre. Selon « Contemporary Political Theory », « le monde universitaire occidental (et pas seulement la philosophie) devrait écouter aujourd’hui s’il veut être préparé pour demain. »[26] La critique parue dans Inverse Journal indique que la théorie de l’histoire présentée dans l’ouvrage illustre deux styles historiographiques opposés. L’un d’eux est appelé « modèle ancestral d’historiographie » et il est « fondé sur la postulation d’un “ancêtre commun” hypostasié comme fondement de l’identité d’un peuple ou d’une culture », ce qui constitue la base des histoires racialisées. Elle s'oppose au modèle historiographique « anastatique » qui ne fonde pas la vie commune sur un ancêtre commun. Au contraire, il dénature l'histoire. Les histoires des formes de vie sont constituées par un mélange de personnes, de savoirs et de techniques[27].

Lakshmi Subramanian, dans sa critique pour le Telegraph (Inde), et d'autres critiques Subramanian a résumé les arguments politiques du livre comme une opposition au « suprémacisme des castes supérieures » sous toutes ses formes[28]. Subramanian a écrit que « Indian Philosophy, Indian Revolution » dénonce la construction de la religion hindoue

Ouvrages de Shaj Mohan

Livres et chapitres de livres

  • (en) Gandhi and Philosophy: On Theological Anti-politics, Bloomsbury Academic, 2018.
  • (en) Indian Philosophy, Indian Revolution: On Caste and Politics, Hurst UK, OUP USA, 2024.
  • (en)On Bernard Stiegler: Philosopher of Friendship, Ed. Jean-Luc Nancy and Shaj Mohan, Bloomsbury Philosophy, UK, 2024.

Articles

Entretiens

Bibliographie

Notes et références

Liens externes

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