Tartan

étoffe de laine à carreaux de couleurs, typique des peuples celtes From Wikipedia, the free encyclopedia

Le tartan est une étoffe de laine à carreaux de couleurs, typique des peuples celtes. Il s'agit d'un motif de lignes horizontales et verticales entrecroisées, de multiples couleurs. Les tartans étaient à l'origine réservés aux tissus, mais sont maintenant utilisés sur de nombreux autres matériaux. Les kilts écossais sont ainsi quasiment toujours réalisés dans un tissu à motif de tartan.

Trois exemples de tartans.

Un tartan est constitué de bandes alternées de fils teints dans la masse, aussi bien pour la trame que pour la chaîne. La trame est tissée en sergé simple, la chaîne passant deux fils dessus et deux dessous, en progressant d'un fil à chaque passage. Le motif est constitué de bandes alternées de fils de laine colorés tissés à angle. Ceci forme des hachures diagonales aux sites d'entrecroisement et crée de nouvelles couleurs à partir du mélange des deux teintes d'origine. Les blocs de couleur qui en résultent se répètent verticalement et horizontalement, formant un motif de carrés et de lignes distinctif, le sett.

En Écosse, les tartans sont associés aux clans, aux familles depuis le XIXe siècle. Le port du costume fut interdit par le conquérant anglais le [1] (les tartans ont été autorisés à nouveau en 1782). Plus tard, les tartans furent élargis aux institutions écossaises, notamment à la suite de la publication du livre Vestiarium Scoticum par les frères Allen en 1842. Les kilts sont presque toujours décorés de tartans. Le tartan est aussi appelé plaid en Amérique du Nord, mais, en Écosse, ce mot désigne la couleur et le motif du tissu tartan jeté sur l’épaule, ou une couverture.

Histoire

Origines

La première photographie en couleurs, réalisée par le scientifique écossais James Clerk Maxwell en 1861, représentait un ruban de tartan.

Des figurines de jade portant des coiffes tartan et remontant au moins à 3500 avant Jésus-Christ ont été trouvées en Chine et sont plausiblement liées aux tokhariens.

Les plus anciennes traces de tartan ont été retrouvées dans des tombes tokhariennes de l'Ouest de la Chine et sont similaires aux sépultures des populations européennes de l'âge du fer (v. 800 av. J.-C.). Les cadavres inhumés, qui étaient de morphotype non oriental mais caucasien, portaient des « twill » tissés et des motifs de tartans, semblables aux motifs celtes du nord-ouest de l'Europe. Les Celtes inhumés portaient des manteaux faits d'un tissu à carreaux ; le motif était constitué de plusieurs couleurs imbriquées, semblable aux tartans écossais, irlandais et gallois.

Les motifs de tartan ont été utilisés dans le tissage britannique et irlandais depuis des siècles ; le tartan northumbrien (en) est tenu par certains comme étant le plus ancien connu. Un prédécesseur possible de ce tartan date du IIIe siècle ; retrouvé près du mur d'Antonin, ce Falkirk sett est un motif à carreaux de laine blanche et marron, sans teinture, des moutons de la race Soay. Le tissu avait été utilisé pour couvrir un pot en terre cuite recelant un trésor de pièces d'argent.

Les tissus multicolores ont été utilisés par les Celtes depuis des temps immémoriaux ; le nombre de couleurs dépendait du rang du porteur. Le tartan des servants affichait une seule couleur ; deux couleurs pour celui des paysans et agriculteurs ; trois couleurs pour les officiers; cinq couleurs pour les chefs ; six pour les druides et les poètes ; et enfin sept pour les rois[Note 1].

Les couleurs peuvent toutefois être rattachées aux origines géographiques du clan :

« […] le vert brille dans les clans qui viennent d'Irlande, comme les Mac-Kenzies ; le rouge dans les Celtes-Bretons, comme les Mac-Grégor, et le jaune dans les clans danois, comme les Mac-Leods. »

 Louis Énault, Angleterre, Écosse, Irlande : voyage pittoresque (1859).

Le tartan avant les rébellions jacobites

John Campbell of the Bank (1749). Le tartan actuel du clan Campbell est à dominante verte.

À l'époque de Martin Martin (années 1700), les tartans étaient semble-t-il utilisés pour différencier les habitants de districts différents, et non de familles différentes comme aujourd'hui. L'explorateur Martin Martin mentionne expressément que les habitants de plusieurs îles n'étaient pas vêtus de manière identique, mais que les motifs (setts) et les couleurs des tartans variaient d'île en île. Comme il ne mentionne pas l'utilisation d'un motif spécifique par famille, il apparaîtrait ainsi que cette distinction est d'apparition plus récente, dérivée de l'ancienne coutume d'un tartan spécifique de la région. Chaque famille ou chaque clan étant prédominante dans sa région d'origine, elle aurait adopté le tartan du district comme emblème familial. Les informations de Martin Martin n'étaient par ailleurs pas basées sur des on-dit, l'auteur écossais étant né à l'île de Skye et ayant été élevé au cœur des Highlands et de leurs coutumes.

Il était toutefois fréquent pour un habitant des Highlands de porter plusieurs tartans à la fois. En 1587, une charte accordée à Hector Maclean de Duart demandait de lui un loyer de 60 aunes de tissus de couleurs blanche, noire et verte. En 1689, un témoin de la bataille de Killiecrankie décrit les « hommes de McDonnell et leurs triples rayures[Note 2] ».

À partir de 1725, la force gouvernementale des Highland Independent Companies introduit un tartan standardisé, choisi afin d'éviter l'association avec un clan, et qui fut adopté définitivement lorsqu'ils devinrent le régiment Black Watch en 1739.

L'association d'un nom de clan avec les tartans a pris son essor au XIXe siècle avec la publication du Vestiarium Scoticum, qui s'est révélé être un faux.

Comme le kilt, il ne s'agit pas d'une tradition très ancienne, du moins telle qu'on la perçoit de nos jours avec des motifs associés précisément à un clan. David Stewart of Garth, fondateur de la Celtic Society en 1820 et passionné de l'histoire de l'Écosse, publie un ouvrage en 1822 dans lequel « il affirme que les tartans ont toujours eu des motifs différents, emblématiques des clans », relève l'historienne Anne-Marie Thiesse. En réalité, les différences de motif étaient davantage une question de goût pour celui qui portait le tartan et qui avait les moyens de faire réaliser du tissu coloré, la plupart des gens se contentant d'un tissu brun. L'association d'un motif à un clan en particulier répond en réalité à des impératifs économiques de fabrication de tissu, une « opération inscrivant dans une longue tradition historique les créations plus ou moins récentes de l'industrie textile ». La Highland Society de Londres valide ainsi l'idée imaginaire que tel motif appartient à tel clan[2].

En 1822, le roi George IV vient à Édimbourg. Président de la Celtic Society, Walter Scott organise la cérémonie pour l'accueillir et invite chaque chef de clan à s'y rendre avec des hommes portant des kilts. Même le roi se prête au jeu. Cela participe de l'invention du tartan avec des motifs identifiés comme d'une tradition millénaire, dans le contexte de la création des identités nationales en Europe à cette époque, et de l'intégration de l'Écosse dans l'histoire britannique[2].

Couleurs

Nuances de couleurs

La marque Burberry est reconnaissable aux couleurs de son tartan, le « Haymarket Check » (K16 W16 K16 T56 R8).

Les couleurs utilisées dans un tartan classique sont les mêmes couleurs de base qu'en héraldique, codées par la première lettre de la couleur en anglais : rouge (R) et vert (G), jaune (Y) et bleu (B), blanc (W) et noir (K, pour ne pas être confondu avec le bleu), et plus rarement orange (O) et violet (V), brun (T pour Tan) ou gris (G). Dans les rendus, en règle générale, le bleu et le vert (et le violet) sont plutôt sombres et peuvent être confondus avec du noir, tandis que le rouge, tout en étant sombre, tranche par sa chromaticité. Les autres couleurs (Jaune, blanc et orange) sont plus lumineuses.

Les couleurs sombres se rencontrent parfois en version light dans les tartans, généralement codées en préfixant la couleur par un "L" : bleu ciel (LB, ou A pour azur), vert clair, gris clair (parfois décrit comme « lavande ») ou rose.

Ces couleurs peuvent être rendues suivant des nuances variées sans changer la lecture du tartan (de même que les couleurs héraldiques), ce qui conduit à des variations possibles dans le rendu d'un même tartan. Deux tartans identiques, dans la même palette de couleurs, provenant de deux fabricants différents, ne présenteront pas une correspondance exacte ; la saturation d’une teinte relève d’une grande liberté artistique. Distinguer des nuances par des noms différents n'est pas très utile, parce que pour produire un tartan sur commande il faudra préciser de toute manière la nuance désirée. Ainsi, le registre écossai officiel propose de composer un tartan en indiquant d'une part la formule de décomptage des fils, et d'autre part la palette effectivement utilisée pour les codes couleur utilisés.

Il est exceptionnel qu'un tartan utilise plusieurs nuances de la même "couleur" héraldique, et proposer systématiquement des versions light et dark des couleurs n'est généralement pas utile dans la description des tartans. Celui de Cranston est un exemple de deux nuances de vert. Un autre exemple illustre est le tartan royal de Balmoral, qui emploie deux nuances de gris.

Palettes et variations

Les schémas de couleurs ou palettes semi-standardisés (que les spécialistes du marketing appellent parfois « gammes de couleurs ») sont généralement présentés en différentes variantes : moderne, ancien, vieilli ou passé. Ces termes se réfèrent uniquement aux niveaux de saturation relatifs des teintures et ne correspondent pas à des tartans distincts.

Un tartan « ancien » aura des nuances plus claires, du type de celles obtenues par des colorants naturels. Les teintures naturelles traditionnellement utilisées dans les Highlands (comme divers lichens, l'écorce d'aulne, la myrtille, la cochenille, la bruyère, l'indigo, le pastel et le gaillet jaune) donnaient des couleurs pastel, relativement claires et peu saturées. La laine fine et serrée utilisée pour le tissage du tartan était assez résistante aux teintures naturelles, et certains bains de teinture nécessitaient des jours, voire des semaines. La teinture exigeait également des mordants pour fixer les couleurs de façon permanente, généralement des sels métalliques comme l'alun. Certaines teintures étaient importées des Pays-Bas, notamment la cochenille rouge et, dans une moindre mesure, l'indigo bleu (tous deux coûteux et utilisés pour intensifier les teintures locales), avec lesquels l'Écosse entretenait des relations commerciales importantes depuis le XVe siècle. L'urine humaine vieillie (appelée fual ou graith) était également utilisée comme agent d'intensification des couleurs, agent de solubilisation des teintures, fermenteur de lichen et traitement final de solidité des couleurs. La plupart de ces teintures naturelles étaient peu productives et variables d'une région à l'autre (ce qui explique en partie la différenciation historique des tartans selon les régions). Ces teintures avaient peu de potentiel pour la production de masse.

Un rendu « moderne » correspond à un tartan utilisant des teintures chimiques, par opposition aux teintures naturelles. Au milieu du XIXe siècle, au moment où le tartan a fait l'objet d'une production industrielle massive, ces teintures commencèrent à être remplacées par des teintures artificielles, plus faciles à utiliser et plus économiques pour l'industrie florissante du tartan, bien que moins subtiles. Les teintures chimiques tendent à produire des couleurs très franches et plutôt sombres. Dans un tartan de rendu « moderne », les motifs bleus, verts et noirs tendent à être obscurcis. De nos jours, tous les tartans fabriqués industriellement sont teints avec des colorants artificiels et non naturels, même dans les palettes de couleurs les moins saturées.

Le rendu « vieilli », aussi appelé délavé, désigne un tartan encore plus clair (moins saturé) que l’ancien, comme s’il avait été exposé au soleil pendant très longtemps.

Les tartans officiels peuvent également présenter des variations « hunting » (tenue de chasse) ou « dress » (soirée). Ces variations ont le plus souvent le même décompte de fils que le tartan de base, mais les couleurs sont substituées ou inversées. Les tartans « hunting » privilégient des tons sombres et naturels comme le vert foncé, le bleu marine et le marron, pour un effet de camouflage en milieu forestier. Contrairement aux tartans de base plus vifs ou variés, ils sont conçus pour la chasse ou un port discret, sans altérer fondamentalement le motif du clan. L'effet peut parfois être simplement obtenu par inversion des couleurs entre rouge et vert. Les tartans « dress » remplacent fréquemment une base du undercheck par du blanc, ce qui met en évidence par contraste les couleurs du overcheck.

Construction et description

Motif de tissage

Le tartan est un sergé simple (2/2), dans lequel les fils de chaîne et de trame sont des fils de couleur variées. La séquence de couleur des fils (the sett) forme un motif généralement symétrique, qui s'inverse sur les pivots, et généralement identique entre chaîne et trame.

Dans le diagramme A, la séquence va du premier pivot au second, puis s'inverse du second au troisième, puis se répète du troisième au quatrième, et ainsi de suite. Dans le diagramme B, la trame suit la même séquence. Le résultat du croisement, symétrique, est donné par le diagramme C.

Un motif simple à deux couleurs : K54 W48 K8 W48 (McFarlane). L'intersection d'une bande blanche et d'une noire donne une plage grise.

Cependant, certains tartans ne sont pas symétriques : la séquence peut se répéter sans inversion, et certains tartans très rares n'ont pas exactement la même séquence en chaîne et en trame.

Chaque fil de la chaîne croise chaque fil de la trame à angle droit. Quand les fils de chaîne et de trame sont de la même couleur, ils produisent une aire de couleur unie dans le tartan. Quand les fils sont de couleurs différentes, l'aire où ils se croisent est un mélange des deux couleurs en égale proportion, et le tissage en sergé donne à cette aire des rayures diagonales alternant ces couleurs de manière caractéristique. Ainsi, un motif comportant deux couleurs de base donnera un tartan à trois couleurs, deux unies et une mélangée. Le nombre total de couleurs du tartan (en incluant les mélanges) augmente avec le nombre n de couleurs de base comme n(n+1)/2 : ainsi, un motif comprenant six couleurs de base produira quinze mélanges, pour un total de vingt et une couleurs différentes sur le tartan. De ce fait, plus le nombre de couleurs de base est élevé, plus le motif du tartan devient confus.

Description de la séquence

Un tartan peut être décrit avec précision en donnant les couleurs qui forment la séquence, et le nombre de fils de chaque plage de couleur (les premières descriptions de tartan étaient faites en mesurant la largeur de chaque bande en huitièmes de pouce, soit 3,2 mm). Les couleurs sont généralement notées par la première lettre de leur nom (anglais), le Noir étant noté par K (black) pour ne pas être confondu avec le bleu (Blue). Ainsi, la séquence « K54 W48 K8 W48 » correspond à 54 fils noirs, puis 48 blancs, 8 noirs, et encore 48 blancs. Dans cette description, les deux couleurs extrêmes sont les pivots, et ne sont pas répétées lors de l'inversion. Le motif complet sera donc « K54 W48 K8 W48 K8 W48 K54 W48 K8 W48 K8 W48… ».

Par convention, le nombre de fils consécutifs d'une même couleur est toujours pair (il correspond à un aller-retour de la navette dans le métier à tisser). Un motif complet peut typiquement comprendre de l'ordre de 250 fils, pour des motifs d'une quinzaine de centimètres[3] (soit sensiblement deux fils pour 3,2 mm). La largeur du motif dépend évidemment du diamètre des fils utilisés.

L'enregistrement officiel d'un tartan fixe un décompte de fil particulier comme référence. Le nombre de fils du décompte peut cependant être modifié en fonction de la taille souhaitée pour le motif global. Un motif de tartan peut faire une quinzaine de centimètres, ce qui sera trop grand pour une cravate. Dans ce cas, le nombre de fils est réduit en conservant les mêmes proportions, de manière à réduire la largeur du motif à six ou sept centimètres. Dans les réductions ou extensions de motifs, il faut prendre soin de préserver les proportions du under check et les largeurs relatives des filets. Si le damier de base dessine des carrés réguliers, l'ajout de filets doit maintenir cette régularité.

Les différences de proportion peuvent être significatives[4]. Ainsi, sur le tartan MacGregor[5], le grand carré rouge a les mêmes dimensions que sa contrepartie de neuf carrés verts dans le under check. En revanche, pour le MacGregor of Cardney[6], le carré rouge est de même surface qu'un bloc de quatre carrés verts. De même, sur le tartan MacGregor, le filet blanc est deux fois plus large que sa bordure noire, alors que sur celui de MacGregor of Cardney, les trois filets sont de même largeur. En revanche, le nombre de fil des plages rouges ou vertes n'est pas significatif. Ces différences sont suffisantes pour que dans le Clan MacGregor, seuls les MacGregor of Cardney sont autorisés à porter le second tartan[7].

Fourniture d'un échantillon

La représentation d'un tartan doit couvrir au minimum un motif.

Une représentation d'un « pavé » (tile, littéralement « tuile ») est destinée à être reproduite bord à bord pour construire une surface de type « papier peint ». Par construction, un tel pavé peut être pris n'importe où sur le tartan et remplir cette fonction. En pratique on aligne de préférence le coin de cette découpe sur la diagonale principale, là où les éléments du motif en chaîne se croisent avec leur homologue en trame. Pour faciliter le décompte des fils, le bord du carré est positionné sur le début du pivot, pour un tartan symétrique, ou sur le début d'une bande significative, pour un tartan sans inversion. Cependant, pour un tartan symétrique, une solution alternative est de diviser le pavé au milieu de l'un ou l'autre des pivots, ce qui restitue la symétrie de manière plus esthétique. Le tartan est plus lisible quand la séparation laisse sur les bords une bande suffisamment large (donc de undercheck), mais ce n'est pas toujours possible.

La représentation en « pavé » est ambiguë sur le plan technique, parce que minimaliste. Sans une information complémentaire indiquant que le tartan est complet, elle ne permet pas de lire un motif avec la certitude qu'il n'a pas été tronqué d'une manière ou d'une autre. De plus, sur le plan esthétique, elle ne permet pas de visualiser facilement les underchecks d'un tartan symétrique, dont l'un ou l'autre se trouve coupé en deux.

Pour un tartan asymétrique, l'asymétrie devient non ambigüe avec la répétition de deux séquences (en vertical et/ou en horizontal). La solution minimaliste pour représenter un tartan symétrique de manière immédiatement lisible est de représenter trois segments bornés par quatre pivots. C'est une solution non ambigüe sur le plan technique, et lisible sur le plan esthétique. Le choix comme point de départ de l'un ou l'autre pivot, dans ce cas, est indifférent, puisque les deux images se déduisent simplement l'une de l'autre par rotation (une double symétrie verticale et horizontale). L'impression visuelle est cependant critiquable dans ce cas, parce que la périodicité des répétitions du motif n'est pas apparente. Pour rendre sensible cette périodicité il faut au moins la répétition de deux motifs complets, donc l'affichage de quatre pavés. On se retrouve alors dans la même alternative que pour l'affichage des pavés : dans la mesure du possible, il vaut mieux couper un pivot représentant un undercheck large, à défaut étroit, et en dernier ressort un overcheck étroit.

L'affichage de quatre « pavés » présente ses propres inconvénients. En premier lieu, pour un carré d'affichage donné, le motif sera plus resserré et donc moins lisible dans ses détails. En second lieu, de même que pour le pavé de base mais à un degré moindre, le double carré se présente sous deux formes entre lesquelles il faudra choisir. Au-delà, la simple répétition du motif un nombre déterminé de fois sera toujours une représentation suffisante, que la coupure se fasse au pivot principal ou à un pivot secondaire.



Tartan Royal Stewart — répétition de la tuile de base

Under-check (échiquier sous-jacent) et over-check (réseau superposé)

Les tartans sont très souvent composés par un fond de deux (ou trois) couleurs dominantes formant de larges bandes, le damier de base (under check, ou « échiquier sous-jacent »), recoupées ou bordées par des filets secondaires fins de couleur variable, qui forment un réseau au-dessus de cet échiquier (over check)[8].

Les tartans les plus simples n'ont que deux couleurs dans le damier de base, et très peu de filets secondaires (voire pas du tout). On peut citer comme exemple particulièrement simple les tartans Shepherd (noir et blanc), Rob Roy (rouge et noir) ou Moncrieff (rouge et vert), qui sont à damier simple bicolore sans autre filet secondaire.

Ces bandes du damier de base sont généralement chargées de filets de disposition variées. Par exemple, le tartan McLeod (K16 Y2 K16 Y24 R2) est essentiellement formé de bandes jaunes et noires, les bandes jaunes étant recoupées d'un filet central rouge, et les noires de deux filets jaunes. Ces filets constituent un overcheck simple, qui se limite à charger les bandes du undercheck, lequel reste lisible.

Inversement, le réseau du overcheck peut devenir complètement indépendant. Il peut se détacher du fond et sembler flotter au-dessus d'un tartan régulier, comme dans le tartan Anderson, où le damier de base (rouge et vert) est estompé et suggéré par un premier réseau de filets noirs de rythme classiquement binaire, au-dessus duquel un réseau supplémentaire rouge clair vient imposer un rythme ternaire.

Il peut aussi mener sa propre existence et créer l'illusion d'un damier undercheck par sa seule présence, comme dans le tartan Burnett, où les filets d'un overcheck sur fond rouge créent l'illusion d'un damier texturé, croisant des bandes rouges sans altérations à des bandes de fond rouge chargées de filets, dont le undercheck n'est suggéré que par les bordures bleues formant une limite assez nette. A la limite, et sans solution de continuité, le motif peut s'analyser comme un simple overcheck sur fond uni, comme pour le tartan Crichton, où nettement les différents filets se posent comme des galons sur un fond perçu comme uniforme.

Le damier de base est généralement en réalité une illusion d'optique, parce que ses éléments sont dissociés par le réseau complémentaire : c'est l'œil qui le reconstitue.

Décompte des fils et changements d'échelle

Pour une bande de couleur donnée, le nombre de fil d'un motif est toujours pair, parce qu'il faut que la navette fasse un aller-retour dans le métier à tisser. Le filet peut souvent alterner simple ou double épaisseur sur un même tartan. Un filet simple peut se limiter à quatre fils, voire deux dans des sets plus resserrés ; un filet large fera généralement le double du filet simple, parfois les 3/2 (6 au lieu de 4) sur des motifs complexes. Le plus souvent, les bandes plus larges du motif sont aussi des multiples de quatre. Dans un sergé 2/2 comme le tartan, c'est en effet le nombre de fils de trame qu'un fil de chaîne doit croiser (et réciproquement) pour se retrouver dans la même position. Lorsqu'un filet de quatre traverse une bande, son motif en entrée et sortie de la bande est assez visible. Si deux filets sont séparés par un nombre de fils non multiple de quatre, les entrées et sorties de bande seront décalées, créant une dissymétrie visible à l’œil exercé, et qui sera d'autant plus visible si les filets sont de la même couleur. Qui plus est, si le nombre total de fil dans le motif n'est pas un multiple de quatre, la logique de croisement entre chaîne et trame sera inversée d'un motif à l'autre.

Les bandes du undercheck sont généralement fractionnées par des filets, et la largeur des différents segments peut être très variable ; mais cette largeur du fond est généralement un multiple de quatre (la largeur du filet) par un nombre simple (1, 2, 4, 8, 12, 15, ...). Lorsqu'il faut réaliser un changement d'échelle (pour ajuster un décompte de fil de plaid large à la fabrication d'une cravate étroite), la règle doit être de maintenir d'un côté le rapport entre les filets "larges" ou "étroits", et de l'autre les proportions du undercheck, mais le nombre de fois que le undercheck est multiple du filet est généralement indifférent, du moment que ce nombre n'est pas trop petit (sinon l'apparition du undercheck doit localement être traitée comme un filet simple ou double).

En règle générale, ces décomptes de fils ne sont pas ajustés, si bien que les « rectangles » du undercheck (croisements entre l'une et l'autre des couleurs principales du undercheck) se réalisent par des rectangles, et non par des carrés. Cependant, certains motifs sont ajustés pour maintenir ces « rectangles » dans une forme carrée. On peut citer dans ce cas le tartan Dunlop, (K6R2 K62 W2 B60 R2B2W6) ajustant le compte de fil du undercheck noir et bleu (K62 contre B60) pour maintenir une symétrie des carrés de croisement bleu-noir malgré les filets de largeurs différentes. Le tartan Brown (B24 R4B8R4B8 K72 R32G8) présente le même ajustement, par rapport à un undercheck de trois larges bandes rouges, noires et bleues, entre les deux fois deux filets rouges (au total seize fils) sur la bande bleue, et le filet vert central (de huit fils) sur la bande rouge .

Dans des cas de ce type, un élargissement ou rétrécissement du motif doit maintenir le fait que les croisements du undercheck forment des carrés, qui fait partie de la définition du motif. S'il faut par exemple réduire le tartan Dunlop (K6R2 K62 W2 B60 R2B2W6) pour une cravate, le bloc K6R2 peut se réduire à un K4R2 minilaliste, le filet W2 ne peut que rester inchangé, et le bloc R2B2W6 ne peut se compresser que jusqu'à R2B2W4 pour maintenir les proportions initiales. Étant données ces contraintes, les largeurs restantes du undercheck peuvent être fixées assez librement, et s'il faut le réduire drastiquement d'à peu près le quart, une solution peut être une formule de type K4R2 K18 W2 B16 R2B2W4, ou les plages larges du motif sont réduites énergiquement tout en maintenant la logique du motif initial.

Quand le filet est pris à l'intérieur d'une bande, ses fils peuvent venir en déduction de la largeur de cette bande, ce qui peut conduire à vouloir maintenir la régularité des carrés dessinés par le under check en ajustant leur largeur en conséquence (voir l'exemple Dunlop). Lorsqu'ils sont en bordure d'une bande, le traitement est plus variable suivant qu'ils sont compris comme une altération de la bande (en déduction) ou comme une séparation (fils ajoutés).

Composition et lecture

Variations par augmentations

Par rapport au under check, les augmentations prennent parfois la forme d'une bande centrale supplémentaire prenant la place du « pivot » (virtuel). Ainsi, le tartan Clan MacDonald, de formule [B/32 R2 B2 R4 B48 R2 K48 G48 R4 G2 R2 G/32 ] « augmente » la base en séparant les bandes bleues et noires d'un filet rouge, mais surtout, en augmentant les bandes vertes et bleues d'une demi-bande de même teinte, bordée de deux filets (simple puis double). Par rapport à une formule non augmentée où les bandes sont simplement chargée d'un filet rouge central [… R/4], l'augmentation a ajouté au pivot une séquence [G2 R2 G/32]. De même, le tartan Clan Fergusson, de formule [B/64 K32 G32 R4 G32 K2 W/4], a augmenté une formule où la bande centrale vert est chargée d'un filet rouge central [… G32 R/4] par l'ajout de la séquence [G32 K2 W/4] qui double la largeur du undercheck vert.

Fausses symétries

Les filets secondaires peuvent comporter des petites asymétries qui n'apparaissent qu'à un examen attentif.

Ainsi, pour le réseau complémentaire des Black Watch, formé sur une base (undercheck) du Clan Campbell, les bandes bleues ne sont pas toutes recoupées de la même matière : elles ont alternativement un double filet central, puis deux doubles filets latéraux. De ce fait, le motif complet (b/24k4b4k4b4 k20 g24k6g24 k20 b22k4b/4) a en réalité un pas deux fois plus grand qu'il n'y paraît à première vue ; mais la différence étant en noir sur fond bleu est peu immédiate. De même, le motif des Clan Campbell of Loudoun comporte sur la bande verte un filet central alternativement blanc et jaune ; mais la différence entre le blanc et le jaune n'est que peu apparente.

Les fausses symétries peuvent se rencontrer sur toutes sortes de motifs:

Cairns : Le tartan de base est de type Black Watch, pour l'alternance des filets doubles centraux versus latéraux, mais les couleurs du fond sont différentes : vert, bleu et rouge, au lieu de bleu, noir et vert. De plus, la bande rouge est chargée d'un filet central une fois sur deux jaune bordé de demi-filets noirs, une fois sur deux rouge bordé de deux demi-filets bleus. Cette double dissymétrie conduit à un motif sans symétrie dont la répétition doit être explicitée : B24 G4B4G4B4 G24 B4G4B4G4 B24 R22 K2Y4K2 R22 B24 G20 B4G4B4 G20 B24 R24 B2R4B2 R24 (sic).

Symbolisme

L'idée que les couleurs utilisées pour un tartan ont une signification symbolique est purement moderne (en particulier, il est faux de supposer que les tartans traditionnels à dominante rouge étaient des tartans de guerre, sur lesquels le sang était moins visible). De nombreux tartans officiels de création moderne donnent une signification symbolique aux couleurs utilisées : le vert symbolise parfois des prairies ou des forêts, le bleu peut représenter des lacs ou des rivières, et le jaune rappelle des champs de blé ou de céréales.

Parentés et réseau de base

La similitude du damier de base traduit souvent des liens de parentés. Ainsi, pour le Clan Campbell, les différents tartans autorisés par le chef de clan partent d'un même motif tricolore, de bandes bleues et vertes séparées par une demi-bande noire (de type b60 k20 g60). Ce motif de base fait ensuite l'objet de variantes à travers l'ajout de filets variés, souvent centrés sur une des bandes, parfois doubles, parfois eux-mêmes bordés…

Autres tartans

La Scottish Tartans Authority[9] a enregistré tous les tartans anciens ainsi que les tartans plus récemment inscrits officiellement[10] comme ceux pour des institutions, des particuliers ou des représentants de la communauté sikh ou juive[11]. Toutes les données concernant les tartans sont détenues par la Scottish Register of Tartans[12]. Quiconque peut enregistrer un tartan en payant les frais correspondants (₤70 en 2025)[13].

Neuf motifs de tartans.

Mode

Dans les années 1970, le mouvement punk s'approprie le tartan pour critiquer la classe dirigeante. En 2013, une exposition sur le punk au Costume Institute du Metropolitan Museum of Art de New York lui redonne une visibilité et l'invite dans les collections d'Yves Saint Laurent ou Stella McCartney. Il est par ailleurs constitutif des marques Burberry, Vivienne Westwood et Alexander McQueen[14].

Fiction

En 1942, soit bien avant la création de Picsou, Walt Disney avait fait déposer un tartan officiel[15] nommé « McDuck Final Version » auprès des autorités écossaises qui enregistrent les tartans reconnus[16]. En 1984, Disney crée également un tartan brun, vert et noir enregistré sous le nom « MacDuck » au Registre mondial écossais des tartans[17],[18].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI