Tige céleste
système zodiacal asiatique oriental apparu en Chine durant la dynastie Shang (ca. 1250 av. J.C.), comportant 10 signes ordinaux qui, utilisés conjointement avec les 6 signes des branches terrestres, forment un cycle composé de 60 jours ou 60 années
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Les tiges célestes (天干, tiāngān) également appelés troncs célestes forment un système de nombres ordinaux, originaire de Chine et utilisé dans toute l'Asie de l'Est. Cette notion chinoise est liée au cycle sexagésimal, un ancien système cyclique de numérotation et de datation encore utilisé en astrologie chinoise et dans certaines disciplines du feng shui notamment[1].
Les tiges célestes sont au nombre de dix et ont été associées aux concepts de yin et yang ou le yin est la femelle et le yang le mâle, et des cinq éléments.
Leur première attestation remonte à environ 1250 avant notre ère, sous la dynastie Shang, où elles désignaient les dix jours de la semaine.
Origine
Certains chercheurs pensent que les Tiges Célestes, et la semaine de dix jours qui y est associée, sont liées à un récit de la mythologie chinoise où dix soleils différents apparaissent successivement dans le ciel, leur ordre formant un cycle de dix jours (zhixún). On suppose que les Tiges Célestes sont les noms donnés à chacun de ces dix soleils. (Allan, 1991, p. 36-38)
On les retrouve dans les prénoms des rois Shang, figurant sur les noms de leurs temples. Ces prénoms étaient composés d'un terme de parenté (« père », « mère », « grand-père », « grand-mère ») ajouté à l'une des dix Tiges, par exemple « Grand-père Jia ». Ces noms apparaissent fréquemment sur les bronzes Shang, indiquant la personne honorée (et le jour de la semaine où ses rites étaient accomplis, ce jour correspondant à celui désigné par son nom). Le sinologue David Keightley, spécialiste des bronzes chinois anciens, pense que les Tiges funéraires étaient choisies à titre posthume par divination.
Certains historiens estiment que la classe dirigeante des Shang comptait dix clans, mais on ignore si leur société reflétait le mythe ou l'inverse. Leur association avec les concepts de yin et de yang et de wuxing (philosophie chinoise) s'est développée après la chute de la dynastie Shang.
Jonathan Smith a proposé que les tiges célestes soient antérieures à la dynastie Shang et qu'elles désignaient à l'origine dix astérismes le long de l'écliptique, dont les caractères en écriture osseux oraculaire étaient des dessins. Il relève des similitudes entre ces astérismes et ceux des systèmes ultérieurs des Quatre Symboles et des Vingt-Huit Demeures. Ces instruments auraient servi à suivre la progression de la Lune le long de son cycle mensuel, en conjonction avec les branches terrestres qui indiquent sa phase[2].
La signification littérale des caractères était, et est encore aujourd'hui, approximativement la suivante.
Les dix tiges célestes
| Tige céleste |
Sens traditionnel |
Nom en chinois mandarin |
Nom coréen |
Nom japonais |
Nom vietnamien |
Yin Yang | Élément | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 甲 | Écaille de tortue | jiǎ | 갑, gab | kinoe, kō | giáp | yang | Bois |
| 2 | 乙 | Flexible, enroulé (tripes du poisson) | yǐ | 을, eul | kinoto, otsu | ất | yin | |
| 3 | 丙 | Queue du poisson | bǐng | 병, byeong | hinoe, hei | bính | yang | Feu |
| 4 | 丁 | Clou | dīng | 정, jeong | hinoto, tei | đinh | yin | |
| 5 | 戊 | Hallebarde | wù | 무, mu | tsuchinoe, bo | mậu | yang | Terre |
| 6 | 己 | Fil de soie | jǐ | 기, gi | tsuchinoto, ki | kỷ | yin | |
| 7 | 庚 | Étoile du soir (Vénus) | gēng | 경, gyeong | kanoe, kō | canh | yang | Métal |
| 8 | 辛 | Amertume | xīn | 신, sin | kanoto, shin | tân | yin | |
| 9 | 壬 | Supporter | rén | 임, im | mizunoe, jin | nhâm | yang | Eau |
| 10 | 癸 | Filet d'eau | guǐ | 계, gye | mizunoto, ki | quý | yin |
Usage moderne
Les tiges célestes sont encore utilisées en Chine et au Japon comme système alphabétique ou système de numérotation, y compris sur les documents légaux. Ainsi :
- en chimie organique, les tiges célestes représentent le nombre de carbone des groupes fonctionnels : méthane (甲烷 jiǎwán), éthane (乙烷 yǐwán)… ;
- en médecine, les tiges célestes sont souvent utilisées dans le nom des maladies là où les occidentaux utilisent des lettres alphabétiques : hépatite A (甲型肝炎 jiǎxínggānyán), hépatite B (乙型肝炎 yǐxínggānyán), etc. ;
- pour donner des notes[3] : 甲 pour « très bien », 乙 pour « bien », 丙 pour « assez bien », etc. Généralement, aux tiges célestes s'ajoute également le caractère yōu (優), « excellent » ;
- les séries des clubs de sports : première division (意甲 yìjiǎ), deuxième division (意乙 yìyǐ), etc.
- Au Japon, dans le langage juridique, 甲 désigne la partie active d'un acte, 乙 la partie passive, et 丙 ou 丁 sont utilisés pour désigner les tiers. Par exemple, dans un contrat de vente, 甲 désignera le vendeur, 乙 désignera l'acheteur, et 丙 ou 丁 pourront par exemple désigner les cautions solidaires de l'acheteur.
Le mathématicien chinois Li Shanlan (1810–1882) a développé un système utilisant les tiges célestes et les branches terrestres pour remplacer les lettres latines dans leur utilisation comme étiquettes pour les variables mathématiques. Dans le système de Li, les lettres a à j sont représentées par les dix Tiges Célestes, k à v par les douze Branches Terrestres, et les quatre dernières lettres w, x, y et z par 物 (« matière »), 天 (« Ciel »), 地 (« terre ») et 人 (« humain ») respectivement[4]. Le radical ⼝ peut être ajouté à l'un des caractères susmentionnés pour indiquer la forme majuscule de la lettre correspondante : par exemple a → 甲, A → 呷; d → 丁, D → 叮[5].
