TikTok

réseau social chinois de partage de vidéo From Wikipedia, the free encyclopedia

TikTok est une application mobile de partage de courtes vidéos créatives (verticales et de quelques secondes à quelques minutes) et d'images, ainsi qu'un réseau social basé sur un algorithme de recommandation favorisant la viralité, lancée en 2016.

Créateur ByteDance
Développé par Beijing Microbroadcast Vision Technology (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Première version Voir et modifier les données sur Wikidata
Dernière version 40.5.3 ()
Faits en bref Créateur, Développé par ...
TikTok
Description de l'image TikTok Logo.svg.
Informations
Créateur ByteDance
Développé par Beijing Microbroadcast Vision Technology (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Dernière version 40.5.3 ()
Environnement Android, iOS, Windows
Langues MultilingueVoir et modifier les données sur Wikidata
Type Service de réseau social
Site d'hébergement de vidéos
Communauté en ligne
Très grande plateforme (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Politique de distribution Gratuiciel
Licence Licence propriétaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Site web tiktok.comVoir et modifier les données sur Wikidata
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Développée par l'entreprise chinoise ByteDance pour le marché non chinois, l'application accessible en Chine est dénommée Douyin' conçue séparément pour respecter les régulations locales sur les données (chinois : 抖音 ; pinyin : dǒuyīn ; litt. « vibrato » ou « note vibrante »)[1],[2],[3]. Elle est rapidement devenue la plus populaire chez les jeunes internautes, atteignant selon la plate-forme environ un milliard d'utilisateurs mensuels actifs (UMA) au troisième trimestre 2021[4] et 22 millions d'utilisateurs actifs mensuels en France en 2023[5] principalement chez les 15-25 ans.

Il est reproché à TikTok un algorithme de flux (appelé aussi #fyp, pour For You Page) favorisant une addiction de l'usager (enfants notamment), via une « exposition sélective » et l'homophilie, qui, selon certaines analyses, pourraient favoriser la polarisation de groupe. Il lui est également reproché d'être un vecteur de désinformation et de manipulation idéologique[6],[7],[8], et d'avoir été le support privilégié pour diverses ingérences étrangères[9],[10],[11]. Selon un sondage mené par le Think tank Destin Commun (mai 2024), les Français ont conscience des dangers des réseaux sociaux —notamment pour les enfants, ces réseaux étant jugés dangereux pour eux par 80 % des répondants — et appellent massivement à un contrôle accru des autorités publiques sur ces plateformes, avec même un soutien fort à l'idée de supprimer TikTok alors que YouTube et WhatsApp sont perçus plus positivement.

TikTok a été examiné de près en raison de violations de la protection des données, de préoccupations relatives à la santé mentale et physique (des enfants et jeunes notamment), de la désinformation, de contenus offensants et de son rôle pendant la guerre à Gaza[12]. Certains pays ont infligé des amendes, interdit ou restreint TikTok pour protéger les enfants ou en raison de préoccupations relatives à la sécurité nationale concernant une possible collecte de données des utilisateurs par le gouvernement chinois via ByteDance[13].

Historique

2016-2017 : création

Douyin, la version chinoise de TikTok.

ByteDance, entreprise de technologie numérique fondée en 2012 par Zhang Yiming et domiciliée à Pékin, lance en Douyin, une application mobile de partage de vidéos courtes pour le marché chinois[14],[15]. En 2017, ByteDance lance TikTok, la version de Douyin pour les marchés situés hors de Chine. Les deux applications sont très similaires mais fonctionnent sur des serveurs différents et ont des contenus différents, afin de respecter les exigences de la censure d'Internet en république populaire de Chine et le Grand Firewall. Ainsi, TikTok n'est pas accessible en Chine, tandis que Douyin n'est présent que sur les magasins d'application chinois[16].

2017-2018 : acquisition de Musical.ly et expansion

Disponibilité de TikTok dans le monde en 2025.

Le , ByteDance acquiert la plateforme chinoise de vidéos concurrente Musical.ly, clone de l'application Mindie[17], pour près d'un milliard de dollars américains[18]. Le , l'entreprise fusionne les deux applications, tout en conservant le nom de TikTok[19]. Cette fusion, notamment le nom TikTok et les campagnes publicitaires sur YouTube et Snapchat, est critiquée par des utilisateurs francophones. Cependant, l'ex-communauté francophone de Musical.ly adopte très vite la nouvelle plateforme[14].

TikTok devient le principal service de partage de vidéos en Asie, et l'application est au début des années 2020 considérée comme celle ayant la plus forte croissance tous pays confondus (depuis dépassée par ChatGPT). Elle est l'application de partage de clips qui rassemble la plus grande communauté[20],[21]. En , TikTok atteint les 150 millions d'utilisateurs actifs quotidiens (pour 500 millions d'utilisateurs actifs mensuellement)[22],[23]. Au cours du premier trimestre de l'année 2018, elle est la première application mobile en nombre de téléchargements (45,8 millions selon des estimations)[24].

2019

En , TikTok est condamnée aux États-Unis à une amende de 5,7 millions de dollars par la Commission fédérale du commerce (FTC) pour avoir collecté illégalement des données privées et laissé publiques les données d'enfants de moins de 13 ans[25]. Cette sanction pousse le Bureau de la commissaire à l'information (ICO) du Royaume-Uni à ouvrir une enquête sur la protection des enfants sur la plateforme[26]. À la suite de ses soucis règlementaires et des controverses sur ses liens avec l'État chinois, TikTok engage du personnel pour faire du lobbying aux États-Unis[27],[28],[29] ainsi qu'en Europe[30], où l'action est vue comme proactive, l'entreprise n'ayant pas eu de problèmes significatifs.

Fin 2019, avec plus d'un milliard d'utilisateurs, TikTok est la 3e application la plus téléchargée au monde sur smartphone[31], particulièrement des adolescents, et est le seul réseau social aussi populaire à l'Est qu'à l'Ouest[32].

2020

En , l'application atteint les huit cents millions d'utilisateurs actifs par mois, chiffre qui se rapproche d'un milliard fin . L'application devient la plus téléchargée au monde, devant Facebook[33], dépassant Google (en nombre de consultations) en 2021[34] ; à la 7e place selon Cloudflare et en 1re place durant les vacances d'août 2021[35]. Les périodes de confinement observées lors de la pandémie de Covid-19, en début d'année 2020 dans presque tous les pays du monde sont vues comme favorisant ce bond[15],[36]. TikTok égalerait ainsi Instagram, qui avait atteint un milliard d'utilisateurs actifs par mois selon ses derniers chiffres de [37].

En , l'application, qui cherchait un directeur général américain[38], nomme Kevin Mayer (en), alors directeur de la vidéo à la demande chez Disney[39]. Mayer prend également le poste de directeur des opérations de ByteDance. TikTok a des bureaux à travers le monde, notamment à Los Angeles, New York, Londres, Paris, Berlin, Dubaï, Bombay, Singapour, Jakarta, Séoul et Tokyo[40]. En , la maison-mère ByteDance employait 60 000 personnes, et déclarait en vouloir atteindre les 100 000 employés avant la fin de l'année. À l'époque, le réseau social professionnel LinkedIn affichait plus de 4 600 salariés de TikTok[41].

En , peu après un affrontement militaire meurtrier entre la Chine et l'Inde à la frontière indo-chinoise, l'application est placée dans une liste de 59 applications chinoises interdites en Inde, son premier marché avec 158 millions d'utilisateurs. La décision est prise pour assurer « la sécurité et la souveraineté du cyberespace indien », l'application étant accusée de « voler et transmettre clandestinement » les données des internautes indiens sur des serveurs situés hors du territoire[42],[43].

À la suite de cette interdiction et face à la possibilité d'une interdiction aux États-Unis, les directions de TikTok et de sa société mère ByteDance réfléchissent à la création d'un siège social hors de Chine pour l'entreprise, et d'un conseil d'administration dédié moins lié à ByteDance[44],[45]. À Hong Kong, après l'introduction d'une loi sur la sécurité nationale, TikTok est rendu inaccessible par ByteDance qui cite « les évènements récents », tout en laissant accessible la version chinoise de l'application, Douyin[46].

Le , TikTok annonce un premier data center européen, en Irlande (420 millions d'euros)[47]. Le , l'Américain Kevin Mayer, le directeur général de TikTok (et directeur des opérations de ByteDance depuis ), annonce démissionner, citant un changement du contexte politique. Cette décision est qualifiée de coup dur pour TikTok[48].

Après l'annonce du gouvernement américain d'interdire TikTok aux États-Unis s'il ne trouve pas un repreneur américain au , Microsoft propose à ByteDance de reprendre les marchés américains, canadiens, néozélandais et australien de la plateforme[48], offre refusée en par ByteDance[49], au profit de celle d'Oracle qui prendra une participation dans les opérations américaines de TikTok en servant d'intermédiaire technique et de confiance dans la gestion des données utilisateurs[50]. Cet accord est rejeté le par le gouvernement américain, qui interdit le téléchargement de l'application aux États-Unis à partir du et bloque l'application WeChat[51]. Le , le gouvernement américain approuve l'accord avec Oracle et avec Walmart et reporte l'interdiction de téléchargement de TikTok au [52].

En , TikTok signe un partenariat avec Sony afin de donner la possibilité aux utilisateurs d'utiliser les musiques de milliers d'artistes[53].

2021 - 2022

Le 30 avril 2021, la maison-mère ByteDance nomme Shou Zi Chew (déjà directeur financier de ByteDance) comme Directeur général de TikTok[54].

Le 3 septembre 2022, le groupe de hackers AgainstTheWest dit avoir piraté TikTok et récupéré 2 milliards de lignes de données (790 Go). TikTok dément toute faille de sécurité[55].

En 2022, TikTok cherche à se rapprocher du monde du cinéma en finançant un prix du film court (#TikTokShortFilm) en marge du Festival de Cannes, avec remise des prix le 20 mai 2022, avant d'annoncer en juin lancer "TikTok Académie des Créateurs" avec l'École nationale supérieure Louis-Lumière (trois semaines d'ateliers de formation/réalisation de films courts et verticaux, ouvert à 12 créateurs)[56].

Depuis 2023 : blocages et menaces de blocage aux États-Unis et en Europe

Le 23 février 2023, la Commission européenne interdit l'application à son personnel[57]. Fin février 2023, face aux risques d'espionnage, l'administration fédérale américaine interdit à ses employés de posséder et utiliser l'application sur leur lieu de travail[58], puis le gouvernement canadien fait de même pour ses fonctionnaires[59], suivi par la France qui bannit TikTok des smartphones de ses fonctionnaires[60].

En février 2024, alors que 134 millions de personnes en Europe consultent TikTok au moins une fois par mois, la Commission européenne ouvre une enquête pour vérifier si et comment le réseau social veille à la protection de la vie privée des mineurs, et à leur protection contre l'exposition à des contenus jugés inappropriés, et plus largement sur la transparence des publicités et sur l'accès des chercheurs aux données[61].

En février 2024, Universal Music Group retire son catalogue de TikTok, suivi par les éditions Universal en mars 2024[62].

En mars 2024, l'adoption aux États-Unis d'une proposition de loi par la chambre des représentants menace de généraliser l'interdiction de TikTok dans le pays au nom de la sécurité nationale et déclenche une réponse vive du gouvernement chinois[63].

En avril 2024, le Congrès des États-Unis adopte une loi, promulguée par le président Joe Biden, donnant douze mois à ByteDance pour vendre l'application sous peine d'interdiction sur le territoire américain[64]. Ce texte vise officiellement à empêcher que les autorités chinoises ne puissent mettre la main sur des données personnelles d'utilisateurs de TikTok aux États-Unis ou ne soient en mesure d'influencer l'opinion américaine via l' algorithme du réseau social, même si aucun élément n'a jamais été produit pour justifier ces craintes[65].

En mai 2024, en réponse aux émeutes en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement français décrète l'état d'urgence sur le territoire d'outre mer et bloque l'application TikTok car elle contribuerait à diffuser des messages de haine et de violence[66],[67]. Au même moment, un sondage mené par le Think tank Destin Commun montre que les Français se distinguent par une conscience particulièrement aiguë des dangers des réseaux sociaux, notamment à l'égard des enfants (80 % des sondés pensent cela et appellent massivement à un contrôle accru de ces réseaux par l'État, « avec même un soutien fort à l'idée de supprimer TikTok […] un Français sur deux (50 %) considère qu’il préférerait "vivre dans un monde où les réseaux sociaux n’auraient jamais été inventés" — une proportion plus importante qu’au Royaume-Uni (42 %), en Allemagne (37 %), et aux États-Unis (34 %)[68]. »

Capture d'écran prise sur un iPhone montrant le message d'erreur affiché aux utilisateurs américains de TikTok à la suite de son interdiction aux États-Unis.

En janvier 2025, la Cour suprême des États-Unis rejette le recours déposé par TikTok visant à contester la loi du Congrès votée en avril 2024. Cette décision entraîne le retrait de l'application des magasins d'applications mobiles et l'impossibilité d'effectuer des mises à jour pour les utilisateurs existants[69]. TikTok est rétabli le même jour, après que l'entreprise a reçu des garanties de la part de Donald Trump pour permettre son fonctionnement pendant un sursis de 75 jours[70],[71].

Le 19 juin 2025, une nouvelle échéance de 90 jours devrait être décidée par Donald Trump après un deuxième report de 75 jours [72]. Le 15 septembre, Donald Trump annonce qu'un accord a été trouvé avec la Chine pour que TikTok passe sous contrôle américain[65]. Le 25 septembre 2025, Donald Trump signe un décret entérinant un accord de « désinvestissement qualifié » permettant à TikTok de poursuivre ses activités aux États-Unis sous contrôle américain : une entité américaine majoritairement détenue par des investisseurs des États-Unis (notamment Oracle, Silver Lake, Michael Dell et Rupert Murdoch) doit reprendre l’activité, ByteDance conservant une part inférieure à 20 % et étant exclu des décisions de sécurité ; la version américaine utiliserait une copie réentraînée de l’algorithme et serait supervisée par un conseil de sept membres, avec une échéance prolongée jusqu’au 23 janvier 2026[73]. L’accord reste subordonné à une validation par les autorités chinoises[74]. En décembre 2025, l'entreprise annonce qu'elle créera une co‑entreprise indépendante (« TikTok USDS Joint Venture LLC ») chargée de la protection des données, de la sécurité algorithmique et de la modération du contenu aux États‑Unis, qui sera majoritairement détenue par des investisseurs américains (« Oracle, Silver Lake et MGX, réputés proches de l’administration Trump, détiendront, à parts égales, 45 % de la coentreprise. Des investisseurs actuels de ByteDance, dont plusieurs fonds américains, détiendront 30,1 % et ByteDance les 19,9 % restants »), tandis que TikTok conservera le contrôle de ses activités commerciales et de l’interopérabilité mondiale de l’application sur le territoire américain.

Utilisation et fonctionnalités

TikTok permet notamment de visionner, de réaliser et de partager des clips musicaux. L'utilisateur choisit une chanson parmi de nombreux genres musicaux, puis il se filme par-dessus pendant des durées variables jusqu'à 10 minutes. L'application, réputée populaire auprès des célébrités[75],[76],[77], a popularisé plusieurs chansons, propulsé des utilisateurs au rang de personnalité sur le Web[78] et suscite des tendances virales[79],[80]. Cette capacité de l'application TikTok à générer des vues virales, grâce à son algorithme de flux valorisant l'activité de ses utilisateurs ainsi que la qualité des contenus, lui a permis de trouver une place dans les stratégies marketing des artistes et des labels[81].

Des concurrents existent (section « courtes vidéo » de Bilibili, très populaire en Chine)[82],[83],[84] ou cherchent à imiter TikTok, comme Instagram avec sa fonctionnalité Reels, YouTube avec sa fonctionnalité Shorts, ou encore la plateforme américaine (Triller)[85],[86]. En 2018, Facebook a lancé Lasso, puis y a renoncé en 2020[87],[85].

Les utilisateurs du service disposent de nombreuses fonctionnalités gratuites. Des filtres en réalité augmentée sont notamment très utilisés par les jeunes, spécialement les filtres beauté ou les filtres quizz[Quoi ?]. Les plus créatifs des tiktokeurs créent et peuvent partager leurs propres filtres.

En septembre 2025, TikTok ajoute des fonctionnalités de messages vocaux, photos et vidéos à la messagerie privée[88].

Émergence de célébrités

La plateforme peut rapidement propulser des adolescents et de jeunes adultes au rang de célébrités (pouvant ensuite s'étendre hors du champ de TikTok). Beaucoup sont captés via des contrats par des sponsors et des agences artistiques.

Charli et Dixie D'Amelio
Charli et Dixie D'Amelio dans une vidéo de l'UNICEF contre le harcèlement en ligne.

Ainsi, l'adolescente américaine Charli D'Amelio, sur TikTok l'été 2019 devient connue pour ses vidéos de danse, rejointe par sa sœur Dixie D'Amelio[89]. En , elles intègrent le collectif de créateurs de contenu TikTok Hype House (en), qui inclut 19 influenceurs/tiktokeurs dont Addison Rae et Chase Hudson[90],[91]. En , Charli D'Amelio signe avec l'agence de talents UTA[92] et The New York Times la qualifie de « reine de TikTok »[91]. En 10 mois, son compte devient le plus suivi sur la plateforme, dépassant celui de Loren Gray le . Elle atteint par la suite plus de 100 millions d'abonnés[93]. Victime de harcèlement et de moqueries sur son corps, Charli D'Amelio et sa sœur Dixie s'associent à l'UNICEF pour dénoncer l'intimidation en ligne et les dangers de la célébrité sur la plateforme[94].

La jeune Britannique Amelia Gething commence sa carrière sur Musical.ly à 17 ans, avec des sketches, des reprises de chansons et des danses, avant de créer une chaîne YouTube consacrée à des sketches plus longs attirant 500000 abonnés et l'attention de la chaîne publique britannique BBC, qui lui propose une propre émission humoristique. Cette offre, qu'elle accepte, est perçue comme une tentative par la BBC d'attirer un public jeune, alors qu'elle fait face à une crise existentielle dans sa compétition avec les grandes plateformes de streaming telles que Netflix et YouTube. Amelia Gething continue de publier du contenu sur TikTok (qui a fusionné avec Musical.ly) où elle atteint 7 millions d'abonnés en 2019, soit sept fois plus que la somme de ses abonnés sur YouTube et Instagram[95],[96],[97].

Musique

Le rappeur et chanteur Lil Nas X
Le rappeur et chanteur Lil Nas X, devenu célèbre à la suite de la publication de sa chanson Old Town Road sur TikTok.

L'utilisation de chansons par des utilisateurs peut mener à des succès commerciaux pour les musiciens qui en sont les auteurs, comme le jeune rappeur américain Lil Nas X et sa chanson Old Town Road, le musicien français Kid Francescoli[98] ou le chanteur belge Fredz[réf. nécessaire].

En , une vidéo devenue virale d'un utilisateur écoutant la chanson Dreams du groupe Fleetwood Mac permet à cette chanson de se hisser à la 12e place du palmarès Billboard, plus de 40 ans après sa sortie[99]. Ces succès d'amateurs sur TikTok peuvent désormais être le point de départ de parcours dans la chanson, comme pour Bella Poarch[100],[101].

Entreprises de média

Avec le succès de l'application auprès des plus jeunes, divers médias occidentaux rejoignent la plateforme, publiant des vidéos adoptant ses codes, pour tenter de rajeunir leur audience en touchant une génération dont la consommation médiatique diffère de celle des générations précédentes. Pour la responsable de la création vidéo du Washington Post, TikTok est très utile ; elle fait un parallèle avec sa section mots croisés du journal, longtemps dénigrée par les lecteurs, puis devenue réputée et source de véritables entrées d'argent et de nouveaux abonnements[102]. Le journal Le Monde rejoint la plateforme, en , après le confinement en France qui a favorisé l'explosion de TikTok dans le pays. Le chef du service Snapchat/TikTok dit que le succès sur la plateforme de questions de société et d'actualité comme le mouvement #BlackLivesMatter témoigne d'une génération d'utilisateurs capable de s'intéresser à des sujets complexes, impliquant d'aborder des sujets « difficiles », comme la situation des Ouïghours[103], par ailleurs connue pour causer des controverses liées à la censure sur la plateforme[104],[105],[106],[107].

Nouveaux médias indépendants

Dans la course aux vidéos courtes entre TikTok, Instagram et Youtube, le premier s'impose en 2021, « TikTok a ringardisé YouTube » selon Emmanuelle Leneuf fondatrice d'un media digital indépendant, le FlashTweet, sur Twitter[108]. Des artistes tirent profit de la pluralité des médias indépendants présents sur la plate-forme pour snober de grands rendez-vous jusque là imposés, mais cette perspective se réduit quand l'algorithme change radicalement pour des artistes (qui ne peuvent plus toucher qu'entre 25 000 et 150 000 personnes au lieu d'un demi-million auparavant)[109].

En Europe, des médias plus contestataires, comme Sud Radio, insistent pour être très présents sur TikTok[pas clair][110] en donnant la parole à des journalistes d'investigation comme Denis Robert et Jean-Baptiste Rivoire, fondateurs respectifs des web TV indépendantes Blast et Off-investigation où les enquêtes sur les scandales politiques réalisent des audiences élevées. Refusée par toutes les télévisions, mais aussi Netflix et Amazon[111],[112], l'enquête « Emmanuel, un homme d'affaires à l'Élysée » a vu son premier épisode, « L'affaire Kohler, le scandale qui menace Macron », approcher les 1,4 million de vues chez Blast[113], et l'annonce de la suivante 1,15 million sur Le Média[114]. Des médias plus classiques comme Le Monde se sont aussi renforcés à la fois sur Tiktok et sur YouTube, avec pour objectif et résultat d'afficher plus de 50% de ses nouveaux abonnés numériques âgés de moins de 30 ans[115].

Personnalités politiques

La popularité de TikTok dans leurs pays attire des groupes et personnalités politiques, dont en Europe dès 2019-2020, avec par exemple Matteo Salvini, Elio Di Rupo ou Agnès Buzyn.[réf. souhaitée] Au Venezuela, elle est utilisée par le président Nicolás Maduro.[réf. souhaitée] Luiz Inácio Lula da Silva au Brésil, Giorgia Meloni en Italie et Gabriel Boric au Chili sont également sur TikTok[116].

Aux États-Unis, malgré le succès de la plateforme, Donald Trump refuse de l'utiliser ; en , la plateforme aurait été utilisée par des adolescents et jeunes adultes pour tenter de saboter un meeting électoral du président américain Donald Trump, via notamment de vidéos expliquant comment réserver des places pour le meeting, offertes gratuitement, mais sans intention de s'y rendre[117],[118],[119]. Cette tentative aurait mis l'application en danger aux États-Unis[120], son autorisation dans le pays étant remise en question par le gouvernement.
Le président démocrate Joe Biden ne rejoint pas TikTok non plus[121].

En , le président français Emmanuel Macron y publie une vidéo félicitant les lycéens ayant réussi leur baccalauréat, dans une action très médiatisée[121],[122],[123]. L'action est analysée notamment comme une entrée en campagne pour l'élection présidentielle de 2022[121], ne visant pas directement les utilisateurs de la plateforme, pour l'essentiel mineurs ou parmi les classes d'âge votant peu[124]. Emmanuel Macron est ensuite suivi par Jean-Luc Mélenchon, député du parti La France Insoumise et potentiel candidat à la présidentielle de 2022[125], qui lui répond en publiant une vidéo musicale parodique adoptant les codes de la plateforme[124],[126], et partage la vidéo sur Twitter en invitant le premier ministre Jean Castex à créer un compte[127].

Pédagogie

À la suite du développement de YouTube notamment, les courtes vidéos sont devenues un moyen d'apprendre et de partager des connaissances et expériences créatives dans les domaines de la cuisine, du bricolage, de la musique, du dessin, de l'artisanat, etc.[82] ou des matières scolaires[128]. Aux États-Unis, des médecins utilisent TikTok pour informer les adolescents sur la santé et lutter contre les rumeurs et la désinformation sur des sujets controversés comme la vaccination, la contraception ou la sexualité féminine, parfois avec un succès important[129].

En , le gouvernement français annonce un partenariat avec la plateforme pour y diffuser des messages de prévention et d'information dans le cadre d'une campagne générale contre les violences faites aux enfants[130].

La plateforme a également noué un partenariat avec Wikipédia. En 2023, Tiktok affiche parfois des extraits de pages Wikipédia lors des requêtes dans son moteur de recherche entre plusieurs vidéos et insère un lien sortant vers l'encyclopédie[131].

Utilisateurs

Nombre d'utilisateurs

Avant l'interdiction de la plateforme en Inde, une part importante des usagers était originaire de ce pays, 43 % selon une étude de [132]. TikTok est particulièrement apprécié de la Génération Z. Selon un sondage YouGov de  : 40 % des Américains de 13 à 16 ans utilisent TikTok, soit autant que Facebook et Twitter, mais moins que Snapchat (68 %), Instagram (79 %), et YouTube (utilisé par presque tous)[133] ; mais en , selon Business Insider, 11 % des internautes américains de 13 à 21 ans sondés consultent TikTok quotidiennement, soit significativement moins que ces autres plateformes[37].

En France, la plateforme compte 4 millions d'utilisateurs actifs mensuels à la fin [134]. En Chine, TikTok annonce 500 millions d'utilisateurs (septembre 2021), avec un temps de consultation limité à 40 minutes par jour pour les moins de 14 ans[135].

Fin 2023, ByteDance affirme que TikTok est utilisé chaque mois par plus de 134 millions de personnes en Europe[136]. À l'échelle mondiale, TikTok a été l'application la plus téléchargée durant l'année 2023 tandis qu'en France elle était en troisième position. Il avait été estimé que nombre d'utilisateurs atteindra les 2 milliards à l'approche de 2024[137].

En janvier 2024, l'application comptabilise 1,562 milliard d'utilisateurs actifs à travers le monde, ce qui fait de TikTok le cinquième réseau social dont les utilisateurs sont les plus actifs. En France, 14,9 millions d'utilisateurs mensuels sont actifs sur la plateforme[138].Tout comme à l'échelle mondiale, TikTok s'est imposé dans le quotidien de la population car « 9,9 % des Français désignent TikTok comme leur réseau social préféré ».

Motivations des usagers

Une étude de 2022 sur les motivations des utilisateurs participant aux défis TikTok identifie six catégories principales : le divertissement, l'aspect pratique des communications à grande échelle, l'accroissement des interactions sociales, la recherche de soutien social, le partage et la recherche d'informations, et l'évasion du quotidien[139].

Modèle commercial

La plate-forme Douyin s'inscrit dans le modèle récent de l'économie de l'attention, et comporte un bouton d'achat qui génère d'importants revenus par le commerce en ligne, mais ce n'est pas le cas de TikTok, qui en 2019 cherche encore son modèle commercial. Le commerce en ligne teste des partenariats avec les marques de vêtements Uniqlo et Hollister[140]. Fin 2019, la plateforme diffuse de la publicité dans son marché français, selon des formats publicitaires déjà utilisés dans d'autres pays par la plateforme[141]. Les annonceurs (ex : la marque de bonbons Haribo) y lancent des défis comme ceux qui sont omniprésents sur la plateforme, en recrutant à cette fin des influenceurs[142]. En 2020, un bouton d'achat « shop now » (« acheter maintenant ») apparait[143].

En , TikTok annonce un programme de rémunération des créateurs de contenu dénommé « Creator Fund », avec un budget prévu de 200 millions de dollars. Le programme serait réservé à des créateurs majeurs ayant un nombre minimum d'abonnés et de vidéos publiées. Ce mécanisme de sélection viserait notamment à éviter de rémunérer des créateurs controversés, comme cela a été le cas pour YouTube, limitant ainsi les risques de mauvaise publicité pour la plateforme[144]. Face au succès de TikTok, Facebook offre des partenariats rémunérés à des influenceurs de TikTok pour qu'ils migrent vers la nouvelle fonctionnalité Reels de sa plateforme Instagram, où ils sont appelés à publier des contenus en exclusivité[85].

Le , malgré le jeune âge de la plupart de ses utilisateurs, TikTok lance un nouvel outil : le TikTok Creative Hub, réservé aux comptes business, pour aider les entreprises à réaliser leurs publicités, qu'elles peuvent d'ailleurs créer sur un outil similaire de TikTok for Business.

Aspects juridiques et controverses

Le service TikTok soulève des questions sur divers sujets: collecte et exportation de données privées, contenus non appropriés, confidentialité.

Interdictions

Australie

Pays qui en février 2023 avaient interdit TikTok pour tout ou partie des fonctionnaires (bleu), prévoyant des interdictions (jaune), ayant interdit TikTok (rouge) ou n'autorisant qu'une version locale (orange).

En , après l'interdiction faite aux soldats américains d'utiliser TikTok sur leurs téléphones professionnels, le ministère de la Défense australien a fait de même (sans donner de motif) après avoir déjà interdit la messagerie chinoise WeChat, et en 2018 les appareils du fabricant chinois Huawei dans son infrastructure de téléphonie 5G, pour des raisons de sécurité nationale[145]. Fin 2024 l'Australie adopte une loi, une des plus stricte au monde en la matière, interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. La loi entre en vigueur en décembre 2025, TikTok a affirmé accepter de s'y plier au courant de cette même année[146].

États-Unis

États américains interdisant TikTok sur les téléphones des administrations , à la mi-février 2023. Interdiction promulguée par un responsable républicain (rouge) ; par un responsable démocrate (bleu) ; par une Agence gouvernementale de l'Etat (gris foncé) ; Gris clair : pas d'interdiction.

Dans la seconde moitié de 2019, pendant que le ministère de l'Intérieur cesse d'utiliser les drones du chinois DJI (entreprise), les sénateurs commencent à soupçonner la Chine de vouloir influencer les élections américaines grâce à TikTok. Ainsi, ils critiquent une campagne de recrutement de l'armée américaine ciblant la jeunesse via TikTok ; Chuck Schumer, sénateur de l'État de New York, explique : « Mais l'armée doit se poser la question des risques posés par l'utilisation d'une plateforme chinoise. »[147].

Répondant aux pressions des sénateurs, l'armée engage une distanciation avec TikTok. En , les forces navales américaines[148], puis l'armée de terre, ordonnent à leurs soldats de désinstaller TikTok de tous les smartphones militaires, pour des raisons de cybersécurité ; l'armée de terre autorise l'application sur leurs téléphones privés, mais en mettant en garde contre des messages non sollicités et des demandes de renseignement[147]. D'autres administrations fédérales du pays, notamment liées à la diplomatie et à la sécurité suivent[149]. Le Parti démocrate recommande à ses responsables et ses équipes de campagne de ne pas installer TikTok ou de supprimer leur compte et l'application. En , il précise sa consigne pour les téléphones personnels et recommande d'installer l'application sur un téléphone séparé si l'équipe fait campagne via la plateforme. Le Parti républicain affirme quant à lui qu'une telle recommandation existe de longue date en son sein[150]. Fin juillet, l'équipe de campagne présidentielle de Joe Biden interdit à ses membres d'utiliser l'application sur leurs téléphones privés et professionnels, citant des raisons de sécurité[151],[152].

En , le président Donald Trump annonce l'interdiction prochaine de TikTok aux États-Unis, citant des risques d'espionnage[153]. Microsoft fait une proposition au président pour racheter la branche américaine de TikTok[154]. Le , TikTok annonce son intention de porter plainte contre le gouvernement américain, afin de contester le décret signé par Trump[155].

En 2023, alors que le temps passé par les Américains sur TikTok est au niveau de celui passé sur Netflix, le gouvernement souhaite toujours interdire l'application, grâce au RESTRICT Act (en). L'incident des ballons chinois de 2023 a de nouveau tendu les rapports entre les deux pays. Les sénateurs démocrates et républicains sont relativement unis sur ce sujet, et c'est John Thune, un sénateur républicain, qui présente le texte à l'assemblée. TikTok proteste, et Shou Zi Chew, son directeur général aux États-Unis, est reçu au Congrès fin mars[156].

En mai 2023, le Montana est le premier État à interdire l'application : les magasins d'application n'auront plus l'autorisation de le distribuer à partir du . TikTok porte plainte contre lui, affirmant que cette décision est contraire à la constitution, que cet État n'a pas le droit de prendre cette décision puisque la défense des États-Unis relève du niveau de la fédération, et qu'elle n'est pas équitable par rapport aux autres applications qui exploitent les données de leurs utilisateurs et utilisatrices. De nombreux Américains s'élèvent aussi contre cette décision. L'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), association américaine forte de cinq-cent-mille membres, s'oppose à cette loi : « Avec cette interdiction, le gouverneur Gianforte et le parlement du Montana piétinent la liberté d'expression de centaines de milliers d'habitants qui se servent de cette application pour s'exprimer, trouver des informations et promouvoir leur petite entreprise, au nom du sentiment anti-chinois », dit un de ses responsables[157].

Union européenne

Au mois de , la Commission européenne interdit à ses fonctionnaires et à ses employés d'utiliser TikTok sur leurs appareils de fonction ou sur leurs appareils personnels s'ils les utilisent à des fins professionnelles, évoquant des « problèmes de protection de données » et une « menace potentielle pour sa cybersécurité »[158].

France

Durant les émeutes de 2024 en Nouvelle-Calédonie, TikTok est interdit sur l'archipel par le gouvernement français[159]. Le le décret d'interdiction de TikTok fait l'objet d'un référé-liberté de la Quadrature du Net et de la Ligue des droits de l'homme[160].

Inde

En , la Haute Cour de Madras (en) demande au gouvernement d'interdire provisoirement l'application, accusée d' « encourager la pornographie » et de montrer du « contenu inapproprié », notant également que les enfants qui utilisent l'application seraient exposés à des prédateurs sexuels. La Cour demande par ailleurs aux médias de ne pas diffuser de vidéos issues de la plateforme[161],[162]. La Cour suprême refuse de suspendre l'ordre, et le ministère des technologies de l'information demande à Google et Apple, qui s'exécutent, de retirer TikTok de leurs magasins d'application Google Play et App Store[161],[163]. TikTok publie un communiqué affirmant que cette interdiction nuit à la « liberté d'expression » et déplore qu'elle ou sa compagnie-mère ByteDance n'aient pas été consultées[164], et elle affirme avoir retiré environ 6 millions de vidéos controversées[165],[166]. Quelques jours plus tard, à la suite d'une demande de ByteDance auprès de la Cour suprême, la Haute Cour de Madras annule l'interdiction provisoire, à la condition que des vidéos pornographiques ne soient plus ajoutées[167],[164]. Cette interdiction aurait pu coûter jusqu'à 15 millions d'utilisateurs à l'application, alors en pleine croissance dans le pays[168].

En , le gouvernement inscrit TikTok, dont les 120 millions d'utilisateurs indiens représentent le plus grand marché pour l'application, sur une liste de 59 applications chinoises (dont le jeu Clash of Kings (en), et les réseaux sociaux WeChat et Weibo) interdites. La plateforme est accusée de « voler et transmettre clandestinement » les données des internautes indiens sur des serveurs situés en dehors du territoire[42],[169]. Le ministère des Technologies de l'Information déclare que la décision vise à assurer « la sécurité et la souveraineté du cyberespace indien ». TikTok Inde réagit en réfutant avoir communiqué des informations sur ses utilisateurs. Cette décision survient dans un contexte de tensions militaires entre l'Inde et la Chine, deux semaines après un affrontement meurtrier entre les armées des deux pays dans une région disputée de l'Himalaya[170],[171].

Pakistan

En , à la suite de deux avertissements envoyés à TikTok lui demandant de bloquer les contenus « immoraux, obscènes et vulgaires », l'Autorité des télécommunications interdit l'application pour diffusion de « contenus immoraux », peu après l'interdiction des principales applications de rencontre pour les mêmes raisons. TikTok réagit en déclarant espérer parvenir à un accord avec les autorités[172].

Kenya

En mars 2025, le Kenya a exigé que TikTok supprime les contenus à caractère sexuel impliquant des mineurs, après une enquête révélant leur exposition à des activités inappropriées. En août 2023, la plateforme avait accepté de collaborer avec les autorités kényanes pour renforcer la modération de ses contenus. Des groupes religieux et militants ont également appelé à l'interdiction des contenus sexuellement explicites sur TikTok, invoquant la préservation des valeurs culturelles et morales. Ces mesures visent à protéger les jeunes utilisateurs et à encadrer l'usage du réseau social dans le pays[173].

Protection des données

États-Unis

En , une demande d'action collective en justice est déposée auprès de la cour fédérale de Californie contre ByteDance, Musical.ly et TikTok. Selon la plainte, TikTok collecterait illégalement et secrètement de vastes quantités de données personnelles, qui seraient ensuite directement transmises vers la Chine. Accusées d'entretenir une politique de confidentialité « ambiguë », TikTok Inc. et sa maison-mère ByteDance recueilleraient notamment les brouillons de vidéos des utilisateurs sans le consentement de ces derniers, et les transfèreraient vers divers domaines, dont la Chine, sans que l'usager ne soit au courant, et ce avant même que la vidéo ne soit enregistrée ou publiée. Les plaignants craignent que les données agrégées puissent ensuite être utilisées pour identifier les utilisateurs, établir leur profil et les pister, notamment parce qu'elles contiennent bien souvent des gros plans sur les visages, permettant donc à la plateforme de collecter des données biométriques réutilisables dans la publicité ciblée. Parmi les données recueillies, on compte le numéro de téléphone, les profils sur les réseaux sociaux, adresses mail et IP, position géographique et de nombreuses autres informations, et TikTok continuerait à collecter des données biométriques et des informations personnelles même après fermeture de l'application[réf. nécessaire].

Union européenne

En , le Comité européen de la protection des données annonce qu'il va enquêter sur le traitement et la protection des données de TikTok par son propriétaire ByteDance, à la suite d'une interpellation du député européen Moritz Körner[174],[175]. En février 2023, le conseil d'administration de la Commission européenne décide d'un blocage de l'application sur les appareils, même privés, des membres de son personnel[176].

France

En , la France se penche à son tour sur le fonctionnement de TikTok à la suite d'une plainte déposée auprès de la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) concernant une demande de suppression d'une vidéo[177],[178]. L'enquête de la CNIL devrait cependant porter plus largement sur le respect du RGPD (le Règlement général sur la protection des données) par TikTok[179]. En mars 2023, la France bannit pour la première fois TikTok des smartphones de ses fonctionnaires face aux craintes d'espionnage[60].

Canada

En février 2023, le Canada lance une enquête afin de « s'assurer que l'entreprise respecte ses obligations de transparence »[180].

Protection des données et sécurité des enfants

France

Le , les députés français votent la création d'une commission d'enquête présidée par Arthur Delaporte[181]. Elle doit analyser les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs[182]. Le , elle auditionne plusieurs personnalités des réseaux sociaux incluant Alex Hitchens, Nasdas, Julien et Manon Tanti, AD Laurent[183], et suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux où elle est parfois perçue comme « tribunal moral » aux réactions ou questions absurdes face aux réponses de différents influenceurs pendant la commission[184].
Le 11 septembre 2025, après 6 mois d'auditions de plus de 170 personnes et l'organisation d'une consultation publique citoyenne (23 avril-31 mai 2025 ayant eu plus de 30 000 réponses, dont près de 19 000 par des lycéens), la commission remet ses conclusions dans un rapport comportant 43 recommandations[185], dont la première est de réellement interdire l'accès à la plateforme aux moins de 15 ans[186].

États-Unis

En , la Commission fédérale du commerce (FTC) des États-Unis inflige une amende à ByteDance pour des violations par Musical.ly (qui a fusionné ensuite avec TikTok) du Children's Online Privacy Protection Act. Musical.ly aurait collecté illégalement les noms, adresses mail, photos et d'autres données d'enfants de moins de 13 ans[187], sans obtenir au préalable le consentement parental, et les aurait laissés accessibles publiquement, donnant lieu notamment à des tentatives de prédation sexuelle par des adultes[188]. L'amende de 5,7 millions de dollars est la plus haute amende infligée par la FTC pour des faits liés à la vie privée d'enfants[189]. ByteDance s'engage à obtenir la permission des parents avant de collecter les données personnelles des enfants, et à supprimer toutes les vidéos et informations appartenant aux utilisateurs de moins de 13 ans, ainsi que de ceux dont l'âge n'est pas connu.

En , plusieurs groupes de consommateurs accusent TikTok de n'avoir pas résolu le problème, de nombreuses vidéos d'enfants de moins de 13 ans parmi celles dénoncées en 2019 n'ayant pas été supprimées. Ils ajoutent que le nouveau service de TikTok pour les enfants de moins de 13 ans, qui ne collecte a priori aucune donnée et sur lequel ils ne peuvent pas publier de vidéos, peut être contourné par un enfant qui supprime son compte et en crée ensuite un autre sur le même téléphone en utilisant une fausse date de naissance[188],[190].

En , la plateforme annonce la mise en place d'un contrôle parental enrichi de nouvelles options qui permettront aux parents de contrôler la visibilité et le temps passé par leur enfant sur l'application[191].

Pays-Bas

En , l'autorité de protection des données (en) (Autoriteit Persoonsgegevens) ouvre une enquête pour vérifier si les informations fournies sur la collecte de données des enfants sont suffisamment compréhensibles et détaillées.

En 2021, les Pays-Bas condamnent TikTok à 750 000  d'amende pour violation de la vie privée de jeunes enfants[5].

Royaume-Uni

En , le Bureau de la commissaire à l'information du Royaume-Uni ouvre une enquête sur TikTok à la suite de l'amende infligée par la Commission fédérale du commerce des États-Unis pour collecte et partage public illégaux de données d'enfants de moins de 13 ans. La commissaire affirme étudier la collecte de données de la plateforme, le type de vidéos réalisées et partagées en ligne par des enfants, et le système de messagerie de la plateforme, complètement ouvert. Elle exprime notamment son inquiétude face à la possibilité pour les adultes d'envoyer des messages à tous les enfants, et affirme que l'entreprise pourrait être en violation du Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui lui impose de mettre à disposition des services et des protections différenciés pour les enfants[26].

Union européenne

L'Union européenne inflige en 2023 une amende de 345 millions d'euros à TikTok pour avoir enfreint les règles de protection des données au sein de l'UE. L'un des reproches concerne les comptes d'enfants définis comme public par défaut[192]. En 2024, la Commission européenne ouvre une enquête dans le cadre du respect du règlement sur les services numériques, notamment concernant la protection des mineurs[193].

Le 2 mai 2025, l'Autorité de protection des données irlandaise (Data Protection Commission, DPC), agissant au nom de l'UE, en raison de la localisation en Irlande du siège européen de TikTok, condamne l'entreprise à une amende de 530 millions d'euros, au motif que la plateforme chinoise n'a pas pu « démontrer que les données personnelles » des Européens, « accessibles à distance par son personnel en Chine », y bénéficient d'un niveau de protection équivalent à celui de l'UE. TikTok a annoncé vouloir faire appel de la décision[194].

Le 2 décembre 2025, le régulateur des médias irlandais (la Coimisiun na Mean) ouvre une enquête au sujet de TikTok, qu'il soupçonne d'enfreindre le règlement européen sur la protection des données[195].

Italie

En 2021, l'Italie impose à TikTok de stopper tout traitement de données provenant de personnes dont l'âge ne n'est pas certain[5].

En , l'autorité pour la garantie de la concurrence et du marché (en) (Autorità garante della concorrenza e del mercato) inflige une amende de 10 millions d'euros à TikTok pour des contrôles inadéquats pour identifier et limiter l'accessibilité des contenus potentiellement nocifs[196].

Sécurité des États-Unis

En aux États-Unis, le sénateur républicain Marco Rubio, qui s'inquiète des « opérations d'influence chinoises » que pourrait mener TikTok, notamment par une censure au profit du gouvernement chinois, demande l'ouverture d'une enquête par le Comité pour l'investissement étranger aux États-Unis (CFIUS). Celle-ci doit porter sur les conséquences pour la sécurité nationale du rachat en 2017 de l'application Musical.ly par ByteDance, qui l'a ensuite fusionnée avec TikTok en 2018[197],[198],[199]. Le démarrage d'une enquête sur Musical.ly/TikTok est ensuite relaté dans la presse, où il est fait état de discussions entre le CFIUS et ByteDance sur des mesures dites d'« atténuation », qui éviteraient à l'entreprise d'avoir à se désinvestir de Musical.ly[200]. Le CFIUS avait quelques mois auparavant demandé à une entreprise chinoise de jeux vidéo, Kunlun Tech, de revendre la plateforme de rencontres homosexuelles Grindr, notamment par crainte que le gouvernement chinois n'utilise des informations personnelles pour influencer des responsables américains[201].

Le , Oracle Corporation a remporté l'appel d'offres pour les opérations américaines de l'application de partage de vidéos TikTok, battant Microsoft Corporation dans le cadre d'un accord très médiatisé. En outre, Oracle s'est annoncé comme le « partenaire technologique de confiance » de TikTok aux États-Unis, et l'accord ne doit pas être structuré[202].

Le , le président des États-Unis Donald Trump a examiné un accord entre Oracle, Walmart et TikTok Global pour faire face à la menace à la sécurité nationale posée par les opérations de TikTok. Oracle sera responsable des technologies clés et des responsabilités en matière de sécurité afin de protéger toutes les données des utilisateurs américains. Peu de temps après les commentaires de Trump, Oracle a annoncé qu'il avait été choisi comme fournisseur de cloud sécurisé de TikTok et qu'il deviendrait un investisseur minoritaire avec une participation de 12,5 %. TikTok a confirmé le rôle d'Oracle et a déclaré qu'il travaillait avec Walmart sur un partenariat commercial. Walmart prendra environ 7,5% du capital. TikTok maintiendra et agrandira son siège social aux États-Unis, a déclaré la société, tout en créant 25 000 emplois à travers le pays. Trump avait déclaré qu'une nouvelle société serait probablement constituée au Texas.

TikTok USDS

Faits en bref Création, Personnages clés ...
TikTok USDS Joint Venture
logo de TikTok

Création 2026
Personnages clés Larry Ellison, Egon Durban, Kenneth Glueck, Timothy Dattels, Mark Dooley, Raul Fernandez, David Scott, Xavier Niel
Forme juridique Limited liability company (LLC)
Siège social Culver City, Californie
Drapeau des États-Unis États-Unis
Direction Shou Zi Chew (directeur général)
Président Adam Presser
Actionnaires Drapeau de la République populaire de Chine ByteDance : 19,9 %
Drapeau des États-Unis Oracle : 15 %
Drapeau des États-Unis Silver Lake : 15 %
Drapeau des Émirats arabes unis MGX : 15 %
Effectif 7 000[203]
Site web https://usdsjv.tiktok.com/

Société précédente TikTok U.S. Data Security, Inc.
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En juillet 2022, ByteDance met en place une nouvelle division américaine nommée TikTok U.S. Data Security Inc. (USDS) dotée d'un personnel exclusivement américain (et dont l'administration américaine possède un droit de regard sur les embauches) et chargée de l'accès au données et de la modération du contenu sur la plateforme aux États-Unis.

Le 22 janvier 2026, le président américain Donald Trump et TikTok Global annoncent que la version américaine de la plateforme a rejoint l'entité TikTok USDS Joint Venture LLC, une coentreprise nouvellement créée en lieu et place de TikTok U.S. Data Security Inc., entièrement indépendante et opérant dans le cadre de garanties définies afin de protéger la sécurité nationale des utilisateurs américains. Adam Presser, ancien directeur des opérations et de la confiance et de la sécurité chez TikTok, occupera le poste de PDG, tandis que l'actuel PDG de TikTok, Shou Zi Chew, sera directeur de TikTok USDS Joint Venture LLC[204],[205].

La nouvelle entité est dès lors dirigée par un conseil d'administration composé de 7 membres, dont la majorité est de nationalité américaine. Aux côtés de Shou Zi Chew, figure également Kenneth Glueck du géant américain Oracle, Timothy Dattels de TPG Capital, Mark Dooley de SIG, Raul Fernandez de DXC Technology ou encore David Scott de MGX[205].

Actionnariat

Le propriétaire chinois de TikTok Global, ByteDance, conserve 19,9 % des parts de la coentreprise, restant sous le seuil limite de 20 % fixé par le CFIUS, aux côtés des investisseurs Oracle (qui était déjà devenu le « partenaire technologique de confiance » de TikTok aux États-Unis[202]), Silver Lake et le fonds émirati MGX qui contrôlent désormais la plateforme sur le sol américain et détiennent chacun 15 % des parts. La famille Dell, ou encore le milliardaire français Xavier Niel font partie des investisseurs minoritaires[206].

Davantage d’informations Entité, Part ...
Actionnaires de TikTok US
Entité Part Part globale
Drapeau de la République populaire de Chine ByteDance Ltd. 19,9 %
Drapeau des États-Unis Oracle Corporation (Larry Ellison) 15 % 80,1 %
Drapeau des États-Unis Silver Lake Technology Management LLC 15 %
Drapeau des Émirats arabes unis MGX Fund Management Limited 15 %
Investisseurs

minoritaires

Drapeau des États-Unis DFO Management (Michael Dell) 35,1 %
Drapeau des États-Unis Vastmere Strategic Investments LLC (SIG)
Drapeau des États-Unis Alpha Wave Partners
Drapeau des États-Unis Revolution LLC (Steve Case)
Drapeau des États-Unis Merritt Way LLC
Drapeau des États-Unis Via Nova (General Atlantic)
Drapeau des États-Unis Virgo LI, Inc (Iouri Milner)
Drapeau de la France NJJ Capital (Xavier Niel)
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Critiques

Impact énergétique et environnemental

Selon un rapport (2020) du shift Project, visionner des vidéos sur TikTok génère 0,2 g environ chaque minute, soit 12 g de CO2 par heure. Ce chiffre est basé sur une estimation du débit moyen de TikTok (1,5 Mbit/s) et sur l'hypothèse que le visionnage se fait principalement sur smartphone[réf. nécessaire]. Un nouveau rapport du cabinet de conseil en analyse du carbone Greenly publié en décembre 2024 révèle que TikTok aurait un impact carbone supérieur à la Grèce[207].

Les infrastructures informatiques nécessaires au fonctionnement de TikTok (serveurs et datacenters notamment) consomment une grande quantité de ressources en eau et en énergie, avec un impact environnemental négatif. Selon le Carbon Trust (organisation indépendante promouvant une économie sobre en carbone), en moyenne, une heure de streaming vidéo en Europe en 2020 consommait l'équivalent en énergie du chauffage de 3 bouilloires électriques pleines [réf. nécessaire]. En outre TikTok est essentiellement consulté sur des smartphones, or selon Jens et al. (2016), utiliser un smartphone génère en moyenne une plus grande empreinte carbone que l'utilisation de n'importe quel autre appareil ; et l'utilisation de la technologie est devenue plus nocive que la fabrication de l'appareil lui-même[208].

Au début des années 2020, TikTok figure parmi les réseaux sociaux ayant dans le monde la pire empreinte carbone[209]. Une étude récente a évalué l'empreinte carbone de la plateforme TikTok et de ses trois consœurs les plus populaires du moment (Facebook, Netflix et YouTube), toutes extrêmement gourmandes en ressources informatiques, en énergie et en bande passante ainsi qu'en capacité de stockage et de traitement constant de données massives. Les auteurs notent que rien que pour 2021, le déploiement de la 5G et l'augmentation de la définition des caméras des smartphones devait accroitre de 25,2 % le flux des données vers l'utilisateur, de 32,7 % celui échangé par les datacenters entre eux[210].
Ce travail s'est basé sur les méthodes alors « les plus citées (celles d'Obringer[211], du Shift Project, d'Andrae[212] et de Hintemann et Hinterholze[213] ». TikTok est placé derrière Netflix qui « génère les émissions de CO2 les plus élevées parmi les quatre applications en raison de sa diffusion vidéo haute résolution et de son nombre d'utilisateurs »[214].

Davantage d’informations Application utilisée, Nb. heure/jour utilisation ...
Comparaison de l'empreinte carbone (par heure) pour 4 réseaux sociaux, selon 4 méthodes[214]
Application utiliséeNb. heure/jour utilisationQuantité de données téléchargéesSelon ObringerSelon le Shift Project[215]Selon Andrae[216]Selon Hintemann and Hinterholzer[217]
YouTube1 heure/jour1.65 GB/HD/168 g280.26 g72 g135 g
Netflix6 heures1.5 GB hour/HD/1008 g1681.56 g432 g810 g
Facebook0,1 heure210 TB16.8 g28.026 g7.2 g13.5 g
TikTok2 heures500 TB336 g560.52 g144 g270 g
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Selon une étude réalisée par Greenspector en 2021, l'impact carbone du fil d'actualité de TikTok est de 2,63 grammes d'équivalent CO2 par minute, soit plus élevé parmi les 10 applications de réseaux sociaux testées, et plus de deux fois l'empreinte moyenne de ces applications (1,15 gEqCO2/min), parce que TikTok ne valorise que le visionnage de vidéos qui se préchargent dans le fil d'actualité dès le démarrage de l'application par l'utilisateur[218]. Limiter le temps passé sur l'application, désactiver le préchargement des vidéos dans les paramètres, réduire la qualité des vidéos ou de passer en mode avion lorsque possible permettrait de réduire l'empreinte carbone des usagers de l'application[214].

Cybervulnérabilités

Cybersécurité, protection des données personnelles

En , l'entreprise de cybersécurité Check Point révèle de graves failles de sécurité dans l'application, permettant, grâce à l'envoi d'un faux SMS (SMS spoofing), de partiellement contrôler à distance l'application, publier ou supprimer des vidéos, rendre publique une vidéo privée, approuver une demande d'abonnement, récupérer des données privées (dont l'email ou le contenu du « porte-monnaie ») en laissant des données personnelles exposées[219],[220],[221]. Ces failles sont corrigées en décembre par TikTok, après que Check Point ait prévenu la plateforme[219].

En , deux chercheurs critiquent l'usage par TikTok du protocole HTTP sans chiffrement plutôt que du protocole plus sécurisé HTTPS dans son réseau de diffusion de contenu (CDN). La vitesse de transfert de données est améliorée, mais en mettant en danger la vie privée et la sécurité de l'utilisateur. Une attaque dite de l'intercepteur (ou homme du milieu) est possible, où un intercepteur peut notamment obtenir des données personnelles sur l'activité de l'utilisateur comme les vidéos visionnées, et faire visionner une fausse vidéo sur un vrai compte à des utilisateurs connectés au travers d'un même routeur, éventuellement à des fins de désinformation. L'attaque pourrait être mise en place par des gestionnaires de réseau wifi publics, des opérateurs de VPN, des fournisseurs d'accès à internet, ou des agences gouvernementales (notamment de renseignement).
En créant un serveur pirate, les auteurs ont pu substituer pour certains utilisateurs de fausses vidéos sur les comptes de l'OMS, de la Croix-Rouge et le compte officiel de TikTok. Ils recommandent la mise en place du HTTPS, qui est la norme dans iOS et Android, insistant sur le fait que TikTok est l'une des applications les plus utilisées au monde et que l'usage du HTTP devrait être une exception[222],[223],[224].

Influences politiques cachées

TikTok affirme avoir rejeté 3 501 477 publicités violant ses politiques et directives publicitaires rien qu'au second semestre 2020[225]. Pourtant, Mozilla a documenté de larges failles persistantes quant au contrôle du marketing d'influence politique[226] : sur TikTok, aux États-Unis, des influenceurs ont reçu une compensation pour la diffusion de messages politiques, bien que de TikTok ait en 2019 interdit les publicités politiques ; TikTok ne semble pas les avoir détectées, ni avoir appliqué sa règle imposant aux influenceurs de divulguer leurs partenariats rémunérés, et n'a pas non plus requalifié les publications sponsorisées en publicité[227]. Les tests de Mozilla ont révélé que « les influenceurs de TikTok de tous les horizons politiques avaient des relations rémunérées non divulguées avec diverses organisations politiques aux États-Unis. Plusieurs influenceurs de droite de TikTok semblent être financés par des organisations conservatrices comme Turning Point USA […] qui dispose d'un programme d'influence spécialement destiné à financer de jeunes créateurs de contenu conservateurs sur les réseaux sociaux. Le site Web de Turning Point USA indique qu'il compte 280 ambassadeurs et 11 contributeurs, dans le but de « saturer les marchés des médias sociaux et traditionnels avec le message de liberté et de gouvernement limité grâce à des initiatives de marketing numérique et d'influence »[226]. Le programme fournit aux ambassadeurs "tous les outils disponibles pour diffuser avec succès ces idées sur les campus universitaires et au-delà" ». Les données financières de Turning Point USA confirment des dépenses de 5,8 millions de dollars au total pour une rubrique « autres services de programme », incluant les « programmes de médias d'influence de Turning Point USA »[226]. Mozilla a aussi trouvé des preuves qu'au moins deux organisations (Prager University et Today is America) ont fait de même[226].

Mozilla, en 2021, dit que TikTok manque d'outils et d'archives de transparence des publicités. Ceci empêche de surveiller les influenceurs politiques sur TikTok, alors qu'aux États-Unis par exemple, ils avaient des relations rémunérées, non divulguées, avec diverses organisations politiques[227]. Ceci rend TikTok vulnérable aux abus de groupes politiques et d'acteurs malveillants. Mozilla a publié trois recommandations pour TikTok[227] :

  1. développer des mécanismes d'auto-divulgation efficaces pour les créateurs[227] ;
  2. investir pour plus de transparence publicitaire sur la plateforme[227] ;
  3. mettre à jour les politiques et processus d'application sur les publicités politiques (les créateurs devraient utiliser #ad pour divulguer les partenariats payants et les contenus sponsorisés, et une nouvelle politique de contenu de marque aiderait les influenceurs à divulguer leurs partenariats payants)[227].

Fin 2021, Mozilla invite les régulateurs institutionnels à adopter des lois et des directives renforçant la transparence des plateformes dont en imposant la divulgation de toute forme de publicité en ligne, tout en adaptant la loi aux nouvelles formes de publicité politique et en clarifiant la définition de la publicité politique[227].

Controverses

Addictions

Selon Yao Qin et al. (2022) « TikTok a l'un des systèmes d'algorithmes les plus avancés et il est le plus addictif par rapport aux autres plateformes de médias sociaux » et « il affecte les états internes de plaisir, de concentration et de distorsion du temps des utilisateurs (que les chercheurs définissent comme l'expérience de flux), qui à son tour influence leur comportement de dépendance »[228]; dans le contexte d'utilisation de courtes vidéos et de nombreuses interactions, se montre rapidement capable de cerner ou orienter les centres d'intérêt de l'utilisateur, et par suite de fortement capter son attention au point que des psychologues dénoncent une excessive « addictivité » de TikTok, pouvant selon certains conduire à un « abrutissement » de l'utilisateur psychologiquement piégé dans l'enchainement potentiellement infini des vidéos que la plate-forme lui présente[229]. Selon l'analyse d'un sondage de jeunes chinois de 10 à 19 ans, la qualité du système influence plus l'expérience éprouvée par les adolescents sur TikTok que la qualité de l'information contenue ; et l' « expérience de flux » a des effets significatifs (directs et indirects) sur la concentration mentale et l'addiction à TikTok[228].

En effet, le « format court » imposé aux vidéos par TikTok les rend particulièrement addictives pour les adolescents qui souhaitent « rentabiliser le temps », « remplir les creux »[230]. La brièveté des contenus et les swipes rendent possible la 'découverte' à un plus grand nombre de vidéos et de thème en très peu de temps. Sur TikTok, il suffit de lancer l'application pour qu'un flux infini de vidéo courtes se génère, un point qui change des autres plateformes comme YouTube. À la suite de son succès, ce modèle a été repris par de nombreux autres réseaux comme YouTube Shorts ou Instagram[231]. Une enquête de Sandrine Philippe (en 2023 auprès des jeunes adolescents) montre que beaucoup ne sont pas dupés par l'illusion de « rentabiliser le temps », plusieurs affirmant perdre du temps avec l'application — surtout ceux qui sont issus de milieux populaires et ceux qui sont en échec scolaire. Le flux imposé de brèves vidéos fait perdre la notion de temps, et rend dépendant à l'algorithme ; le principe de boucle infinie renforce l'impression que l'utilisateur pourrait « rater » une prochaine vidéo peut-être intéressante, incitant à passer plus de temps sur TikTok. Selon Sandrine Philippe, ce modèle d'immersion intensive évoque celui de certains jeux vidéos.

Des praticiens jugent ces effets d'addiction très préoccupants pour la santé psychique et physique, dont en raison de trouble et manque de sommeil, de troubles de l'attention et d'un encouragement à la sédentarité, surtout chez de jeunes mineurs particulièrement captés :

  • En 2022, 63 % des jeunes Français de 12 ans déclaraient utiliser TikTok (bien que TikTok se présente comme interdit aux moins de 13 ans en France, et qu'en Chine en 2021, l'application était limité à 40 minutes par jour pour les moins de 14 ans[135]) ; les français de 4-18 ans y passent en moyenne plus d'une heure et quart par jour, avec environ 40 consultations par jour (contre 15 fois pour Twitter). « Au Royaume-Uni, 16 % des enfants de 3 et 4 ans utilisent déjà TikTok » et en France, à 11 ans, 2 enfants sur 5 l'utilisent en France[229].
  • En 2025, « les 11-17 ans passent en moyenne 4 heures et 38 minutes par jour sur Internet, dont 3 heures et 11 minutes sur les réseaux sociaux et les messageries. Chez les adolescents, TikTok est utilisé quotidiennement par 40 % des 11-17 ans, un chiffre qui grimpe à 47 % chez les 15-24 ans. Plus inquiétant encore, ces jeunes se connectent en moyenne cinq fois par jour à TikTok, avec une durée moyenne de session d'une heure et 28 minutes. L'usage est intensif, multi-journalier, et clairement favorisé par le design de l'application. L'architecture attentionnelle de TikTok s'inscrit dans une économie de captation du temps de cerveau disponible qui laisse peu de place au recul critique[232]. »

« S'agissant des plus jeunes, le doute n'est plus permis quant aux effets néfastes des réseaux sociaux et a fortiori de TikTok […] L'exposition aux écrans entraine des retards dans l'acquisition du langage, la reconnaissance des émotions et la motricité fine. Les effets sur la qualité de sommeil des enfants et des adolescents sont aussi démontrés : risques de dépression, anxiété et baisse de la concentration en classe[229]. »

La plate-forme contribue aussi à d'autres addictions nuisant à la santé publique (à la nicotine et l'e-cigarette par exemple, selon une étude publiée en 2022)[233].

Une étude sur les facteurs de modération de la surutilisation a conclu que « seul le contrôle parental actif s'est avéré être un modérateur significatif de la relation entre la concentration et l'utilisation problématique de TikTok […] au fut à mesure que la médiation parentale active se développe, l'impact de la concentration des adolescents sur l'utilisation problématique de TikTok se réduit »[234].

Malgré ces effets néfastes, TikTok incite les utilisateurs à consommer davantage, il se repose sur un modèle de « digital labour »[235], c'est-à-dire des activités qui ne sont pas vécues comme un travail mais qui produisent pourtant une valeur pour les grandes entreprises technologiques et qui sont mesurées par des indicateurs de popularités, de réputation. Pour les utilisateurs, il suffit de faire quelques gestes : liker, partager, s'abonner et swiper. Ainsi, leurs activités deviennent des données qui peuvent être réutilisés pour faire profit à la plateforme notamment en proposant des publicités ciblées.

Désinformation

Selon un article paru en avril 2023 dans la revue Nature, « pour concourir à l'attention des utilisateurs, les plateformes de vidéos courtes ont surutilisé la technologie algorithmique, ce qui a intensifié la polarisation du groupe, ce qui est susceptible de pousser les utilisateurs dans une « chambre d'écho » homogène. Et ces chambres d'écho peuvent contribuer à la diffusion d'informations trompeuses, de fausses nouvelles ou de rumeurs, qui ont des impacts sociaux négatifs ».

NewsGuard conclut de ses tests (2022) qu'en moins de 40 minutes, l'utilisateur de TikTok se voit aussi proposer des vidéos aux contenus faux sur l'actualité, et plus encore si l'application est utilisée comme moteur de recherche ; et « Sur 102 millions de vidéos retirées par TikTok au 1er semestre 2022, moins de 1 % l'ont été pour désinformation »[236]. Selon Global Witness, l'exposition aux fausses nouvelles y est pire que sur Facebook et YouTube : (« 90 % des contenus de désinformation créés pour une étude par Global Witness ont été approuvés par TikTok, alors que ce chiffre est de 20 % pour Facebook »)[236]. D'après les chercheurs de NewsGuard, 20 % des vidéos proposées automatiquement par la plateforme sur des sujets tels que la pandémie de Covid-19, l'invasion de l'Ukraine en 2022 ou le changement climatique contiennent de la désinformation[237].

Information versus désinformation sanitaire

Image représentant le coronavirus.

Une étude internationale (dirigée par le Dr Alexandre Hudon) concluait que 20 % des vidéos TikTok sur la santé mentale contiennent de la désinformation, avec des risques d’aggravation de troubles, de mauvaise observance thérapeutique ou de retard de prise en charge. Elle est confirmée par une enquête du Guardian montrant que, parmi les 100 vidéos TikTok les plus visionnées sous le hashtag #mentalhealthtips (« astuces de santé mentale »), 52 % contenaient des informations erronées, fantaisistes et scientifiquement infondées. Des incitations à l’abstention thérapeutique y sont courantes (ex : vidéo déconseillant formellement le traitement médicamenteux du TDAH), et, selon le psychologue et neuropsychologue Baptiste Carreira Mellier, TikTok contient une prolifération de diagnostics et d’autodiagnostics douteux émis par des créateurs de contenus non habilités (ex : adolescente de 14 ans persuadée d’être borderline à la suite d’un « diagnostic » posé par une influenceuse se présentant comme psychologue, mais n’ayant en réalité pas ce titre).

Lors de la pandémie de Covid-19, TikTok a été l'une des premières sources d'information des jeunes adultes. Le 12 juillet 2020, les hashtags « covid-19 », « covid19 » et « coronavirus » ont atteint des dizaines de milliards de vues et les vidéos faites par les professionnels de la santé y étaient moins nombreuses, mais souvent aimées et partagées, faisant potentiellement de TikTok un relai pour les professionnels de la santé pour éduquer et contester les mythes entourant la Covid-19[238]. Mais, comme souligné par plusieurs médias traditionnels, TikTok comme bien d'autres, est aussi source de désinformation et de fausses informations concernant cette pandémie[239]. Ainsi, selon NewsGuard, la désinformation sur les vaccins contre la Covid-19 y a été forte : les vaccins tueraient, les « dégâts » seraient cachés, etc.[240], « la toxicité de TikTok constitue désormais un danger important parce que des recherches de Google suggèrent que TikTok est de plus en plus utilisé par les jeunes […] pour trouver des informations »[241]. En 2021, TikTok aurait même dépassé Google comme site web le plus populaire au monde selon Cloudflare[239]. Pour donc éviter la désinformation de circuler, le porte-parole de TikTok affirme que la plateforme s'engage à retirer les contenus qui relèvent de la désinformation nocive, dont la désinformation médicale[242]. En 2020, Voyager Infosec a montré que lors de la pandémie de Covid-19 en Inde, un grand nombre de vidéos TikTok niaient la dangerosité du coronavirus SARS-CoV-2 pour les musulmans, les appelant à refuser les mesures sanitaires comme le port du masque , ce qui a poussé le ministère des technologies de l'information à demander à TikTok de supprimer les informations de ce genre et d'en identifier les auteurs, demande également adressée à Facebook où des contenus similaires circulaient. TikTok a dit activement travailler avec le gouvernement pour lutter contre la désinformation, tout en favorisant les contenus « crédibles » sur la Covid-19 sur sa plateforme[243]. En , la plateforme annonce avoir signé le Code de bonnes pratiques de l'Union européenne sur les discours haineux et la désinformation[244]. En , TikTok annonce avoir supprimé 29 000 vidéos contenant des « fausses informations » sur la Covid-19 en Europe[245], dont 3 000 dont le contenu visé appartenait au domaine médical. Comme d'autres réseaux, pour informer ses utilisateurs sur la pandémie, l'application affiche une bannière donnant accès à des renseignements[246].

Effets nocifs sur la santé des jeunes

Une étude réalisé par l'ONG Amnesty International en partenariat avec l'« Algorithmic Transparency Institute et AI Forensics » en 2023 conclut que l'algorithme de TikTok expose fortement, et très rapidement parfois, les jeunes à des contenus dangereux et/ou inapproprié à leur âge, incluant notamment la promotion du suicide et de l'automutilation. Les internautes ayant ce profil et montrant un intérêt pour ces sujets via les mots-clés entrés dans le moteur de recherche du réseau se retrouvent, dès les douze premières minutes, exposés, via la rubrique "Pour toi" de leur fil d'actualité, à une quantité massive de vidéos de ce type, susceptibles de renforcer leur mal-être [247] (« plus de la moitié des contenus recommandés à un « profil dépressif » concernaient l'anxiété, l'automutilation ou le suicide »)[248].

Le réseau est confronté à plusieurs procès pour ces motifs. En octobre 2024, aux États-Unis, treize états et le district de Columbia intentent des procès contre le réseau en l'accusant de provoquer l'addiction et de « contribuer sciemment à la crise de santé mentale des adolescents américains afin de maximiser ses recettes publicitaires »[249]. La radio publique américaine publie au même moment des documents internes à TikTok montrant que l'entreprise a effectué des recherches en interne sur les mécanismes d'addiction afin de maximiser le temps passé par les internautes sur le réseau, et que les chercheurs de TikTok connaissaient les effets délétères de ces mécanismes sur la santé mentale des jeunes[250]. En novembre 2024, un collectif de sept familles françaises assigne en justice TikTok devant le tribunal judiciaire de Créteil, accusant le réseau d'exposer les enfants à de nombreuses vidéos faisant la promotion du suicide, de l'automutilation ou encore des troubles alimentaires[251].

Le Kirghizistan interdit TikTok pour « protéger la santé des enfants » en août 2023[252].

Censure, désinformation et propagande

Potentiel général

Des chercheurs[Lesquels ?] s'inquiètent du potentiel, selon eux très fort, de l'application dans la guerre informationnelle mondiale, notamment parce qu'elle pourrait appliquer à un public international les méthodes de censure du gouvernement chinois et façonner sa compréhension de l'actualité. Ces inquiétudes sont renforcées par le fait que TikTok fournit peu d'informations sur les contenus qu'il supprime et sur l'indépendance qu'il affirme avoir vis-à-vis des censeurs chinois. Les chercheurs notent que Douyin, uniquement accessible en Chine, est soumis à la vision du Parti communiste chinois (PCC) sur les contenus et sources appropriés, et doit respecter des règles de censure ainsi que le Grand Firewall de Chine. Douyin a ainsi adopté une définition large des contenus indésirables, interdisant notamment tous ceux jugés « incommodants »[253]. Selon Matt Schrader, spécialiste de la Chine pour le groupe de pression américain Alliance for Securing Democracy (en), tous les contenus qui contreviennent à la ligne officielle du PCC sur Douyin, notamment l'emprisonnement des Ouïghours, la corruption de membres haut placés du PCC ou les vidéos des manifestants à Hong Kong, sont rapidement retirés[187]. Douyin a supprimé le compte du chanteur chinois Liu Keqing, connu pour sa forte ressemblance physique avec le président Xi Jinping, et dont le nom et l'image étaient utilisés pour parler du président Xi en contournant la censure[254],[255],[256].

En l'ONG Global Witness révèle que TikTok échoue au test de détection de désinformation initié par l'ONG. Global Witness a réussi à publier la totalité de ses 16 vidéos à destination du public irlandais et contenant de fausses informations. Ces fausses publicités destinées à informer les électeurs contenaient toutes de fausses informations destinées à mettre en péril la sincérité du scrutin. On y trouvait par exemple l'information selon laquelle l'âge légal pour voter avait été modifié à 21 ans. Global Witness a porté plainte auprès du régulateur irlandais contre TikTok[257].

En termes de propagande, des chercheurs[Lesquels ?] soulignent l'utilisation de Douyin par le PCC. Pour un spécialiste de l'industrie numérique chinoise, les contenus généralement légers et amusants de Douyin aident à faire passer les messages de propagande nationaliste approuvés par les autorités chinoises, auprès d'une population jeune qui a moins tendance à consulter les médias classiques. Pour un spécialiste du marketing sur TikTok, la plateforme a un potentiel massif pour changer les perceptions du public international, cela étant facilité par le fait que la plupart des usagers sont jeunes et relativement faciles à influencer[187]. Des chercheurs notent également que TikTok pourrait être utilisé pour des campagnes de désinformation en ligne à l'étranger, comme les autorités chinoises l'ont déjà fait sur Facebook, Twitter et YouTube, en créant des faux comptes pour dénigrer les manifestants hongkongais[187]. Par ailleurs, TikTok servirait à la diffusion de vidéos pro-Ukraine pendant l'Invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, alors que TikTok a suspendu la possibilité de publier de nouvelles vidéos sur sa plateforme en Russie étant donné la nouvelle loi russe qui proscrit la diffusion d'informations visant à discréditer l'armée et son invasion de l'Ukraine[258]. D'après Laurence Grondin-Robillard, experte des médias socionumériques à l'Université du Québec à Montréal, cela a pour conséquence d'enfermer les utilisateurs de la plateforme dans des chambres d'écho ou bulles de filtre, limitant ainsi une meilleure compréhension du conflit[258].

Selon Belinda Barnet, spécialiste des médias à l'université de technologie de Swinburne (en), il est « hors de doute » que TikTok et Douyin contribuent à la désinformation, les deux plateformes « pratiquant la censure et de campagnes de désinformation pour perturber et orienter le débat public »[259].

Répression des Ouïghours

Le sujet de la répression des Ouïghours en Chine est censuré ou masqué sur Douyin, menant à la publication de vidéos qui tentent de contourner cette censure de manière créative[106],[107]. En , une vidéo dans ce style publiée par une adolescente américaine sur TikTok devient virale, avant qu'un de ses autres comptes, puis son téléphone ne soient bloqués sur la plateforme. Interrogée par la BBC, TikTok affirme ne pas modérer les contenus en fonction de sensibilités politiques, et avoir effectué ces blocages en raison d'une autre vidéo montrant Oussama Ben Laden, ce qui contrevenait à sa politique de contenu. TikTok publie ensuite un communiqué sur l'affaire[260], mentionnant le blocage du compte et du téléphone, ainsi qu'un bref retrait de la vidéo dû à une « erreur » d'un de ses modérateurs et annulé ensuite par un supérieur. TikTok s'excuse du retrait momentané de la vidéo et débloque le téléphone de l'adolescente en dérogation à sa politique, affirmant qu'à l'évidence la vidéo précédente (et satirique[104],[105]) montrant Oussama Ben Laden n'était pas mal intentionnée. La plateforme affirme que les vidéos sur la situation des Ouïghours en Chine sont autorisées, et que la vidéo virale ne viole en rien sa politique de modération. La BBC note que si de telles vidéos sont présentes sur la plateforme, elles reçoivent en général beaucoup moins d'attention[104],[105],[261].

Manifestations de Hong Kong

En , TikTok est accusé de supprimer des vidéos des manifestations de Hong Kong, celles-ci étant presque totalement absentes lors d'une recherche avec le hashtag #HongKong, alors que ce même hashtag révèle un nombre très important de vidéos des manifestations sur Twitter[262],[187],[263].

Les contenus utilisant les hashtags populaires liés aux manifestations sont également quasi ou totalement absents de la plateforme. Le Washington Post relève qu'il est impossible de savoir quelles vidéos sont censurées sur TikTok en application de son interdiction des contenus haineux et extrémistes, les décisions de ByteDance sur cette question étant très opaques et l'entreprise ne fournissant pas d'outils permettant à des personnes externes d'effectuer des recherches sur le sujet. Le journal note par ailleurs qu'il est possible que les utilisateurs de Hong Kong pratiquent l'autocensure en évitant de publier des contenus politiquement risqués sur une application très observée par les censeurs chinois. Répondant aux allégations de censure, TikTok affirme que la modération des contenus pour ces utilisateurs est gérée par une équipe américaine qui n'est pas influencée par le gouvernement chinois. L'entreprise ne donne toutefois pas de détails sur la manière dont ces contenus sont modérés et sur ce qui protège l'équipe de modération américaine de l'influence des autorités chinoises. L'entreprise affirme également que si les publications sur Hong-Kong sont si peu présentes, c'est parce que la plateforme est consacrée au divertissement et non à la politique, les utilisateurs de l'application cherchant un « contenu positif et joyeux »[262],[187]. Elle ne fournit par contre pas de réponse à la question de savoir si la politique de modération des évènements de Hong Kong est la même sur TikTok que dans sa version chinoise Douyin[263].

Conflit sino-indien

En , lors du combat entre soldats chinois et indiens dans la vallée de Galwan, The Times of India affirme que TikTok effectue un shadow banning des vidéos relatives au combat et au conflit à la frontière sino-indienne. Des recherches employant quelques-uns des hashtags associés aux vidéos sur le conflit, pourtant présentes sur la plateforme, ne donneraient aucun résultat ou des résultats portant uniquement sur de vieux contenus. Par ailleurs, d'autres hashtags liés à des sujets sensibles pour la Chine, comme les manifestations de Tian'anmen, ne donneraient pas de résultats pour les utilisateurs indiens de TikTok[264].

Diverses critiques

En , dans le sillage des manifestations de Hong Kong, le journal The Guardian obtient des documents confirmant une censure sur TikTok des contenus anti-gouvernement chinois ou considérés comme sensibles vis-à-vis d'autres gouvernements et sociétés[265],[266]. Cela inclut les contenus considérés comme des « diabolisations ou distorsions d'événements historiques chinois » ou étrangers, notamment le génocide cambodgien, les émeutes de 1998 en Indonésie et les manifestations de la place Tian'anmen. Les règles interdisent également de « critiquer les lois et règles d'un pays », incluant notamment les critiques du système socialiste chinois, d'évoquer « le séparatisme, les conflits religieux », et d'« exagérer des conflits entre personnes noires et blanches ». Dans tous ces cas, les vidéos doivent être masquées et peu accessibles[267]. D'autres contenus semblent pouvoir être totalement supprimés, comme les vidéos promouvant la discipline et le mouvement religieux Falun Gong, interdit en Chine. Les mentions de certaines personnalités sont aussi bannies de la plateforme, notamment de « leaders étrangers ou figures sensibles » comme Kim Jong-un, Vladimir Poutine, Barack Obama, Donald Trump ou Gandhi, mais pas le président chinois Xi Jinping[267],[268],[266]. TikTok répond en affirmant que ces règles ne sont plus en vigueur depuis [268],[269], et que la plateforme aurait au départ adopté une approche « brute » pour minimiser les conflits sur la plateforme, avant de se décider à modérer les contenus de façon plus locale. La plateforme affirme qu'elle travaillera avec des comités locaux indépendants pour évaluer en continu ses politiques de modération et reconnaît le besoin d'une plus grande transparence au sujet de ces politiques[270].

The Guardian révèle ensuite des informations sur les règles locales, et un groupe de règles dit « Strict » alppliquées dans les pays à morale conservatrice, et un autre lié à des pays spécifiques. Les règles « strictes » sont plus sévères que les règles globales révélées auparavant sur la nudité et la vulgarité, interdisant notamment les « fesses partiellement dénudées », les décolletés avec « une longueur de plus d'un tiers de la poitrine », et les descriptions détaillées de serviette hygiénique. Pour les règles liées à des pays spécifiques, le Guardian révèle qu'en Turquie, sont interdites les images de consommation d'alcool, représentations des dieux « non-islamiques », l'homosexualité ou les mouvements pour les droits LGBT (toutes des pratiques et représentations légales dans le pays, bien qu'il existe une loi contre les contenus « obscènes »), le séparatisme kurde et les critiques de Mustafa Kemal Atatürk et du président Recep Tayyip Erdoğan. Les responsables de TikTok répondent à ces secondes révélations en affirmant que les règles concernant la Turquie ne sont plus en vigueur[269],[268].

D'anciens employés de TikTok aux États-Unis rapportent au Washington Post que les décisions finales sur le retrait de contenus étaient faites par des employés de ByteDance à Pékin[271].

En France, en 2022, l'Arcom reproche à TikTok un manque de transparence, et ajoute que c'est la plateforme qui coopère le moins quand des questions lui sont posées[5].

De leurs côtés, la SACD, la SACEM et d'autres reprochent à TikTok de ne pas respecter le droit d'auteur, privant les artistes de revenus, faute de lutte contre « une a "piraterie audiovisuelle", assive sur l'application »[5].

L'enquête sénatoriale de 2022, reproche à l'algorithme de recommandation de TikTok une totale opacité alors qu'il est une source d'informations privilégiée pour des internautes qui comptent parmi les plus jeunes (génération Z comprise)[272]. Cet algorithme s'entraine sur des millions de très courtes vidéos qui lui fournissent des « "données d'entraînement" d'une richesse incomparable, en nombre et en qualité […] TikTok reconnaît intervenir pour éditorialiser le fil "Pour Toi", tantôt en réduisant la visibilité de certains contenus (shadow banning), tantôt en en "poussant" d'autres. En outre, en dépit des dénégations de TikTok, cet algorithme dépend toujours des technologies et des ingénieurs chinois qui l'ont créé […] TikTok entretient le flou sur les moyens humains affectés à la lutte contre les fausses informations. Seul le chiffre des effectifs mondiaux Trust and Safety (40 000) est communiqué, incluant toutes les équipes affectées à la sécurité des contenus. Les contenus de désinformation tardent par ailleurs à être retirés, faute de proactivité. Que ce soit pour signaler des comptes de médias d'État ou pour avertir de l'altération d'un contenu par l'IA, les labellisations sont peu abouties. L'opacité est totale s'agissant du shadow banning, technique visant à censurer des contenus non en les retirant mais en les invisibilisant »[5].

TikTok a été utilisé à des fins d'espionnage et de géolocalisation par ByteDance, pour traquer deux journalistes enquêtant sur TikTok[273], et de nombreux États s'inquiètent de l'ampleur de la collecte d'informations personnelles par la plate-forme.

En France, alors que l'application compte en 2022 plus de 22 millions d'utilisateurs, une enquête sénatoriale[5] dénonce « des transferts de données d'utilisateurs de TikTok vers la Chine et vers des ingénieurs basés en Chine" ; et des mesures avérées de censure et de désinformation au bénéfice de la Chine, de ses priorités géopolitiques et des intérêts du Parti communiste chinois » (« Le fait que l'application reste dans l'orbite des autorités chinoises pourrait permettre à celles-ci, par exemple, de reconstituer, via les données collectées, l'organigramme d'une organisation, administration ou entreprise, afin d'en identifier les éléments pertinents en vue d'initier des actions d'espionnage ; d'identifier les habitudes de ces personnes pour faciliter ces mêmes actions ; de collecter des informations précises sur une personne pour construire un e-mail personnalisé pertinent dans le cadre d'une cyberattaque ; d'identifier certains lieux particulièrement stratégiques pour l'État et les personnes qui les fréquentent de manière habituelle ; de lancer une campagne de désinformation lors d'une crise internationale au profit de la Chine ou de ses alliés ; de favoriser, lors d'élections nationales ou locales, certains candidats »)[5]. Selon cette enquête, « TikTok collecte un grand nombre de données, comme d'autres applications (Google, Facebook, YouTube, etc.), directement auprès de l'utilisateur (date de naissance, numéro de téléphone…), ou via son téléphone (adresse IP, carnet d'adresses, calendrier, contenu du presse-papier, localisation…). Mais aussi des données via le profilage algorithmique, lui-même issu de l'interaction permanente et très rapide de l'utilisateur avec le fil « Pour Toi ». Ceci permet à l'application de déduire des caractéristiques que l'individu n'a pas activement révélées. La plateforme dresse ainsi un profil psychologique de ses utilisateurs et peut l'utiliser à des fins commerciales ou pour d'autres finalités indéterminées »[5] (ce qui était reproché à Aggregate IQ dans le cas du scandale Facebook-Cambridge Analytica). De plus, « TikTok entend faire reposer le principe de « minimisation » de la collecte sur une démarche volontaire de l'utilisateur, ce qui est contraire au RGPD. La politique de confidentialité ne permet pas de comprendre les finalités de cette collecte »[5]. Enfin, l'enquête déplore que ces données personnelles circulent : « stockées sur des serveurs basés aux États-Unis, en Malaisie et à Singapour, elles sont aussi partagées avec des prestataires de services ou des sociétés du groupe TikTok – non nommés – également situés hors Union européenne, en particulier en Chine, et qui disposent d'un accès à distance. La politique de confidentialité à destination des utilisateurs, opaque sur ce point comme sur beaucoup d'autres, indique seulement que ces partages de données permettent d'« assurer certaines fonctions ». Interrogés par la Commission d'enquête (2023), les représentants de TikTok ont constamment éludé cette question »[5].

En 2025, à l'assemblée nationale, une Commission d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, montre que TikTok n'a pas changé, avec un « constat sans équivoque d'une large diffusion des contenus néfastes » (« des contenus néfastes dont la nouveauté tient à leur volumétrie et à leur viralité »). L'application TikTok est toujours basée sur un modèle d'économie de l'influence basé sur l'utilisation ou la vente de données personnelles et d'une publicité ciblée, construite sur un format court et vertical, un algorithme opaque et un design addictifs, conçus pour capter l'attention de l'utilisateur via une « viralité à tout prix – un algorithme qui met en avant les contenus extrêmes pour faire des vues… et défendre un agenda politique ? […] un principe de récompense aléatoire » inspiré des jeux d'argent, associé à une « fausse promesse de l'argent facile et rapide » ............

Le 29 juillet 2020, TikTok fait de TikTok Irlande son représentant légal dans l'UE au sens du RGPD (la Data Protection Commission irlandaise (DPC) devient alors la seule entité à pouvoir contraindre TikTok dans toute l'UE pour ce qui concerne le RGPD[5]. Ce choix permet à TikTok d'échapper à la CNIL (qui a néanmoins fin décembre 2022, en s'appuyant sur la loi Informatique et Libertés, donné une amende de 5 millions d'euros à TikTok pour son utilisation de cookies illégaux sur tiktok.com). En 2022, La DPC enquête sur le traitement par TikTok des données personnelles des moins de 18 ans, et sur la captation de données personnelles envoyées de l'UE vers la Chine[5].

Utilisateurs considérés comme peu attrayants

En 2020, les responsables de l'application TikTok sont accusés par le magazine anglais The Intercept de censurer les personnes laides, grosses, pauvres ou handicapées, pour diffuser des vidéos plus attrayantes. Ils démentent cette information et nomment, dans différents pays, des responsables pour la confiance et la sécurité[274]. Des cas de censure de personnes handicapées continuent néanmoins d'être dénoncées par des militants[275],[276],[277].

Réponse de TikTok aux controverses

Fin 2019, réagissant aux controverses sur la censure, ByteDance engage le cabinet d'avocat américain K&L Gates (en), dont les anciens membres du Congrès Bart Gordon et Jeff Denham, pour la conseiller sur les politiques de modération de TikTok[28],[29], ainsi que le cabinet de lobbying américain Monument Advocacy[27].

En , TikTok admet que ses pratiques « ne sont pas sans reproche » et annonce la création d'un centre de modération « transparent » à Los Angeles. Des observateurs externes pourront y évaluer comment TikTok régule ses contenus, et ils auront à terme accès au code de l'application, pour juger de ses efforts faits en matière de sécurité et de vie privée et aider à « améliorer sa politique de modération et ses systèmes de sécurité »[278]. Début , ce centre est visité par des journalistes et révèle certains détails de l'algorithme[279].

En 2021, TikTok s'est engagé à n'accepter aucune « publicité politique payante » et se dit résolu « à lutter contre la prolifération de la désinformation sur sa plateforme », en se faisant aider (via des partenariats) par « des organisations de vérification des faits, notamment l'Agence France-Presse (AFP), Animal Político, Estadão Verifica, Lead Stories, Newtral, Pagella Politica, PolitiFact, SciVerify, Teyit & Vishvas News »[280]. Un « centre de transparence et de responsabilité » est annoncé pour 2022 en Irlande, ouvert aux décideurs politiques, régulateurs, chercheurs et experts industriels » ; des « tours virtuels » sont organisés (sur inscription) dès 2021[281].

Confidentialité et sécurité

La plateforme et son application suscitent de nombreuses controverses sur sa sécurité et sa confidentialité[282],[283]. Dans sa politique de confidentialité, TikTok affirme collecter, entre autres, des informations sur l'utilisation (en), l'adresse IP, l'opérateur téléphonique, l'identifiant unique de l'appareil, la dynamique de frappe au clavier, et les données de géolocalisation[284],[285],[286].

En , le Wall Street Journal rapporte que la version Android de l'application TikTok a récolté jusqu'en des identifiants d'appareils, notamment les adresses MAC et les IMEI, en contournant une interdiction de Google, le développeur d'Android. Profitant d'une faille, le réseau social a ainsi pu récolter des données lui permettant de suivre les activités en ligne des utilisateurs, et ce, sans leur consentement ni même en leur laissant la possibilité de retirer ce tracking[287],[288],[289].

La politique de confidentialité de TikTok indique que la plateforme peut partager les données des utilisateurs avec sa société mère ByteDance, une filiale ou une entité affiliée du groupe[264],[285]. Elle peut ainsi partager des données avec son pendant chinois Douyin, qui possède une politique destinée à la protection de la sécurité nationale chinoise. Celle-ci indique notamment que l'entreprise « ne nécessite pas d'autorisation pour la collecte et l'utilisation d'informations personnelles »[264].

Plusieurs gouvernements accusent TikTok d'être un Cheval de Troie du gouvernement chinois[290]. Selon Fergus Ryan, analyste à l'Institut australien de stratégie politique, TikTok est obligée de donner accès à ses données si les services de renseignements chinois le lui demandent et de tenir cet accès secret. Il cite la règlementation du pays en matière de renseignement, notamment la loi chinoise sur le renseignement national, dont l'article 7 indique que « Toute organisation ou citoyen doit, en accord avec la loi, soutenir, apporter assistance et coopérer avec le travail de renseignement national et garder le secret sur tout travail de renseignement national dont ils ont connaissance ». Dans d'autres pays, la situation serait différente, par exemple aux États-Unis où Apple a publiquement refusé de décrypter les données d'un iPhone pour la police fédérale[259], qui a ensuite poursuivi l'entreprise en justice pour les obtenir[291].

À la suite de diverses controverses en 2020, ByteDance produit un rapport qui affirme notamment que les États-Unis auraient fait des demandes d'accès à des comptes d'utilisateurs, mais pas la Chine, y compris concernant les manifestations de 2019-2020 à Hong Kong[274].

Australie

En Australie, l'application est lancée en et devient rapidement populaire, atteignant 1,5 million d'utilisateurs en [292]. En , TikTok ouvre un bureau dans le pays[293].

En , le Sénat australien ouvre un comité d'enquête sur l'ingérence étrangère par les réseaux sociaux, pour analyser notamment les risques de désinformation par ce biais. Un parlementaire avance que TikTok pose question au vu de son développement et de sa gestion dans une société illibérale, critique sa censure de contenus anti-gouvernement chinois, et note les risques d'utilisation des réseaux sociaux en matière d'espionnage, d'opérations d'influence, de censure à des fins de propagande et même d'ingérence électorale[294]. En , la présidente du comité d'enquête affirme que les experts interrogés sont préoccupés par TikTok, et appelle ses responsables à se présenter devant le comité d'enquête en accusant le gouvernement de manquer de « leadership » face à ce problème[259].

Le directeur général de TikTok Australie affirme que TikTok ne partage les données des utilisateurs australiens avec aucun gouvernement étranger, y compris le gouvernement chinois, et que la plateforme refuserait un tel partage en cas de demande[295]. Il souligne que les données des utilisateurs australiens sont stockées à Singapour et que la plateforme « tente de minimiser l'accès aux données à travers les régions ». Pour Fergus Ryan, analyste à l'Institut australien de stratégie politique, cette formulation est une manière indirecte de dire que des données d'utilisateurs australiens de TikTok transitent par la Chine, ce qui ferait sens pour que les ingénieurs situés à Pékin puissent travailler sur l'application. Selon Ryan, cela est « particulièrement inquiétant », les lois chinoises sur le renseignement obligeant toute entreprise du pays à fournir ses données sur demande et à ne pas en parler le cas échéant[259].

États-Unis

En , le sénateur démocrate Chuck Schumer et le sénateur républicain Tom Cotton demandent à la direction du renseignement national d'évaluer les risques d'espionnage que TikTok et d'autres plateformes chinoises de contenu opérant aux États-Unis posent au pays. Ils estiment notamment que ByteDance est obligé de respecter les lois chinoises et donc de coopérer avec les services de renseignement du Parti communiste chinois, même si les données des utilisateurs sont stockées aux États-Unis. Ils citent en particulier la nouvelle loi chinoise sur le renseignement national entrée en vigueur en 2017, craignant que l'application n'offre aux renseignements chinois un accès secret aux smartphones et ordinateurs des utilisateurs, accusation similaire à celle faite contre les fabricants d'équipements de télécommunication et de smartphones Huawei et ZTE. Ils s'inquiètent également de l'apparente censure des contenus jugés « trop politiquement sensibles à l'encontre du Parti communiste chinois », et expriment des craintes sur l'utilisation de TikTok par la Chine pour faire pression sur l'élection présidentielle de 2020. TikTok dément fermement ces accusations, affirmant qu'aucun gouvernement étranger ne l'influence, que ses centres de données sont situés hors de la Chine et que ses données ne sont pas soumises à la loi chinoise. Le réseau social dément également censurer des contenus qui dérangeraient le gouvernement chinois, et affirme n'avoir jamais reçu une demande de ce genre, ajoutant qu'il ne la respecterait pas le cas échéant[200],[296],[297],[298],[299].

Le même mois, le sénateur républicain Josh Hawley invite Apple et TikTok à témoigner devant le Congrès américain, lors d'une audition sur le numérique, les données personnelles et la Chine. TikTok refuse en citant un délai trop court et Apple ne fait pas de commentaire[199].

Le 28 février 2023, le gouvernement fédéral des États-Unis interdit l'utilisation de TikTok sur les appareils professionnels des employés des agences fédérales, au motif que subsistaient des inquiétudes concernant la sécurité des données des utilisateurs[300],[301]. Cette interdiction est à but préventif, car les méthodes de collecte de données de TikTok permettent un large accès au contenu des appareils[302].

Le gouvernement américain envisage son bannissement total, au nom de la sécurité[303].

La Chambre des représentants des États-Unis le texte qui menace de bannir TikTok aux États-Unis. L'entreprise chinoise ByteDance, propriétaire de TikTok, doit céder sous six mois son application sous peine d'interdiction dans le pays[304].

Le , Le ministère américain de la Justice et la Federal Trade Commission, intente une action en justice contre TikTok et sa société mère ByteDance pour avoir violé une loi interdisant aux entreprises de collecter et d'utiliser les informations personnelles des enfants de moins de 13 ans[305].

Inde

En Inde, la plateforme est sujette à des controverses sur les risques qu'elle poserait aux données de ses utilisateurs[42] et à la sécurité et souveraineté de l'Inde dans le cyberespace[170], dans un contexte de conflit militaire du pays avec la Chine.

Entreprises

En , Amazon demande à ses employés de supprimer l'application de tout téléphone ayant accès à ses mails internes, citant des « risques pour la sécurité », avant de revenir quelques heures plus tard sur cette communication, qu'elle qualifie d'erreur[306],[307]. Selon Susan Ariel Aaronson, professeure à l'Université George-Washington et experte de la gouvernance des données et de la sécurité nationale, Amazon pourrait avoir craint un accès de l'application aux données de ses employés en raison des accusations de vols répétés de propriété intellectuelle que le gouvernement américain porte contre la Chine. L'entreprise aurait aussi pu être partiellement motivée par une volonté de ne pas froisser l'administration Trump, avec laquelle elle est en conflit[308]. TikTok publie un communiqué affirmant que la sécurité de ses utilisateurs est « de la plus haute importance », et que bien que les craintes ne lui soient toujours pas claires, elle est ouverte à un dialogue avec Amazon[307],[308].

La banque américaine Wells Fargo dit avoir demandé à certains employés ayant installé l'application sur des téléphones professionnels de la désinstaller, en raison des controverses sur la confidentialité et la sécurité de TikTok, et du fait que des téléphones professionnels ne devraient pas être utilisés à d'autres fins[307].

Contenu et mœurs

Contenus d'ordre sexuel

Une des controverses dont l'application fait l'objet est celle d'encourager le narcissisme et l'hypersexualisation de ses utilisateurs, souvent très jeunes. Par voie de conséquence, elle pourrait être une plateforme de choix pour les prédateurs sexuels[309].

En Égypte, deux influenceuses sont arrêtées pour avoir fait créer des comptes et publié des vidéos qui incitent à l'immoralité et à des comportements allant à l'encontre des valeurs familiales égyptiennes. Une autre est arrêtée pour des faits similaires et accusée de trafic d'êtres humains pour avoir tenté de recruter d'autres influenceuses afin de « faire des rencontres » et « publier des vidéos de divertissement » contre de l'argent, incitant ainsi des jeunes filles à commettre des actes « inappropriés » en profitant de la situation économique difficile[310].

En Inde, avec plus de deux cents millions d'utilisateurs actifs en (43 % du total à ce moment)[311], TikTok suscite plusieurs polémiques. En 2018, elle est accusée de faire la promotion de la pornographie et de la pédophilie, en raison du nombre grandissant d'adolescents et de jeunes adultes se mettant en scène dans des positions ou des scénarios sexualisés, dans un pays très attaché aux valeurs morales et religieuses de l'hindouisme. En , la Haute Cour de Madras accuse TikTok de propager des contenus pornographiques[161],[162] et TikTok retire environ 6 millions de vidéos controversées[165].

En , des documents internes étudiés par le quotidien The Guardian révèlent les consignes liées à la pédopornographie : les vidéos signalées comme représentant des mineurs, si les modérateurs ne parviennent pas à déterminer si la victime a l'air d'avoir moins de 18 ans, devaient par défaut être considérés comme adulte. Andy Burrows, expert et militant pour la protection de l'enfance (en) en ligne, critique ce qu'il considère comme une « approche cavalière », notamment parce que TikTok reconnaît à l'évidence dans ces documents internes l'existence de vidéos représentant des personnes qui semblent mineures en « tenues sexy » ou « dansant de manière séduisante », utilisant même l'expression de « pornographie de mineurs »[269]. ByteDance répond à ces révélations en affirmant que ce document n'est plus valide[267] et qu'elle a depuis décidé, de traiter comme telles les vidéos à caractère sexuel qui semblent montrer des mineurs[269].

Humour dégradant

Sur TikTok, les cas de sexisme explicite sont marginaux, mais persistants ; pour élargir leur audience tout en respectant les normes imposées, les créateurs de contenu produisent des vidéos et de dramas devant être suffisamment neutres et non discriminantes, qui n'empêchent pas, parfois, la présence de violence physique et verbale édulcorée, cachée derrière des codes esthétiques et/ou humoristiques. Certains contenus viraux exploitent les limites de tolérance des plateformes en recourant à un humour à connotation sexuelle, qui participe à la reproduction de rapports d’infériorité puisque selon le HCE (2023),l'algorithme de TikTok offre aux internautes une image dégradante des femmes dans 20 % des contenus étudiés (dont plus de la moitié (53 %) relèvent de situations d’humiliation), contribuant donc à la persistance de stéréotypes et de représentations négatives portant atteinte à leur dignité[312].
Les deux genres dominants de TikTok sont l’humour et le divertissement. Dans ces catégories, le contenu moqueur, humiliant ou dégradant pour les femmes, tournées en dérision à travers des mises en scène suggestives ou dévalorisantes (gestes à connotation sexuelle, comportements ridiculisés) est de 42,5 % (soit le double de la moyenne des autres catégories). Les rapports de couple stéréotypés (hétérosexuel traditionnel) y sont majoritaires (36 % des interactions entre femmes et hommes), et souvent exploités pour ridiculiser la femme, par exemple en la montrant comme hystérique face à un désordre préalablement causé par l’homme, suggérant que le ménage relève de sa responsabilité. Des connotations sexuelles ou violentes sont souvent suggéré par des éléments sonores ou visuellement suggestifs[312].

Hashtag #Autismchallenge

En , des utilisateurs de TikTok lancent, sous le hashtag #Autismchallenge, une parodie des mouvements et des expressions faciales des personnes autistes, à travers des grimaces et des imitations de danses malhabiles[313]. Ce défi est qualifié d'« humiliation » sur le site web handicap.fr, et suscite une réaction de la secrétaire d'État française aux personnes handicapées Sophie Cluzel, qui juge ce challenge « consternant »[313].

La tendance #SkinnyTok

Apparue sur TikTok en janvier 2025 en continuité de mouvements pro‑anorexiques antérieurs, et susceptibles de favoriser des troubles du comportement alimentaire, elle désigne des contenus valorisant la maigreur extrême et des restrictions alimentaires potentiellement délétères.
Selon l'Arcom, en deu jours (les 23 et le 24 avril 2025), 5 500 publications émanant de 3 000 créateurs, majoritairement en anglais (80 %) et en français (7 %), ont cumulé 97 millions de vues et 9,5 millions de mentions « j'aime ». Portée par des influenceuses, la tendance recourt à des injonctions culpabilisantes et à des slogans détournés de motivations prétendument « healthy », visant principalement un public féminin et banalisant des conduites alimentaires à risque.

À la suite d'une pétition « Stop #SkinnyTok » lancée par une infirmière (Charlyne Buigues), la ministre chargée de l'intelligence artificielle et du numérique, Clara Chappaz, a saisi l'Arcom et la Commission européenne[314], conduisant au blocage du hashtag en juin 2025, mais des contenus similaires ont continué de circuler sous d'autres mots‑clés (#FearFood...), montrant que les producteurs contournent les mesures de modération. Le discours promouvant la maigreur extrême sur la plateforme persiste sur TikTok.

Propagande de l'État islamique

En , le Wall Street Journal relève que l'organisation djihadiste État islamique (EI) publiait des vidéos de propagande sur 20 comptes montrant, entre autres, des cadavres exhibés dans les rues et des combattants de l'EI armés. Les comptes auraient moins de 1000 abonnés[315]. L'information est ensuite confirmée par un collaborateur anonyme de TikTok, qui affirme que 10 comptes ont été supprimés, sans donner d'informations sur les 10 autres comptes, et que l'essentiel des vidéos avaient un nombre très faible de vues[316]. TikTok affirme que les comptes promouvant des organisations terroristes n'ont pas leur place et que leurs auteurs verront leurs comptes et leurs appareils bloqués[317].

Propagande nazie

En septembre 2024, un rapport de l'ONG américaine Media Matters signale des vidéos de discours traduits par IA d'Adolf Hitler devenant virales sur TikTok (plus d'un million de vues pour certaines)[318],[319]. Le média britannique Sky News dénombre près de 70 000 vidéos aux contenus nazis relayant des discours d'Adolf Hitler[320].

Masculinisme et sexisme

Depuis le milieu des années 2010, de nombreuses études[321],[322],[323],[324],[325],[326] montrent que l'idéologie masculiniste est très présente sur certaines plateformes ; algorithmiquement encouragée sur TikTok (où, intentionnellement ou non, elle cause des dommages mentaux, sociaux et sociétaux, largement démontrés[327] et analysés (2025) par deux criminologues canadiens (Samuel Tanner et François Gillardin)[326].

Un rapport (2023) du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) sur le « cercle vicieux du sexisme »[312] a confirmé que l'algorithme de TikTok diffuse massivement des stéréotypes de genre, avec 35 % des vidéos analysées montrant un comportement féminin stéréotypé (dépeignant les femmes comme réservées et calmes (18 %), hystériques (16 %) ou séductrices (13 %), pendant que les 61 % de vidéos restantes montraient des stéréotypés masculins avec comme archétype dominant « l’homme humoriste » ( 33 % des contenus de divertissement et 32 % relevant de l’humour, et « dans le cas de l’humour et du divertissement, qui sont les deux genres de contenus les plus représentés sur TikTok, le nombre de représentations dégradantes des femmes atteint 42,5 %. »). Ce biais de représentation contribue, selon le HCE, à renforcer la reproduction des rôles genrés et la banalisation de la violence symbolique envers les femmes sur la plateforme.

L'idéologie masculiniste y est notamment portée par des profils d'influenceurs clivants autoproclammés ou étiquetés Coachs de Séduction. Elle l'est aussi par une communication toxique, ici définie par les sociopsychologues et psychiatres comme produisant des représentations tronquées, inexactes, biaisées et discriminatoires des femmes et des personnes ne se reconnaissant pas dans les stéréotypes de cette masculinité. Cette communication masculiniste a par exemple été étudiées par Banet-Weiser et Miltner (2016)[321] et par Bauer (2023)[322] qui ont montré qu'elle crée, exacerbe ou met en scène les relations de genre sous l'angle de la domination masculine, avec des propos dénigrants, dévalorisants ou diffamatoires envers les genres féminins et non binaires[324],[327],[328], en couvrant un spectre allant de violations de l'État de droit (discours de haine, cyberharcèlement, incitation à la haine, diffamation) à des discours, comportements ou images non pénalisé(e)s, mais psychiquement et socialement nuisibles, de promotion de stéréotypes sexistes (ex : assignation des femmes à la sphère domestique), en passant par des pratiques de trolling. Ce registre mobilise la notion de masculinité hégémonique (définie en 2005 par Connell & Messerschmidt comme les pratiques, postures et attitudes visant à maintenir une position dominante du genre masculin vis à vis des autres catégories de genre). Sur TikTok, ces masculinités promeuvent des modèles d'idéaux, de fantasmes et de désirs orientant les relations avec les femmes conforme à l'hégémonie masculine ; la masculinité hégémonique est ici un modèle de pratiques hétéronormatives et de hiérarchisation entre hommes et femmes plutôt qu'un type physique d'hommes. TikTok, au sein de chambres d'écho promeut ainsi une légitimation de la domination masculine, tout en tenant compte comme on le voit dans d'autres domaines de l'hétérogénéité interne au groupe des hommes[329]. Dans ce cadre, la « communication toxique » valorise une masculinité machiste, dominante et contrôlante, en diffusant un discours diffamatoire envers les genres « non-masculins », ciblant les femmes par des représentations stéréotypées, voire diffamatoires, et présentant souvent les hommes comme victimes d'une supposée « gynocratie »[328],[330], contribuant à une culture de haine des femmes, ce que dénonce P Ferrari en 2023[331].

Une étude anglo-américaine (2024) soulignait en outre que « les contenus préjudiciables sont transformés en jeux et présentés comme des divertissements » par le biais d'algorithmes qui les font alors paraitre plus anodins tout en les rendant plus addictifs[332]. Après avoir notamment créé quatre faux profils d'adolescents sur TikTok, selon quatre « archétypes » différents (correspondant à des centres d'intérêt et des préoccupations que peuvent avoir des garçons pendant l'adolescence). Chaque jour, les profils regardaient des TikToks pendant une heure : l'étude a conclus qu'après cinq jours d'utilisation de TikTok, le niveau de misogynie de la page « Pour toi » de TikTok était multiplié par quatre - quel que soit l'archétype considéré[332].

Le rapport annuel 2023 sur le sexisme en France souligne que « les "raids" masculinistes se multiplient en ligne pour réduire les femmes au silence ou les discréditer[333]», en lien, notamment, avec la mise en avant par TikTok d'influenceurs comme Andrew Tate « dont les vidéos engrangent des milliards de vues sur TikTok, Instagram ou encore YouTube[333] ». Le rapport annuel 2024 précise que sur TikTok, «les vidéos dites humoristiques sont dominées par des représentations dégradantes et humiliantes des femmes (42,5 %)»[333]. « La plateforme favorise, par les mécanismes de viralisation des contenus problématiques, la diffusion d'idéologies politiques négatives et contraires aux droits humains. Racisme, antisémitisme, glorification du terrorisme, sexisme... les dérives sont nombreuses. Lors de nos auditions, une mouvance est particulièrement ressortie, nous conduisant à y dédier une table-ronde : le masculinisme, qui connaît un fort retentissement sur l'application. Des discours appelant à dominer, humilier, ou dénigrer les femmes y sont largement diffusés, particulièrement chez les jeunes voire les très jeunes. L'audition du masculiniste Alex Hitchens a été particulièrement commentée chez les collégiens. » Le rapport estime que TikTok est devenu une plateforme centrale pour la diffusion du discours masculiniste, d'abord introduit de manière anodines (via les sujets de musculation, séduction, style de vie) avant de conduire l'utilisateur vers des communautés privées plus radicales. Shanley Clemot McLaren, cofondatrice de l'association Stop Fisha, rappelle en 2025 que 60 % des femmes déclarent avoir subi des violences en ligne et qu'elles sont 27 fois plus susceptibles que les hommes d'être harcelées. La journaliste Pauline Ferrari décrit TikTok comme un « catalyseur » de radicalisation, notant qu'un jeune homme peut être exposé à ce type de contenus en moins de vingt minutes de navigation. Le doctorant Tristan Duverné a illustré l'aspect algorithmique du problème : un débat sur la féminité d'une streameuse a accru l'audience de 45 % en deux minutes, montrant que les offenses servent souvent à maximiser la visibilité. De plus, note le rapprort, les contenus, violents ou choquants de TikTok, circulent souvent ensuite, massivement, entre plateformes (Instagram, Snapchat, Facebook X, etc.), leurs producteurs adaptant leurs publications aux règles et codes des autres plateformes pour contourner la modération. Ce rapport a comme recommandation n°3 du président : « Renforcer le cadre juridique des délits sexistes en ligne et du cyberharcèlement en y intégrant la lutte contre l'idéologie masculiniste »[334].

Lors des auditions des dirigeants de TikTok, jugées décevantes ; et marquée par le refus d'apporter des réponses substantielles, par la langue de bois et un refus de transparence ; illustrés par des questionnaires restés sans suite et des visites de modération refusées ou strictement encadrées (« […] à Dublin uniquement Transparency and Accountability Center, pour une durée d'une heure sans possibilité d'échanger avec des salariés. […] Forte de moyens colossaux et grâce à une vitrine composée de salariés courtois et bien préparés, TikTok a tenté de sauver son image de marque. L'audition marathon à l'Assemblée nationale restera néanmoins marquée par ces quelques moments où, derrière les réponses lisses et les attitudes impassibles, les visages des représentants de TikTok se liquéfiaient quand ils étaient confrontés à la violente réalité de certains contenus ou propos présents sur la plateforme. Que dire également de ces dirigeants qui, confrontés par exemple aux propos masculinistes d'Alex Hitchens, et alors que nous évoquions la possibilité d'interroger la responsable Europe sur ces contenus l'après-midi, ont « fait le ménage » sur la pause méridienne en suspendant ses nombreux comptes, avant de les réactiver le lendemain et en ne supprimant que les vidéos les plus problématiques. Le sexisme plus ou moins diffus, l'environnement misogyne qui flirte avec les limites du judiciarisable, semble donc avoir sa place sur TikTok, comme sur de nombreuses plateformes. […] La responsable des politiques de sécurité a néanmoins osé affirmer que TikTok était un « environnement sûr », un slogan mirage rappelant le temps où les alcooliers martelaient que l'alcool à petite dose était bon pour la santé, ou ces cigarettiers qui faisaient de la promesse d'émancipation un levier de désirabilité du produit. L'aspect économique prime évidemment derrière la vitrine d'une application soi-disant destinée à forger des communautés. TikTok Shop, récemment lancé en France, est devenu en quelques semaines une plateforme de dropshippingoù les produits de basse qualité fabriqués en Asie sont revendus à moindre coût, tout cela étant bien sûr largement encouragé par la plateforme qui positionne des influenceurs faisant la promotion en continu de ces mêmes produits bas de gamme. Notons que la page d'e-commerce de Tiktok est désormais située entre les fils “Pour toi” (contenu suggéré, automatiquement proposé à l'ouverture de la plateforme) et “Suivis” (contenus auxquels l'utilisateur est abonné). Tout est fait pour favoriser la dépense sur la plateforme »)[335].

En 2025, les députés dénoncent l'immobilisme de TikTok et un traitement opportuniste de contenus problématiques (suspensions généralement temporaires de comptes masculinistes), ainsi qu'une tolérance du sexisme[335].

Derrière l'image d'une plateforme « sûre », TikTok privilégierait ses intérêts économiques : développement du commerce intégré (TikTok Shop) et monétisation massive des diffusions en direct (lives), inspirées de mécanismes proches des jeux d'argent, poussant à la dépense avec participation possible de mineurs malgré les règles affichées.

La modération est largement sous‑traitée et caractérisée selon le rapport pra des manquements majeurs : la plateforme ne respecte pas pleinement ses obligations légales ni ses propres règles, et n'a pas d'incitation économique à retirer des contenus viraux, même lorsqu'ils sont problématiques (

« Il a également décrit une formation d'une semaine à peine, sans lien avec TikTok. Cette mission, qui est donc sous-traitée, est confiée à 509 modérateurs (selon les chiffres du second semestre 2024) pour les contenus francophones du monde entier, un chiffre dérisoire et en baisse constante depuis qu'ils sont publics : il était de 634 six mois plus tôt. Les dirigeants de TikTok ont indiqué à notre commission que 80 % du contenu enfreignant leurs conditions générales sont modérés par de l'intelligence artificielle, laissant officiellement 20 %, mais probablement beaucoup moins, au filtre humain. Pourtant, nulle statistique nécessaire pour prouver l'inefficacité de ce système, nous avons nous-mêmes créé de faux comptes mineurs sur l'application, signalé des contenus choquants, la modération par intelligence artificielle n'ayant rien fait et l'appel étant également rejeté. À la veille de la présentation de ce rapport, une vidéo du suicide en direct d'une jeune femme est restée toute une nuit en ligne, malgré les signalements. La réponse automatique indiquait qu'elle ne contrevenait pas aux règles d'utilisation[336]. »

La plateforme ne reste pas toujours muette face aux critiques adressées : le compte d'Andrew Tate a été désactivé en 2022[337], et lorsque l'on écrit certains termes pouvant renvoyer à de la masculinité toxique dans la barre de recherche TikTok (quand on recherche « Andrew Tate », par exemple), les résultats s'accompagnent parfois d'un encadré « Be hate aware ». En outre, il convient de prendre en compte la présence de contre-discours sur la plateforme. Par exemple, une vidéo masculiniste virale d'Alex Hitchens a fait à son tour l'objet de vidéos qui tournant en dérision la phrase de l'influenceur, certaines ayant été vues plusieurs millions de fois[338]. Mais selon le rapport français 2025 de l'Assemblée nationale

Harcèlement et agressions

Plusieurs utilisateurs dénoncent des problèmes de harcèlement[339],[340], ainsi que des agressions racistes et antisémites[341].

En , TikTok retire l'accès des utilisateurs de moins de 16 ans à la messagerie privée de l'application, à la suite de controverses sur le cyberharcèlement des mineurs et la pédophilie. Cette mesure est toutefois critiquée comme étant facile à contourner[342].

En , des utilisatrices francophones du réseau lancent le hashtag #balancetontiktokeur, dénonçant le harcèlement sexuel dont elles avaient été victimes[134]. Face à l'inaction de la plateforme, la secrétaire d'État française chargée de l'égalité femmes-hommes Marlène Schiappa contacte ses dirigeants pour la France pour leur demander de prendre des mesures contre les harceleurs. Elle affirme qu'ils n'ont rien fait face à des milliers de témoignages, et qu'elle leur a demandé de bannir les personnes mises en cause de manière préventive, comme l'a fait la plateforme de streaming Twitch, ainsi que de mettre les victimes en contact avec la justice ou des associations. Dans les médias, les responsables de TikTok répondent en affirmant qu'ils suspendent les utilisateurs qui enfreignent les règles, contrairement aux autres plateformes[343].

Le , l'utilisateur Barbe Multicolore, connu pour ses vidéos de maquillage masculin, se fait bannir pour sept jours de la plate-forme sous le motif « nudité et activité sexuelle d'adulte », alors que son contenu ne présentait aucune nudité. Il affirme ne pas comprendre la raison d'une telle mesure, d'autant qu'aucun des commentaires violents qu'il recevait n'a fait l'objet d'une modération. Le réseau social n'a donné aucune explication quant au bannissement ainsi qu'à l'absence de modération[344].

En décembre 2021, une ancienne modératrice ayant travaillé pour une société tierce chargée par TikTok de gérer la modération a porté plainte contre cette dernière, dénonçant des conditions de travail exécrables, obligeant les employés à visionner des contenus extrêmement violents 12 heures par jour. Elle ajoute également avoir développé de nombreux troubles tels que des crises de panique, une dépression, de l'anxiété et un stress post-traumatique. Elle dénonce également l'absence de prise en charge psychologique des équipes de modération. La société mère a réagi en affirmant que « [son] équipe de sécurité s'associe à des entreprises tierces pour le travail essentiel de protection de la plateforme et de la communauté TikTok, et [elles continuent] à développer une gamme de services de bien-être afin que les modérateurs se sentent soutenus mentalement et émotionnellement »[345],[346],[347].

En 2022, une tiktokeuse (JellyBean) est ciblée par une campagne de cyberharcèlement menée sur TikTok[348],[349].

En 2023, TikTok introduit des contrôles parentaux améliorés permettant de filtrer les contenus inappropriés[350].

Selon la société finlandaise de méthodologies CheckFirst et selon le service de vérification des faits Faktabaari, lors des élections européennes de 2024, l'algorithme de TikTok a favorisé un langage sexiste et systématiquement critique envers les femmes politiques, certains hommes politiques, les juifs et la communauté LGBT, ce qui a pu créer des biais dans la façon dont le public exposé à TikTok a ensuite voté, et qui propage et exacerbe les discours de haine[351].

Violence et cruauté envers les animaux

En 2025, Jennifer Elbaz, chargée de mission éducation au numérique à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), alerte sur le fait que lors de sensibilisations faites auprès de milliers de mineurs en France, il a été constaté que « tous les enfants racontaient avoir vu sur TikTok la vidéo d’un chat passé au mixeur », sans en avoir parlé auparavant, découvrant collectivement qu’ils avaient été exposés au même contenu choquant[352], parmi d'autres vidéos préjudiciables[353] (souvent non éliminées rapidement par la modération automatisée de la plateforme, et massivement diffusées par l’algorithme, et visionnées par des enfants sans médiation adulte), relevées par la commission d’enquête parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs[352]. De tels contenus peuvent provoquer un choc émotionnel durable, favoriser la désensibilisation à la violence et déclencher des troubles anxieux ou des cauchemars chez les jeunes[352]. De nombreuses vidéos émouvantes d'animaux manipulés par des humains montrent en réalité des animaux issus du braconnage et du trafic d'animaux[352].

Problèmes liés à la version TikTok Lite

La version TikTok Lite, très employée dans les pays du Sud, fait l'objet en juillet 2024 d'un rapport de la fondation Mozilla qui en dénonce les insuffisances en matière de sécurité basique, notamment de protection contre les contenus choquants, violents, dangereux ou contenant de la désinformation. Sont également pointées l'impossibilité de filtrer les commentaires, de bloquer les vidéos inappropriées à un jeune public ou de mesurer le temps d'écran[354].

En août 2024, TikTok annonce le retrait définitif dans l'Union européenne du programme qui récompense les utilisateurs pour le temps passé sur TikTok Lite, à l'issue de tractations entre la plateforme et la Commission européenne[355],[356].

Marketing d'influence

Une analyse récente (2023) a porté sur les facteurs (originalité, qualité, quantité et humour de l'influenceur) qui augmentent l’expérience hédonique des followers de cet influenceur, et son leadership d’opinion (perçu), ainsi que sur la manière dont ces facteurs influencent sur leur public a conclu que l'« originalité et le leadership d’opinion jouent un rôle important et que, en raison d'une spécificité de TikTok, l’humour y augmente l’efficacité des messages (supposément via l'expérience hédonique des spectateurs des vidéos) »[357].

Interférences électorales

TikTok, parce que prisée par les jeunes générations, est devenu un levier pour certaines campagnes électorales, par exemple utilisé en France par des figures politiques telles que Jordan Bardella, ainsi devenu en 2024 la troisième personnalité politique française la plus suivie sur TikTok, après Emmanuel Macron (4,5 millions d'abonnés) et Jean-Luc Mélenchon (2,4 millions) qui veulent influencer les votes en leur faveur, en profiant de la viralité du réseau pour artificiellement renforcer leur notoriété, notamment auprès des primo-votants[358]. Ce phénomène, observé également en Roumanie, en Argentine ou aux États-Unis, repose sur une communication émotionnelle, visuelle et instantanée, souvent fondée sur des formats courts, des mèmes et des codes culturels popularisés dans et par les réseaux sociaux. Bien qu’aucune étude ne démontre une corrélation directe entre succès numérique et résultats électoraux, la politisation des contenus sur TikTok influence l’agenda médiatique et contribue à la construction d’un capital politique personnel, parfois au détriment de la complexité des enjeux démocratiques[358].

Roumanie

Le 24 novembre 2024, au premier tour de l'élection présidentielle en Roumanie, Calin Georgescu, candidat peu connu, arrive en tête, favori pour le second tour. Les autorités roumaines soupçonnent une campagne de soutien illicite organisée en sa faveur, notamment sur TikTok[359],[360]. À la suite de la publication de renseignements déclassifiés[361], la Cour constitutionnelle annule le scrutin le 6 décembre[362]. Le 17 décembre 2024, saisie par l'autorité roumaine de régulation (ANCOM[363]), en application du règlement sur les services numériques (DSA), la Commission européenne annonce l'ouverture d'une enquête sur les dysfonctionnements de la filiale ByteDance soupçonnée d'avoir manqué à ses obligations de régulation[364].

Allemagne

Mi 2024, le média Wired cite une étude (audit de TikTok)[365] menée par AI Forensics et Interface, qui a conclu que TikTok a poussé les jeunes allemands à voter pour l'extrême droite, en leur diffusant de manière privilégiée des contenus liés à l'extrême droite allemande (l'AfD), avant les élections[366].

Notes et références

Voir aussi

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