Traite des Blanches

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La traite des Blanches est un sujet à scandale à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, selon lequel il existerait un important trafic de femmes racisées comme blanches afin de les livrer à la prostitution forcée.

Historiographie

Le terme de « traite des Blanches » fait écho à celui de « traite négrière »[1]. Selon l'historienne Sylvie Aprile dans un article de 2024, il existe un consensus parmi les historiens qui s'accordent pour dire que « la «  traite des blanches  » stricto sensu n’a pas existé et le phénomène défini comme le commerce mondial des femmes n’a jamais connu l’ampleur et le degré d’organisation qu’on lui a prêtés »[2]. Elle fait notamment référence aux travaux de Jean-Michel Chaumont.

Trafic au sein des communautés juives et antisémitisme

Certains réseaux de trafic d'êtres humains au sein des communautés juives, comme Zwi Migdal, sont disproportionnément pris à partie dans les scandales autour de la supposée traite des Blanches. L'antisémitisme de ces accusations est notamment analysé en 1969 dans l'ouvrage sociologique La Rumeur d'Orléans d'Edgar Morin, une étude de cas sur une rumeur selon laquelle des jeunes filles seraient enlevées dans les cabines d'essayages de boutiquiers juifs à Orléans. En réaction à cet antisémitisme se crée par exemple l'Association israélite de protection de la jeune fille[3].

Dans la Rome antique

Dans la mesure où l'obligation d'accepter des relations sexuelles (esclavage sexuel) peut être vue comme une caractéristique première de l'esclavage[4], la « traite des blanches » dans l'Antiquité ne serait pas distincte de l'esclavage.

Au Proche et Moyen-Orient

Esclave nouvellement arrivée au harem (Giulio Rosati).

La traite des esclaves blanches est essentiellement liée à la culture du harem, celle de l'ère ottomane en particulier. Dans l'Empire ottoman et en Perse, les femmes circassiennes, parfois vendues par leurs parents[5],[6], étaient particulièrement recherchées[7],[8],[9].

Les esclaves européennes proviennent de rafles lors d'expéditions en Europe, essentiellement des pays bordant la Méditerranée, des territoires sous domination ottomane et des pays voisins de ces territoires, mais aussi du Royaume-Uni et parfois d'Europe du Sud. Elles étaient ensuite exposées sur des marchés, excisées[réf. nécessaire], puis achetées par les trafiquants dans de lointains pays. La plupart du temps, il s'agissait de sultans qui approvisionnaient leurs harems en esclaves.

Au Xe siècle, le Perse Ibn al-Faqih écrit : « De la mer occidentale, arrivent en Orient les esclaves hommes, romains (italiens), francs, lombards et les femmes romaines et andalouses ». Le mouvement orientaliste a abordé par la peinture au XIXe siècle le thème de la femme blanche réduite à l'esclavage, en représentant des femmes blanches au harem[10].

Selon Jean-Noël Ferrié et Gilles Boëtsch, il faudrait y voir une volonté des artistes de présenter le monde oriental selon la lecture sexiste et raciste de leur temps : les femmes blanches trônent forcément, puisqu'elles sont « supérieures » à toutes les autres. C'est aussi plus spécifiquement parce que les modèles disponibles pour les peintres sont des Européennes[10].

Dans les réseaux de proxénétisme contemporains

L'Esclave blanche, par Abastenia St. Léger Eberle, 1913.

Avant les années 1950, l'expression « traite des Blanches » désigne l'envoi régulier et organisé par des proxénètes de prostituées européennes vers les maisons closes d'Amérique latine à l'exemple de Marie Paoleschi. Aux États-Unis, des souteneurs attendant des femmes migrantes sur les ports pour les faire travailler dans la rue, ce qui donne naissance à la loi Mann qui interdit de faire passer des femmes d'un État à un autre « dans un but immoral »[11]. Ce phénomène débute vers 1890, est transatlantique et complexe mais il est comparable à la traditionnelle « remonte » limitée à la France. Ainsi les prostituées françaises insoumises étaient-elles envoyées dans des lupanars d'Afrique du Nord[réf. nécessaire]. Au-delà des femmes françaises, étaient concernées des Espagnoles, des Polonaises, des Russes, etc.[réf. nécessaire]

Le procès en 1906 à Vienne de la tenancière Régine Riehl, propriétaire de maison close accusée d'avoir séquestré et maltraité les jeunes femmes travaillant pour elle, met en lumière à l'échelle internationale l'exploitation des jeunes femmes victimes de cette traite, et les subterfuges utilisés pour les recruter, dans de nombreux cas en leur proposant un travail totalement différent de la prostitution[12].

Le grand reporter d'investigation Albert Londres enquête, de façon sérieuse et approfondie, en 1927 sur la traite des blanches vers l'Argentine et en démonte les mécanismes, avant tout économiques. Les femmes ne sont pas enlevées contre leur gré comme le prétend une presse sensationnaliste (une légende qui aura la vie dure, comme l'atteste la rumeur d'Orléans), mais les conditions socio-économiques et l'appât du gain des proxénètes et des réseaux de prostitution aboutissent de facto à un esclavage économique qu'Albert Londres dénonce vigoureusement dans un livre intitulé Le chemin de Buenos Aires, qui est un classique du journalisme d'investigation[13].

Après 1960, le milieu marseillais envoie des femmes françaises dans les maisons closes d'Allemagne. Au XXIe siècle, des réseaux analogues fonctionnent pour placer des Roumaines ou Ukrainiennes en Europe de l'Ouest. Le film de Léo Jonannon Le Désert de Pigalle évoque également le Liban[réf. nécessaire].

Dans les arts et la culture populaire

Filmographie

Cinéma

Littérature

Romans

Musique

Chanson

La poignante Chanson de Margaret écrite par Pierre MacOrlan et interprétée par Germaine Montero, puis par Monique Morelli (et bien d'autres par la suite) évoque sur le mode de la complainte réaliste les regrets d'une prostituée, née au Havre (avant les destructions de 1944) tentée par le mirage de l'enrichissement rapide à Tampico, un destin qui lui laisse un amer goût de cendres et de regrets[14].

Iconographie

Peinture

Notes et références

Voir aussi

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