Vantablack
matière faite de nanotubes de carbone à fort coefficient d'absorption de la lumière
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Le Vantablack est une matière inventée en 2012 faite de nanotubes de carbone agencés verticalement et serrés les uns contre les autres.
Déposé à la surface d'un objet, il lui conférait la couleur noire la plus profonde jamais obtenue, avec un coefficient d'absorption de 99,965 %[1], jusqu'à ce que ce record soit dépassé en 2019[2].
Le Vantablack a été mis au point en 2012 par Surrey Nanosystems, une entreprise britannique spécialisée dans les nanotechnologies et située à Newhaven dans le Sussex, sur la côte sud de l'Angleterre[3], plus particulièrement par son directeur technique, Ben Jensen[4]. Le procédé est d'abord commercialisé pour une application directe sur des supports métalliques de diverses matières plus ou moins épais[pas clair], puis à compter de 2016 sous forme de spray (Vantablack S-VIS)[a].
Étymologie
Constitution
Le Vantablack est un revêtement constitué de nanotubes de carbone orientés perpendiculairement à la surface du matériau, avec un diamètre d'environ 20 µm et une longueur de 20 à 30 µm, mais suffisamment espacés les uns des autres pour n'occuper qu'environ 1 % du volume du revêtement (ce qui lui confère un indice de réfraction proche de celui de l'air)[1].
Propriétés
Ce matériau est l'un des corps gris qui s'approche le plus d'un corps noir parfaitement absorbant, car il a un coefficient d'absorption de 99,965 % dans le visible[5]. Quand la lumière arrive sur la surface, au lieu d'être directement réfléchie, elle est déviée entre les nanotubes de carbone et finit par être absorbée et transformée en chaleur. C'est aussi une matière particulièrement hydrophobe[6].
Son titre de noir le plus absolu lui est contesté par l'artiste belge Frederik De Wilde et son NANOblck-Sqr#1, également basé sur des nanotubes de carbone, mis au point en collaboration avec la NASA[7].
Applications
Cette matière a des applications dans les outils optiques en astronomie, dans l'aérospatiale (satellites) et dans des usages militaires.
En , la société Surrey NanoSystems annonce le développement d'un spray d'utilisation plus facile, le Vantablack S-VIS, jouissant d'un coefficient d'absorption de 99,8 %[8]. Une licence exclusive d'utilisation artistique pour la création de sculptures[9] est cédée pour une somme réputée très élevée[10] au plasticien Anish Kapoor[11]. Celui-ci, qui a exprimé publiquement depuis 2014 son intérêt pour le Vantablack et ses possibles utilisations artistiques[12],[13],[14] et suscité des marques de gratitudes de Ben Jensen se déclarant « ravi qu’un artiste de la stature et la réputation d’Anish Kapoor soit intéressé à explorer les possibilités [du Vantablack] dans le domaine créatif »[15],[16], commence à en expérimenter l'emploi[17]. Kapoor déclare à propos du Vantablack :
« C’est si noir que vous ne pouvez presque rien voir. Imaginez un espace si sombre qu’en y pénétrant vous perdez toute idée de qui vous êtes, d’où vous êtes et la conscience du temps. Votre état émotionnel en est affecté et, sous le coup de la désorientation, il faut que vous trouviez, à l’intérieur de vous, quelque chose d’autre[18]. »
L'accord d'exclusivité est rendu public le par un article du Daily Mail révélant que le peintre britannique Christian Furr (en), connu pour avoir été en 1995 le plus jeune portraitiste de la reine Élisabeth[19], s'est vu refuser l'emploi du spray Vantablack et considère l'exclusivité accordée à Kapoor comme « absurde » et « immorale »[20],[21], et déclare : « Je n’ai jamais entendu parler d’un artiste qui monopolise un matériau[22]. » Cette réaction est partagée par l'artiste indo-britannique Shanti Panchal (en), qui déclare au Telegraph indien :
« Je n’ai jamais rien entendu qui soit si absurde. Dans le monde de la création et des artistes, personne ne devrait avoir le monopole[23]. »
Plusieurs commentateurs rapprochent la situation créée par l'exclusivité concédée à Kapoor de celle revendiquée par le peintre Yves Klein sur le bleu Klein[24],[25],[26],[27], étant toutefois précisé que Klein n'a pas « breveté » son bleu mais seulement constitué par une preuve de l'antériorité de son invention quant au fixatif utilisé, sans jamais s'opposer à l'emploi de cette couleur par d'autres artistes[28], alors que le noir Vantablack résulte de l'emploi d'un processus industriel protégé par un brevet, créé par Surrey Nanosystems et non par Kapoor[29],[9], quand bien même l'exclusivité acquise par ce dernier introduit dans le monde de l'art, selon Philippe Dagen, « une nouveauté passablement antipathique »[18].
En , le constructeur automobile allemand BMW présente lors du Salon de l'automobile de Francfort son nouveau modèle BMW X6, recouvert de peinture Vantablack, cachant pratiquement les lignes du SUV[30].