Vespasien

neuvième empereur romain de 69 à 79, fondateur de la dynastie des Flaviens From Wikipedia, the free encyclopedia

Vespasien (en latin : Vespasianus), de son nom de naissance Titus Flavius Vespasianus, né le près de Reate (actuelle Rieti, dans le Latium) et mort le à Aquae Cutiliae (actuelle province de Rieti), est un empereur romain, officiellement appelé Imperator Caesar Vespasianus Augustus[1], fondateur de la dynastie des Flaviens qui règne sur l'empire de 69 à 79. Ses successeurs sont ses deux fils, Titus, jusqu'en 81, puis Domitien.

PériodeFlaviens
Précédé parVitellius
Usurpé parJulius Sabinus
Suivi deTitus
Faits en bref Empereur romain, Règne ...
Vespasien
Empereur romain
Image illustrative de l’article Vespasien
Buste de Vespasien, Musée des Beaux-Arts Pouchkine.
Règne
Usurpateur puis légitime

(9 ans, 6 mois et 1 jour)
Période Flaviens
Précédé par Vitellius
Usurpé par Julius Sabinus
Suivi de Titus
Biographie
Nom de naissance Titus Flavius Vespasianus
Naissance
près de Reate (Italie)
Falacrine Italie
Décès (à 69 ans)
Italie
Père Titus Flavius Sabinus
Mère Vespasia Polla
Fratrie Titus Flavius Sabinus
Épouse Domitilla l'Aînée (~38 - av.69)
Descendance (1) Titus (de Domitilla)
(2) Domitien (de Domitilla)
(3) Domitilla la Jeune (de Domitilla)
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Vespasien est le premier empereur romain issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre, et non pas à l'ordre sénatorial. C'est sa carrière militaire qui est à l'origine de son succès : il est notamment légat de légion lors de la conquête de l'île de Bretagne en 43, sous le règne de Claude, et commandant des légions de Judée à partir de 67, durant la première rébellion juive, sous le règne de Néron.

Alors que Vespasien assiège Jérusalem, l'empereur se suicide, ce qui plonge l'empire dans une nouvelle guerre civile entre prétendants au trône. Les légions romaines d'Égypte et de Judée proclament Vespasien empereur le 1er juillet 69. En décembre, les armées de Vespasien triomphent de celles de Vitellius, qui est assassiné par la foule romaine ; le Sénat reconnaît Vespasien comme empereur légitime, accordant aussi à ses fils le titre de César. Vespasien ne rentre cependant à Rome qu'en septembre 70, après avoir vaincu les insurgés juifs.

Le règne de Vespasien est marqué par une série de réformes financières, mais aussi par des constructions ambitieuses. C'est sous son règne qu'est construit le Colisée, amphithéâtre d'une taille jamais surpassée. Vespasien poursuit également la conquête de la Bretagne, par l'entremise de son légat Agricola.

Après sa mort en 79, son fils aîné Titus lui succède sans difficulté : Vespasien est ainsi le premier empereur romain à être remplacé par son fils naturel.

Sources antiques

Les principales sources littéraires sur la vie et le règne de Vespasien sont : Tacite (58-vers 120), Histoires ; Suétone (vers 70-vers 140), livre VIII de la Vie des douze Césars ; Dion Cassius (163-235), livres LXV et LXVI de son Histoire romaine. Ces trois auteurs ont une opinion plutôt favorable de Vespasien, même s'ils mettent en évidence son despotisme et son avarice : dans l'ensemble, Vespasien est présenté comme un bon prince, malgré quelques défauts.

De son côté, Flavius Josèphe, officier juif (Yossef ben Matityahou HaCohen) devenu citoyen romain (Titus Flavius Josephus) sous le patronage de l'empereur, dont il reçoit le prénom et le nom, donne une version hagiographique de la prise de pouvoir de Vespasien. Son témoignage permet cependant de cerner la propagande mise en place par les Flaviens pour légitimer leur pouvoir[2].

Biographie

Vespasien vit sous le règne des empereurs Auguste (mort en 14), Tibère (mort en 37), Caligula (mort en 41), Claude (mort en 54) et Néron (mort en 68). Durant l'année des quatre empereurs, règnent avant lui : Galba (mort le 15 janvier 69), Othon (mort le 16 avril) et Vitellius (mort le 22 décembre).

Origines familiales

Vespasien est issu de deux familles de la province italienne, donc plébéiennes : sa famille paternelle est implanté en Sabine (au nord de Rome), sa famille maternelle en Campanie (région de Naples). Sa famille maternelle est d'un rang social plus élevé : l'oncle maternel de Vespasien est déjà sénateur.

Vespasien nait le [3], aux environs de la ville de Reate en Sabine.

Son grand-père paternel Titus Flavius Petro, citoyen du municipe de Reate, centurion ou soldat d’élite, a combattu dans les légions de Pompée pendant la guerre civile qui l'a opposé à César de -49 à -45, guerre remportée par César. Il a ensuite exercé la charge de receveur des enchères[réf. nécessaire].

Son père, Titus Flavius Sabinus (vers -20/+9), fait une courte carrière militaire, puis est nommé percepteur dans la province d'Asie, s'occupant notamment de l’impôt du quarantième[réf. nécessaire]. Sa probité y est appréciée[4]. Il meurt jeune en laissant une veuve et deux enfants.

Sa mère, Vespasia Polla, vient d’une famille de petite noblesse de Campanie.

Son grand-père maternel, Vespasius Pollion, a aussi été dans l'armée, mais comme officier supérieur : il a été trois fois tribun militaire et préfet de camp[5].

Le frère de Vespasia Polla est devenu sénateur, de rang prétorien[6], c'est-à-dire que dans le cursus honorum, il n'a pas été élu consul après avoir été préteur.

Vespasien a un frère, appelé comme leur père Titus Flavius Sabinus (vers 5-décembre 69), et une sœur, appelée Flavia Vespasia. Il est le troisième enfant du couple[4]. Son frère parcourt le cursus honorum en entier : il est élu consul en 47 et devient préfet de Rome sous le règne de Néron.

Suétone rapporte que Vespasien est élevé par sa grand-mère paternelle, Tertulla, dans ses domaines de Cosa[6] en Étrurie (actuelle Ansedonia, commune d'Orbetello en Toscane). Par la suite, le souvenir de son aïeule est si cher à Vespasien que, lors des fêtes et des solennités, il continue de boire dans sa petite coupe d’argent.

Premiers offices

Après avoir pris la toge virile, il commence sa carrière par un cursus militaire. Il semble qu’il n'ait commencé à briguer le laticlave[pas clair] que sous la pression et les railleries de sa mère.

Carrière militaire, cursus honorum et intrigues de cour (jusqu'en 41)

Il sert d'abord en Thrace en qualité de tribun des soldats[Quand ?], puis parcourt les étapes du cursus honorum : questure (magistrature financière), édilité (magistrature municipale de Rome), préture (magistrature judiciaire, donnant accès au Sénat).

Élu questeur, il obtient par le sort la province de Crète et Cyrénaïque. Il n'est élu édile qu'après avoir subi plusieurs échecs et en sixième place. En revanche, il est élu préteur dès sa première candidature et aux premiers rangs[réf. nécessaire], sous le règne de Caligula (37-41).

Il est vraisemblable qu’il ait alors pu fréquenter le palais impérial grâce à une de ses conquêtes, Cénis, secrétaire particulière d’Antonia la Jeune (-36/+37), fille de Marc Antoine, à laquelle[pas clair] il restera attaché sa vie durant. Il peut ainsi entrer dans les bonnes grâces des empereurs successifs[7].

Durant sa préture, il fait tout pour s’attirer les faveurs de Caligula, qui est alors irrité contre le Sénat[pas clair]. Vespasien demande que des jeux extraordinaires aient lieu pour célébrer la victoire de l’empereur en Germanie[Quand ?]. Il propose de refuser la sépulture aux condamnés pour conspiration et réclame un alourdissement des peines infligées aux deux sœurs de l'empereur, Agrippine la Jeune (15-59), la mère de Néron (37-68), et Julia Livilla (18-41), après la découverte de leur conspiration [8] en 39 (elles sont exilées dans l'île de Pandataria).

Il épouse à cette époque une parente, elle aussi de Reate, nommée Flavia Domitilla, fille d'un employé de questure, Flavius Liberalis. Elle lui donne trois enfants : Titus (né en 39), Domitilla (née vers 45) et Domitien (né en 51). Son épouse et sa fille meurent avant son avènement, mais aucun auteur ne précise quand.

Légat de légion en Germanie puis en Bretagne (41-47) sous le règne de Claude

Dès le début du règne de Claude (41-54), avec l'appui de l'affranchi impérial Narcisse, il est envoyé sur le limes rhénan comme légat de légion, un poste prestigieux[6] consécutif à la préture et précédant le consulat. Il reçoit le commandement de la Legio II Augusta, dont le camp de base est à Mayence (Mogontiacum) (alors encore dans la province de Gaule belgique).

À partir de 43, il participe sous le commandement d'Aulus Plautius (-5/47) à l'expédition dans l'île de Bretagne[9] (actuelle Grande-Bretagne). Il y reste quatre ans et remporte de nombreuses victoires sur les indigènes bretons.

À son retour à Rome en 47, sa gloire est telle qu’il bénéficie d’un triomphe, honneur de plus en plus rare pour les militaires n’appartenant pas à la famille impériale[10].

Consulat (51) et proconsulat en Afrique

Son succès en tant que légat de légion lui vaut en 51 une nomination de consul[6] de la part de Claude. Mais la présence d’Agrippine, épouse de l'empereur depuis 49, le réduit à l'inaction. Il s’efforce de donner une éducation soignée à son fils Titus et parvient avec l’aide de Cénis à placer celui-ci dans l’entourage de Britannicus[11] (41-55), fils de Claude et de sa première épouse, Messaline (vers 20-48).

Sesterce, frappé en 71 pour célébrer la victoire de la première guerre judéo-romaine. Avers : IMP. CAES. VESPASIAN AVG. P. M., TR. P., P.P., COS. III. La légende au revers dit : IVDEA CAPTA, « Judée conquise » – S. C.

Vespasien devient ensuite proconsul[6] de la province d'Afrique, qui lui échoit par le sort[réf. nécessaire]. Selon Suétone[12], Vespasien aurait gouverné cette province avec une parfaite intégrité[6] et y aurait obtenu une grande considération. Mais selon Tacite[13], son gouvernement aurait été « infâme et odieux ».

Accusé d’avoir extorqué deux cent mille sesterces à un jeune homme pour que celui-ci obtienne le laticlave, il subit de graves reproches pour ce crime de prévarication.[réf. nécessaire] Son crédit politique en souffre, et il rentre appauvri à Rome. Pour faire face à ses difficultés financières, il hypothèque ses biens à son frère et se lance dans l'élevage et le commerce des mules. Cette activité lui permet de relancer sa fortune, mais lui vaut le surnom de mulio muletier »)[6].

Sous le règne de Néron (54-68)

Néron, fils d'Agrippine, devient empereur en octobre 54 au détriment de Britannicus, qui est assassiné en février 55.

Débuts du règne

Période de disgrâce (selon Suétone)

Vespasien accompagne l'empereur lors de son voyage en Grèce en 66-67. Mais, appréciant peu les arts et les artistes, il se serait, selon Suétone, « endormi pendant que ce prince chantait »[6] et serait tombé en disgrâce. Exclu, non seulement de la cour, mais encore des réceptions publiques, et craignant pour sa vie, il se serait retiré à la campagne[14].

Cette disgrâce est considérée par les historiens contemporains comme une affabulation des Flaviens pour faire oublier l'amitié qu'ils avaient eue avec Néron, un mensonge qui leur a permis de passer eux aussi pour des victimes de la tyrannie de l'empereur[15].

En réalité, Vespasien et son frère Sabinus ont connu une ascension fulgurante sous Néron, principalement parce qu'ils sont des homo novi n'ayant aucune prétention au trône[réf. nécessaire].

Légat en Judée (à partir de 67)

Le meilleur exemple de la confiance de Néron envers Vespasien est la nomination de celui-ci à la tête des légions de Syrie chargées de mater la révolte des juifs de la province de Judée, commencée en 66 en raison d'une fiscalité trop lourde et visant à la fin de la présence romaine[16] (c'est la première des trois révoltes de la Judée). Le gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, ayant subi un échec à Jérusalem, puis une défaite grave dans les montagnes de Beth Horon, Néron décide d'envoyer Vespasien en Judée.

Légat de l'empereur, Vespasien est à la tête de trois légions. Il est accompagné de son fils Titus, nommé légat de la Legio XV Apollinaris[17]. Il rétablit la discipline militaire et retisse des liens diplomatiques avec les rois vassaux de la région, notamment la reine Bérénice.

Suétone fait état des croyances messianiques en vigueur à cette époque, qui attribuent à un empereur « venu de Judée » un rôle de maître du monde[18].

En juillet 67, l'officier de la révolte responsable en Galilée, Yossef ben Matityahou HaCohen (par la suite citoyen romain sous le nom de Titus Flavius Josephus, aujourd'hui connu comme Flavius Josèphe), est fait prisonnier par Vespasien. Selon Suétone, il aurait prédit dès ce moment à celui-ci qu'il deviendrait empereur[6].

Vespasien reprend le contrôle du nord de la Judée, de la Pérée et de la Samarie. C'est alors qu'il apprend la mort de Néron survenue le 9 juin 68. Il poursuit cependant les opérations dans le but de mettre le siège devant Jérusalem. Proclamé empereur par ses légions le 1° juillet 69, il laisse à Titus la charge de mettre fin à la révolte.

Accession au pouvoir impérial (69)

Arc de triomphe de Titus (Rome). Prisonniers juifs portant la Menorah et les trompettes du temple de Jérusalem.

Le renversement de Néron par Galba et ses suites (mars 68-juin 69)

En mars 68, les gouverneurs de Gaule lyonnaise, de Tarraconaise et de Lusitanie, Vindex, Galba et Othon, lancent une rébellion contre Néron. Le 8 juin, la garde prétorienne se rallie à Galba, qui est reconnu par le Sénat le lendemain. Néron se suicide quelques heures plus tard. Mais la situation ne se stabilise pas : c'est le début de l’année des quatre empereurs. Othon ne reconnait pas Galba comme empereur, tandis que les légions du Rhin proclament Vitellius[6].

Vespasien envoie Titus à Rome faire allégeance à Galba, mais les conditions de navigation le retardent. En janvier 69, Galba est renversé et remplacé par Othon, qui reste concurrencé par Vitellius. Informé de ces événement, Titus préfère retourner en Orient[16].

Proclamation de Vespasien par les légions d'Orient (juillet 69)

À la tête de quatre légions, Vespasien a sous ses ordres près de 20 000 hommes. De plus, sa position en Judée, tout près de la province d'Égypte, lui donne la possibilité de contrôler l'approvisionnement en céréales de Rome, où il a un allié : son frère aîné Sabinus, préfet de la ville.

Il envoie une ambassade au roi parthe Vologèse Ier pour garantir le statu quo territorial sur la frontière orientale de l'empire.

Les unes après les autres, les légions d'Orient lui témoignent leur soutien. Il se rend à Alexandrie, où il est proclamé empereur, sous l'impulsion de Tiberius Julius Alexander, préfet d'Égypte[6], et de Mucien, gouverneur de la province de Syrie (1er juillet 69).

Victoire de Vespasien sur Vitellius (décembre 69)

Vespasien charge Antonius Primus, commandant des légions du Danube, des préparatifs militaires pour affronter les légions fidèles à Vitellius. Les partisans de Vitellius sont battus en décembre 69 ; Vitellius est assassiné par la foule romaine le 22 décembre.

Le Sénat reconnaît la légitimité de Vespasien et le nomme consul pour l’année suivante. Il attribue à Titus le titre de César, une façon de le reconnaître immédiatement comme successeur présomptif de son père[19].

Puis Vespasien rentre à Rome, laissant Titus à la tête des légions de Judée, dont l'objectif est de nouveau Jérusalem.

Fin de la guerre de Judée (70-73)

Lancé au printemps 70, le siège de Jérusalem se termine le 25 septembre. Le Temple, incendié au cours des combats, va être ensuite rasé (et jamais reconstruit). Titus rentre à son tour à Rome pour y recevoir le triomphe. Les derniers insurgés juifs, les « sicaires », seront vaincus lors du siège de Massada (73).

Réorganisation de l'Empire romain (70-79)

Réformes fiscales

Aureus à l'effigie de Vespasien (78-79).

De retour à Rome en , Vespasien célèbre son triomphe. Ses victoires, aux yeux du peuple et du Sénat, deviennent le fondement de la légitimité des Flaviens[20]. La guerre civile de 68-69 a laissé l'Empire en piteux état. Les caisses sont vides et les fonctionnaires ainsi que les soldats ne sont pas payés. Pour rétablir le bon fonctionnement du Trésor, Vespasien alourdit les taxes et n'hésite pas à faire saisir les impôts impayés depuis Galba[21].

Si Suétone le décrit en personnage qui a en horreur les dépenses somptuaires, il donne aussi les clés pour comprendre le revers de la médaille : « Il ne se faisait point scrupule de vendre les magistratures aux candidats, ni les absolutions aux accusés, tant innocents que coupables ». La prévarication est une forme de collecte de l’impôt. Vespasien n’hésite pas à optimiser le système.

« Vespasien licencia une grande partie des troupes de Vitellius et contint l’autre »[6]. Ceux qui l’ont aidé dans son ascension à la titulature impériale doivent attendre longtemps[6] avant de recevoir leur dû. Vespasien fait de nécessité vertu.

On lui reproche son avarice, mais on retient ses bons mots : « Des députés vinrent lui annoncer qu’on lui avait décerné une statue colossale d’un prix considérable : « Placez-la donc tout de suite, dit-il, en montrant le creux de sa main ; le piédestal est tout prêt. » C’est cet aspect de sa personnalité que retient le peuple de Rome — avare, mais modeste. Suétone rapporte cette anecdote : « à ses funérailles, le premier pantomime nommé Favor, qui représentait l’empereur et contrefaisait, selon la coutume, ses paroles et ses gestes, demanda publiquement aux gens d’affaires combien coûtaient le convoi et les obsèques. Comme ils répondirent : « Dix millions de sesterces », il s’écria : « Donnez-m’en cent mille, et jetez-moi ensuite dans le Tibre. » »

Dans l’Empire, Vespasien impose aux Juifs vaincus un impôt spécifique, le fiscus judaicus. Il prive de la liberté l’Achaïe, la Lycie, Rhodes, Byzance et Samos — puis les réduit en provinces romaines, non pas soumises à un tribut, mais à l’impôt —, ainsi que la Cilicie trachée et la Commagène, jusqu’alors gouvernées par des rois[6].

Vespasien recourt à de véritables innovations dans le domaine fiscal, en créant une taxe sur la collecte d'urine, qui, à l'époque, constitue le seul agent fixant pour les teintures.

« Son fils Titus lui reprochait d’avoir mis un impôt sur les urines. Il lui mit sous le nez le premier argent qu’il perçut de cet impôt, et lui demanda s’il sentait mauvais. Titus lui ayant répondu que non : « C’est pourtant du liquide », dit Vespasien »[6]. Cette conversation nous est restée sous forme de proverbe « l'argent n'a pas d'odeur » ; et les premières toilettes publiques de Paris furent nommées vespasiennes, en souvenir de cette initiative restée célèbre.

Réformes législatives

Portrait original restauré de Vespasien réalisé dans les premières années de son règne. La tête, qui appartenait à l'origine à une statue, est exposée aux musées du Vatican.

Le nouvel empereur étant contesté à cause de ses origines, la lex de imperio Vespasiani légalise sa place à la tête de l'État en lui conférant les pouvoirs ainsi que la titulature impériale. Cette loi précise surtout les compétences de l'empereur, sortant du flou voulu par Auguste, et contribue à faire du prince, non plus un homme exceptionnellement revêtu de plusieurs pouvoirs, mais un magistrat du peuple romain. Il est huit fois consul et censeur en 73–74[6].

Au moment de son investiture, le nombre des procès s’est accru partout dans une proportion démesurée, les anciens étant suspendus par l’interruption de toute juridiction, et le désordre des temps en produisant sans cesse de nouveaux. Vespasien choisit par la voie du sort des juges chargés de faire restituer les biens enlevés pendant les guerres civiles, afin d’expédier à titre extraordinaire les affaires de la compétence des centumvirs et de réduire celles-ci à une très petite quantité — ces affaires sont alors si nombreuses qu’elles ne paraissent pas pouvoir être plaidées du vivant des parties[6].

Refonte de l’armée et des ordres équestres

Vespasien met un point d’honneur à rétablir la discipline dans l’armée. S’il paie les soldats convenablement, il évite d’acheter leur fidélité et se montre implacable avec ceux qui veulent profiter de lui[20]. Sous son règne, les frontières de l'Empire se stabilisent et se fortifient avec la construction d'un système défensif surveillant les peuplades barbares outre-rhéno-danubiennes (Germains, Daces, Sarmates, Chattes). Deux nouvelles légions, la Legio IV Flauia Felix et la Legio XVI Flavia Firma, sont créées, ce qui porte le nombre total à vingt-neuf légions dont vingt-sept sont positionnées aux frontières.

Il met des légions en Cappadoce, à cause des continuelles incursions des Barbares, et y établit un gouverneur consulaire, au lieu d’un chevalier romain[6].

La noblesse romaine est essentiellement militaire et Vespasien en refond les bases : « Il épura et compléta les premiers ordres de l’État, épuisés par mille meurtres, et dégénérés par d’anciens abus. Dans la revue qu’il fit des sénateurs et des chevaliers, il expulsa les plus indignes, et mit à leur place les plus honnêtes citoyens de l’Italie et des provinces ; et, pour faire comprendre que ces deux ordres différaient moins par la liberté que par la dignité, il prononça dans la querelle d’un sénateur et d’un chevalier romain, qu’il n’était pas permis de dire des injures à un sénateur, mais qu’il était juste et légitime de rendre outrage pour outrage »[6]. Il complète enfin la fortune des sénateurs désargentés, ce qui est un procédé efficace pour se faire des alliés[22].

Une autre évolution se dessine avec Vespasien : en choisissant comme dies imperii (le jour anniversaire de son entrée en fonction) le jour de son acclamation par l'armée, il légitime la désignation de l'empereur par l'armée. Auparavant, le Sénat investissait l'empereur de ses pouvoirs, et particulièrement de son imperium. À partir de son règne, le pouvoir et le poids du Sénat romain ne cessent de diminuer.

Vespasien s'illustre également par ses efforts pour n'infliger aucune punition arbitraire. Régnant en homme juste, il est apprécié pour cela[22].

Reconstruction de Rome et mécénat

Restitution du temple du Divin Claude, à Rome.

Après le grand incendie de Rome, sous Néron, la ville est à reconstruire.

Il multiplie les constructions publiques, notamment le Colisée, qu'il entreprend en 70 (et qui est fini en 80 par son fils Titus), le Forum de la Paix (71-75) avec, en particulier le Temple de la Paix pour abriter le trésor récupéré lors de la prise du Second Temple de Jérusalem et la Bibliothèque de la Paix pour entreposer, entre autres, les archives de la préfecture urbaine. Il fait refaire trois mille tables d’airain, détruites dans les flammes. C’est la plus ancienne et la plus belle collection officielle de l’Empire. Elle renferme, presque depuis l’origine de Rome, les sénatus-consultes et les plébiscites sur les alliances, les traités et les privilèges accordés à chacun[6]. Il restaure le temple de Claude[6] sur le mont Caelius, construit par Néron, puis intégré à la domus aurea. Sur le plan religieux, Vespasien se targue d'être, comme Auguste, « le mainteneur (conservator) des cérémonies d'État et le restaurateur (restitutor) des temples sacrés »[23].

À Rome, Vespasien permet à chacun d’occuper les terrains vacants, et d’y bâtir si les propriétaires négligeaient de le faire.

En dépit de sa réputation d'avarice, il se fait le protecteur des artistes en créant une allocation spécialement pour eux : rhéteurs, poètes et sculpteurs sont quasiment salariés de l'État. Il donne des primes importantes aux artistes de renom[24].

Mort et funérailles

Vespasien meurt le 23[25] ou le [26], à Aquae Cutiliae (Eaux cutiliennes), non loin de sa ville de naissance, Rieti.

Suétone[6] rapporte que, se sentant malade, il aurait dit, pour se moquer de la divinisation (apothéose) dont sont l'objet les empereurs après leur mort : « Vae, puto deus fio », « Malheur ! Je crois que je deviens dieu ».

Au moment de mourir, victime d'une diarrhée épuisante, il dit : « Il faut qu'un empereur meure debout » ; faisant un effort pour se lever, il meurt entre les bras de ceux qui l'assistent[6].

Il s'attache à affirmer le caractère héréditaire du régime impérial, en proclamant que ses fils lui succéderaient[Quand ?]. Cette initiative lui vaut d'être accusé d'« aspirer à la royauté » par Priscus.

Noms et titres

Noms successifs

  • 9 (naissance) : TITVS•FLAVIVS•VESPASIANVS
  • juillet 69 : il est acclamé par ses troupes sous le nom de : IMPERATOR•TITVS•FLAVIVS•VESPASIANVS•AVGVSTVS
  • août 69 : il adopte la titulature IMPERATOR•CAESAR•VESPASIANVS•AVGVSTVS

Titres et magistratures

Avant son avènement

  • Légat de la Legio II Augusta en 43, sous le règne de Claude, qui participe à la conquête de la Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) par Rome
  • Consul en 51
  • Proconsul en Afrique
  • Commandant des légions romaines de Syrie envoyées en Judée durant la rébellion juive

Après son avènement (21 décembre 69)

Après sa mort

  • Vespasien est divinisé par le Sénat
  • Sa titulature définitive est : IMPERATOR•CAESAR•VESPASIANVS•AVGVSTVS, PONTIFEX•MAXIMVS, TRIBVNICIAE•POTESTATIS•X, IMPERATOR•XX, CONSVL•IX, PATER•PATRIAE

Vespasien dans la fiction

Vespasien est l'empereur de Rome durant les premiers épisodes de la série Those About to Die(commencée en 2024). Son rôle est tenu par Anthony Hopkins. Cette série évoque notamment la construction du Colisée, le souhait qu'il a de voir Titus prendre sa succession aux dépens de Domitien et sa mort.

Notes et références

Voir aussi

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