Victor de Stuers
homme politique néerlandais
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Victor Eugène Louis de Stuers, né à Maastricht le et mort à La Haye le , est un homme politique et haut fonctionnaire néerlandais, considéré comme le fondateur de la politique moderne de conservation du patrimoine aux Pays-Bas.
| Représentant à la Seconde Chambre des États généraux | |
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Nationalité | |
| Activités |
Homme politique, peintre muraliste, aquafortiste, journaliste d'opinion, lithographe, dessinateur de timbres, historien de l’art, collectionneur d'œuvres d'art, avocat, amateur draftsperson |
| Période d'activité |
- |
| Famille |
Famille de Stuers (d) |
| Père | |
| Mère |
Hortense Josephine Constance Beyens (d) |
| Conjoint |
Aurelia Carolina van Limburg Stirum (d) (à partir de ) |
| Enfant |
Alice Julie Hortense Jacqueline Aurélie de Stuers (d) |
| Parti politique |
Ligue générale des caucus catholiques romains (en) |
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| Idéologie |
Catholicisme politique (en) |
Biographie
Formation et premières années
Victor de Stuers est issu d'une famille aristocratique cultivée. Son père, Hubert Joseph Jean Lambert de Stuers, était général dans l'armée des Indes néerlandaises, tandis que sa mère, Hortense Joséphine Constance Beyens, appartenait à la noblesse[1]. Cette ascendance privilégiée lui permet de recevoir une éducation soignée à l'Athénée de Maastricht, où il bénéficie notamment de l'enseignement d'Alexander Schaepkens, peintre topographe réputé pour ses représentations des remparts et des portes de la ville[1],[2].
Ces leçons de dessin marquent profondément De Stuers, qui conserve toute sa vie un talent d'illustrateur, comme en témoignent les fresques humoristiques qu'il réalise sur les murs de l'escalier du bâtiment académique de Leyde, représentant avec esprit la vie étudiante[1],[3].
En 1861, De Stuers entreprend des études de droit à l'université de Leyde, où il se plonge simultanément dans l'histoire de l'art et l'archéologie[1]. Cette double passion oriente définitivement sa carrière. Il y noue des contacts déterminants avec Caspar Leemans, directeur du Rijksmuseum van Oudheden (Musée national des Antiquités), et devient correspondant de la Commission royale chargée de rechercher, conserver et faire connaître les vestiges de l'art national créée en 1860 par l'Académie royale des sciences d'Amsterdam[1]. Dès 1867, alors qu'il est encore étudiant, il publie un article virulent dénonçant l'attitude timorée de cette commission face à la menace pesant sur les remparts de Maastricht, révélant déjà son tempérament combatif et son sens de l'engagement public[1].
En 1869, il soutient sa thèse de doctorat intitulée « De verhouding der volksvertegenwoordigers tot hunne kiezers » (Les relations entre les représentants du peuple et leurs électeurs), dans laquelle il défend déjà l'idée que l'État doit jouer un rôle actif dans la promotion de l'enseignement artistique et la protection du patrimoine national[1],[2]. Il s'établit ensuite comme avocat à La Haye en 1870, après avoir prêté serment devant la Cour suprême, mais la pratique juridique ne retient jamais véritablement son attention[1],[4].
Holland op zijn smalst : Un pamphlet fondateur
Le tournant décisif de la carrière de Victor de Stuers survient en novembre 1873 avec la publication dans la prestigieuse revue littéraire « De Gids » de son article devenu légendaire, « Holland op zijn smalst » (« La Hollande à son plus étroit »)[5],[6]. Ce titre fait référence à la fois à l'étroite bande de terre entre la mer du Nord et l'IJ dans la région de Velsen, et métaphoriquement à l'étroitesse d'esprit et à la parcimonie du gouvernement néerlandais en matière culturelle[5],[6].
Dans ce texte incisif et remarquablement documenté, De Stuers dresse un réquisitoire accablant contre la négligence de l'État néerlandais à l'égard de son patrimoine monumental et artistique[7]. Il dénonce la dégradation des monuments historiques, l'écoulement des collections nationales vers l'étranger, les lacunes de la politique muséale et les carences de l'enseignement artistique[7]. Son pamphlet contraste violemment avec la doctrine du laissez-faire défendue par Johan Rudolph Thorbecke, figure dominante du libéralisme néerlandais, qui estime que l'art et la culture ne relèvent pas de la compétence de l'État mais doivent être laissés à l'initiative privée[8],[9],[10],[4].
L'impact de cet article est considérable. Il suscite un débat public intense et force le gouvernement à reconsidérer sa politique culturelle[11],[10],[7]. Dès le 8 mars 1874, un décret royal institue le Collège des conseillers d'État pour les monuments historiques et artistiques (College van Rijksadviseurs voor de Monumenten van Geschiedenis en Kunst), dont De Stuers devient immédiatement le secrétaire sur la recommandation du ministre de l'Intérieur Geertsema[4]. Les recommandations de cette commission sont si nombreuses que les services gouvernementaux se trouvent rapidement submergés par le volume de travail.
Une carrière administrative au service du patrimoine
Face à cette situation, le ministre Jan Heemskerk Azn., impressionné par l'énergie et la compétence de De Stuers, décide de scinder les attributions du ministère de l'Intérieur[4]. Le , Victor de Stuers est nommé référendaire et chef d'une nouvelle division des Arts et des Sciences (afdeling Kunsten en Wetenschappen)[12],[13],[4],[14]. Il démissionne alors du secrétariat du Collège des conseillers mais en demeure membre. Cette position administrative, qu'il occupe pendant vingt-six ans jusqu'à sa démission en octobre 1901, lui confère une influence considérable sur l'ensemble de la politique culturelle néerlandaise[13],[4],[15].
Durant ce quart de siècle, De Stuers déploie une activité prodigieuse. Il supervise directement de nombreux chantiers de restauration monumentale, établit avec l'architecte Pierre Cuypers une liste non publiée des édifices historiques méritant une aide de l'État, et met en place un système de subventions pour les restaurations[16]. En 1878, l'inspecteur Ad Mulder est nommé comme assistant de De Stuers pour réaliser des relevés systématiques des monuments, travail essentiel qui se poursuit jusqu'en 1919[16]. De Stuers lui-même exécute de nombreux dessins d'étude, comme celui de l'église de Wassenaar, démontrant ses compétences techniques en matière d'architecture[16].
Son action ne se limite pas aux monuments. Il s'investit profondément dans la réforme de l'enseignement du dessin, devenant président de la commission d'examen pour le certificat d'enseignant en dessin (examencommissie Middelbaar Onderwijs Tekenen) à partir de 1878[4]. Cette réforme pédagogique vise à élever le niveau de formation artistique dans le pays et à préparer une nouvelle génération sensibilisée à la valeur du patrimoine[17],[18].
De Stuers joue également un rôle déterminant dans la politique archivistique néerlandaise, s'immisçant, selon l'expression de son biographe Jos Perry, dans le système d'archivage national pour en améliorer l'organisation et la conservation[9]. Son souci du détail et son perfectionnisme sont légendaires, mais lui valent aussi des critiques pour son autoritarisme et sa tendance à vouloir tout contrôler[19].
Le Rijksmuseum : Un projet titanesque
L'œuvre la plus monumentale de Victor de Stuers reste incontestablement sa contribution décisive à la création du Rijksmuseum d'Amsterdam. Dès 1875, il établit à La Haye le Nederlandsch Museum voor Geschiedenis en Kunst (Musée néerlandais d'histoire et d'art), dont il assume provisoirement la direction et pour lequel il acquiert personnellement de nombreuses œuvres[20],[21],[22]. Cette institution, destinée à accueillir des collections historiques et des objets d'art appliqué, doit constituer le noyau d'un futur musée national ambitieux[20].
Pour concevoir le bâtiment devant abriter ce musée, De Stuers s'appuie sur son ami proche Pierre Cuypers, architecte catholique originaire du Limbourg comme lui[23],[24],[25],[16]. Ce choix s'inscrit dans le contexte de l'émancipation catholique aux Pays-Bas et provoque une vive controverse[23],[24],[26].
Le projet architectural de Cuypers, qui intègre des éléments néo-gothiques et néo-Renaissance, est violemment attaqué par les milieux protestants et libéraux qui y voient une manifestation inappropriée du catholicisme pour un musée national[23],[24],[25]. Le roi Guillaume III lui-même s'oppose au projet avec tant de véhémence qu'il écrit à plusieurs reprises à De Stuers pour interdire certaines dépenses et refuse catégoriquement d'inaugurer l'édifice lors de son ouverture en 1885[27],[24].
Les coûts de construction dépassent largement les estimations initiales, atteignant près du triple du budget prévu, ce qui alimente les critiques[25]. Malgré ces obstacles, De Stuers et Cuypers maintiennent fermement leur vision. Ils élaborent conjointement un programme iconographique complexe pour les vitraux de la salle d'entrée, qui présente une histoire de l'art néerlandais destinée à forger une conscience nationale[28],[29].
L'ouverture du Rijksmuseum en 1885 marque un tournant dans l'histoire culturelle des Pays-Bas[20]. L'édifice devient rapidement le symbole de l'identité nationale néerlandaise et établit les standards de la muséologie moderne dans le pays[10],[20]. La restauration récente du musée, achevée en 2013, s'efforce de retrouver la conception originale de Cuypers et De Stuers, reconnaissant ainsi la valeur historique et artistique de leur vision[25],[30].
L'Association Rembrandt et la sauvegarde des collections
Parallèlement à son action administrative, Victor de Stuers joue un rôle crucial dans la création de la Vereniging Rembrandt (Association Rembrandt) en 1883. Cette organisation privée, fondée à l'initiative de membres du cercle artistique amstellodamois Arte et Amicitia, répond à une menace immédiate : la vente imminente de la célèbre collection de dessins de Jacob de Vos, qui risque de quitter le pays comme l'a fait la collection Van Loon en 1878.
De Stuers, consulté par les fondateurs, conçoit avec eux une structure pérenne qui permettrait d'acquérir systématiquement des œuvres d'art pour les collections publiques néerlandaises. L'action immédiate porte ses fruits : près de cinq cents dessins, dont plusieurs de Rembrandt, sont acquis pour le Rijksprentenkabinet (Cabinet royal des estampes). Mais l'ambition de De Stuers dépasse cette première acquisition. L'Association Rembrandt devient un instrument permanent de la politique de préservation du patrimoine artistique, contribuant au fil des décennies à enrichir les musées néerlandais de milliers d'œuvres. Depuis sa fondation, l'association a facilité l'acquisition de plus de deux mille cinq cents pièces, dont des chefs-d'œuvre comme « La lettre d'amour » de Johannes Vermeer et un buste en argent du XIVe siècle représentant saint Frédéric.
La Gevangenpoort : De la démolition au musée
L'intervention de Victor de Stuers sauve également de la destruction la Gevangenpoort (Porte de la Prison) de La Haye, édifice médiéval chargé d'histoire situé à proximité du Binnenhof[31],[32],[33],[34]. Cette ancienne porte principale du château des comtes de Hollande, transformée en prison d'État en 1428 sous Philippe le Bon, a cessé de fonctionner comme établissement pénitentiaire en 1828[35]. Deux fois, en 1853 puis en 1873, l'édifice faillit être démoli[32],[33],[35]. La première fois, le ministre Thorbecke intervient pour le préserver ; la seconde fois, c'est De Stuers qui s'oppose catégoriquement à sa destruction[32],[33],[35].
Non content de sauver le bâtiment, De Stuers le transforme en musée en 1882, le destinant à accueillir une collection d'instruments de châtiment et de torture[31],[32],[33],[34]. Il rassemble de tout le pays des objets liés à l'histoire judiciaire et pénale, constituant ainsi une collection nationale unique qui forme encore aujourd'hui le cœur des collections du Rijksmuseum de Gevangenpoort[31],[32]. De Stuers devient le premier directeur de cette institution, démontrant une fois de plus sa capacité à conjuguer préservation architecturale et mise en valeur pédagogique du patrimoine[34].
L'identification d'un chef-d'œuvre : La Jeune Fille à la perle
L'expertise artistique de Victor de Stuers se manifeste de manière éclatante lors d'un épisode devenu légendaire dans l'histoire de l'art néerlandais. En 1881, alors qu'il visite avec son voisin Arnoldus Andries des Tombe une vente aux enchères au Venduhuis der Notarissen de La Haye, De Stuers reconnaît dans un tableau sale et négligé, catalogué comme étant d'auteur inconnu, une œuvre authentique de Johannes Vermeer[36],[37],[38],[39]. Le tableau n'est autre que la célèbre « Meisje met de parel » (Jeune Fille à la perle), aujourd'hui l'un des joyaux du Mauritshuis et surnommée la « Mona Lisa du Nord »[37],[38].
De Stuers et Des Tombe conviennent de ne pas enchérir l'un contre l'autre, permettant ainsi à ce dernier d'acquérir le tableau pour la somme dérisoire de deux florins et trente cents[36],[37],[40]. L'œuvre est ensuite restaurée à Anvers par le peintre Van der Haeghen, révélant la signature de Vermeer[36],[37]. Après la mort de Des Tombe en 1902, le tableau est légué au Mauritshuis conformément aux dispositions testamentaires du collectionneur[36],[37]. Cette découverte témoigne non seulement de l'œil aiguisé de De Stuers, mais aussi de sa détermination à préserver les chefs-d'œuvre nationaux et à les rendre accessibles au public[36],[37],[39].
Une collaboration fructueuse avec Pierre Cuypers
La relation professionnelle et personnelle entre Victor de Stuers et l'architecte Pierre Cuypers constitue l'un des partenariats les plus influents de l'histoire culturelle néerlandaise[24],[25],[16]. Les deux hommes partagent non seulement une origine limbourgeoise et une foi catholique, mais aussi une vision ambitieuse pour l'architecture et le patrimoine national[24],[16]. Leur amitié étroite transparaît dans de nombreuses photographies d'époque qui les montrent ensemble sur les chantiers[25],[16].
Cuypers est nommé architecte des bâtiments muséaux de l'État et principal conseiller pour les projets de restauration subventionnés par le gouvernement[16]. Ensemble, De Stuers et Cuypers élaborent une liste d'édifices historiques méritant une protection étatique, comprenant principalement des châteaux, des églises, des hôtels de ville, des portes fortifiées et de grandes demeures historiques datant d'environ l'an 1000 à 1800[16]. Cette liste, bien que jamais publiée officiellement, oriente pendant des décennies la politique de conservation monumentale[16].
Leur approche de la restauration s'inspire des théories de Viollet-le-Duc et privilégie la reconstruction et la restitution de l'état « idéal » des monuments[41],[16]. Cette méthode, parfois appelée « restauration stylistique », est appliquée à de nombreux projets prestigieux comme le château de Haar à Haarzuilens, transformé entre 1892 et 1912 en un château romantique à partir de ruines médiévales[16],[42]. Les reconstructions spectaculaires, comme celle du château médiéval de Radboud près de Medemblik d'après des esquisses initiales de De Stuers, témoignent de leur ambition[16].
Cette approche ne suscite toutefois pas sans susciter des controverses croissantes. À partir de 1895, la Maatschappij tot Bevordering der Bouwkunst (Société pour la promotion de l'architecture) proteste vigoureusement contre le quasi-monopole de Cuypers et les exigences de « pureté stylistique » imposées par De Stuers[16],[19],[12]. Les critiques reprochent à cette approche de ne laisser que peu de place à une vision plus relativiste de la conservation, respectueuse des différentes strates historiques d'un édifice[12]. Malgré ces tensions, l'influence de De Stuers et Cuypers demeure prépondérante jusqu'au début du XXe siècle[19].
Une carrière politique engagée
Après vingt-six ans comme haut fonctionnaire, Victor de Stuers démissionne de son poste de référendaire en octobre 1901 pour entamer une carrière parlementaire[13],[4],[15]. Il est élu membre de la Seconde Chambre des États généraux pour le district de Weert, représentant le parti catholique (Rooms-Katholieken), fonction qu'il occupe presque sans interruption jusqu'à sa mort en 1916[43],[4]. Il siège d'abord de décembre 1901 à septembre 1905, puis de septembre 1905 à septembre 1909, de septembre 1909 à septembre 1913, et enfin de février 1914 à mars 1916[43],[4].
Au Parlement, De Stuers se distingue par des positions qui surprennent parfois ses coreligionnaires catholiques[4]. Il dénonce notamment avec virulence les atrocités commises durant la guerre d'Atjeh, s'attirant le mécontenu de ses propres alliés politiques qui préfèrent minimiser ces faits[13],[4]. Cette indépendance d'esprit et ce sens moral, caractéristiques de toute sa carrière, lui valent respect et admiration, même de la part de ses adversaires politiques[4].
De Stuers préside également la commission budgétaire pour le chapitre IX (Waterstaat, ou Travaux publics) en 1911, et est sous-président de la Commission royale chargée d'établir un inventaire et une description des monuments néerlandais de 1903 à 1916[4]. Malgré des problèmes de santé, notamment une goutte chronique qui le handicape physiquement, il continue à travailler avec acharnement jusqu'à ses derniers jours[13],[4].
Vie personnelle
Le , à l'âge de quarante-neuf ans, Victor de Stuers épouse Aurelia Carolina gravin van Limburg Stirum (1853-1906), issue d'une famille noble[8],[9],[44],[45],[46]. De cette union naît une fille unique, Alice Jacqueline Hortense Julie Aurélie de Stuers, en 1895[45].
Peu après leur mariage, en novembre 1892, De Stuers acquiert le domaine De Wiersse à Vorden, dans la région de Gelderland, de la succession de ses beaux-parents[8],[9],[27]. Le domaine De Wiersse, mentionné pour la première fois dans un acte de 1288, possède une longue histoire[8],[9],[27]. De Stuers fait restaurer la demeure en 1912, et installe dans un bâtiment annexe la grande salle de sa résidence de La Haye, ornée de tentures en cuir doré de Malines et de tapisseries anversoises datant du XVIIe siècle[47],[27],[48]. Cette salle remarquable, qui témoigne du raffinement de son goût de collectionneur, se visite encore aujourd'hui[47],[27],[48].
Après la mort d'Aurelia en 1906, Alice de Stuers hérite du domaine[27]. Elle épouse William Edward Gatacre, d'origine anglo-irlandaise, avec qui elle développe considérablement les jardins de De Wiersse à partir de 1911[8],[9],[27]. Ces jardins, qui combinent avec bonheur la symétrie du XVIIIe siècle et le romantisme du XIXe siècle, s'étendent sur seize hectares et comptent parmi les plus beaux jardins historiques des Pays-Bas[8],[9],[27]. La famille Gatacre, petit-fils et arrière-petits-enfants de Victor de Stuers, continue aujourd'hui encore à gérer le domaine par l'intermédiaire d'une fondation créée en 2008 pour assurer la pérennité de ce patrimoine exceptionnel[8],[9],[49].
Décès et postérité
Victor de Stuers s'éteint à La Haye le , à l'âge de soixante-douze ans, laissant derrière lui un héritage institutionnel considérable[1],[43],[50]. Sa mort marque la fin d'une époque pour la conservation du patrimoine néerlandais. Son action a transformé en profondeur la manière dont les Pays-Bas envisagent leur patrimoine culturel et architectural[11],[10],[51].
L'influence de De Stuers s'étend bien au-delà de sa mort. La législation sur les monuments, dont la première loi (Monumentenwet) est adoptée en 1961, repose sur les fondations qu'il a établies[10],[52],[7],[53]. En 2015, lors de l'adoption de la nouvelle loi sur le patrimoine (Heritage Act), le ministre de la Culture remet symboliquement le premier exemplaire à E.V. Gatacre, petit-fils de Victor de Stuers, et à sa fille Mary Gatacre, reconnaissant ainsi le rôle fondateur de leur aïeul dans la protection du patrimoine néerlandais[8],[9],[53].
L'historiographie moderne a considérablement enrichi notre compréhension de Victor de Stuers. La biographie monumentale de Jos Perry, « Ons fatsoen als natie – Victor de Stuers 1843–1916 » (Notre dignité en tant que nation – Victor de Stuers 1843-1916), publiée en 2004, constitue l'étude la plus complète de sa vie et de son œuvre[9],[54]. Perry y dépeint De Stuers comme le « testateur du second âge d'or des Pays-Bas », soulignant comment son action systématique et sa vision à long terme ont permis de préserver un patrimoine qui aurait autrement disparu[9]. L'ouvrage antérieur de J.A.C. Tillema, « Victor de Stuers : ideeën van een individualist » (Victor de Stuers : idées d'un individualiste), paru en 1982, avait déjà mis en lumière la personnalité complexe et parfois contradictoire de cet homme d'exception.
Le souvenir de Victor de Stuers demeure vivace aux Pays-Bas, où son nom est indissociable de l'histoire de la conservation patrimoniale[3],[55],[51],[56],[57]. Chaque fois qu'un débat surgit sur le financement de la culture ou la protection des monuments, l'expression « Holland op zijn smalst » resurgit, rappelant le combat pionnier mené par cet homme qui, par sa détermination et sa vision, transforma irréversiblement la politique culturelle de son pays[5],[6],[58],[51]. Son buste en marbre, sculpté par Toon Dupuis en 1914, trône au Rijksmuseum aux côtés de celui de Pierre Cuypers, immortalisant le partenariat qui donna naissance à l'une des institutions culturelles les plus importantes d'Europe[14].
Distinctions et fonctions
- Chevalier (Ridder) de l'Ordre du Lion néerlandais
- Membre de la Seconde Chambre des États généraux : 1901-1916[4]
- Référendaire des Arts et des Sciences au ministère de l'Intérieur : 1875-1901[4]
- Premier directeur du Rijksmuseum de Gevangenpoort : 1882[34]
- Président de la commission d'examen pour le certificat d'enseignant en dessin : 1878-1916[4]
- Sous-président de la Commission royale pour les monuments néerlandais : 1903-1916[4]