Waroch, fils de Macliau
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Waroch, fils de Macliau (ou Weroc, Guerec), mort après 594, est à partir de 577, le chef d'un territoire situé dans la région de Vannes (actuel département du Morbihan), nommé en breton Bro Waroch (« Pays de Waroch »).
| Waroch | |
| Titre | |
|---|---|
| Roi du Bro Waroch | |
| – (17 ans) |
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| Prédécesseur | Macliau |
| Successeur | Canao II |
| Biographie | |
| Titre complet | Souverain du Bro Waroch |
| Nom de naissance | Weroc |
| Date de décès | |
| Père | Macliau |
| Fratrie | Jacob |
| Enfants | Canao II |
| Héritier | Canao II |
| Roi du Bro Waroch | |
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Dès 578, Waroch s'empare de la ville de Vannes, siège épiscopal, ce qui entraîne une guerre avec le roi franc Chilpéric Ier, dont les troupes sont vaincues. En 579, Waroch attaque le pays de Rennes, sans grands résultats. En 587, il attaque le pays nantais, s'appropriant la récolte viticole de l'année. Une nouvelle attaque en 590 aboutit à une guerre contre le roi Gontran, dans laquelle Waroch est battu et se soumet (au moins pour la forme, grâce peut-être à une trahison du commandant franc Ebrachaire). Cela ne l'empêche pas d'attaquer de nouveau en 593 et de subir une contre-attaque franque en 594, au résultat mal connu. Il n'est plus mentionné par aucune chronique après cet épisode.
Waroch a laissé une trace notable dans la toponymie de la région de Vannes : le nom du Bro Waroch a longtemps persisté sous la forme francisée de « Broërec » (avec diverses variantes), terme encore utilisé à l'époque du duché de Bretagne pour désigner cette région.
Onomastique
Les sources anciennes évoquant Waroch donnent différentes variantes de ce nom : notamment Weroc, Guerec[1]. Arthur de La Borderie utilise la forme Weroc, tout en signalant la forme Waroch.
En breton, Waroch est nommé Gwereg.
« Les noms dynastiques du Bro-Werec sont Weroc, l'éponyme, Magliau, Canau ( Waroch et Macliau sont des germanisations de Grégoire de Tours) »[2].
Contexte historique
L'histoire de Waroch et du Bro Waroch se place dans le contexte du VIe siècle, un siècle après la fin de l'Empire romain d'Occident (476) : entre 481 et 534, l'ancienne Gaule romaine est passée sous la domination des rois francs mérovingiens (Clovis et ses descendants), sauf la partie occidentale de la péninsule armoricaine, dominée par des chefs bretons. Durant la première moitié du VIe siècle, les rapports entre Francs et Bretons semblent pacifiques. Le premier conflit entre les Francs et les Bretons date de 558. Il oppose en réalité Clotaire Ier à son fils Chramn allié à un comte des Bretons dénommé Chanao ou Chonober. Selon certains historiens, Chanao serait l'oncle de Waroch[3].
Les guerres de Waroch contre les Francs sont grandement facilitées par les violents conflits familiaux opposant les rois mérovingiens[4] entre eux : en effet, chez les Francs, il peut y avoir plusieurs rois simultanément. Les fils d'un roi franc (par exemple Clovis) partageant entre eux le royaume de leur père et portant tous le titre de roi. En général, il en résulte des conflits familiaux, jusqu'à ce qu'un des fils ait réussi à éliminer ses frères (par exemple, le fils de Clovis Clotaire, qui devient seul roi en 558).
Selon Bernard Merdrignac, l'intégration du pays vannetais au domaine breton du VIe siècle au VIIIe siècle peut s'expliquer par le dynamisme de l'expansion bretonne, mais il note que malgré les dissensions internes des dynastes mérovingiens, ces derniers ont réussi à contenir cette poussée sur la Vilaine et l'Oust, à l'exception du pays de Guérande[5]. La prise de contrôle du comté de Vannes par les Bretons précède celle des comtés de Nantes et de Rennes, qui aura lieu seulement au IXe siècle.
Selon l'historien T. M. Charles-Edwards, les relations entre Bretons et Francs au VIᵉ siècle reposaient sur la reconnaissance, par les chefs bretons, d’une forme de suprématie franque. Ceux-ci sont qualifiés de comtes des Bretons dans les sources franques, mais ils ne relevaient ni de l’aristocratie mérovingienne ni de l’organisation politique des royaumes francs. Cette situation leur conférait une réelle autonomie, tout en les plaçant dans une position périphérique vis-à-vis du regnum franc[6].
Une personnalité célèbre joue un certain rôle dans la vie de Waroch : la reine Frédégonde, épouse puis veuve de Chilpéric Ier, roi de Neustrie, engagée dans une guerre contre Brunehaut, épouse du roi d'Austrasie Sigebert[7].
Biographie
Origines familiales
Au XIXe siècle, l'historien Arthur de La Borderie, au vu de sources hagiographiques (notamment la Vita de saint Gildas, mort en 565) parlant d'un Waroch actif selon lui à une époque antérieure, a émis l'hypothèse qu'il a existé un premier Waroch, grand-père de celui-ci, désigné par convention comme Waroch Ier. Mais l'historicité de Waroch Ier n'est pas retenue dans l'historiographie moderne, alors que Waroch, fils de Macliau, est mentionné dans de nombreuses chroniques d'époque[3].
Le père de Waroch, Macliau, un Breton, est évêque de Vannes à partir de 550, puis est à la tête du pays de Vannes jusqu'en 577[3]. Son successeur comme évêque, Eunius (à partir d'une date à préciser), est d'origine gallo-romaine. À ce moment, la ville de Vannes, en tant que cité épiscopale, est dirigée par l'évêque et extérieure au territoire rural dominé par Macliau (c'est une enclave relevant des rois francs)[réf. nécessaire].
Selon Grégoire de Tours, Macliau et son fils Jacob décèdent en 577 lors d'un combat contre leur voisin breton Theuderic. Le fils cadet de Macliau, Waroch, s’assure alors une part de son territoire. Grégoire mentionne également que Waroch dispose d'une flotte puissante et d'un trésor conséquent[3],[8].
Conquête de Vannes et guerre contre Chilpéric Ier (578)
En 578, un an après la mort de son père, Waroch s'empare de Vannes et impose sa domination sur ce qui va être appelé Bro Waroch[9]. Pour T.M Charles-Edwards, si le contrôle de Waroch sur Vannes est réel, les sympathies de la ville semblent davantage franques que bretonnes. Le peuplement breton apparait plus marqué dans les campagnes que dans la ville[6].
Grégoire de Tours mentionne que le roi franc (de 561 à 584) Chilpéric Ier intervient et lève une armée pour se porter contre Waroch : « Ensuite, les Tourangeaux, les Poitevins, les Bajocasses, les Manceaux et les Angevins et bien d'autres partirent pour la Bretagne sur l'ordre du roi Chilpéric et campèrent le long de la Vilaine pour combattre contre Weroc, fils de feu Maclou »[10].
André Chèdeville s'interroge sur les motivations de l'intervention de Chilpéric. Il évoque comme causes l'expansionnisme propre à Waroch, mais aussi les lourdes défaites des Bretons outre-manche. Ces dernières auraient pu occasionner une pression démographique plus forte des Bretons en Bretagne continentale sous l'effet d'une émigration depuis la Grande-Bretagne. André Chèdeville souligne également que ces défaites auraient pu amener les souverains francs à reconsidérer le poids politique des Bretons et l'intérêt de maintenir des relations pacifiques avec eux[3].
Les Saxons du Bessin sont battus par les Bretons sur la Vilaine à Pléchâtel (actuelle Ille-et-Vilaine, à 20 km au sud de Rennes), aux environs du pont romain du Port-Neuf.
Waroch engage des négociations de paix et obtient la reconnaissance de la conquête de Vannes moyennant le versement d'un tribut annuel, qu'il garantit en donnant son fils en otage.
Puis, il envoie à Chilpéric l'évêque Eunius pour dénoncer ce traité. Ce dernier est déposé de son siège épiscopal par le roi et incarcéré[11],[12].
Offensive dans le pays de Rennes (579)
L'année suivante, Waroch envahit le pays de Rennes, avançant jusqu'à Corps-Nuds (Cornutium vicum)[13], à 5 km au sud-est de Rennes.
Eunius est libéré et envoyé à Angers [14] pour négocier un accord. Le duc franc Beppolène refuse tout accord et attaque quelques places tenues par les Bretons.
En représailles, ces derniers pillent les pays rennais et nantais, s'appropriant la vendange. L'évêque de Nantes (jusqu'en 582), saint Félix, tente de s’interposer[12], mais en vain.
Offensive dans le pays nantais (587)
En 587, Waroch attaque de nouveau le pays nantais. Grégoire de Tours rapporte qu'il dévaste les vignes de la région, s'empare des vendanges et repart avec le vin dans le pays de Vannes[3].
Les rois Gontran et Clotaire II lui envoient des émissaires, notamment l'évêque d'Orléans, Namatius, et l'évêque du Mans Bertrand.
Un accord est concluː Waroch, ainsi qu'un autre chef breton, Iudmaël (en latin : Vidimaclus) s'engagent à payer mille sous de dédommagement à chacun des rois. Mais Waroch « négligea tout ce qu'il avait promis dévasta les vignes des Nantais et cueillant la vendange transporta le vin dans le vannetais »[15]. Gontran menace d’envoyer une armée, mais n’en fait rien[12].
Les années suivantes, Waroch multiplie les coups de mains et les raids contre les comtés francs de Rennes et de Nantes, suspendant ses actes de guérilla pour d'incessantes négociations avec ceux-ci et promettant de reconnaître l'autorité franque, mais sans jamais le faire véritablement.
Guerre contre Gontran et défaite de Waroch (590)
Waroch attaque de nouveau les pays rennais et nantais en 590. Cette fois, Gontran envoie des troupes, commandées par les ducs Beppolène et Ebrachaire, qui traversent la Vilaine et avancent jusqu’à l'Oust.
La reine franque Frédégonde (545-597), veuve de Chilpéric Ier, joue un rôle indirect dans cette campagne militaire. Hostile au duc Beppolène, elle aurait envoyé en aide à Waroch un contingent de Saxons du Bessin[6]. Beppolène est tué après trois jours de combat dans des marécages. Ebrachaire et le gros des troupes avancent cependant vers Vannes, où se trouve Waroch. L'évêque Regalis ouvre les portes de la ville aux Francs. Waroch tente de fuir par mer, mais une tempête détruit sa flotte chargée de butin[16]. Il se soumet alors à Ebrachaire, qui obtient par ailleurs un serment de fidélité au roi franc de l'évêque et des habitants du Vannetais (gallo-romains), qui supportent mal le pouvoir des Bretons. Waroch donne son neveu en otage en gage de sa soumission.
Mais au cours de la marche de retour des Francs, son fils Canao attaque l'arrière-garde de l'armée franque, au passage de la Vilaine [17] Ceux qui ne sont pas tués sont réduits en esclavage. Plusieurs d'entre eux, par la suite, seront affranchis par les cierges et les tablettes par l'épouse de Waroch. Le reste de l'armée, craignant les représailles des populations des pays qu'elle a ravagés à l'aller, rentre par l'Anjou jusqu'aux ponts de la Maine, puis met à sac la Touraine.
Les survivants se justifient auprès de Gontran en accusant Ebrachaire et le comte Willichaire d'avoir « reçu de l'argent de Weroc et fait dépérir l'armée. Pour cette cause Ebranchaire comparut devant le roi qui lui adressa beaucoup de reproches et reçut l'ordre de quitter sa présence, tandis que le comte Wiliachaire s'esquivait par la fuite »[18].
Pillages de 593 et guerre contre Childebert II
Waroch et son fils, peut-être à l'appel de Frédégonde [19] saccagent de nouveau les comtés de Nantes et de Rennes vers 593. Childebert II envoie une armée.
En 594 a lieu une bataille dont l'issue semble avoir été favorable aux Bretons. La chronique de Frédégaire est cependant la seule à la mentionner : « les armées des Francs et des Bretons, en se faisant la guerre, subissent l'une et l'autre de très lourdes pertes au combat »[20].
Dernières années
On ne sait rien de Waroch, ni de son fils, après cet épisode. Ils ne sont en effet plus mentionnés par les annalistes francs ou bretons[21].
On ne connaît donc pas, notamment, la date de la mort de Waroch.
Titulature
Waroch a parfois été assimilé par certains érudits au roi Guerech, mentionné entre autres dans la vie de saint Gwenaël[22]. C'est notamment le cas d'Arthur de La Borderie[23].
Le titre de comte était fréquemment utilisé au XIXe siècle pour désigner Waroch, celui de roi est plus rarement attribué[réf. nécessaire].
Le « tombeau de Waroch »
Un sarcophage d'époque mérovingienne qui se trouve dans la chapelle de Lomarec en Crach et qui porterait une inscription en vieux breton : Irha Ema * in ri (« Ici repose un roi ») est parfois associé à Waroch[24].
Généalogie
| Waroc'h (I) ? | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Conomor Comte de Poher | Sainte Tréphine | Macliau Évêque de Vannes Roi du Bro Waroch | Canao Ier Roi du Bro Waroch | Garçon | Garçon | Garçon | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Saint Trémeur | Waroch Roi du Bro Waroch | Jacob | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Canao Roi du Bro Waroch (?) | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Du Bro Waroch au Broërec
Waroch laisse une forte empreinte dans la toponymie locale. Au IXe siècle, dans le cartulaire de Redon, le pays de Vannes est appelé Pays de Waroch[25], sous diverses formes linguistiques, notamment
en latin :
- patria Gueroci (878)
- provincia Warrochia (909),
mais aussi en langue vernaculaire (les noms propres n'étant pas toujours latinisés, même dans un texte en latin) :
- Brooueroch en 830, 840, 842 puis en 868,
- Brouueroc vers 836-849 puis en 851,
- Brouuerec en 834,
- Brouueroec en 846,
- Brouuerec au XIe siècle
Le roi Alain le Grand donna à l'un de ses fils le nomen de Guerech, une variante de Waroch. Selon Joëlle Quaghebeur, ce geste peut être interprété comme la volonté symbolique d'asseoir son lignage dans le comté de Vannes tout en rappelant la mémoire de Waroch qui avait combattu les rois francs au VIe siècle[10].
Au XVe siècle encore, parmi les officiers du duc de Bretagne Jean V signataires de chartes, on trouve, à la suite des sénéchaux de Nantes, Rennes ou Lannion, un « procureur de Broerech » (graphie d'origine)[26].
On est alors très proche des formes employées aujourd'hui en français par les historiens : Broërec, mais aussi Broérec ou Broerec (en breton actuel : Bro-Ereg)