Wilhelm Bleek

linguiste allemand From Wikipedia, the free encyclopedia

Wilhelm Heinrich Immanuel Bleek, né le , à Berlin, royaume de Prusse et mort le au Cap, est un linguiste et folkloriste allemand du XIXe siècle. Son œuvre majeure est une grammaire comparée des langues sud-africaines. Il est aussi et surtout connu pour ses travaux, en collaboration avec sa belle-sœur Lucy Lloyd, sur la langue et la culture des San ou Bushmen d'Afrique Australe. En 1997, l'archive qu'il a commencé à construire, et qui fut ensuite complétée notamment par sa belle-sœur Lucy Lloyd et sa fille Dorothea Bleek, a été inscrite par l'UNESCO sur son registre international "Mémoire du Monde"[1], reconnaissant ainsi l'importance mondiale de ce considérable travail de documentation.

Faits en bref Naissance, Décès ...
Wilhelm Heinrich Immanuel Bleek
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Le CapVoir et modifier les données sur Wikidata
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Friedrich Bleek (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Lucy Lloyd (belle-sœur)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Wilhelm Bleek est né à Berlin, dans le royaume de Prusse. De 1845 à 1848, il étudie la théologie à Bonn et retourne ensuite à Berlin pour apprendre l'hébreu. Il est élève du célèbre orientaliste Karl Richard Lepsius. Sa thèse de doctorat, en 1851, s'inscrit dans la lignée de la tradition philologique de Wilhelm von Humboldt qui prétend trouver un lien entre l'esprit d'un peuple et la structure de sa langue. Dans cet esprit, il propose une analyse grammaticale de quatre langues d'Afrique australe : le Xhosa, le Tswana, le Herero et le Nama[2].

En 1855, Bleek se rend à Durban, dans l'actuelle Afrique du Sud à l'invitation de William Colenso, archevêque de Natal. Là, il entreprend des recherches comparatives entre différentes langues, notamment entre les langues bantoue telles que le zoulou et le xhosa. Il est notamment l'auteur d'une grammaire du zoulou et s'attache à analyser les classes nominales dans les différentes langues bantoues. En 1857, il quitte Durban pour Le Cap, où il entre au service de George Grey, alors Gouverneur. Il est chargé, entre autres, de gérer son imposante bibliothèque privée qui regroupe un très grand nombre d'ouvrages philologiques rares[2].

En 1861, Bleek fait la rencontre de Jemima Lloyd, fille de l'archidiacre de Durban, et entretient alors avec elle une correspondance assidue. Ils se marient en novembre 1862 et auront sept enfants, dont cinq filles atteindront l'âge adulte. En 1866, la famille Bleek quitte le centre ville du Cap pour s'installer dans une maison en périphérie, à proximité de la gare de Mowbray. C'est dans cette maison, appelée The Hill, que Bleek effectuera la plus grande partie de ses recherches sur les San. La sœur de Jemima, Lucy Lloyd, les rejoint à The Hill à la fin des années 1860.

Wilhelm Bleek décède en 1875 à l'âge de 48 ans, dans un hôpital du Cap, des suites de la tuberculose qu'il avait contractée avant sa venue en Afrique du Sud.

Contribution à la linguistique africaniste

Wilhelm Bleek est —avec le missionnaire allemand Sigismund Koelle (1823-1902) qui, le premier, a procédé au regroupement des langues ouest-africaines— un pionnier du comparatisme linguistique en Afrique. En 1859, il pose les bases de la Bantuistik (ou science des langues bantoues) moderne dans le cadre de l’analyse comparée des langues des régions australe et centrale de l’Afrique, auxquelles il donne le nom « bantoues ».

Les travaux de ces linguistes sont d’abord des tentatives de classification des langues à partir desquelles sont ensuite formulées des hypothèses sur l’histoire de la mise en place de leurs locuteurs. Ils ont permis de rendre autonome la linguistique africaniste, l’étude des langues africaines, appelée Afrikanistik, qui était au départ du ressort de l’orientalisme.

Études sur les San

L'intérêt de Bleek pour les San s'est développé dès les études comparatives sur les langues africaines qu'il a menées dans les années 1850. Son étude active des langues San a commencé en 1861 avec l'étude de manuscrits du Rév. Krönlein[2], et plus sérieusement entre juillet et septembre 1866, quand l'occasion lui est donnée d'interviewer deux prisonniers d'origine San, dont le principal s'appelait Adam Kleinhardt[2]. C'est à cette époque qu'il met au point un système phonétique que les linguistes utilisent encore de nos jours pour transcrire les clicks et les sons caractéristiques des langues khoisan.

Une occasion de travailler de manière plus approfondie avec des San s'est présentée en 1870, à l'époque où il était conservateur de la Collection Grey à la South African Library du Cap. Ayant appris que 28 prisonniers San travaillaient sur la digue du port du Cap et conscient du rapide déclin de l'usage de la langue |xam et qu'il avait là une occasion unique de l'étudier, il obtient l'autorisation du transfert d'un détenu à son domicile. Le premier informant San confié à sa garde est |A!kunta, en août 1870, rejoint par ǁKabbo en février 1871. Tous les deux vivent chez Bleek et Lloyd jusqu'en 1873. Après leur départ, les détenus ≠Kasin et Dia!kwain, ainsi que la femme de ≠Kasin, ǃKweiten-ta-ǁKen, prendront la suite et fourniront d'amples récits et détails culturels au projet[2].

Bleek forme sa belle-sœur, Lucy Lloyd (1834-1914) pour qu'elle l'aide à recueillir du vocabulaire, des récits et des informations sur la culture des |Xam. Lloyd, qui dispose de plus de temps que Bleek, contribuera environ les deux tiers des documents recueillis du vivant de Bleek, et poursuivra ces recherches après sa mort.

En 1871, Bleek s'attelle aussi à un projet de photographie et prise de mesures ethnographiques de personnes San, en contribution au projet de Thomas Huxley. Huxley, qui était à l'époque président de la Société Anthropologique de Londres, souhaitait établir une collection de photographie de 'spécimens' des ethnies de l'empire colonial britannique, et avait établi des normes précises pour de telles photographies, qui impliquaient notamment que les sujets photographiés devaient être nus, se tenir dans une position précise avec une règle de mesure fixée à leur corps. Profitant de la vulnérabilité des détenus, Bleek s'est rendu à plusieurs reprises à la prison de la Breakwater avec un photographe, pour diriger l'entreprise de photographie de détenus d'ethnies diverses[2], aux normes de Huxley. Les clichés fournis par Bleek comptent parmi les plus scrupuleusement fidèles aux spécifications de Huxley; la plupart des contributeurs d'autres régions de l'Empire ont fourni des photographies où les sujets étaient vêtus ou semi-vêtus[3].

En 1871, Bleek avait ajouté un codicile à son testament exprimant le souhait que sa belle-sœur poursuive ses recherches après sa mort. En effet, Lucy Lloyd continuera, de 1875 jusqu'en 1884, à accueillir de nouveaux informants San et à transcrire les textes recueillis. Elle s'efforcera aussi de faire publier les fruits de leur recherche, se heurtant à la frilosité des maisons d'édition tant au Cap qu'à Londres, en raison des surcoûts liés à la complexité typographique des textes en langue |Xam et d'une crainte de ne pas trouver suffisamment d'acheteurs pour couvrir ces coûts. Elle parviendra néanmoins à faire publier en 1889 un court florilège, Short Account of Further Bushman Material Collected, et poursuivra ses efforts jusqu'à la publication en 1911 d'un recueil bilingue, Specimens of Bushman Folklore (en)

La fille de Wilhelm Bleek, Dorothea Bleek (1873-1948) met en forme et publie un grand nombre des travaux de recherche de son père et de sa tante. De plus, elle effectue des relevés de vocabulaire, de généalogies et de peintures rupestres san au cours de plusieurs expéditions. Son œuvre majeure est le Dictionnaire bochiman paru en 1956, huit ans après sa mort ; on y retrouve le lexique commencé par son père près d'un siècle auparavant et augmenté par Lucy Lloyd.

Depuis 1997, la Collection Bleek, rebaptisée Collection Bleek & Lloyd - conservée à l'Université et à la Bibliothèque d'Afrique du Sud (South African Library) du Cap - qui rassemble les documents du dr W.H.I. Bleek, de sa belle-sœur Lucy Lloyd, de sa fille Dorothea Bleek et de G.W. Stow (1822-1882), relatifs aux recherches qu'ils ont menées sur la langue et le folklore san ainsi que des albums de photographies, est classée sur la Liste Mémoire du monde, de l'Unesco. L'essentiel de la collection, qui a depuis été digitalisée et est disponible en ligne, est constitué par les carnets dans lesquels Bleek et Lloyd ont consigné leurs observations sur la langue et la mythologie des Xam, une société de chasseurs-cueilleurs maintenant disparue et qui faisait partie du groupe des San. Ces documents donnent un aperçu précieux et exceptionnel sur la langue, la vie quotidienne, la religion, la mythologie, le folklore et les récits de cette population.

Publications

  • W.H.I. Bleek et L.C. Lloyd, Short Account of Further Bushman Material Collected (1889)
  • W.H.I. Bleek et L.C. Lloyd, Specimens of Bushman Folklore (en) (1911)

Bibliographie

Références

Liens externes

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