Willy Bal

linguiste et écrivain belge From Wikipedia, the free encyclopedia

Willy Bal, né le à Jamioulx (Ham-sur-Heure-Nalinnes, province de Hainaut) et mort le à 97 ans, est un écrivain belge de langue wallonne et un militant wallon.

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Willy Bal
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Il est membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique et de la Société de langue et de littérature wallonnes.

Biographie

Enfance et études

Willy Bal est né le au hameau d'Ôdrimont (Jamioulx)[1]. Descendant d'une famille de bucherons venus s'y installer au XVIIIe siècle en provenance de Cerfontaine, il est le fils unique de Ghislaine Rosa Frederik (1882-1930) et de Jules Bal (1883-1973)[2], bourgmestre de Jamioulx (de 1927 à 1932[3]) et agent de change. Sa mère, elle, gère une petite ferme. Durant son enfance, ses parents s'adressent à lui en français, mais ses grands-parents sont de quasi unilingues wallons. Il baigne donc dans la variété locale de la langue wallonne[4].

Malgré le décès de sa mère alors qu'il n'a que quatorze ans, il poursuit des humanités gréco-latines au collège du Sacré-Cœur de Charleroi. L'un de ses professeurs, le père René Debauche lui fait découvrir la littérature wallonne et notamment Marcel Launay et Henri Simon. C'est à cette époque qu'il compose déjà son premier recueil, Oupias d'âvri[5].

En 1932, il entretient une correspondance avec un critique littéraire wallon, Gallus, qui publie dans la revue de la Jeunesse étudiante catholique Le Blé qui lève. Derrière ce pseudonyme se cache Maurice Piron, qui l'encourage dans sa vocation littéraire. Une forte amitié se noue entre eux dès cette époque[6].

Peu de temps après, présenté à Jean Haust par Maurice Piron, il devient, à 17 ans, le plus jeune enquêteur de l'Atlas linguistique de la Wallonie[7]. Il entame, la même année, des études de philologie romane à l'Université catholique de Louvain. Déjà intéressé par la littérature, il devient le directeur du journal de la Fédération wallonne des étudiants, L'Ergot[8]. Frappé par la qualité de la langue wallonne, il entreprend d'adapter le roman Aline de Charles Ferdinand Ramuz[9].

À la suite d'encouragements d'Alphonse Bayot, Willy Bal consacre son mémoire de licence au parler régional de Jamioulx, dont il étudie la morphologie. Il est promu licencié en 1937. Il poursuit ensuite ses études et obtient le diplôme de docteur en philosophie et lettres en juillet 1938, avec la plus grande distinction[10],[11]. Il n'a alors que 21 ans. Sa thèse de doctorat prolonge son mémoire et consiste en l'étude complète de son parler local, celui de Jamioulx. Cette thèse, primée en 1939 par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique[2], fournit une bonne partie de la matière de son Lexique du parler de Jamioulx, que la Commission royale de toponymie et de dialectologie publie en 1949.

À côté de ses études, Willy Bal est très actif. Il assure les chroniques wallonnes dans la revue La Terre wallonne d'Élie Baussart ou encore sur les ondes de l'Institut national de radiodiffusion. Il travaille également régulièrement comme paysan ou comme bûcheron et tient à conserver ce lien avec la terre qui nourrissent ses recherches[12].

Prisonnier de guerre

En 1938, ses études achevées, il effectue son service militaire. Le service est prolongé par la mobilisation puis la guerre éclate. En 1940, il est légèrement blessé au pied et fait prisonnier à la Bataille de la Lys[13] où il commande un peloton dans le 12e régiment de Ligne de la 3e DI.

Il subit cinq années de captivité au stalag XIII B à Weiden in der Oberpfalz. Ces années inspireront plusieurs de ses œuvres, par exemple Au soya dés leus (1947) et Warum Krieg ? (1996).

À son retour en mai 1945, il reste officier dans l'armée d'occupation pour quelques mois encore. Au total, il sert durant 8 années dans l'armée[14].

Carrière professionnelle et académique

Après la Seconde Guerre mondiale, il est professeur et économe à l'Athénée royal de Marchin de 1946 à 1956[10]. Là, il y enseigne le français et la morale. Il a également quelques tâches pour assumer l'intendance de l'internat. Avec son épouse, ils sont installés dans une petite ferme dont ils assument la gestion[15]. Ces travaux, sa vie de professeur et sa vie de famille ne l'empêchent pas de continuer à publier régulièrement des études dialectales et ethnographiques et d'écrire des textes littéraires de grande valeur.

En 1956, il est nommé professeur à l'Université Lovanium au Congo belge, ce qui l'amènera à étudier la présence du portugais dans les langues africaines du Bas-Congo[16]. Là-bas, il est chargé de fonder une section de philologie romane, la première en Afrique. Il occupe aussi le poste de doyen de la faculté de philosophie et lettres de 1962 à 1965[12],[17].

Il rentre au pays en 1965, rappelé par l'Université catholique de Louvain. On lui confie la charge de grammaire comparée des langues romanes, de linguistique générale, mais aussi de portugais et de littérature wallonne, ces deux derniers cours étant spécifiquement créés pour lui. Il est également envoyé à Courtrai pour assumer quelques cours de français pour le compte de la KU Leuven[18]. Son Introduction aux études de linguistique romane (1966) est devenu un classique auquel il faut joindre le Guide bibliographique de linguistique romane (1978) écrit avec Jean Germain, et la Bibliographie sélective de linguistique romane et française (1991; avec J. Germain, J. Klein, P. Swiggers). Il travaille également sur l'histoire du mouvement wallon et publie La faillite de 1830 ? Elie Baussart, La Terre wallonne et le mouvement régionaliste.

Il vit au premier plan la question de la scission de l'Université de Louvain. En 1968, il devient doyen de la Faculté de Philosophie et lettres de la toute jeune Université Catholique de Louvain-la-Neuve. De 1970 à 1973, il est également vice-président du Conseil académique[17]. Il assume la double mission jusqu'en 1973. Il fonde également un centre d'études portugaises à l'UCL[19].

Au terme de sa carrière académique, en 1984, il est admis à l'éméritat. À cette occasion, ses élèves et ses collègues lui offrent un recueil de Mélanges : Langues et cultures. Mélanges offerts à Willy Bal[20]. Il enseigne cependant encore à l'Université de Trèves, où il prend en charge un cours sur les langues africaines[17].

Dès la mise à la retraite, il entame l'édition du Dictionnaire de l'Ouest wallon de Arille Carlier, avec Jean-Luc Fauconnier. Il s'engage pleinement dans le Conseil des Langues régionales endogènes de la Communauté française de Belgique, dont il assume la présidence, et encourage la vulgarisation et la promotion des langues régionales de Belgique romane, notamment en dirigeant Limes. Les langues régionales en Wallonie[21].

Carrière littéraire

Si Willy Bal a une orientation plus naturelle vers la poésie, il recourt également à la prose.

En 1948, malgré son jeune âge, il est repris parmi les cinq auteurs majeurs qui font Poèmes wallons. Ce recueil est fondateur dans la littérature wallonne car il ouvre enfin celle-ci vers l'universel et montre qu'on peut largement dépasser le cadre du régionalisme.

Dans les années 1950, Willy Bal reçoit plusieurs prix littéraires[10]:

  • 1952 : prix de littérature wallonne (poésie) de la Province de Hainaut ;
  • 1954 : prix de prose de la Province de Hainaut ;
  • 1955 : Prix biennal de la Ville de Liège[note 1] ;
  • 1956 : prix biennal de littérature wallonne du Gouvernement (prose).

En 1965, il est sélectionné parmi les dix poètes de langue wallonne édités en russe par Evgueni Vinokourov dans l'anthologie Из современной бельгийской поэзии De la poésie belge contemporaine »)[23]. Il a également été traduit en langue anglaise par Yann Lovelock (en), qui a fait paraitre des adaptations de ses œuvres dans les anthologies The Colour of the Weather (1980) et Luminous Candle (1997), ainsi que dans la revue londonienne New Poetry (no 49)[24].

Parmi ses écrits en prose, Willy Bal touche par la vérité et la force de ce qu'il évoque. Ce sont des thèmes tantôt profondément ancrés dans leur terroir et la culture wallonne, comme Fauves dèl Tâye aus fréjes (1956), tantôt ouvertement tournés vers le monde, par la violence des événements historiques vécues, avec Warum Krieg ? (1996) ou Djon.nèsse a malvô (2001)[25].

Engagements et affiliations divers

Il est membre actif de l'Association littéraire wallonne de Charleroi.

D'abord membre correspondant de la Commission royale de toponymie et de dialectologie dès 1942 (par contumace, vu son emprisonnement en Allemagne). Il devient membre titulaire de cette commission en 1948[26],[note 2], y remplaçant Jean Haust. Il préside la section wallonne de 1967 à 1971, puis de 1989 à 1991. Il préside également la Commission générale de 1973 à 1975[12].

Il devient membre titulaire de la Société de langue et de littérature wallonnes en 1953. Il en restera un membre actif jusqu'à sa mort.

En 1965, il est reçu membre d'honneur du cercle littéraire dialectal Lès Rèlîs Namurwès[28]. En 1996, il obtient la cocarde décernée au membre ayant fourni le travail le plus méritoire au cours de l'exercice écoulé.

Il est élu membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique le , à titre d'écrivain wallon, succédant à Joseph Calozet. Il y est reçu le [29].

En 1981, il est reçu membre titulaire de la section belge du Conseil international de la langue française, où il remplace Maurice Grevisse[17].

Vie privée

Le , Willy Bal épouse Anita Lefèvre (1922-2003). De cette union naissent quatre garçons et trois filles[2]. Parmi ceux-ci, sa fille Françoise Bal est également romaniste. Elle est l'épouse du linguiste et dialectologue Jean Germain.

Après avoir vécu à Marchin, au Zaïre, puis à Archennes, Willy Bal et son épouse reviennent en 1979 à Jamioulx, définitivement.

Willy Bal meurt le dans sa maison natale[3].

Œuvres

Poésie wallonne

Proses wallonnes

  • (wa) Èl région dins l’ monde, Charleroi, Impr. Barry, , 18 p.
    • (wa + fr) Èl réjion dins l’ monde (réédition), Charleroi, CROMBEL, coll. « micRomania » (no 14), , 48 p.
  • (wa) Trwès contes, Charleroi, Èl Chariguète, , 12 p.
  • (wa) « Il aveut pôrtè l' soya dins s' bèsace » (préf. Jean Guillaume), Les Cahiers wallons, 2e série, année 1951 no 4, avril, p. 49-68 (lire en ligne Accès libre).
  • (wa) Fauves dèl Tâye-aus-fréjes èt contes dou Tiène-al-bîje, Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Collection littéraire wallonne » (no 2), , 107 p.
  • (wa + fr + en) Eûwe dè pleufe, Eau de pluie, Rainwater (trad. Émile Verbeek, préf. Serge Mayence, ill. Stany Holda et Stephen Holda, avec Marc De Burges), Marcinelle, Institut européen interuniversitaire de l'action sociale, , 46 p.
  • (wa) Warum Krieg! (ill. Gustave Marchoul), Charleroi, Association littéraire wallonne de Charleroi, coll. « Les scrijâdjes du Bourdon » (no 7), .
  • (wa + fr) Djonnesse a Malvô (trad. Jean-Luc Fauconnier, ill. Raymond Drygalski), Charleroi, Association littéraire wallonne de Charleroi, coll. « Les scrijâdjes du Bourdon » (no 20), .

Traductions

  • (wa) Charles Ferdinand Ramuz (trad. du français), Aline Aline »], Charleroi, CROMBEL, coll. « micRomania » (no 5), , 96 p.

Essais et écrits scientifiques

  • Lexique du parler de Jamioulx, Bruxelles, Commission de Toponymie et dialectologie, 1949, coll. "Mémoires", n° 5
  • Henri Pourrat, essayiste, Anvers, De Nederlandsche Boekhandel, 1954.
  • Le royaume du Congo aux XVIe et XVIIe siècles, documents d'histoire, Léopoldville, Institut national d'études politiques, 1963.
  • Témoignage d'un écrivain employant le patois comme langue littéraire, essai, Louvain, Centre international de dialectologie générale, 1964.
  • Description du royaume de Congo et des contrées environnantes, Filippo Pigafetta & Duarte Lopes (1591) ; traduit de l'italien et annotée par Willy Bal, Louvain, Éditions Nauwelaerts / Paris, Béatrice-Nauwelaerts, 1965.
  • Introduction aux études de linguistique romane, avec considération spéciale de la linguistique française, essai, Paris, Didier, 1966.
  • La faillite de 1830? Èlie Baussart, La Terre wallonne et le mouvement régionaliste, Bruxelles, EVO, 1973.
  • Guide bibliographique de linguistique romane (avec Jean Germain), Louvain, Peeters, 1978.
  • Introduction à l'inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire, essai, Montréal, AUPELF, 1983.
  • Dictionnaire de l'Ouest-wallon (avec Arille Carlier), ouvrage scientifique (3 t.), Charleroi, Association littéraire wallonne de Charleroi, 1985.
  • Bibliographie sélective de linguistique romane et française (avec Jean Germain, Jean Klein et Pierre Swiggers), Paris / Louvain-la-Neuve, Duculot, 1991.
  • Poésie de Wallonie en langue picarde, wallonne et lorraine. Carrefour européen de l’Association des Écrivains belges de Langue française (A.É.B.). Les littératures régionales de la Communauté française (Bruxelles, 13.11.91). Textes recueillis par Willy Bal, Jean-Luc Fauconnier et Albert Maquet, Bruxelles, micRomania, 1994.
  • Duarte Lopez, Filippo Pigafetta (présentation et notes: Willy Bal) (trad. Willy Bal), Le royaume de Congo [Kongo] et les contrées environnantes (1591), Paris, Chandeigne / UNESCO, coll. « Magellane », , 383 p. (ISBN 978-2-906462-82-3, lire en ligne).
  • avec Jean-Marie Pierret, Littérature dialectale de la Wallonie. Choix de textes. Nouvelle édition revue et augmentée, Louvain-la-Neuve, UCL, Département d’études romanes, 2000
  • avec André Goosse, Jean-Marie Pierret, Albert Maquet, L’œuvre de philologie, d’histoire et de critique des lettres wallonnes de Maurice Piron (1914-1986), Liège, SLLW, 2002, coll. "Mémoire wallonne", 6.
  • Dictionnaire du parler wallon de Jamioulx (Ham-sur-Heure–Nalinnes), revu et complété (…) par J. Germain. Charleroi, micRomania, 2016, coll. "micRomania. Lingua", n° 9.

Hommages

Depuis 2016, la Bibliothèque de Jamioulx porte le nom de Willy Bal[30].

Notes et références

Voir aussi

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