Wodaabes

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Les Wodaabe (peul : Woɗaaɓe, singulier Boɗaaɗo) sont un sous-groupe du peuple peul qu'on désigne parfois sous le nom de Bororos ou Mbororos (à ne pas confondre avec les Bororos d'Amazonie), terme qui serait toutefois un terme péjoratif utilisé par les autres populations et signifiant « les bergers à l’abandon »[1].

Faits en bref Cameroun, République centrafricaine ...
Wodaabe
Fulbe-Mbororo
Description de cette image, également commentée ci-après
Jeunes femmes Wodaabe au Niger.
Populations importantes par région
Drapeau du Cameroun Cameroun 154 000
Drapeau de la République centrafricaine République centrafricaine 55 000
Drapeau du Tchad Tchad 50 000
Drapeau de la république démocratique du Congo République démocratique du Congo 60 000 (2009)
Population totale 3 000 000
Autres
Langues peul
Religions Islam
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Les Bororos sont traditionnellement des éleveurs nomades et des marchands, dont les migrations les mènent dans le sud du Niger, le nord du Nigeria, le nord-est du Cameroun, le sud-ouest du Tchad et les régions occidentales de la République centrafricaine. Depuis quelques années ils pénètrent également au Congo-Kinshasa, dans les régions du Bas-Uele et du Haut-Uele, frontalières de la Centrafrique et du Soudan[2],[3]. Et au nord du Mali Ansongo.

Les Wodaabe du Niger, réputés pour leur beauté (aussi bien les hommes que les femmes), leur artisanat élaboré et leurs riches cérémonies, sont considérés comme le dernier groupe peul pratiquant encore les coutumes d’avant l’islam[4]. Comparativement à d'autres populations africaines, ils ont été abondamment décrits, photographiés et filmés.

Ethnonymie

Des Wodaabe pendant le festival du Guéréwol.

Ils se désignent eux-mêmes Woɗaaɓe et appartiennent au groupement Mbororo, par le zébu de race «MBororo » qu'ils élèvent.

Le Pulaaku étant l'ensemble des règles morales et sociales régissant les Fulɓe (peul) et leur société, la racine woɗa désigne dans ce sens un interdit ou un tabou. Woɗaaɓe peut ainsi être interprété comme « ceux du tabou » ou « ceux qui s'imposent des interdits ». Cette étymologie, selon les Woɗaaɓe eux-mêmes, est notamment rapportée par L. N. Reed, qui souligne l’importance centrale des mboda (interdits rituels et sociaux) dans l’organisation de la vie wodaabe[5]. L’ethnonyme renverrait ainsi à un système normatif et culturel plutôt qu’à un ancêtre fondateur.

Certaines traditions savantes ont proposé de rattacher les Wodaabe à un ancêtre nommé Bodewal Makama, mais cette version est inconnue des Wodaabe eux-mêmes et est considérée comme peu fiable par plusieurs ethnographes. De même, les récits attribuant la dénomination Woɗaaɓe à une intervention de Usman dan Fodio au début du XIXᵉ siècle sont généralement rejetés, car incompatibles avec l’ancienneté et la large dispersion géographique des populations wodaabe, attestées bien avant cette période, notamment en Sénégambie et en Mauritanie.

Pour le géographe Jean Boutrais, les Woɗaaɓe constitueraient un sous-ensemble des Mbororo[6].

Population

« Bororoji, ou Peuls nomades » (1900).

Les incertitudes pesant sur la dénomination ne facilitent pas le dénombrement de cette population avant tout nomade. En 1983, l'écrivain et photographe Carol Beckwith[7] estimait à 45 000 le nombre de Wodaabe du Niger.

À l'occasion de ses recherches sur le terrain au début des années 2000, Elisabeth Boesen, de l'Université du Luxembourg[8], évalue leur nombre à 100 000 personnes.

En République Centrafricaine, ils représentent sans doute plus de la moitié de la population musulmane du pays et vivent pour une majorité d'entre eux de l’élevage dans le monde rural[9]. Une partie de cette communauté est originaire du Cameroun et est arrivée dans les années 1920, d’autres sont venus du Tchad (sans doute originellement du Niger, voire du Nigeria) avant les migrations plus contemporaines à partir des années 1990[9].

Culture

Religion

Les Wodaabe sont principalement musulmans. Bien que les pratiques revêtent divers degrés d'orthodoxie, la majorité adhère aux principes de base de cette religion[10]. Certains les ont appelés musulmans « de nom » en raison d'éléments culturels non musulmans contraires à certains préceptes de l'islam. L'islam devint une religion importante parmi les Bororo au cours du XVIe siècle quand le savant El Maghili prêcha parmi les élites du nord du Nigeria. La prédication d'El Maghili amena la conversion des classes dirigeantes chez les peuples Hausa, Peuls et Touareg[2],[3].

En dépit de la présence de l'islam, les Mbororos ont conservé un mythe fondateur. Selon celui-ci, avant le commencement des temps, ils étaient déjà présents sur Terre avec leurs vaches[11].

Mariage

Les Wodaabe sont souvent polygames. Les mariages sont arrangés par les parents alors que les futurs époux sont encore enfants (appelés koogal). La mariée reste avec son mari jusqu'à ce qu'elle soit enceinte, retournant alors chez sa mère, où elle reste pendant 3 à 4 années. Elle donne naissance à l'enfant chez sa mère et devient alors une boofeydo ce qui signifie littéralement, « quelqu'un qui a fait une erreur »[12].

Fête de la Geerewol

Fête de la Geerewol.

Une fois l'an, à la fin de la saison des pluies, les Wodaabe se réunissent aux portes du désert près d'Agadez, durant les six jours et les six nuits de la Guéréwol[13],[14]. Cette cérémonie est notamment importante pour les jeunes Wodaabe. Chaque clan familial, représenté par ses plus beaux danseurs, s'affronte dans un concours de beauté pour hommes dont le jury est constitué par les plus belles filles de la tribu. La danse, imitant la parade nuptiale des oiseaux du désert, se termine par la séduction et des échanges amoureux. Fardés, drogués au bendore (décoction faite d'écorce noire de banohe, de gypse pilé et de lait), les danseurs arborent leurs colliers de perles et de cauris, leurs amulettes et une plume d'autruche blanche au front[11].

Les danseurs confectionnent eux-mêmes leur tenue. Ils passent un pagne de femme sur leur vêtement de cuir. Dans le dos pend une chaîne de cauris, le barbol, terminée par une minuscule calebasse. Les jeunes filles se parent quant à elles d'innombrables bracelets. Après la danse, elles choisiront celui qui, pour une nuit ou pour la vie, partagera leur couche. En plus des parures élaborées dont elles sont revêtues, les jeunes femmes Wodaabe ornent leurs jambes d'anneaux de bronze superposés et astiqués avec de la boue et du sable. Ces atours étaient, jadis, portés jusqu'au deuxième enfant. L'adultère peut également être présent durant cette cérémonie[15].

Danseurs aux visages fardés.

Les canons de beauté sont stricts mais n'interdisent pas une certaine hardiesse dans le choix des parures, tel qu'une calebasse sur la tête ou des lunettes de soleil ultramodernes. Les Wodaabe admirent les visages ovales, les traits fins, les nez minces et longs et les dents blanches et régulières. Le danseur devra se farder longtemps. Il étale sur son visage du beurre mélangé à de l'ocre. Les yeux, les lèvres et les sourcils sont soulignés au charbon. Un trait jaune continu épouse la ligne dorsale du nez qu'il allonge[15].

Mode de vie

Après la Geerewol, les Wodaabe quittent les zones d'abondance en quête de nouveaux pâturages. À dos d'âne, les femmes suivent les troupeaux avec un chargement complexe assurant la survie des pasteurs pendant la saison sèche. Seules les sécheresses comme dans les années 1970 font vaciller l'équilibre écologique des Bororo, qui reconstituent, petit à petit, leur cheptel anéanti. De nombreux jeunes Wodaabe quittent la vie nomade pour les bidonvilles[16].

Il ne construisent pas d'habitations afin, selon une légende locale, de ne pas être séparé du ciel[11].

Références

Annexes

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