Yazīd II

calife omeyyade de Damas From Wikipedia, the free encyclopedia

Yazīd II ou ʾAbū Ḫālid Yazīd ibn ʿAbd Al-Malik (en arabe : أبو خالد يزيد بن عبد الملك), né en 687 à Damas et mort en 724 à Irbid, est le neuvième calife omeyyade. Il succède à son cousin ʿUmar II en 720. Il est le troisième fils de ʿAbd Al-Malik à devenir calife. Bien qu’il ne possède pas d’expérience administrative ou militaire, il tire son prestige de sa lignée, puisqu’il descend des deux branches régnantes de la dynastie omeyyade, les Soufyanides[note 1], qui fondent le califat omeyyade en 661, et les Marwanides, qui leur succèdent en 684. Il est désigné par son demi-frère, le calife Sulayman ibn Abd al-Malik (715-717), comme deuxième dans l’ordre de succession après leur cousin Umar (717-720), dans le cadre d’un compromis avec les fils d’ʿAbd al-Malik (685-705).

Faits en bref Calife omeyyade, 9 février 720 - 28 janvier 724 ...
Yazīd II
Monnaie de Yazīd II de type sassanide, en cuivre.
Fonction
Calife omeyyade
-
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Famille
Père
Mère
Atikah bint Yazid (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Enfants
Al-Walīd II
Al-Ghamr ibn Yazid (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Il revient sur les politiques réformistes d’Umar, principalement en rétablissant la jizya (impôt de capitation) sur les mawali (convertis musulmans non arabes) et en reprenant les campagnes militaires sur les frontières du califat, en particulier contre les Khazars dans le Caucase et contre l’Empire byzantin en Anatolie. Ces mesures répondent aux attentes du camp militariste arabe et de la dynastie omeyyade, mais ne résolvent pas la crise fiscale du califat : le produit du butin n’est plus suffisant et le rétablissement de la jizya se heurte à une forte résistance parmi les populations converties dans les grandes provinces du Khurasan et de l’Ifriqiya. Il promulgue un édit d’iconoclasme en vertu duquel les icônes chrétiennes sont détruites dans les églises à travers le califat, ce qui influence l’empereur byzantin Léon III (717-741) à adopter un édit similaire dans ses propres domaines.

Yazid réintroduit des troupes de Syrie pour imposer l’autorité omeyyade en Irak, où leur domination est depuis longtemps ressentie comme oppressive. L’un des premiers événements de son règne est la vaste révolte des Irakiens menée par Yazid ben al-Muhallab ; sa répression marque la fin des grandes insurrections anti-omeyyades dans cette province turbulente. Ibn al-Muhallab est un champion des Yamanites (en), et la nomination par Yazid de partisans Qaysites au gouvernement de l’Irak exacerbe les tensions factionnelles, même si, ailleurs, Yazid s’efforce de ménager les intérêts des deux camps rivaux (en). L’écrasement sanglant des Muhallabides devient plus tard un cri de ralliement pour la vengeance lors de la Révolution abbasside, qui renverse les Omeyyades en 750.

Jeunesse

Yazid naît à Damas, capitale du califat omeyyade, vers 690/691[1]. Il est le fils du calife ʿAbd al-Malik (685-705) et de son influente épouse Atika, fille du calife Yazid Ier (680-683), dont Yazid II porte le nom[1]. Les sources le désignent parfois sous le nom d’« Ibn Atika »[2]. Sa kunya (surnom patronymique) est Abû Khalid et il est surnommé al-Fatā le Jeune »)[3]. La généalogie de Yazid II associe la branche marwanide de la dynastie omeyyade, au pouvoir depuis 684, et la branche sufyanide de Yazid Ier et de son père Mu'awiya Ier (661-680), fondateur du califat omeyyade[1].

Yazid ne possède pas d’expérience militaire ou administrative avant son accession[1]. Il quitte rarement la Syrie, à l’exception de quelques visites dans le Hedjaz (l’ouest de l’Arabie, où se trouvent les villes saintes de La Mecque et Médine)[1], dont une pour accomplir le Hajj entre 715 et 717[4].

Un bâtiment du complexe palatial d’al-Qastal (photographié en 2018), construit par Yazid

Il reçoit probablement de ʿAbd al-Malik le contrôle de la région d’Amman[5]. Il y fait bâtir les châteaux du désert d’al-Qastal et d’al-Muwaqqar, tous deux situés dans les environs d’Amman. Ces palais sont généralement datés de son califat, bien que plusieurs archéologues estiment que Yazid commence leur construction avant 720[6].

Famille

Yazid noue des liens matrimoniaux avec la famille d’al-Hajjaj ben Yusef (mort en 714), puissant vice-roi d’Irak pour son père, le calife ʿAbd al-Malik, puis pour son frère al-Walid Ier. Il épouse la nièce d’al-Hajjaj, Umm al-Hajjaj, fille de Muhammad ibn Yusuf al-Thaqafi[7],[8]. Du vivant de son oncle, elle donne naissance aux fils de Yazid, al-Hajjaj, qui meurt jeune, et al-Walid II, futur calife en 743[7]. Yazid épouse aussi Suʿda bint ʿAbd Allah ibn ʿAmr, arrière-petite-fille du calife Uthman, qui met au monde son fils et sa fille ʿAbd Allah et ʿAïcha[9]. Selon le témoignage de l’historien du IXe siècle al-Ya'qubi, le cousin de Suʿda, Saʿid ibn Khalid ibn ʿAmr ibn Uthman, « exerce la plus grande influence sur Yazid »[10],[note 2].

Yazid prend également pour concubines deux chanteuses, Sallama al-Qass et Habbaba[12]. Au total, Yazid a six enfants de ses deux épouses et huit de ses concubines-esclaves[13]. Ses autres fils sont al-Nuʿman[14], Yahya, Muhammad, al-Ghamr, Sulayman, ʿAbd al-Jabbar, Dawud, Abû Sulayman, al-Awwam et Hashim[10].

Califat

Accession

Par sa naissance, Yazid est un candidat naturel à la succession califale[1]. Dans ce contexte de l’histoire du califat, une noble ascendance maternelle arabe a un poids politique important[15], et Yazid se montre fier de sa descendance sufyanide par sa mère, se jugeant supérieur à ses demi-frères paternels[7]. Il est désigné par son demi-frère, le calife Sulayman, comme deuxième dans l’ordre de succession après leur cousin germain Umar, qui règne de 717 à 720[1]. Yazid accède au califat à l’âge de vingt-neuf ans, après la mort d’Umar le 9 février 720[1],[16]. Pendant la majeure partie de son règne, il réside à Damas ou sur ses domaines dans le Jund al-Urdunn (district militaire de la Jordanie),[1] centré sur Tibériade et correspondant approximativement à la province byzantine de la Palaestina Secunda[17].

Répression des Muhallabides

Dirham d’argent au nom de Yazid II, frappé en 721/722

Peu avant ou immédiatement après l’accession de Yazid, le vétéran commandant et ancien gouverneur déchu de l’Irak et de la vaste province orientale du Khurasan, Yazid ibn al-Muhallab, s’évade de la forteresse d’Alep où Umar l’a fait incarcérer[18],[19]. Sous le règne de Sulayman, Ibn al-Muhallab, ennemi d’al-Hajjaj, est responsable de la torture et de la mort de membres de la famille de ce dernier, parents par alliance de Yazid, et il craint de subir à son tour des représailles lorsque l’accession de Yazid devient prévisible[18]. Yazid nourrit depuis longtemps, attisées par al-Hajjaj, des suspicions à l’égard d’Ibn al-Muhallab et de l’influence et des ambitions de la famille muhallabide en Irak et dans l’Est du califat[20].

Échappant aux troupes lancées à sa poursuite par Umar ou par Yazid, Ibn al-Muhallab gagne Bassora, l’une des principales villes de garnison d’Irak et le centre de sa famille et de la tribu Azd ʿUmân[18]. Sur l’ordre de Yazid, le gouverneur de Bassora, ʿAdî ibn Artat al-Fazari, fait arrêter plusieurs frères et cousins d’Ibn al-Muhallab avant l’arrivée de ce dernier en ville[18],[21]. Ibn Artat ne parvient pas à empêcher l’entrée d’Ibn al-Muhallab, qui, avec le soutien de ses alliés tribaux yamanis au sein de la garnison de Bassora, assiège le gouverneur dans la citadelle[18]. Les factions qays–Mudar de la garnison, pourtant rivales traditionnelles des Yamanites et peu favorables à Ibn al-Muhallab, ne s’y opposent pas activement ni efficacement[22]. Ibn al-Muhallab s’empare de la citadelle, capture le gouverneur et prend le contrôle de Bassora[22].

Yazid lui accorde d’abord le pardon, mais Ibn al-Muhallab poursuit son opposition et proclame le djihad (guerre sainte) contre le calife et les troupes syriennes garantes du pouvoir omeyyade en Irak[22]. Umar a probablement retiré la plupart des Syriens de Wasit, leur principale garnison en Irak, de sorte qu’Ibn al-Muhallab s’empare facilement de la ville[23]. La plupart des qurra (lecteurs pieux du Coran) et des mawali (convertis non arabes) de Bassora se rallient à Ibn al-Muhallab, à l’exception du célèbre théologien al-Hassan al-Basri[24]. Les dépendances iraniennes de Bassora, notamment Ahwaz, le Fars et le Kerman, rejoignent la révolte, mais non le Khurasan, où les troupes qays–Mudar contrebalancent les Yamanites pro-Muhallabides dans les garnisons de la province[25].

Carte de l’Irak au début du IXe siècle

Ibn al-Muhallab marche ensuite sur Kufa, l’autre grand centre de garnison d’Irak, où il attire des soutiens dans l’ensemble du spectre tribal et parmi de nombreuses grandes familles arabes[26]. Entre-temps, Yazid dépêche ses parents, les commandants chevronnés Maslama ibn Abd al-Malik et al-Abbas ibn al-Walid, pour écraser la révolte[27]. Ils tuent Ibn al-Muhallab et mettent son armée en déroute près de Kufa le 24 août 720[28]. Yazid ordonne l’exécution des quelque deux cents prisonniers capturés dans le camp rebelle, tandis que le fils d’Ibn al-Muhallab, Muʿawiya, fait exécuter Ibn Artat et ses trente partisans incarcérés à Wasit[29]. Par la suite, les autorités omeyyades pourchassent et tuent de nombreux Muhallabides, dont neuf à quatorze jeunes garçons envoyés à Yazid et exécutés sur son ordre[30],[31]. La répression de la révolte muhallabide marque la dernière des grandes insurrections anti-omeyyades en Irak[32].

Aggravation du conflit Qays–Yaman

La défaite des Muhallabides yamanites et les nominations successives par Yazid, à la tête de l’Irak, du pro-Qays Maslama ibn Abd al-Malik — rapidement destitué pour n’avoir pas reversé à temps les excédents fiscaux au trésor califal — puis de son lieutenant Umar ibn Hubayra al-Fazari, également qaysite, marquent un triomphe du camp qays–Mudar dans la province et ses dépendances orientales[33]. Selon l’historien Julius Wellhausen, « la proscription de toute la puissante famille [muhallabide], mesure encore inédite dans l’histoire des Omeyyades, équivaut à une déclaration de guerre contre l’ensemble du [camp] yéménite ; son corollaire est que le gouvernement dégénère en un régime de parti qaysite »[20]. Wellhausen rend le calife responsable de l’escalade factionnelle et attribue la nomination d’Ibn Hubayra à son désir personnel de vengeance à l’encontre des soutiens yamanites des Muhallabides[20]. Les tribus yamanites du Khurasan vivent ces événements comme une humiliation, et, lors de la Révolution abbasside qui renverse les Omeyyades en 750, elles adoptent pour slogan « vengeance pour les Banû Muhallab [les Muhallabides] »[34].

L’orientaliste Henri Lammens juge cependant « injuste » la présentation de Yazid comme un « extrémiste pro-Mudar et anti-Yaman », estimant qu’il s’efforce au contraire de ménager les groupes rivaux, comme d’autres souverains omeyyades avant lui[1]. Yazid ne privilégie pas systématiquement les Qays au détriment des Quda'a, composante majeure du camp yamanite en Syrie[20]. Des membres de la principale tribu des Qudaʿa, les Banu Kalb, forment d’ailleurs le noyau de l’armée califale lors de la répression, de la poursuite et de l’élimination des Muhallabides[20]. Il nomme des gouverneurs yamanites dans les grandes provinces de l’Ifriqiya (Afrique du Nord centrale) et de l’Al-Jazira (Haute Mésopotamie), ainsi que dans ses districts dépendants d’Adharbayjan et d’Arménie[1].

Politiques fiscales et militaires

Les dépenses nécessaires pour maintenir l’autorité omeyyade en Irak et pour soutenir les campagnes expansionnistes sur de multiples fronts, ainsi que le coût énorme des sièges de Constantinople de 717–718, effacent une grande partie des gains financiers tirés des conquêtes de la Transoxiane, du Sind et de la Péninsule Ibérique sous al-Walid Ier, provoquant une crise financière dans le califat[35]. Parmi les mesures prises par le prédécesseur de Yazid pour alléger la charge figurent le retrait des Syriens d’Irak, l’arrêt des conquêtes, la quasi-suppression des pensions versées aux princes omeyyades et un projet — non réalisé — de retirer entièrement les troupes arabes de Transoxiane, de la péninsule Ibérique et de la Cilicie[35]. Les réformes les plus marquantes d’Umar instaurent l’égalité de traitement des mawali au Khurasan, au Sind, en Ifriqiya et dans la péninsule Ibérique, en abolissant la jizya, l’impôt de capitation traditionnellement prélevé sur les sujets non musulmans mais, en pratique, étendu aux convertis non arabes, et en instituant une solde équivalente à celle des Arabes pour les mawali intégrés dans des armées jusque-là dominées par les Arabes[1],[36]. Selon Blankinship, ces réformes favorables aux mawali sont inspirées non seulement par la piété d’Umar, mais aussi par des considérations fiscales : en rendant le gouvernement populaire auprès des mawali, on pouvait en faire des acteurs de la sécurité dans leurs provinces d’origine et des défenseurs enthousiastes des frontières du califat, réduisant ainsi le coût du déploiement et du cantonnement des troupes arabes[35].

Yazid tente, avec un succès limité, de revenir sur les réformes d’Umar ibn Abd al-Aziz, auxquelles s’opposent le camp militariste arabe et la famille régnante omeyyade[1]. Sous le règne d’Umar, ce camp, emmené par Maslama, accepte peut-être un répit provisoire pour se remettre du désastre de Constantinople[37]. Sous Yazid, Maslama et ses protégés, dont Ibn Hubayra, sont rétablis ou promus à des postes de commandement élevés ; les garnisons syriennes sont réintroduites en Irak ; les raids annuels contre les Byzantins et la guerre contre les Khazars reprennent, de même que l’octroi de domaines ou de dons généreux aux princes omeyyades[38]. Bien que ces politiques semblent conçues pour rallier l’élite dirigeante et rétablir le flux du butin, elles ne suffisent pas à financer les troupes du califat, d’autant que le butin devient de plus en plus difficile à obtenir pour les armées expéditionnaires arabes[38].

Pour renflouer les caisses du trésor califal, Yazid se tourne vers le cinquième des revenus fiscaux provinciaux théoriquement réservé au calife. Historiquement, les provinces négligent de transférer ces sommes lorsqu’elles en ont la possibilité, et les gouverneurs détournent souvent ces fonds. Afin de garantir l’acheminement des recettes au trésor, Yazid nomme des gouverneurs selon le modèle d’al-Hajjaj — c’est-à-dire des hommes intègres, rigoureusement loyaux et impitoyables dans la collecte des impôts[38]. Contrairement à l’époque d’al-Hajjaj, cette politique est pour la première fois appliquée à l’Ifriqiya, au Khurasan, au Sind et à la péninsule Ibérique[38]. Un élément majeur de sa politique est la réintroduction de la jizya sur les mawali[38], ce qui aliène ces derniers dans les provinces concernées[1].

En Ifriqiya, le gouverneur de Yazid, Yazid ibn Abi Moslim, lui-même mawla originaire d’Irak et protégé d’al-Hajjaj, est assassiné en 720 par sa garde berbère, peu après sa nomination, pour avoir tenté de rétablir la jizya[1]. Une grande partie des Berbères, sinon la majorité, ont embrassé l’islam et occupent une position forte au sein de l’armée, à la différence des mawali dans d’autres régions du califat[39]. Les Berbères réinstallent l’ancien gouverneur Ismail ibn Abd Allah ibn Abi al-Muhajir et en informent Yazid, qui entérine ce changement[40]. Cet épisode porte atteinte au prestige du califat en Afrique du Nord et préfigure la Révolte berbère de 740–743[1]. Le rétablissement de la jizya au Khurasan, en 721/722, par le lieutenant d’Ibn Hubayra, Sa'id ibn Amr al-Harashi, provoque des révoltes et des guerres qui se poursuivent pendant vingt ans et contribuent en partie à la Révolution abbasside[1]. En Égypte, les augmentations de solde accordées aux marins mawali de la flotte musulmane sont annulées[38].

Guerre contre les Khazars

En mars 722, l’armée syrienne du gouverneur de Yazid en Arménie et en Adharbayjan, Miʿlaq ibn Saffar al-Bahrani, est écrasée par les Khazars en Arménie, au sud du Caucase. Cette défaite, point culminant de la campagne d’hiver du califat contre les Khazars, entraîne des pertes considérables parmi les Syriens[41]. Pour venger ce revers, Yazid II envoie al-Jarrah ibn Abdallah à la tête d’une armée de 25 000 Syriens, qui pénètre dans le Caucase, cœur du territoire khazar, et s’empare de leur capitale Balanjar le 22 août[42]. Le gros des forces khazares, très mobiles, évite l’affrontement décisif, ce qui contraint al-Jarrah à se replier sur Warthan, au sud du Caucase, et à demander des renforts à Yazid[42]. En 723, il conduit un nouveau raid au nord de Balanjar, sans gains durables[42].

Édit iconoclaste

Selon des sources grecques, dont le patriarche Jean V de Jérusalem (mort en 735), Théophane le Confesseur (mort en 818) et le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople (mort en 828), Yazid promulgue un édit ordonnant la destruction de toutes les icônes dans les églises chrétiennes du califat, après avoir consulté un magicien de Tibériade d’origine supposément juive nommé Beser de Tessarakontapechys, qui lui aurait promis une longue vie heureuse en échange de cette mesure[43]. Des sources syriaques ajoutent que Yazid charge Maslama de faire exécuter l’édit et que ce mandat influence l’empereur byzantin Léon III (717-741) dans l’adoption de sa propre politique d’iconoclasme byzantin dans l’Empire[44]. Les historiens arabes établis en Égypte al-Kindi (mort en 961), l’évêque Sévère d'Achmounein (mort en 987) et al-Maqrizi (mort en 1442) mentionnent également l’édit et décrivent sa mise en œuvre en Égypte[45]. Les sources médiévales divergent sur la date de l’édit, mais l’historien moderne Alexander Vasiliev considère que juillet 721, date retenue par le patriarche Jean V, est la plus fiable[46]. L’ordre est ensuite abrogé par le calife Hisham ibn Abd al-Malik[45].

Mort

Ruines de Beit Ras (Capitolias)

Yazid meurt de consomption[47] à Irbid, ville du sous-district de la Balqa dans le Jund Dimashq (district militaire de Damas correspondant à la Transjordanie) le 24 shaʿbân 105 AH (26 janvier 724)[1][note 3]. Son fils al-Walid ou son demi-frère Hisham dirige la prière funéraire[48]. Yazid envisage de désigner al-Walid comme successeur immédiat, mais se laisse convaincre par Maslama de nommer d’abord Hisham, suivi d’al-Walid[49].

Image dans les sources

Dans les sources islamiques traditionnelles, Yazid et son fils al-Walid jouissent d’une « réputation d’extravagance et d’hédonisme sans retenue », en contraste avec la piété d’Umar et l’austérité d’Hisham[50]. Selon l’historien Khalid Yahya Blankinship, malgré les « événements considérables de son règne », les sources traditionnelles comme modernes présentent souvent Yazid comme « un esprit frivole, esclave de ses passions », notamment de ses chanteuses-esclaves Habbaba et Sallama[1], qu’il acquiert après son accession[47]. Les talents, la beauté et le charme de Habbaba captivent, dit-on, le calife, au point qu’il néglige ses devoirs, au grand déplaisir de son entourage, en particulier Maslama[47].

Selon ce récit, Yazid se retire avec Habbaba dans son domaine viticole de Beit Ras (Capitolias), près d’Irbid. Habbaba y meurt étouffée par un grain de raisin ou de grenade que Yazid lui jette en jeu dans la bouche. Accablé de chagrin, il meurt quelques jours plus tard[51]. Blankinship considère que cette image d’un Yazid dominé par Habbaba est « largement exagérée », même s’il semble avoir été un mécène des poètes et avoir cultivé un « goût artistique raffiné »[1].

Notes et références

Sources

Articles connexes

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