Monts Zagros

chaîne de montagnes en Asie occidentale From Wikipedia, the free encyclopedia

Les monts Zagros (en persan رشته كوه زاگرس, Reschte-Kuh-e Zāgros, en kurde Çîyayên Zagrosê, en lori, كۆیەل زاگرۥۇس, en turc Zagros Dağları) sont une chaîne de montagnes s'étendant principalement dans l'ouest de l'Iran, depuis le détroit d'Ormuz dans le golfe Persique jusqu'au haut-plateau arménien dans le sud-est de la Turquie en passant par le nord-est de l'Irak. Elle a une longueur totale de 1 600 kilomètres. Son point culminant se trouve dans le massif de Dena avec 4 409 mètres d'altitude.

Faits en bref Géographie, Altitude ...
Monts Zagros
Carte topographique de l'Iran montrant les monts Zagros depuis l'ouest jusqu'au centre sud du pays.
Carte topographique de l'Iran montrant les monts Zagros depuis l'ouest jusqu'au centre sud du pays.
Géographie
Altitude 4 409 m, Qash-Mastan
Massif Ceinture alpine
Longueur 1 600 km
Administration
Pays Drapeau de l'Iran Iran
Drapeau de l'Irak Irak
Drapeau de la Turquie Turquie
Géologie
Roches Roches sédimentaires
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Les rivières Zarineh et Simineh prennent leur source dans les monts Zagros, pour se jeter au nord dans le lac d'Ourmia.

Géographie

Vue satellite des monts Zagros en septembre 1992.

La chaîne de Zagros, orientée nord-ouest - sud-est, borde le nord du golfe Persique, côté iranien. Elle isole des influences maritimes l'intérieur de ce pays ce qui contribue à son aridité[1].

La chaîne du Zagros culmine à 4 409 m au Qash-Mastan dans le massif de Dena. Le deuxième massif du Zagros en termes d'altitude est celui du Zard Kuh au nord-ouest du massif de Dena dont le sommet principal, Kolonchin, culmine à 4 221 m[1]. Les monts Zagros abritent deux des cinq régions glaciaires d'Iran (les trois autres étant dans l'Elbourz)[2].

Au nord-est, le plateau iranien s'insère entre les monts Zagros à l'ouest et la chaîne de l'Elbourz plus au nord. Au sud-est, le Zagros se recourbe vers le nord-est dans le Laristan faisant la connexion avec la chaîne du Makran, zone montagneuse d'origine volcanique[1].

La rivière Karoun, affluent du Chatt-el-Arab, au sud-ouest de la chaîne, trouve sa source principale au cœur des monts Zagros au pied du massif de Zard Kuh, où il est alimenté par la rivière Kuhrang sur le flanc est, et la rivière Bazoft sur le flanc ouest. La rivière Karkheh naît également dans les monts Zagros et se jette dans le Chatt-el-Arab en territoire irakien.

Les monts Zagros résultent de la collision continentale de la plaque arabique vers la plaque eurasiatique à partir du Cénozoïque[3],[4],[5], en lien avec l'orogenèse alpine[6]. Ainsi, à la fin du Crétacé, une importante compression affecte les monts Zagros en lien avec une double subduction de la Néotéthys et de sa mer de Nain-Baft[3],[4]. Les massifs montagneux ont été plissés en strates parallèles par la tectonique, la poussée des plaques venant du sud-ouest et de la plaque arabique[1]. Les roches plissées sont principalement de nature calcaire.

Histoire

Premières occupations

Les monts Zagros présentent un riche héritage historique, témoin d'une occupation humaine remontant au Paléolithique inférieur. Les plus anciens vestiges humains mis au jour dans cette région appartiennent aux Néandertaliens et proviennent des grottes de Shanidar, de Bisitun et de Wezmeh. La grotte de Shanidar a livré les restes de dix Néandertaliens datés d'environ 65 000 à 35 000 ans[7].

Les traces d'occupations du Paléolithique supérieur (Baradostien) et de l'Épipaléolithique (Zarzien) se retrouvent dans de nombreux autres sites : grottes de Yafteh et Kaldar près de Khorramabad, Warwasi et Malaverd près de Kermanshah, grotte Kenacheh au Kurdistan, grotte Boof dans le Fars, ainsi que dans divers abris sous roche[8].

Shanidar abrite également deux nécropoles « proto-néolithiques » plus récentes, dont l'une, vieille d'environ 10 600 ans, renferme les sépultures de 35 individus[9].

Berceau de l'agriculture et de l'élevage

Les premiers signes d'agriculture apparaissent dès 9000 av. J.-C. dans les contreforts montagneux, faisant de cette région de l'Ouest de l'Iran l'un des centres primordiaux de domestication de nombreuses espèces végétales et animales. Les monts Zagros furent notamment le théâtre de la domestication de l'orge, probablement du blé amidonnier, de diverses légumineuses, et plus particulièrement des chèvres[10].

La période néolithique acéramique (vers 9600 à 7000 av. J.-C.) livre certaines des premières preuves archéologiques de l'agriculture céréalière à son stade « pré-domestique » : le site de Chogha Golan témoigne de cette révolution agricole dès 9300 av. J.-C.[11]. Parallèlement, l'élevage et la gestion des chèvres (Capra hircus) se développent vers 8200 av. J.-C., après la fin du refroidissement climatique du Dryas récent, sur les sites de Ganj Dareh et Tepe Abdul Hosein[10].

Les analyses génétiques rétrospectives d'ADN fossile révèlent un processus de domestication progressif : les populations humaines protégèrent d'abord les troupeaux de chèvres sauvages en éliminant leurs prédateurs, avant d'entreprendre leur élevage proprement dit[12]. Bien que cette région soit aujourd'hui relativement aride, elle bénéficiait alors d'un climat plus verdoyant qui favorisa l'émergence de l'un des deux centres mondiaux connus de domestication caprine.

Certains de ces établissements primitifs évoluèrent pour devenir les futures cités d'Anshan et de Suse, tandis que Jarmo demeure l'un des sites archéologiques emblématiques de cette région. La viticulture y trouve également ses racines les plus anciennes : les sites de Hajji Firuz Tepe et Godin Tepe ont révélé des traces de stockage vinicole remontant à 3500-5400 av. J.-C.[13]

Apports de la génétique

L'analyse génétique d'un fragment d'os métatarsien découvert dans la grotte de Wezmeh et daté du Néolithique a révélé l'existence d'un groupe génétique jusqu'alors inconnu. Cet individu, porteur de l'haplogroupe Y-ADN G2b[14] (branche G-Y37100[15]) et de l'haplogroupe mitochondrial J1d6, présentait un phénotype caractérisé par des yeux bruns, une peau relativement foncée et des cheveux noirs. Bien que les populations néolithiques pré-indo-européennes d'Iran aient présenté une pigmentation réduite dans plusieurs gènes, cet individu ne contribua pas au patrimoine génétique des premiers agriculteurs européens ni des Européens contemporains. Il montre en revanche une parenté génétique étroite avec les zoroastriens iraniens actuels, puis avec les Persans, Baloutches, Brahouis, Kalash et Géorgiens[16]. Cette découverte conduit Gallego-Llorente et ses collaborateurs (2016) à considérer les monts Zagros, aux côtés de Kotias peuplé par les chasseurs-cueilleurs du Caucase, comme une source probable d'ascendance eurasienne pour l'Asie centrale et méridionale, hypothèse étayée par les preuves archéologiques d'expansions néolithiques orientales depuis le Proche-Orient[17].

Époque historique

À l'aube de l'Antiquité, le Zagros servit de berceau à diverses populations pré-indo-européennes : Hourrites, Gutis, Kassites, Élamites, Turukku et Lullubis, rejoints sur le versant occidental par des peuples sémitiques tels que les Assyriens et Amorrites. Ces groupes menèrent des incursions répétées contre les cités sumériennes, akkadiennes et assyriennes de Mésopotamie. La chaîne montagneuse constitue en effet une frontière naturelle majeure entre la plaine mésopotamienne de l'Irak actuel et le plateau iranien. Les interactions complexes de ces peuples au début du deuxième millénaire av. J.-C. sont documentées par une petite archive de tablettes d'argile découverte à Tell Shemshara, sur les rives du Petit Zab[18]. Le site voisin de Tell Bazmusian témoigne quant à lui d'une occupation intermittente s'étalant de 5000 av. J.-C. à 800 apr. J.-C.[19]

Curiosités

On trouve, au sud des monts Zagros, des glaciers de sel dont le plus célèbre, la Kuh-e-Namak (persan : کوه نمک), dont le nom signifie « montagne de sel » en persan, est un dôme salin de près de 400 m de hauteur[20].

Notes et références

Articles connexes

Liens externes

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