Zahato
Outre (récipient) en peau
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La Zahato(a) /s̪ahato/ (aussi zahako, xahako(ʃahako) ou zarako ; en espagnol : bota) est la gourde de peau traditionnelle des bergers basques et, plus largement, de diverses régions de l'Espagne. Il s'agit d'une petite outre, généralement de forme piriforme, destinée au transport, à la conservation et à la consommation directe de boissons, notamment du vin[1].

Le terme zahato (ou zahako) est un diminutif de zahagi, qui signifie outre en basque (zahat-to/-ko). Le fabricant de zahato est appelé zahatogile[2].
Présentation

La zahato se caractérise par sa forme en poire (udare formakoa) et par son orifice étroit aménagé à son goulot. Celui-ci est muni d'un bouchon et permet de boire « à la régalade » (en basque zurrust), c'est-à-dire en laissant jaillir un jet très fin que l'on intercepte à distance avec la bouche, sans contact direct avec l'embout[3].
Sa capacité est généralement d'un à deux litres. Dans le meilleur des cas, une seule pièce de cuir peut permettre la fabrication de plusieurs exemplaires (jusqu'à six : deux de deux litres et deux d'un litre et demi), bien que les défauts naturels de la peau limitent souvent ce rendement[3].
Traditionnellement utilisée par les bergers, les paysans et les marins, la zahato permettait de transporter les boissons et de les conserver au frais. Elle est encore employée aujourd'hui, bien que souvent dans un contexte folklorique ou festif[3].Produit très ancien, la zahato constitue un moyen particulièrement adapté au transport de liquides, grâce à sa souplesse, sa solidité et son système d'étanchéité interne.
Histoire
L'usage de l'outre (zahagi ou zahato) remonte à l'Antiquité. Les premiers témoignages connus proviennent de la Grèce antique : dans l'Odyssée attribuée à Homère, Ulysse enivre le cyclope Polyphème grâce à une outre remplie de vin. Cette référence atteste de l'ancienneté d'un objet déjà répandu dans les civilisations méditerranéennes[4].
À l'origine, les outres étaient sensiblement plus grandes que les zahatoak actuelles. Elles étaient confectionnées à partir de la peau entière de l'animal et pouvaient atteindre une capacité maximale d'environ 120 litres. Plus légères, plus résistantes et plus souples que les récipients en terre cuite ou en verre, elles servaient au transport de l'eau, du vin, du miel et de l'huile, aussi bien à cheval que par voie maritime. Leurs qualités techniques expliquent leur diffusion dans de nombreuses civilisations[4].
Au Pays basque, la production artisanale était historiquement bien implantée, notamment dans un espace allant d'Ordizia à Pampelune (Iruñea) et jusqu'à Hendaye. De nombreux artisans fabriquaient des xahako naturels à partir de matières premières locales. L'objet s'est diffusé dans toute la région, devenant un ustensile quotidien pour les bergers, les paysans et les marins, qui l'utilisaient pour transporter et conserver leurs boissons au frais[4].
La zahato connut une transformation symbolique à la fin du XIXe siècle. En 1873, l'artisan Gregorio Pérez quitta Huesca pour s'installer à Pampelune. En 1902, il racheta l'affaire d'Eusebio Iglesias et perpétua la fabrication de zahagi de haute qualité. Il introduisit un élément distinctif décisif : le marquage de ses outres de trois lettres « Z » (ZZZ), imprimées dans le cuir à la manière du marquage du bétail. Ces trois Z rendaient hommage à ses trois filles, qu'il appelait « zagalas » (jeunes filles). Le logo comportait en outre un « N » inversé, conséquence d'une erreur du premier outil de marquage, devenue par la suite un signe distinctif de la marque[4].
Les zahato marquées ZZZ se popularisèrent rapidement à Pampelune et devinrent un symbole festif, notamment lors des fêtes de la Saint-Firmin. L'écrivain américain Ernest Hemingway évoqua ces festivités dans son roman Le soleil se lève aussi (1926), contribuant indirectement à l'aura internationale de la gourde basque[4].
L'atelier fondé par Gregorio Pérez est demeuré une entreprise familiale ; en 2016, la société navarraise a célébré son centenaire et poursuit aujourd'hui la production artisanale, exportant ses produits à l'international. Dans un contexte contemporain marqué par les préoccupations environnementales, la zahato est parfois présentée comme une alternative durable aux bouteilles en plastique jetables, en raison de sa fabrication naturelle et de la pérennité de ses techniques traditionnelles[4].
Fabrication

La zahato est confectionnée à partir de peau de bouc (ou de chèvre), tannée selon un procédé végétal (au tanin). La qualité de l'outre dépend en grande partie du caractère velu de la peau utilisée.
Approvisionnement et préparation des peaux
Autrefois, les zahatogileak (fabricants de zahato) procédaient eux-mêmes au tannage des peaux. Aujourd'hui, les artisans encore en activité s'approvisionnent auprès de l'entreprise « Moneo » à Covarrubias, qui fournissait déjà les derniers artisans officiellement recensés. Les peaux, une fois traitées, sont conservées dans des chambres frigorifiques modernes, ce qui a permis de faire disparaître les anciens problèmes de conservation[3].
La peau présente deux faces :
- une face velue ;
- une face lisse, brunie par l'action du tanin.
Le découpage s'effectue à l'aide de gabarits (txantiloiak) en bois mince ou en carton. Le patron est placé sur la peau, côté poils vers le bas, puis découpé avec des ciseaux similaires à ceux utilisés en couture, en laissant une marge d'environ un centimètre[3].
Travail du cuir
Après la découpe, les poils sont égalisés en suivant leur direction naturelle, en réduisant leur longueur d'environ moitié, opération longue et minutieuse. La peau est ensuite plongée dans de l'eau tiède (non brûlante) pendant quatre à six heures afin de l'assouplir. Cette étape permet d'étaler la pièce sur une table et d'en éliminer les plis[3].
La couture s'effectue avec le côté poilu vers l'extérieur. Elle peut être réalisée à la main, à l'aide d'aiguilles en acier huilé et d'un poinçon (listaria) pour maintenir la pièce, ou de plus en plus à l'aide d'une machine à coudre électrique pour cuir. Des œillets (begiteak) sont fixés simultanément afin de permettre le passage du cordon, traditionnellement rouge, servant à porter la gourde en bandoulière et à habiller la couture[3].
Une fois cousue, la zahato est retournée : les poils se retrouvent à l'intérieur et la face lisse à l'extérieur. Pour faciliter cette opération, l'outre est gonflée et bien humidifiée ; autrefois, on la frappait à l'aide d'un bâton pour lui donner sa forme. Certains artisans la réhumidifient avant de la laisser sécher définitivement[3].
Étanchéité intérieure (poissage)
L'étanchéité est assurée par l'application de poix (bike), une matière souple et noirâtre appliquée à l'intérieur. Dans le passé, les artisans préparaient eux-mêmes cette substance. Aujourd'hui, ils achètent de la poix vierge qu'ils mélangent à de l'huile (environ 5 kg de poix pour 1 litre d'huile). Le mélange est chauffé puis versé à l'intérieur de l'outre à l'aide d'un entonnoir. L'intérieur est soigneusement imprégné, puis l'excédent est évacué afin d'éviter la formation de grumeaux susceptibles d'endommager la gourde[3].
Après cette opération, la zahato est de nouveau humidifiée à l'eau chaude et mise en forme définitive. Dans certaines outres contemporaines, la poix est parfois remplacée par du caoutchouc pour garantir l'étanchéité[3].
L'embout et les finitions
La dernière étape consiste à fixer l'embout (ahoa). Celui-ci mesure environ deux centimètres d'épaisseur et jusqu'à trois centimètres de diamètre. Il est cousu et fixé solidement à l'outre ; le bouchon est attaché à la peau par un cordon rouge.
Les matériaux de l'embout ont évolué au fil du temps :
- à l'origine, ils étaient en bois ;
- au milieu du XXe siècle, ils furent remplacés par des modèles en os ;
- ensuite apparurent des embouts en gomme dure ;
- enfin, des modèles en bakélite furent adoptés, appréciés pour leur facilité de remplacement et leur meilleure hygiène.
Traditionnellement, l'embout pouvait également être réalisé en corne et fixé par un collier rouge. La finition comprend un brossage léger, parfois l'ajout d'ornements pour améliorer la prise en main, puis un ponçage final[3].
Usage et portée culturelle
La zahato a été largement utilisée par les bergers (artzainek), les paysans (baserritarrek) et les marins (marinelek) pour transporter et conserver leurs boissons, principalement le vin. Sa conception permet de maintenir le liquide relativement frais et d'en faciliter la consommation collective grâce au jet fin[3].
Bien qu'elle demeure utilisée aujourd'hui, sa présence s'inscrit fréquemment dans un cadre folklorique, festif ou patrimonial, symbolisant un élément important de la culture matérielle basque et rurale espagnole.