Émoussement affectif

trouble caractérisé par une réponse émotionnelle réduite From Wikipedia, the free encyclopedia

L'émoussement affectif est un état marqué par une réactivité émotionnelle réduite. Ce phénomène se manifeste par une incapacité à exprimer ses sentiments, verbalement ou par le langage non-verbal, en particulier dans des situations qui susciteraient normalement des émotions. D'autres caractéristiques typiques sont la rareté des gestes expressifs et une expression faciale ou une intonation peu animées[1]. De plus, une diminution de l'affect peut être symptomatique de différents troubles tels que l'autisme, la schizophrénie, la dépression, le trouble de stress post-traumatique, le trouble de la dépersonnalisation[2],[3],[4], le trouble de la personnalité schizoïde et certaines lésions cérébrales, entre autres[5]. L'émoussement affectif peut également être un effet secondaire de certains médicaments (par exemple, les antipsychotiques [6] et les antidépresseurs [7] ).

Ceci étant dit, l'affect réduit doit être distingué de l'apathie et de l'anhédonie, qui font explicitement référence à un manque de ressenti émotionnel.

Types

Affect restreint

Un affect restreint est une réduction de l'étendue et de l'intensité des réponses émotionnelles chez un individu[8].

Affect émoussé et plat

L’affect émoussé est plus grave qu’un affect restreint, mais est lui-même moins prononcé qu’un affect plat : « La différence entre un affect plat et un affect émoussé constitue une question de degré. Une personne avec un affect plat n'a pas ou presque aucune expression émotionnelle. Elle peut ne pas réagir du tout à des circonstances qui évoquent généralement des émotions fortes chez les autres. Une personne avec un affect émoussé, par contraste, a des réactions émotionnelles considérablement atténuées »[9].

Affect superficiel

L’affect superficiel est synonyme d'affect émoussé. Dans l'échelle de psychopathie de Hare, le facteur 1 identifie l'affect superficiel comme un attribut commun de la psychopathie[10].

Structures cérébrales

Les analyses IRMf effectuées sur les personnes atteintes de schizophrénie avec un affect émoussé montrent que lorsque ces dernières sont exposées à des stimuli émotionnels, elles affichent une activité cérébrale régionale différente de celle des personnes également atteintes de schizophrénie, mais dont l'affect est normal. Par exemple, celles dont l'affect n'est pas réduit manifestent une activation observable des zones cérébrales suivantes lorsque exposées à des images à connotation émotionnelle négative : le mésencéphale, le pont, le cortex cingulaire antérieur, l'insula, le cortex orbitofrontal ventrolatéral, le pôle temporal antérieur, l'amygdale, le cortex préfrontal médial et le cortex visuel extrastrié. Par opposition, dans la même situation, les personnes atteintes de schizophrénie avec un affect réduit présentent seulement une activation du mésencéphale, du pont, du pôle temporal antérieur et du cortex visuel extrastrié[11].

Structures limbiques

L'activation du système limbique des personnes schizophrènes et d'affect plat est réduite lors du visionnement de stimuli émotionnels. Chez les personnes atteintes de schizophrénie avec affect émoussé, les processus neuronaux commencent dans la région occipitotemporale du cerveau et sont transmis par la voie visuelle ventrale et les structures limbiques jusqu'à atteindre les zones frontales inférieures[11].

Par exemple, il est établi que les lésions causées à l’amygdale des macaques rhésus adultes au début de leur vie peuvent altérer de manière permanente le traitement des émotions. Leur conséquence est de provoquer une diminution de l'affect en réponse tant aux stimuli positifs que négatifs. Cet effet est irréversible chez les macaques rhésus ; les dommages néonatals produisent le même effet que ceux survenant plus tard dans la vie. Le cerveau des macaques ne peut pas compenser les dommages précoces subis par l’amygdale, même si une croissance neuronale importante peut avoir lieu[12].

De plus, il existe certaines preuves que les symptômes d'affect émoussé chez les patients schizophrènes ne sont pas simplement le résultat de la réactivité de l'amygdale, mais qu'ils sont plutôt dus au fait que l'amygdale n'est pas intégrée à d'autres zones du cerveau liées au traitement émotionnel, en particulier par le moyen du couplage amygdale-cortex préfrontal[13]. Les lésions dans la région limbique empêchent alors l’amygdale d’interpréter correctement les stimuli émotionnels chez les personnes atteintes de schizophrénie en compromettant le lien entre l’amygdale et d’autres régions du cerveau associées aux émotions[11].

Tronc cérébral

Certaines parties du tronc cérébral sont responsables de stratégies d'adaptation émotionnelle passive caractérisées par un désengagement ou un repli sur soi et semblables à ce qui est observé dans le contexte d'un affect émoussé. Parmi ces stratégies figurent la quiescence, l'immobilité et l'hyporéactivité.

En lien avec cette idée, il a été montré que les personnes atteintes de schizophrénie et dont l'affect est réduit affichent une activation du tronc cérébral lors d'IRMf lorsqu'on leur montre des extraits de films tristes. Cette activation a été observée plus spécifiquement pour la moelle droite et le pont gauche[14].

Le mésencéphale bilatéral est également activé chez les personnes atteintes de schizophrénie dont l'affect est émoussé. On pense que l’activation du mésencéphale est liée aux réponses autonomes associées au traitement perceptif des stimuli émotionnels. Cette région est généralement activée par divers états émotionnels. Lorsque la connectivité entre le mésencéphale et le cortex préfrontal médial est fragilisée, il en résulte une absence de réaction émotionnelle aux stimuli externes[11].

Cortex préfrontal

Les patients schizophrènes avec affect réduit et qui subissent avec succès un traitement par la quétiapine présentent une activation du cortex préfrontal (CPF). L’incapacité à activer le CPF est peut-être impliquée dans une altération du traitement émotionnel chez les personnes atteintes de schizophrénie à affect émoussé. Le CPF médial est activé chez les individus typiques en réponse à des stimuli émotionnels externes. Cette structure reçoit éventuellement des informations en provenance des structures limbiques afin de réguler les expériences émotionnelles et le comportement. D'autres zones du cerveau sont également activées chez les personnes reconditionnées avec la quétiapine et qui connaissent une diminution de leurs symptômes. Celles-ci incluent notamment le gyrus préfrontal médial droit et le gyrus orbitofrontal gauche[14].

Cortex cingulaire antérieur

Une corrélation positive a été trouvée entre l'activation du cortex cingulaire antérieur et l'ampleur rapportée des émotions évoquées par le visionnement d'extraits de films tristes. La subdivision rostrale de cette région est peut-être impliquée dans la détection des signaux émotionnels. Cette région est différente chez les individus atteints de schizophrénie et dont l'affect est restreint ou émoussé[11].

Diagnostics

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