Abri de Pié Lombard
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| Coordonnées | |
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| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Massif |
Distant d'environ 10 km de la montagne du Cheiron en axe nord-sud[1] |
| Localité voisine | |
| Voie d'accès |
Chemin de Saint-Martin[2] |
| Type | |
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| Altitude de l'entrée | |
| Période de formation | |
| Type de roche | |
| Cours d'eau | |
| Occupation humaine | |
| Découverte |
L'abri de Pié Lombard, ou abri de Pié-Lombard, est un site préhistorique localisé sur le territoire communal de Tourrettes-sur-Loup, au sein de l'arrière-pays niçois, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
L'abri sous roche a été occupé au cours du Paléolithique moyen et du Paléolithique supérieur-Épipaléolithique. La cavité de Pié Lombard a été découverte en 1962 par Armand Mellira, un archéologue amateur local[3],[10].
Les excavations opérées sur le site préhistorique ont permis de délivrer notamment du matériel lithique à faciès moustérien typique à forte proportion de racloirs, daté par thermoluminescence d'environ 70 000 ans +
− 7 700 ans AP en moyenne — dont trois silex datés de 108 400 à 67 100 ans AP[11] —, du matériel lithique à faciès probablement attribuable, ou comparable, à l'Épigravettien, en plus petite quantité et présentant une forte dégradation et érosion, daté via spectromètre de masse par accélérateur (AMS) calibré entre 20,639 et 22,073 ans AP[12],[13], deux incives d'un enfant néandertalien et des restes fauniques — essentiellement des restes de bouquetins, de lagomorphes, d'Arvicola, de cerfs, de canidés, d'ursidés et de félidés[14],[15],[11],[1],[16].
L'abri de Pié Lombard est situé sur le territoire communal de Tourrettes-sur-Loup, distant de 2 km, en axe sud-ouest, de son centre historique[17],[4]. Le site préhistorique se place à une dizaine de kilomètres du littoral méditérranéen et à 13 km des premiers contreforts alpins[18].
Creusée par processus d'érosion, l'entrée de l'abri sous roche trouve son emplacement à mi-hauteur d'un escarpement karstique formé au Jurassique ; elle est couronnée d'environ 100 m par les terrains avoisinant l'ancienne gare de Tourrettes-sur-Loup et surplombe la vallée du Loup d'une centaine de mètres[6]. Perchée à environ 200 m d'altitude, la fenêtre du site du Pié Lombard est également à l'aplomb d'environ 90 m de la route départementale 6[17],[4].
L'accès à l'abri, peu praticable, s'effectue via le Chemin de Saint-Martin, après avoir franchi le plateau de Camassade puis un petit massif boisé et un étroit corridor à fort dénivellé taillé dans le roc[19].
Description du site
La cavité préhistorique, dont la surface est d'environ 10 m2[4],[1], est précédée d'un fossé de 4 voire 5 m de long sur mètre de large rempli de dépôts jusqu'à une profondeur de 3 m et orienté selon un axe nord-sud[6],[11].
La formation de l'abri de Pié Lombard est intimement liée au cours du Loup, le fleuve ayant utilisé des « zones tectoniques de faiblesse » afin de creuser son lit et circuler au sein des séries stratigraphiques de la partie sud de l'anticlinal du Bar-sur-Loup jusqu'à atteindre les rives de la Méditerranée[20].
La cavité coïncide et s'apparente à une petite baie creusée durant le Quaternaire par processus d'érosion de roches karstiques évoluant à la verticale[20]. Ces roches karstiques se sont formées au sein de calcaires dolomitiques datés du Bajocien-Bathonien (Jurassique moyen) et du Kimméridgien (Jurassique supérieur)[20].
Disposé à l'avant de l'abri et barrant perpendiculairement son entrée, un fossé se développe sur une longueur de 4 m et atteint une profondeur de 3 m[20]. Ce fossé, créé par le passage de l'eau à travers les roches karstiques, est rempli par de gros débris stalagmitiques, datés par technique de résonance de spin électronique entre 147 000 ± 10 000 années et 130 000 ± 20 000 années AP puis détachés du plafond de la caverne entre les stades isotopiques 4 et 5 de la dernière période glaciaire et recouverts par des dépôts sédimentaires datés du Pléistocène supérieur[20],[12].
Histoire
Occupation et utilisation de l'abri
Le contexte topographique de la cavité de Pié Lombard en fait un site d'établissement peu accessible et malcommode tant pour l'espèce humaine que pour les espèces animales[21]. L'abri sous roche, durant sa principale phase d'occupation par les Hommes de Néandertal au Paléolitique moyen, est considéré comme un « campement saisonnier » (surtout à l'automne et dans une moindre mesure au printemps), voire un « abri de passage », essentiellement consacré à la conception par retouchage d'outils lithiques et à leur maintenance ainsi qu'à la chasse du petit gibier et des espèces ongulés[12],[1],[22],[23]. À cette même époque d'occupation humaine saisonnière, le site fait l'objet de visites d'espèces carnivores, bien que de manière sporadique[12].
Historique des fouilles et recherches
Les premières fouilles et sondage de l'abri sous roche ont été exécutées par Armand Mellira, un archéologue amateur originaire de Vence, inventeur découvreur du site préhistorique en 1962[17],[24]. La découverte de l'archéologue amateur Vençois signalée, Henry de Lumley-Woodyear entreprend plusieurs prospections sur le site préhistorique et analyse le gisement lithique et osseux recueilli lors de l'excavation de 1962[17],[24],[4]. En 1969, de Lumley-Woodyear, reprenant les travaux de Mellira, publie le résultat de travaux d'identification du matériel archéologique ainsi que l'expertise de la coupe stratigraphique du site, qu'il date des phases Würm I et II[17],[24],[4],[3]. En , à la suite de l'excavation réalisée par Mellira, Jean-Pierre Texier entreprend une deuxième fouille de l'abri sous roche. Les travaux de Texier permettent d'identifier et de distinguer trois niveaux stratigraphiques, de mettre en évidence d'autres vestiges lithiques et osseux ainsi que d'exhumer deux incisives humaines[17].
Le site a fait l'objet de deux principales campagnes d'opérations archéologiques : une campagne de fouilles, relativement exhaustive, conduite dans la première moitié des années 1970, entre 1971 et 1975 ; parachevée de plusieurs opérations entreprises dans la première moitié des années 1980, entre 1983 et 1985[25],[26]. Une troisième fouille s'est déroulée en 1996[26].
Les travaux de recherches archéologiques ont essentiellement porté le fossé qui précède l'abri, lieu de déposition de ses occupants au cours du Pléistocène[27],[4],[1],[6],[28]. Les fouilles du fond de l'abri, au sein d'un creusement ou diverticule de la roche karstique, ont permis de mettre en évidence un dépôt contenant du matériel assigné à l'Âge du bronze[29],[30],[31]. Ce matériel, à probable caractère funéraire, a été retrouvé associé à des fragments de concrétions stalagmitiques et comprend des tessons de céramiques ainsi que des restes humains[29],[29],[31].
Mobilier lithique
Un total de 425 artefacts lithiques comprenant 350 pièces de faciès moustérien et 75 pièces conçues au Paléolithique supérieur/Épipaléolithique ont été mis en évidence sur le site[32].
Assemblage moustérien
L'industrie moustérienne du Pié Lombard, composée d'un corpus de 902 éléments comprenant 232 débris et 230 éclats de taille inférieure à 2 cm, est identifiée comme étant à faciès typique à forte proportion de racloirs[33]. La quasi-totalité des outils lithiques sont finis et ont été majoritairement débités au moyen d'une technologie Levallois[33],[12],[1],[23].
Le silex constitue le matériau le plus souvent employé dans la conception des artefacts moustériens quoique d'origines géographiques diverses[23]. Dans une moindre mesure, le jaspe, la chaille, le grès, le quartzite et/ou microquartzite ainsi que le rhyolite font également partie des matières premières utilisées dans la fabrication des outils[23],[33],[12],[1]. Selon leur nature géologique, ces matériaux sont datés du Bajocien, de l'Éocène ou du Jurassique supérieur[33]. La plupart de ces matières premières — silex, chaille, grès et le rhyolite — ont été recueillies dans une zone relativement locale, au sein d'un périmètre de 40 km autour de la cavité, leurs gisements se trouvant invariablement à l'ouest du Var[33],[12],[1]. Ces matériaux ont été utilisés pour retoucher sur place des produits finis[23],[33],[12],[1]. Les quelques outils faits en jaspe et en microquartzite ont été fabriqués sur des sites localisés à l'est du Var ; certains se trouvant à une distance de 60 km (au voisinage de Sanremo) de l'abri du Pié Lombard, d'autres à une distance pouvant atteindre 240 km, en Ligurie[33],[12],[1]. La grande variété et la qualité des matériaux employés met en évidence que les occupants de l'abri disposent d'une expérience approfondie des ressources lithiques disponibles de la région provençale et de son territoire[33].
L'abondance de l'ensemble typologique moustérien du Pié Lombard montre un processus d'approvisionnement d'outils s'appuyant sur travaux de taille réalisés sur place et exclusivement circonscrits à leur fabrication ainsi qu'à leur entretien[33]. Cette stratégie d'emmagasinage, de stockage, est liée à une fractionnement des chaînes opératoires de débitage des produits lithiques bruts et à une réutilisation régulière de produits déjà débités, mis en évidence par la présence d'outils à double patine au sein de l'ensemble typologique moustérien[33]. Ces éléments, complétés par la grande variété des matériaux employés, par le faible nombre de nucléus collectés et par l'inexistence de remontages (assemblages, raccordements de pièces lithiques appartenant à un même bloc de matière première[34], [35],[36],[37],[38]) « sont révélateurs d'une économie de consommation plutôt que de production de supports lithiques »[33].
Assemblage du Paléolithique supérieur-Épipaléolitique
Restes fauniques
Un total de 3 858 ossements fauniques comprenant 3 560 ossements du Paléolithique moyen et 298 ossements datés du Paléolithique supérieur/Épipaléolithique ont été mis en évidence sur le site[32].
Assemblage du paléolithique moyen
Assemblage du paléolithique supérieur-épipaléolitique
Restes humains
Paléolithique
Les restes humains datés du paléolithique, mis en évidence lors de l'excavation du fossé de la cavité préhistorique réalisée en 1971, consistent en deux incisives centrales déciduales d'un néandertalien, l'une supérieure et l'autre inférieure[39]. Ces deux dents ont été retrouvées associées au niveau stratigraphique moustérien du site[39]. L'analyse de la résorption et de la calcification de leur racine, ainsi que l'usure de leur émail, ont permis d'estimer l'âge de leur propriétaire, à son décès, entre deux et quatre ans[39]. L'existence de ces deux dents d'enfant néandertalien au sein de la couche moustérienne demeure inexpliquée et aucune pratique anthropique liée à leur présence, telle que le cannibalisme, n'a pu être identifiée voire même conjecturée[39].