Afrique du Nord durant l'Antiquité classique
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L'histoire de l’Afrique du Nord pendant l’Antiquité classique (vers le VIIIᵉ siècle av. J.-C. – Ve siècle apr. J.-C.) peut être divisée de manière générale en l’histoire de l’Égypte à l’est, l’histoire de la Libye antique au centre, et l’histoire de la Numidie et de la Maurétanie à l’ouest.
Initialement, à l’est, l’Égypte était sous domination perse durant la première phase de l’Antiquité classique, avant de passer à la dynastie ptolémaïque à l’époque hellénistique. La Libye antique était habitée par des tribus Berbères, tandis que des colonies phéniciennes et grecques s’établissaient le long du littoral.
La République romaine établit la province d'Afrique en 146 av. J.-C., après la défaite de Carthage. L’Empire romain finit par contrôler toute la côte méditerranéenne de l’Afrique, ajoutant l’Égypte en 30 av. J.-C., la Crète et Cyrénaïque en 20 av. J.-C., et la Maurétanie en 44 apr. J.-C.
L’Empire romain d’Occident perdit la plupart des territoires africains au profit des Vandales au Ve siècle. Ils furent réintégrés dans le domaine romain par l’Empire romain d’Orient au VIᵉ siècle. Plus tard, l’empire perdit définitivement le contrôle de l’Afrique lorsque la région tomba sous la Conquête omeyyade de l’Afrique du Nord à la fin du VIIᵉ siècle.
Période tardive de l’Égypte antique

La période tardive de l’Égypte antique désigne le dernier épanouissement des souverains égyptiens autochtones après la Troisième Période intermédiaire, depuis la dynastie saïte de la Vingt-sixième dynastie d’Égypte jusqu’aux conquêtes perses, et s’achève avec la chute de la trente-et-unième dynastie (seconde domination perse) lors de la conquête de l’Égypte par Alexandre le Grand en 332 av. J.-C. Après la mort d’Alexandre en 323 av. J.-C., l’Égypte passa sous le contrôle de Ptolémée Ier Sôter, qui fonda finalement le Royaume lagide en 305 av. J.-C[1],[2].
En 2013, la première analyse génétique utilisant le séquençage de nouvelle génération a été menée afin de déterminer l’ascendance d’un individu de l’Égypte antique. De l’ADN a été extrait des têtes de cinq momies égyptiennes. Tous les spécimens ont été datés entre 806 av. J.-C. et 124 apr. J.-C., une période correspondant à la fin de l’époque dynastique et à la période du Royaume lagide. Les chercheurs ont observé que l’un des individus momifiés appartenait probablement à l’ADNmt du haplogroupe I2 (en), une clade maternelle que l’on pense originaire d’Asie occidentale[3],[4].
Expansion phénicienne en Libye antique

Des commerçants Phéniciens arrivèrent sur la côte nord-africaine vers 900 av. J.-C. et fondèrent Carthage (dans l’actuelle Tunisie) vers 800 av. J.-C. Dès le VIe siècle av. J.-C., une présence punique est attestée à Tipasa (à l’est de Cherchell en Algérie). Depuis leur principal centre de pouvoir à Carthage, les Carthaginois s’étendirent et établirent de petits établissements (appelés emporia en grec) le long de la côte nord-africaine ; ces implantations servirent par la suite de villes-marchés ainsi que de mouillages. Hippo Regius (l’actuelle Annaba) et Rusicade (l’actuelle Skikda) comptent parmi les villes d’origine carthaginoise sur la côte de l’Algérie actuelle[5],[6].
À mesure que la puissance carthaginoise s’affirmait, son implication auprès des populations autochtones augmenta considérablement. La civilisation berbère avait déjà atteint un stade où l’agriculture, la production artisanale, le commerce et l’organisation politique soutenaient plusieurs États. Les liens commerciaux entre Carthage et les Berbères de l’intérieur se renforcèrent, donnant naissance à une nouvelle société punique de langue punique, mais l’expansion territoriale entraîna également l’asservissement ou le recrutement militaire de certains Berbères, ainsi que la perception de tributs auprès d’autres[5],[6].
Époque hellénistique
Égypte ptolémaïque
Dans la géographie hellénistique et gréco-romaine, l’Égypte n’était généralement pas incluse dans la Libye (Afrique), mais constituait une région distincte, souvent rattachée à l’Asie dans la division tripartite du monde ancien. Les géographes grecs situaient la frontière entre la Libye et l’Égypte au Catabathmus Magnus (Καταβάθμους Μέγας), un escarpement côtier marquant une rupture topographique nette sur le littoral méditerranéen. Cette limite séparait la (Marmarique) du « Nomos libyen » (Λιβύης νόμος), considérée comme partie intégrante de la Libye propre, du territoire égyptien occidental. Strabon précise que ce point constituait la frontière occidentale de l’Égypte et le début de la Libye dans la géographie antique, soulignant ainsi que l’Égypte, bien que située physiquement sur le continent africain, était pensée comme un espace à part, tant sur le plan géographique que culturel et historique, par les auteurs hellénistiques et romains[7].
Carthage et les guerres puniques

Après la première guerre punique (264–241 av. J.-C.), Carthage se trouva dans une situation financière catastrophique et ne put payer les soldats mercenaires qu’elle avait engagés pour combattre Rome. Ces mercenaires, composés d’éléments divers — y compris de nombreux Libyens (autochtones d’Afrique du Nord) — se mutinèrent en 241 av. J.-C., déclenchant ce que les Anciens et les historiens modernes appellent la guerre des Mercenaires ou « guerre inexpiable ». Très vite, ce soulèvement militaire se transforma en révolte plus large, car les populations libyennes soumises à l’autorité carthaginoise se joignirent à la rébellion, cherchant à renverser la domination punique dans l’intérieur de l’Afrique du Nord. Durant cette révolte, des monnaies furent frappées par les insurgés portant la légende grecque ΛIBYΩN (« les Libyens ») et des types iconographiques non punique, ce qui reflète l’affirmation identitaire des populations locales impliquées dans la lutte. Finalement, Carthage, sous la conduite d’Hamilcar Barca, réussit à écraser l’insurrection vers 238 av. J.-C., mais cette guerre interne affaiblit durablement l’État punique. Au cours des décennies suivantes, les défaites successives de Carthage face à Rome dans les guerres puniques s’accentuèrent, et la cité fut définitivement détruite en 146 av. J.-C. après la troisième guerre punique, marquant la fin de son indépendance politique[8],[9],[10].
Royaumes berbères
À mesure que le pouvoir carthaginois déclinait au IIᵉ siècle av. J.‑C., l’influence des chefs berbères dans l’arrière‑pays augmenta, permettant l’émergence de grands royaumes berbères, même si leur organisation restait encore faiblement administrée et largement tribale au départ. Deux de ces royaumes se consolidèrent en Numidie, derrière les zones côtières encore contrôlées par Carthage, trouvant leur origine dans les confédérations massyles et masaesyles qui existaient depuis le IIIᵉ siècle av. J.‑C. et qui interagissaient avec les puissances méditerranéennes. À l’ouest, le royaume de Maurétanie s’étendait depuis les confins occidentaux de la Numidie jusqu’au fleuve Moulouya et à l’océan Atlantique, formant une autre grande entité politique berbère dans l’Afrique du Nord ancienne. Le sommet de la civilisation berbère antique fut atteint sous le règne de Massinissa en Numidie, qui unifia et renforça son royaume après son alliance avec Rome lors de la deuxième guerre punique, faisant de la Numidie un État prospère et influent en Afrique du Nord. Après la mort de Massinissa en 148 av. J.‑C., le royaume numide fut parfois divisé puis réuni sous différents souverains, mais la dynastie massyle survécut jusqu’en l’an 24 apr. J.‑C., date à laquelle le reste des territoires berbères fut finalement annexé à l’Empire romain[11],[12],[13].
Période romaine

Urbanisation et mutations
La domination romaine sur les côtes nord-africaines commença après la défaite de Carthage (149 av. J.-C.-146 av. J.-C.), qui mit fin à l’indépendance punique et permit à Rome de s’affirmer comme puissance hégémonique dans la région. Au siècle suivant, l’Empire romain contrôlait l’ensemble du littoral africain, depuis la vallée du Nil jusqu’à l’océan Atlantique, englobant la Numidie, la Maurétanie et les zones côtières du Maroc actuel[14].
La présence militaire romaine dans la région était relativement restreinte par rapport à d’autres provinces de l’Empire. On estime qu’environ 28 000 soldats et auxiliaires étaient déployés en Numidie et dans les deux provinces maurétaniennes. Dès le IIᵉ siècle apr. J.-C., les garnisons étaient principalement composées d’habitants locaux, signe que la région était stabilisée et largement romanisée[15],[16].
L’urbanisation en Afrique du Nord se développa en partie grâce à l’installation de colonies de vétérans romains sous les empereurs Claude, Nerva et Trajan. Ces colonies comprenaient notamment Tipasa, Cuicul (Djemila), Thamugadi (Timgad) et Sitifis (Sétif). La prospérité de ces villes reposait en grande partie sur l’agriculture, l’Afrique du Nord étant surnommée le « grenier de l’Empire » pour ses exportations de céréales vers l’Italie et la Grèce. D’autres produits agricoles incluaient les figues, le raisin, les fèves et, dès le IIᵉ siècle apr. J.-C., l’huile d’olive, devenue un produit d’exportation majeur[17],[18].
Le début du déclin fut relativement modéré par rapport à d’autres régions de l’Empire, mais la province connut malgré tout des troubles. En 238 apr. J.-C., des propriétaires terriens se rebellèrent contre la fiscalité impériale, tandis que des révoltes tribales sporadiques se produisirent dans les montagnes maurétaniennes entre 253 et 288. Les villes subirent également des difficultés économiques, et la construction publique faillit s’arrêter[19].
Par ailleurs, les villes de l’Afrique romaine comptaient une population juive importante. Certains Juifs avaient été déportés depuis la Judée ou la Palestine aux Ier et IIe siècles apr. J.-C., à la suite de révoltes contre Rome, tandis que d’autres étaient arrivés plus tôt avec des colons punique. Plusieurs tribus berbères locales s’étaient également converties au judaïsme, intégrant ainsi la mosaïque culturelle et religieuse de la province[20],[21],[22].
Christianisme
Le Christianisme primitif arriva au IIᵉ siècle et gagna rapidement des fidèles dans les villes ainsi que parmi les esclaves. Plus de quatre-vingts évêques, certains venus des régions frontalières éloignées de la Numidie, assistèrent au concile de Carthage en 256. À la fin du IVᵉ siècle, les zones sédentarisées étaient christianisées, et certaines tribus berbères s’étaient converties en masse[23].
Une division au sein de l’Église, connue plus tard sous le nom de controverse donatiste, débuta en 313 parmi les chrétiens d’Afrique du Nord. Les donatistes insistaient sur la sainteté de l’Église et refusaient de reconnaître l’autorité de ceux qui avaient renié les écritures lorsque celles-ci furent interdites sous l’empereur Dioclétien pour administrer les sacrements. Les donatistes s’opposaient également à l’intervention de l’empereur Constantin Ier dans les affaires ecclésiastiques, contrairement à la majorité des chrétiens qui accueillaient favorablement la reconnaissance impériale officielle[24],[25],[26].
Cette controverse, parfois violente, a été caractérisée comme une lutte entre les partisans et les opposants du système romain. Le critique nord-africain le plus influent de la position donatiste, qualifiée plus tard d’hérésie, fut Augustin, évêque de Hippo Regius. Augustin affirmait que l’indignité d’un ministre n’affectait pas la validité des sacrements, car leur véritable ministre était le Christ. Dans ses sermons et ses ouvrages, Augustin, considéré comme un des principaux théoriciens du dogme chrétien, développa une théorie sur le droit des souverains chrétiens orthodoxes à utiliser la force contre les schismatiques et les hérétiques. Bien que le différend fût tranché par une décision d’une commission impériale à Carthage en 411, les communautés donatistes continuèrent d’exister jusqu’au VIᵉ siècle[24],[25],[26].
Dévastation et déclin
À l’été 365 apr. J.-C., un gigantesque tsunami frappa l’Afrique du Nord, provoquant des destructions massives et des milliers de morts. Les villes furent dévastées et les terres agricoles côtières ruinées par l’eau de mer. La quasi-disparition des récoltes entraîna un effondrement brutal du commerce. Ce déclin affaiblit le contrôle romain. Des royaumes indépendants émergèrent dans les régions montagneuses et désertiques, et les villes furent reconquises par les Berbères. Puis les Vandales s’emparèrent de la majeure partie de l’Afrique proconsulaire au début du Ve siècle et y restèrent pendant cent ans[27],[28],[29],[30].
En 533, l’empereur byzantin Justinien Ier, engagé dans une vaste politique de renovatio imperii, confia à son plus brillant général, Bélisaire, la mission de reconquérir l’Afrique du Nord, alors contrôlée par le royaume vandale. Parti de Constantinople avec une armée relativement réduite d’environ 16 000 hommes, composée d’infanterie, de cavalerie et de troupes d’élite (bucellarii), Bélisaire débarqua sur les côtes africaines à l’été 533. Grâce à une combinaison de discipline militaire, de manœuvres rapides et de dissensions internes au pouvoir vandale, il infligea deux défaites décisives aux forces du roi Gélimer, notamment lors des batailles d’Ad Decimum et de Tricaméron. En moins d’un an, le royaume vandale fut anéanti et Carthage réintégrée à l’Empire romain d'Orient[31].
Toutefois, la restauration de l’autorité impériale demeura fragile. Si les grandes villes côtières furent réorganisées et intégrées dans la nouvelle préfecture puis exarchat d’Afrique, de vastes zones rurales échappaient déjà au contrôle effectif de Constantinople. Dans l’arrière-pays, en particulier dans les régions montagneuses et steppiques, des entités politiques berbères autonomes ou semi-indépendantes s’imposèrent rapidement, obligeant les Byzantins à mener de longues et coûteuses campagnes contre les populations dites « maures ». Cette instabilité structurelle limita durablement la capacité byzantine à exploiter pleinement la reconquête[32],[33],[34].
Au VIIᵉ siècle, affaiblie par les guerres incessantes, la pression fiscale et l’éloignement du pouvoir central, l’Afrique byzantine fut confrontée aux conquêtes musulmanes. Après la chute progressive de l’Égypte, de la Cyrénaïque puis de l’exarchat d’Afrique, la prise de Carthage en 698 marqua la disparition définitive de l’autorité byzantine en Afrique du Nord, mettant fin à près de huit siècles de domination romaine sous ses différentes formes[33],[34].