Alice d’Arménie, née en l'an 1182 et morte 1234, est la fille aînée de Roupen III, prince d’Arménie, et d’Isabelle de Toron. Elle est héritière de Toron et compte parmi les prétendantes au trône d’Arménie. Elle exerce la seigneurie de Toron de 1229 à 1234, porte le titre de comtesse de Tripoli, et ses enfants naissent exclusivement de cette union.
Jeunesse et premier mariage
Alice est l’aînée des deux enfants nés du prince Roupen et de son épouse Isabelle. Sa sœur cadette est Philippa d’Arménie. Au moment de la mort de leur père, Alice a environ quatre ou cinq ans. Ruben abdique et meurt en 1187, laissant la succession à son frère Léon II. Celui-ci assume d’abord le rôle de «régent et tuteur» de ses deux nièces, mais il finit par les écarter et par assurer la transmission du pouvoir à ses propres descendants.
Isabelle meurt entre 1192 et 1229, et à son décès, Alice devient l’héritière de Toron, bien que la seigneurie soit alors sous occupation musulmane. Vers 1189, Alice et sa sœur Philippa sont toutes deux fiancées. Alice est promise à Hathum, seigneur de Sasun, tandis que Philippa est fiancée à l’un des fils de ce même seigneur[1].
Les deux sœurs se marient aux alentours de 1189. En , leurs époux sont assassinés, et Smbat le Connétable les mentionne alors comme veuves. Il rapporte également des rumeurs contemporaines attribuant à leur oncle Léon la responsabilité de ces deux morts. Étant donné qu’Alice n’a qu’environ onze ans et Philippa dix, il est probable que les mariages n’aient pas été consommés[1].
Second mariage
Alice est fiancée une seconde fois à Raymond IV, comte de Tripoli, dans le but d’apaiser les tensions entre la famille de Raymond à Antioche et celle d’Alice en Arménie. Le mariage nécessite l’accord d’Henri II, comte de Champagne et époux d’Isabelle Iᵉʳ de Jérusalem, accord qu’il accorde après que l’oncle d’Alice a libéré Bohémond III, prince d’Antioche et père de Raymond. Alice et Raymond se marient vers 1195. Leur union dure approximativement trois ans, jusqu’à la mort de Raymond, alors qu’Alice est enceinte. Selon Smbat, il est établi qu’un fils issu de cette union doit succéder à son oncle en Arménie. Quelques mois après le décès de Raymond, Alice met au monde un fils, Raymond-Roupen[1].
Après la naissance de son fils, Alice est renvoyée en Arménie depuis Antioche par son beau-père. Bohémond accepte toutefois de reconnaître Raymond-Roupen comme son héritier. À la mort de Bohémond, en 1201, cette décision est abandonnée, et son fils cadet, Bohémond, est désigné comme prince d’Antioche. En 1216, ce dernier est renversé avec l’appui de Léon, permettant à Raymond-Roupen de devenir prince d’Antioche. Cependant, cette situation ne perdure que jusqu’en 1219, lorsque Bohémond reprend la ville et rétablit son autorité.
Troisième mariage et vie postérieure
Le , le roi Léon meurt et laisse la couronne d’Arménie à sa fille cadette, Isabelle, placée sous la régence d’Adam de Baghras puis, après l’assassinat de celui-ci, de Constantin de Baberon. Plusieurs factions contestent cette succession et d’autres prétendants font valoir leurs droits. Sibylle de Jérusalem, mère d’Isabelle, revendique le trône, mais est exilée par Constantin. La fille aînée de Léon, Stéphanie, avance également une prétention en faveur d’elle-même et de son jeune fils, mais tous deux meurent peu après. En 1219, Alice présente une revendication au nom de son fils afin de la renforcer, elle épouse en 1220 Vahram, seigneur de Korikos.
En 1222, Constantin fait assassiner Vahram. Raymond-Roupen meurt quant à lui au combat ou en captivité, et Alice est emprisonnée puis exilée. Raymond-Roupen laisse à Alice une petite-fille, Maria d’Antioche-Arménie, qui lui succède comme dame de Toron et revendique sans succès la couronne d’Arménie. Isabelle demeure alors l’héritière légitime du trône.
Après sa libération, Alice se tourne vers ses droits héréditaires en Palestine. Par sa mère, elle détient des prétentions sur Toron et Outre-Jourdain ainsi que plusieurs biens dans le royaume de Jérusalem, bien que celui-ci ne soit plus occupé par les chrétiens depuis 1187. Toron a été pris par les musulmans en 1219. La seigneurie est restituée par le traité de Jaffa en 1229, deux ans après la mort d’al-Muʿazzam, grâce aux négociations entre Frédéric II, empereur romain germanique, et le sultanAl-Kâmil. Comme Toron a été vendu en 1220 aux Chevaliers Teutoniques avec les terres constituant la seigneurie de Joscelin, un différend oppose alors Alice à l’ordre. Elle parvient à faire reconnaître ses droits par la Haute Cour, et Frédéric II lui attribue finalement la seigneurie.
Mort
Alice meurt peu après 1234. Elle survit à ses trois époux, à sa sœur, à son fils et à son oncle. La seigneurie de Toron passe ensuite à sa petite-fille, Maria[2].