Antoine Court de Gébelin
écrivain et érudit français
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Antoine Court dit Court de Gébelin, né près de Nîmes le et mort le à Paris, est un écrivain et érudit français. Figure charnière entre érudition des Lumières et courants ésotériques, il cherche dans ses écrits une sagesse primitive commune à l'humanité. Son œuvre majeure, Le Monde primitif, analysé et comparé avec le monde moderne, constitue une tentative ambitieuse de retrouver une supposée unité originelle des langues, des mythes et des institutions.
Biographie
Enfance et formation
Né près de Nîmes le 5 septembre 1728[1], Antoine Court de Gébelin[2] est le fils du pasteur protestant Antoine Court, fondateur du Séminaire de Lausanne[3] et d’Étiennette Pagès[4].
Court de Gébelin grandit à Lausanne, en Suisse, où sa famille s'est réfugiée dès 1730[5].
Formé par son père et Jean-Philippe Loys de Cheseaux, il fait ses études à l'Académie de Lausanne[4] et soutient sa thèse de théologie en 1754 : De prophetiis[6].
Carrière

Consacré pasteur[7]en 1754[8], il enseigne la philosophie, la morale et la controverse, au Séminaire de Lausanne, jusqu'en 1763[6], date à laquelle il s'installe en France[4].
Au court de sa carrière, il est censeur royal[9], membre de plusieurs académies ou encore secrétaire de la loge parisienne des neufs sœurs[8].
Protestantisme
Il est chargé aux côtés de son père puis seul, de la correspondance avec les Églises protestantes du « Refuge » (à l’étranger) et du « Désert » (en France)[6] en faveur de ses coreligionnaires huguenots.
Après la parution de ses Toulousaines ou Lettres Toulousaines, il quitte Lausanne le [5], assiste au synode national des Églises réformées de France en juin et, après une tournée dans les provinces méridionales et de l'ouest, arrive début octobre à Paris, où il finit par s’établir. Bien qu'il n'ait pas réussi à se faire nommer député des Églises, il pense y être mieux à même de plaider la cause du protestantisme en France. Il y trouve les secours littéraires nécessaires à ses travaux.
Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne
Genèse de l’œuvre
Antoine Court de Gébelin signale son projet en 1772 dans Les Éphémérides du citoyen.[10] Les souscriptions, annoncées à la fin du prospectus, rencontrent un véritable succès[8].
L'ouvrage paraît en neuf volumes in-4° à Paris de 1773 à 1784. Selon Anne-Marie Mercier-Faivre, le projet initial détaillé dans le prospectus de 1772 annonçait la publication d'une trentaine de volume[11].

Détail des tomes
Le premier volume, Plan général, Allégories orientales, est une explication de la mythologie ancienne, considérée d’un bout à l’autre comme une allégorie, ayant à la fois pour base les travaux des champs et les phénomènes astronomiques : partant de l’idée, admise déjà dans l’Antiquité, que la mythologie se compose d’allégories, Court de Gébelin en cherche l’explication dans l’agriculture qui, en délivrant les premiers hommes des poignantes angoisses de la faim, fut pour eux le plus grand des biens, et dont les différents travaux auraient été décrits et enseignés sous le voile de fictions poétiques faciles à retenir. C’est ainsi que dans l’histoire de Saturne on aurait célébré les heureux effets de l’agriculture[8] ; dans celle de Cérès, la culture du blé ; dans celle d’Hercule, les premiers défrichements, ces antiques exploits par lesquels les peuplades primitives domptèrent la terre[12]. Les noms des divers personnages qui figurent dans les récits mythologiques seraient également allégoriques. Pour en déterminer le sens, Court de Gébelin croit devoir remonter à une langue primitive, dont toutes les langues connues seraient dérivées et qui, tout en étant expliquées par elle, peuvent servir à la reconstituer, par les racines communes qu’elles en ont conservées[12]. Court de Gébelin est ainsi amené à des recherches étendues sur l’origine du langage et de l’écriture, recherches qui forment une des bases essentielles de son système.
Le deuxième volume, Grammaire universelle et comparative, a pour idée fondamentale que la parole est née avec l’homme, comme une conséquence nécessaire de sa nature, et que, partant, les premiers éléments de toutes les langues, aussi anciens que l’humanité, consistent en un certain nombre de sons naturels ayant partout le même sens, malgré les modifications qu’ils paraissent subir chez les différents peuples.
Le troisième volume, Histoire naturelle de la parole, considère les voyelles comme représentant les sensations et les consonnes les idées. Court de Gébelin cherche à établir que, dans toute langue, l’écriture a été primitivement hiéroglyphique, chaque lettre figurant d’abord un objet naturel.
Le quatrième volume examine l'« histoire du calendrier » et donne des réponses aux critiques qui ont été faites sur l'ouvrage.
Les cinquième, sixième, septième et neuvième volumes sont des Dictionnaires étymologiques des langues grecque, latine et française.
Le huitième volume (1781) examine « le blason, les monnaies, les jeux »... L'auteur y annonce également des "dissertations mêlées, remplies de découvertes intéressantes".
Hypothèse égyptienne et divinatoire du tarot
Le tome 8 des Mondes primitifs consacré aux blasons et aux médailles comprend également deux essais sur les tarots. Le jeu des tarots, écrit par Antoine Court de Gébelin et Recherches sur les tarots, et sur la divination par les cartes des tarots, écrit par le Comte de Mellet[13]. Antoine Court de Gébelin est le premier à déclarer que le jeu des tarots a une origine égyptienne[14]. Pour les deux auteurs, les cartes de tarot sont un « livre égyptien »[15]. Ils développent cependant une étymologie différente du terme « tarot »[14]. Pour Court de Gébelin : « Tar » (« chemin » ou « voie ») et « Ro » (« roi » ou « royal ») : « Chemin royal de la vie ». Pour le comte de Mellet : « T + A-Rosh » : « Tableau de la doctrine de Mercure »[14]. Le comte de Mellet décrit lui les cartes de tarot comme un instrument divinatoire[15], reprenant alors l'idée développée par Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla, dans Manière de se récréer avec le jeu de cartes nommées tarots, en 1770[9]. Celui-ci utilise néanmoins le jeu de piquet[9].
Ces deux théories ont une grande influence sur leurs contemporains, comme Jean-Baptiste Alliette[16], ainsi que sur ses successeurs[13], Eliphas Levi, Oswald Wirth, Papus ou encore Robert Falconnier[17]. Jean-Marie Lhôte attribue notamment l'émergence de la théorie égyptienne du tarot à l'égyptomanie ambiante de la fin du 18e siècle[13].
Une œuvre inachevée
Court de Gébelin laisse en mourant des notes assez bien disposées pour qu’on puisse espérer les voir mettre en ordre et publier par Moulinié[8], jeune ministre genevois, qu’il a initié à ses travaux. Mais, à la suite des malheurs qu’il éprouve à la fin de sa vie, ses manuscrits sont dispersés et disparaissent en grande partie[8]. Le Monde primitif est ainsi resté une œuvre inachevée. Les neuf volumes publiés suffisent néanmoins à donner une idée complète du système de Court de Gébelin, et les volumes supplémentaires n’auraient pu, tout au plus, que faire connaître des faits de détail et d’érudition, et de la sagacité de leur auteur, sans rien ajouter à la valeur de ses théories. Tout en accordant à Court de Gébelin que la faim a dû être dans les temps primitifs le besoin le plus pénible des hommes, et que par conséquent la découverte et la pratique de l’agriculture ont été pour eux des biens qui ont dû prendre une grande place dans leurs traditions, on note que ce système d'interprétation est en complète opposition avec ceux des mythologues allemands de son époque, qui font intervenir l’élément moral dans les allégories antiques.
Franc-maçonnerie
La date précise de l'entrée en franc-maçonnerie d'Antoine Court de Gébelin n'est pas clairement établie par les historiens ; sa carrière maçonnique se partage entre le Rite écossais, les Philalèthes et la loge des Neuf Sœurs[18].
Reçu en 1778 dans la loge « Les Amis Réunis » comme associé libre, il devient membre des Philalèthes et participe en tant que commissaire aux archives et membre de la 12e et terminale classe du régime, aux travaux de l'atelier jusqu'en 1783. Il est toutefois critiqué par le fondateur du régime le marquis de Savalette de Langes, qui lui reproche son manque d'assiduité en 1784[18].
Il est plus actif dans la loge « Les Neuf Sœurs », dont il est le secrétaire en 1779 sous la présidence de Jérôme de Lalande, il défend la réputation de la loge lors de sa mise en cause dans sa pratique d'une maçonnerie d'adoption, jugée irrégulière[18].
Il est président jusqu’à sa mort de la Société apollonienne, crée en 1780 par les Neuf Sœurs, et qui prend le nom de Musée de Paris en 1783.
Il est reconnu par les maçonnologues comme un franc-maçon ayant grandement contribué, en harmonie avec le but des Philalèthes, à la connaissance de la maçonnerie symbolique et philosophique[19] .
Mort
Malade depuis 1777[8], son état s'aggrave en 1782[8]. Il consulte Franz Mesmer en 1783 puis affirme dans Lettre de l'auteur du monde primitif à Messieurs ses souscripteurs paru la même année avoir été guéri par le médecin allemand lors d'une séance de magnétisme animal.
Antoine Court de Gébelin meurt en mai 1784 au domicile même de Franz Mesmer, dans les bras du médecin[20]. L'autopsie pratiquée sur le corps démontre qu'il souffrait d'un apithéliona de la lèvre supérieure compliquée d'albuminurie[12].
Œuvres
- Les Toulousaines ou lettres historiques et apologétiques en faveur de la religion réformée et de divers protestants condamnés dans ces derniers temps par le parlement de Toulouse, 2 éditions, 458 et 444 p. 1763. Édition critique : Les Toulousaines (1763). Introduction et édition critique avec un dossier de correspondances relatives à la genèse, à l’élaboration et à la réception de l’ouvrage, par Hubert Bost, Paris : Champion, 2023[21].
- Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne considéré dans son génie allégorique et dans les allégories auxquelles conduisit ce génie, 1773-1782, 9 vol. (nouvelle édition en 1786)
- vol. I : "Plan général, allégories orientales"
- vol. II : "Grammaire universelle et comparative"[22]
- vol. III : "Origine du langage et de l'écriture"[23]
- vol. IV : "Histoire civile, religieuse et allégorique du calendrier" Histoire allégorique du calendrier. Illustré par Antoine-Louis Romanet : XVIIIe – XIXe siècle : 1773-1782, Paris, éditeur : chez les auteurs. Édition 1973, (BNF 30492449). Édition de 1776.
- vol. V : "Dictionnaire étymologique de la langue française"
- vol. VI et VII : "Dictionnaire étymologique de la langue latine"
- vol. VIII : "L'histoire, le blason, les monnaies, les jeux". Traite en partie le jeu du Tarot divinatoire
- vol. IX : ""Dictionnaire étymologique de la langue grecque" Volume 9, Boudet, 1780 (BNF 30280729), [Url lire en ligne] sur Gallica
- Histoire naturelle de la Parole, ou grammaire universelle à l’usage des jeunes gens, Paris, 1776, in-8°; 2e édit, avec une préface et des notes de Lanjuinais, Paris, 1816, in-8°, 3 pl. Résumé du IIe vol. du Monde primitif;
- Dictionnaire étymologique et raisonné des racines latines, à l’usage des jeunes gens, Paris, 1780, in-8° : abrégé des VIe et VIIe volumes du Monde primitif.
- Lettre sur le Magnétisme animal, Paris, 1783, in-4°, 47 p. (2e édit., avec un supplément, Paris, 1784, in-4°, 48 p. Ayant trouvé, vers la fin de sa vie, quelque soulagement aux maux dont il souffrait dans les pratiques du magnétisme animal, il en fit une apologie, qui fit grand bruit.
- Devoirs du prince et du citoyen, posthume, 1789.

