Armor & Argoat
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Armor & Argoat est un tableau du peintre Jean Bouchaud (1891-1977), essentiellement connu pour ses peintures orientalistes et africanistes. Cette œuvre allégorique fut souvent reprise dans la presse des années 1930. Tout d'abord intitulée Armor & Argoat, puis La Bretagne, elle existe en plusieurs versions.
L’origine de cette monumentale composition, dont on connaît plusieurs versions et noms, date de 1934, année où René-Yves Creston (originaire de Saint-Nazaire) fait part au Nantais Jean Bouchaud du projet d’organisation d’une Exposition Internationale des Arts et des Techniques à Paris en 1937, avec une participation des régions de France.
En 1936 en effet, l’artiste est contacté par le Président du Comité breton à Paris, Octave-Louis Aubert (par ailleurs directeur de la revue mensuelle « Bretagne » et président de la Chambre de commerce des Côtes-du-Nord) ainsi que par M. Joseph-Stany Gauthier (Conservateur du musée des beaux-arts de Nantes).
Ils lui confirment l’information du responsable du mouvement des Seiz Breur (les « Sept frères » en breton, un mouvement d'artistes bretons) et le sollicitent pour réaliser une œuvre de dimension au sein du Pavillon breton. L’expérience et la notoriété acquises par le peintre lors de l’exposition coloniale de 1931 à Vincennes (réalisation d'une peinture murale de 1 300 mètres carrés) expliquent pour partie cette proposition. Jean Bouchaud quant à lui participa un temps à ce courant artistique durant l’exposition « L’étincelle des Seiz breur » en à Pontivy où il rencontra Jeanne Malivel puis lors du salon « Les peintres d’ Armor - Bretagne et Irlande » en 1918.
Un courrier du rennais Charles Couasnon, architecte en chef du pavillon breton, en date du fixe ainsi les missions de l’artiste : « (chargé de) la maquette d’ensemble fixant la gamme de couleur, l’échelle, la coordination et la discipline de onze artistes » sélectionnés par les soins du Comité breton. Les architectes prévoient d’achever la construction en , l’inauguration devant avoir lieu en juillet de la même année. La commande sera payée 15 000 francs ; finalement, seuls 12 000 francs lui furent alloués en deux fois (10 000 en 1936 et 2 000 en ) par manque de crédit [1].
L'exposition
Maître d’œuvre de la salle des activités bretonnes pour peindre les panneaux latéraux du pavillon ainsi que la voûte centrale, Jean Bouchaud réunit les onze artistes pour définir l’esprit dans lequel les œuvres s'intégreront et s'accorder sur un thème spécifique commun afin d’assurer un traitement harmonieux à ce travail d’envergure. Quant à lui, il se charge d’effectuer une synthèse allégorique de la Bretagne, intitulée « la Terre et la Mer » (traduction du breton « Argoat – Armor », littéralement : le bocage et le littoral).
À Michel Bouchaud, son frère cadet, incombe la réalisation d'une gigantesque carte de la Bretagne, illustrée de vignettes évoquant les principales curiosités monumentales et économiques des cinq départements qui la constituent.
Xavier de Langlais, de l’Atelier Breton d’Art Chrétien, écrit directement à l'artiste le pour faire partie de l’équipe ; cette requête visiblement demeura sans suite.
Jean Bouchaud effectue fin 1936 une maquette (100 × 95 cm) très aboutie dans son atelier (rue de Clichy, à Paris) avant de commencer l’huile sur toile[2].
De dimension gigantesque (5,65 × 4,88 m), « La Bretagne » est peinte dans l’atelier de la Société Defoly & Legendre à Saint-Ouen puis transportée par les soins de l’artiste : la toile est marouflée sur le panneau central de la salle d’activité technique et économique. La représentation de scènes évoquant les métiers de la pêche et de l’agriculture est du plus bel équilibre. Cette représentation des années 1930 est dépourvue d’éléments architecturaux, qu’ils soient urbains ou industriels tout comme de référence folklorique mais le semis d’hermines ainsi que l’usage de la langue bretonne sont sans équivoque.
Quelques critiques voient en cette femme au masque impavide et au teint diaphane une déesse celtique ; le modèle est en réalité une paysanne de Saint-Nicolas-du-Pélem(Bernadette Perenner, née en 1912 à Canihuel). L’allégorie de la Bretagne qui tient délicatement en ses mains une serpe (druidique) ainsi qu’un navire de commerce (Cf. les chantiers de Saint-Nazaire-Penhoët) est une référence peu utilisée à cette époque : Jean Bouchaud accentua son caractère d’exception en lui donnant une stature exagérée parmi des personnages réels. Eugène Delacroix avait utilisé ce procédé en peignant la « Liberté guidant le peuple » ; Jean Bouchaud le reprendra de nouveau à son compte en 1939 pour une couverture de l’Illustration représentant les armées de l’Empire se levant face à l’ennemi nazi.
