Bête immonde

métaphore From Wikipedia, the free encyclopedia

La locution « bête immonde » est une métaphore, traduction d’une autre métaphore originalement en anglais, utilisée en français pour désigner le nazisme, le fascisme, le racisme, l'antisémitisme ou d'autres idéologies mortifères véhiculées par certains mouvements sociaux et publications, souvent d'extrême droite[1],[2],[3].

Destroy this mad brute: Enlist — Affiche de recrutement américaine (Harry R. Hopps, 1917)
Affiche de recrutement éditée en 1917 par Harry Ryle Hopps représentant l'Allemagne en tant que gorille envahissant les États-Unis après avoir conquis l'Europe.

Source de l'expression

On attribue l'origine de l'expression « bête immonde » à une réplique de l'épilogue de la pièce La Résistible Ascension d'Arturo Ui (satire de l'ascension d'Adolf Hitler) écrite par Bertolt Brecht en 1941 :

« Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde. »

Toutefois, le texte original de Brecht (en allemand : « Der Schoß ist fruchtbar noch, aus dem das kroch » ; littéralement : « Le ventre est encore fécond d'où c'est sorti en rampant ») ne contient pas cette métaphore. Le nazisme, en l'espèce, est seulement désigné par le pronom neutre allemand « das », signifiant « ça, cela ». Cette expression est introduite par l'Américain Hoffman Reynold Hays dans la traduction de la pièce qu'il effectue en huit jours en 1941, alors que Brecht, exilé aux États-Unis, tente, sans succès, de faire monter sa pièce à New York[4]. Hays écrit : « The womb is still fertile hence arose the foul beast ». Puis la formule est calquée à l'identique dans la traduction française d'Armand Jacob en 1959 [Note 1].

Jean Ruffet, en 1994, traduit par « bête immonde » le terme allemand de « Bestie » dans « Lettre du Harz » de Joseph Roth, une chronique publiée le dans le Frankfurter Zeitung, et reprise dans un recueil intitulé Croquis de voyage :

« De la face énergique du dictateur welche au regard noblement tourné vers le nord et au menton qui fait songer à un casque d'acier renversé, à la figure d'un Adolf Hitler dont les grimaces ont devancé celle de ses électeurs et où chaque partisan peut constater, comme dans un miroir, que tout est déjà là : les Dinter et les Lauff [Note 2], la bête immonde et son âme, le doré sur tranche et le filet de sang[5]. »

Influence culturelle

Notes

  1. Le verbe allemand kriechen (ramper, se traîner) de Brecht est devenu l'anglais spring (sauter, naître, surgir) ensuite le français surgir.
  2. Artur Dinter et Joseph von Lauff (de) étaient deux écrivains antisémites de l'époque ; le premier fut député du NSDAP en 1934.

Références

Voir aussi

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