Bataille d'Oroscopa

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Lieu Localisation inconnue, nord de l’actuelle Tunisie
Issue Victoire numide
Bataille d’Oroscopa
(151 av. J.-C.)
Informations générales
Date 151 av. J.-C.
Lieu Localisation inconnue, nord de l’actuelle Tunisie
Issue Victoire numide
Belligérants
Carthage
Numides dissidents
Numidie
Commandants
Hasdrubal  Reddition
Suba
Asasis
Massinissa
Gulussa
Forces en présence
31 400 hommes Inconnues
Pertes
Inconnues, mais très lourdes Inconnues, mais légères

Prélude de la Troisième guerre punique

La bataille d’Oroscopa opposa une armée carthaginoise de plus de 30 000 hommes, commandée par le général Hasdrubal, à une force numide de taille inconnue dirigée par son roi, Massinissa. Elle se déroula à la fin de l’année , près de l’ancienne ville d’Oroscopa, dans l’actuel nord-ouest de la Tunisie. La bataille se solda par une lourde défaite carthaginoise.

Lorsque la Deuxième guerre punique entre la Rome et Carthage prit fin en , l’une des clauses du traité de paix interdisait à Carthage de faire la guerre sans l’autorisation du Sénat romain. Massinissa, allié de Rome, exploita cette disposition pour mener à répétition des raids et s’emparer de territoires carthaginois en toute impunité. En 151 av. J.-C., Carthage rassembla une armée de 25 400 hommes sous le commandement d’Hasdrubal, en violation du traité. Cette force fut rejointe par 6 000 cavaliers numides dirigés par deux chefs numides mécontents, et tenta de contenir l’agression de Massinissa contre la ville d’Oroscopa tenue par les Carthaginois.

Au terme de combats intenses, Massinissa attira les Carthaginois dans une zone de terrain accidenté, pauvre en ressources en eau et où l’approvisionnement était difficile, puis les encercla. Les Carthaginois considéraient leurs adversaires comme des tribus peu organisées et s’attendaient à les voir se disperser. Cependant, Massinissa avait constitué une armée bien disciplinée, dotée d’un système logistique efficace, qui parvint à affamer les Carthaginois jusqu’à les contraindre à se rendre.

En violation des conditions de la reddition, les Carthaginois furent ensuite attaqués et beaucoup, peut-être la majorité, furent tués. Hasdrubal et la plupart de ses officiers survécurent et retournèrent à Carthage. Là, Hasdrubal fut condamné à mort dans une tentative d’apaiser Rome, mais les factions anti-carthaginoises à Rome utilisèrent cette action militaire illégale comme prétexte pour préparer une expédition punitive. Cet épisode déclencha la Troisième guerre punique, qui s’acheva par la destruction totale de Carthage en , ainsi que par la mort ou l’asservissement de sa population.

Au milieu du IIe siècle av. J.-C., la République romaine était la puissance dominante dans le bassin méditerranéen[1], tandis que Carthage constituait une importante cité-État au nord-est de l’actuelle Tunisie[2],[3]. Les Romains désignaient les Carthaginois par le terme latin Punicus (ou Poenicus), en référence à l’origine phénicienne de Carthage. Le mot « punique » dérive de cet usage[4].

Carthage et Rome s’étaient affrontées lors de la Première guerre punique (264–), puis lors de la Deuxième guerre punique (218–201 av. J.-C.). Les deux conflits s’étaient soldés par des victoires romaines, le second notamment lorsque le général romain Scipion l'Africain vainquit Hannibal Barca, principal chef militaire carthaginois de la guerre, à la bataille de Zama, située à environ 160 km au sud-ouest de Carthage[5].

Scipion imposa aux Carthaginois un traité de paix qui les priva de leurs territoires d’outre-mer ainsi que d’une partie de leurs possessions africaines. Une indemnité de 10 000 talents d’argent[n 1],[6],[n 2] devait être versée sur 50 ans[6]. Des otages furent livrés, et Carthage se vit interdire de faire la guerre hors d’Afrique, et en Afrique uniquement avec l’autorisation expresse du Sénat romain.

De nombreux notables carthaginois souhaitaient rejeter ce traité, mais Hannibal plaida vigoureusement en sa faveur, et il fut accepté au printemps [8],[9]. Dès lors, il était clair que Carthage était politiquement subordonnée à Rome[10].

Prélude

Carte de la Méditerranée occidentale montrant les territoires de la Numidie, de Carthage et de Rome
Carte de l’étendue approximative des territoires numide, carthaginois et romain en .

À la fin de la Deuxième guerre punique, Massinissa, allié de Rome, émergea comme de loin le souverain le plus puissant parmi les Numides, population indigène qui contrôlait une grande partie de ce qui correspond aujourd’hui à l’Algérie et à la Tunisie[11].

Au cours des cinquante années suivantes, il profita à plusieurs reprises de l’incapacité de Carthage à défendre militairement ses possessions en lançant des raids ou en s’emparant de territoires que Carthage détenait depuis longtemps. Les Carthaginois adressèrent à maintes reprises des requêtes à Rome pour obtenir réparation, affirmant que Massinissa violait le traité. Rome soutint systématiquement Massinissa et refusa d’intervenir ou d’autoriser Carthage à entreprendre une action militaire pour défendre son territoire[12].

Les prises de terres et de colonies carthaginoises par Massinissa devinrent de plus en plus flagrantes[13], s’étendant jusqu’à des villes importantes et à des ports majeurs[14].

Bataille

En 151 av. J.-C., les Numides lancèrent une nouvelle incursion dans des territoires qui avaient été carthaginois pendant des siècles. Ils mirent en place un blocus de la ville d’Oroscopa[n 3],[14]. Il est possible qu’elle ait été située près de l’actuelle Vaga[15], et ravagèrent les terres agricoles environnantes[14]. Cette action constitua une provocation de trop pour les Carthaginois[16]; ils levèrent une armée de 25 000 fantassins et 400 cavaliers, commandée par le général carthaginois jusque-là inconnu Hasdrubal, et, en dépit du traité, contre-attaquèrent les Numides. Ils furent renforcés par deux chefs numides mécontents, Suba et Asasis, accompagnés de 6 000 cavaliers supplémentaires[13],[14],[17].

Les Carthaginois avancèrent vers Oroscopa, remportèrent plusieurs escarmouches et, selon Hasdrubal, repoussèrent les Numides. Insatisfait de ce résultat, Hasdrubal ordonna à l’armée carthaginoise de poursuivre les Numides, espérant les provoquer à livrer une bataille décisive. Les Numides attirèrent délibérément les Carthaginois dans une région difficile, où les sources d’eau étaient limitées et l’approvisionnement en nourriture ardu. Finalement, une bataille rangée eut lieu ; il n’est pas certain que Massinissa ait choisi de combattre ou qu’il y ait été contraint par les manœuvres d’Hasdrubal. Le combat dura toute une journée sans résultat décisif. Il est possible que l’affrontement ait consisté principalement en charges et contre-charges de cavalerie, avec des jets de javelots, et que les combats rapprochés aient été limités. La bataille aurait été observée par le petit-fils adoptif d’Africanus, Scipion Émilien, qui se trouvait en Numidie afin d’obtenir des éléphants de guerre pour l’armée romaine auprès de l’allié de son grand-père adoptif[14].

Hasdrubal retira son armée sur une colline, fortifia son camp et engagea des négociations avec Massinissa, en utilisant Émilien comme intermédiaire. Les Carthaginois refusant de livrer Suba et Asasis à Massinissa pour qu’ils soient punis, les négociations échouèrent. Entre-temps, les Numides construisirent leurs propres fortifications en un large cercle autour de la base de la colline où campaient les Carthaginois. Cela empêcha ces derniers de chercher de la nourriture, voire de se déplacer en armée sans livrer un combat difficile. Hasdrubal hésitait à engager ses forces dans une telle action, d’autant plus qu’il considait l’armée numide comme une confédération barbare peu cohérente, dont les lignes de ravitaillement seraient plus étirées que les siennes. Il était convaincu qu’en l’absence de combat ou de butin, les Numides finiraient par se disperser. Les Carthaginois consommèrent donc leurs réserves de vivres, puis abattirent et mangèrent leurs animaux de bât. Une fois ceux-ci épuisés, ils tuèrent et consommèrent leurs chevaux de cavalerie. Faute de bois de chauffage pour rendre ce régime plus supportable, ils brûlèrent les éléments en bois de leurs boucliers et d’autres équipements[18].

Au cours de son long règne, Massinissa avait constitué une armée disciplinée, dotée d’une logistique bien plus efficace que lors de ses affrontements avec Carthage cinquante ans auparavant. Cette force surprit les Carthaginois par sa capacité à se maintenir durablement sur le terrain[19]. Finalement, des maladies frappèrent le camp carthaginois et Hasdrubal fut contraint de se rendre[13]. Des conditions humiliantes furent imposées, notamment le paiement d’une lourde indemnité[19]. Alors que les soldats carthaginois se rendaient, ils furent attaqués par la cavalerie numide dirigée par Gulussa, fils de Massinissa. On ignore si cette attaque fut menée avec l’assentiment de Massinissa[13],[19]. L’historien moderne William V. Harris (en) suggère que Gulussa aurait été encouragé par les Romains à mener cette attaque[17]. Les pertes carthaginoises restent incertaines : Harris affirme que « très peu rentrèrent chez eux »,[17] Nigel Bagnall (en) évoque « peu de survivants »[13], et Adrian Goldsworthy parle de « nombreux tués »[19]. Toutes les sources s’accordent toutefois à dire qu’Hasdrubal et la plupart de ses officiers survécurent et retournèrent à Carthage[13],[19]. Là, Hasdrubal fut condamné à mort, dans une tentative d’apaiser Rome[20]. Les Numides s’emparèrent ensuite de la région des Campi Magni (Grandes Plaines) et de la ville de Thusca (l’actuelle Sers), dans le nord-ouest de la Tunisie[21]. Les combats, la reddition et le massacre furent probablement achevés à la fin de l’année 151 av. J.-C.

Conséquences

Sources

Notes et références

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