Bataille des Déganias
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| Coordonnées | 32° 41′ 47″ nord, 35° 35′ 28″ est | |
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La bataille des Déganias est un affrontement entre l’armée israélienne et l’armée syrienne, en mai 1948, lors de la guerre de Palestine de 1948.
Le 15 mai 1948, la Syrie envahit le nord d'Israël avec trois bataillons d'infanterie, un bataillon d'automitrailleuse, une compagnie de chars français Renault R35 et un régiment d'artillerie[1]. Cette force, la 1re brigade, a avancé vers le sud le long de la mer de Galilée et s'est retranchée devant la localité de Samakh, en prélude à une attaque. Cette avancée dans la vallée du Jourdain a pris les Israéliens totalement par surprise, car ils s'attendaient à ce que l'attaque vienne de plus au nord[2],[3]. La Haganah ne comptait qu'un bataillon de 400 soldats de la brigade Golani et une poignée de paysans armés[2]. Voyant le danger, le kibboutz Degania A a envoyé une délégation de trois hommes à Tel Aviv pour demander de l'aide[2]. Dans la nuit du 15 au 16 mai, les Syriens ont lancé une première attaque avec de l'infanterie appuyée par des automitrailleuses et la compagnie de chars Renault[3]. L'infanterie et les véhicules blindés progressèrent de manière désorganisée ; les Israéliens repérèrent l'infanterie qui les prenait à revers par le sud et la bloquèrent. Les Syriens se replièrent pour se regrouper[3].

La Haganah était encore en train de passer de la clandestinité à une armée conventionnelle, après avoir été exsangue lors de la guerre communautaire de 1947-48, et l'attaque simultanée a poussé tous les commandements de secteur à demander de l'aide à Tel Aviv. L'armée israélienne ne pouvait pas être partout, et Ben Gourion a indiqué à la délégation qu'aucun renfort n'était possible et à ce moment-là, le vétéran de la Degania A, Ben-Zion Ysraeli, s'est effondré et a pleuré [2]. Dans un climat de désespoir, le 17 mai, le major Moshe Dayan – « faute de meilleure alternative »[4] – fut nommé commandant de la défense des Déganias.
Pendant ce temps, les kibboutzim de Deganias A et B essayaient de donner l'impression qu'ils étaient massivement renforcés[2]. La nuit, ils descendaient à plusieurs reprises les pentes montagneuses à l'ouest de la vallée du Jourdain en véhicule, éteignant leurs phares à la descente pour les rallumer à la remontée. De plus, ils utilisaient des moteurs de tracteur pour imiter le bruit des chars d'assaut[2]. Ces tactiques n'impressionnèrent pas les Syriens, et aux premières heures du 18 mai, Samakh fut pilonnée par un intense bombardement d'artillerie[2]. Les Syriens avaient préenregistré leurs tirs d'artillerie au cours des deux jours précédents, et la première salve fut très précise[5]. Les chars Renault R35 se sont déplacés au sud de la ville et les Israéliens, armés seulement de deux canons antiaériens de 20 mm, n'ont pu les contenir. Les tirs des obusiers de 75 mm et des mortiers de 81 mm étaient précis et meurtriers[6]. Les Israéliens tentèrent alors de contenir l'avancée syrienne dans un fort de police, l'un des points les plus fortifiés de Palestine, mais la concentration de la puissance de feu syrienne les submergea et le fort fut pris à midi[6]. Les Israéliens ont perdu 54 combattants et en ont eu trois de faits prisonniers ; la plupart étaient des kibboutzniks de la vallée du Jourdain[6]. La situation était désespérée et les localités voisines de Shaar Hagolan et de Massada furent abandonnées sans ordre. Les femmes et les enfants furent évacués des Deganias[6].
Avec la chute de Samakh (aujourd'hui Zemach), les Israéliens ont réalisé qu'ils étaient confrontés à une menace sérieuse au sud de la mer de Galilée et ont commencé à faire venir des renforts de fortune de toute la Galilée orientale et à les envoyer aux Deganias. Moshe Dayan prit le commandement et tenta une contre-attaque sur Samakh avec la compagnie de la brigade Yiftach qu'il avait amenée de Tel Aviv, composée de jeunes de 16 et 17 ans, mais les Syriens combattirent fermement et repoussèrent les Israéliens[5],[6]. La compagnie a indiqué avoir découvert « des dizaines de cadavres » de Juifs tués lors de l'attaque syrienne contre la colonie[6]. Cette même nuit, un peloton du kibboutz 'Ein-Gev, arrivé par la mer et débarquant à Samra, au sud, a mené un raid contre la concentration syrien de Tel al-Qasir[7]. Malgré son échec, l'incursion a retardé les Syriens de 24 heures, donnant ainsi aux défenseurs plus de temps pour améliorer leurs défenses. Cette même nuit, une autre compagnie de la brigade Yiftach traversa le Jourdain et attaqua le camp syrien au poste de douane près du pont B'nat Ya'cov. Le raid fut un succès total[8]. Les défenseurs syriens – une ou deux compagnies – ont été pris totalement par surprise et ont fui après un bref échange de tirs. Les palmachniks, sans aucune perte, détruisirent le camp et quelques véhicules, dont deux automitrailleuses[8]. Le moral des Israéliens restait cependant extrêmement bas en raison des victoires syriennes et de la présence de chars ennemis[8].

Le 20 mai, les Syriens ont attaqué les deux Deganias[5]. Les défenseurs israéliens étaient pour la plupart des habitants des kibboutzim, renforcés par les troupes de la Haganah et du Palmach ; environ 70 à Degania Alef et 80 à Degania Bet[8]. Les 70 défenseurs de Degania A furent confrontés à 5 chars Renault R35, des automitrailleuses, une compagnie d'infanterie et un bataillon d'artillerie ; leur armement lourd se composait d'un PIAT, d'un canon AA de 20 mm et d'un mortier de 81 mm. Les véhicules blindés ont mené l'assaut, suivis de l'infanterie, appuyée par l'artillerie. Après avoir détruit les casemates et les bunkers en béton, les chars ont percé la clôture extérieure du kibboutz. L'avancée a laissé l'infanterie derrière[5]. Deux automitrailleuses ont été détruits par un canon de 20 mm alors qu'un char s'approchait de la clôture intérieure. Un jeune homme a lancé un cocktail Molotov sur le char à une distance de 10 mètres, provoquant un incendie et tuant les deux membres d'équipage. D'autres véhicules ont été détruits par des tirs de mortier de 81 mm en tir direct, des cocktails Molotov, et un char Renault R35 a été détruit par l'un des trois PIAT que Dayan avait apportés de Tel Aviv, avec un tir dans la tourelle[5]. Les Israéliens ont détruit quatre automitrailleuses et quatre chars[5]. Lorsque l'infanterie syrienne arriva, ses blindés avaient été mis en déroute et battaient en retraite. Désormais exposée, l'infanterie fut mitraillée par les Israéliens, ce qui la força à se replier[5],[9].
L'attaque contre Degania B devait avoir lieu simultanément, mais elle ne débuta que plusieurs heures plus tard en raison d'une désorganisation. Une fois de plus, les Syriens tentèrent de maintenir la cohésion de l'infanterie et des blindés en soutien mutuel, mais lancèrent une nouvelle attaque frontale[9]. Deux assauts successifs de chars et d'infanterie, atteignant les positions des défenseurs à moins de 30 mètres, furent également repoussés[9]. Au fil de la journée, la bataille des Deganias s'est jouée sur l'arrivée de quatre canons de montagne français de 65 mm, vétustes et datant de la Première Guerre mondiale, récemment déchargés et amenés à la hâte. Les Israéliens surnommaient ces canons « Napoléonchiks » (« Petit Napoléon »)[10]. Et parce qu'elles étaient si rares et si désespérément nécessaires sur d'autres fronts, elles n'ont été données à Moshe Dayan que pour 24 heures[9]. Ils étaient dépourvus de systèmes de ciblage, et leurs artilleurs ne comprenaient que vaguement comment les utiliser[10]. Une fois positionnés sur un point culminant dominant la vallée du Jourdain, les artilleurs s'entraînaient à tirer sur le lac de Tibériade et, à mesure qu'ils acquéraient une compréhension de base de leur opération, ils commençaient à s'entraîner à tirer sur des véhicules blindés syriens situés entre Samakh et les Deganias[11]. L'un des canons rouillés s'est enrayé et a explosé, blessant un artilleur, mais les trois autres ont tiré environ 500 obus, tuant une trentaine de Syriens alors qu'ils se regroupaient pour un nouvel assaut sur les Deganias[5],[11]. La précision des tirs n'était pas grande, mais les Syriens s'imaginaient être les seuls à posséder de l'artillerie lourde, et après avoir joui de ce monopole pendant une semaine, l'apparition soudaine de l'artillerie ennemie a déstabilisé leur moral[12]. Ignorant du fait que les Israéliens ne disposaient que de 4 pièces, les Syriens battirent en retraite.
Les forces syriennes autour de Samakh manquaient de munitions, et le ravitaillement promis a été redirigé vers la 2e brigade au nord de la mer de Galilée[13]. En réponse, la 1re Brigade se retira, abandonnant ses positions à Samakh et se repliant sur les contreforts du Golan[13] ; mais non avant d'avoir rasé Shaar Hagolan et Masada[11]. Plusieurs véhicules blindés, légèrement endommagés ou hors d'usage, ont été abandonnés par les Syriens, puis réparés et utilisés par les Israéliens. Bien que les Syriens fussent bien plus nombreux que les Israéliens dans ce secteur, et disposassent d'une artillerie et de blindés bien supérieurs, ils ne lanceraient plus jamais d'offensive vers le sud[13].
Notes et références
- ↑ (en) Leslie Stein, The Making of Modern Israel: 1948-1967, Cambridge, Polity Press, (ISBN 978-0-7456-3623-8, OCLC 286484828, lire en ligne), p. 21-22
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Leslie Stein, The Making of Modern Israel: 1948-1967, Cambridge, Polity Press, (ISBN 978-0-7456-3623-8, OCLC 286484828, lire en ligne), p. 22
- 1 2 3 (en) Kenneth Michael Pollack, Arabs at War: Military Effectiveness, 1948-1991, Lincoln, University of Nebraska Press, (ISBN 978-0-8032-0686-1, OCLC 49225708, lire en ligne), chap. 6 (« Syria »), p. 450
- ↑ (pt-BR) Martin L. Van Creveld (trad. Fernanda Ravagnani), Moshe Dayan: Uma Biografia, São Paulo, Editora Globo, (ISBN 978-85-250-4115-9, OCLC 685243824, lire en ligne), p. 61.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Kenneth Michael Pollack, Arabs at War: Military Effectiveness, 1948-1991, Lincoln, University of Nebraska Press, (ISBN 978-0-8032-0686-1, OCLC 49225708, lire en ligne), chap. 6 (« Syria »), p. 452
- 1 2 3 4 5 6 (en) Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, New Haven, Connecticut, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-12696-9, OCLC 402826490, lire en ligne), p. 254
- ↑ (en) Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, New Haven, Connecticut, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-12696-9, OCLC 402826490, lire en ligne), p. 254-255
- 1 2 3 4 (en) Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, New Haven, Connecticut, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-12696-9, OCLC 402826490, lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) Leslie Stein, The Making of Modern Israel: 1948-1967, Cambridge, Polity Press, (ISBN 978-0-7456-3623-8, OCLC 286484828, lire en ligne), p. 23
- 1 2 (en) Leslie Stein, The Making of Modern Israel: 1948-1967, Cambridge, Polity Press, (ISBN 978-0-7456-3623-8, OCLC 286484828, lire en ligne), p. 23-24
- 1 2 3 (en) Leslie Stein, The Making of Modern Israel: 1948-1967, Cambridge, Polity Press, (ISBN 978-0-7456-3623-8, OCLC 286484828, lire en ligne), p. 24
- ↑ (en) Kenneth Michael Pollack, Arabs at War: Military Effectiveness, 1948-1991, Lincoln, University of Nebraska Press, (ISBN 978-0-8032-0686-1, OCLC 49225708, lire en ligne), chap. 6 (« Syria »), p. 452-453
- 1 2 3 (en) Kenneth Michael Pollack, Arabs at War: Military Effectiveness, 1948-1991, Lincoln, University of Nebraska Press, (ISBN 978-0-8032-0686-1, OCLC 49225708, lire en ligne), p. 453