Camp de concentration d'Ebensee

annexe du camp de concentration de Mauthausen From Wikipedia, the free encyclopedia

Le camp de concentration d'Ebensee, en Autriche, fut l'un des sous-camps les plus meurtriers rattaché au camp de concentration central de Mauthausen situé à quelques kilomètres, avec Gusen, Melk et le centre de mise à mort situé dans le Château d'Hartheim.

Nom localKZ-Gedenkstatte
TypeCamp de concentration - commando de travail forcé
Date de création
Géré parAnton Streitwieser
Faits en bref Présentation, Nom local ...
Kommando de travail d'Ebensee
Ebensee_Camp.jpg
Camp de concentration nazi, camp de concentration
Présentation
Nom local KZ-Gedenkstatte
Type Camp de concentration - commando de travail forcé
Gestion
Date de création
Géré par Anton Streitwieser
Date de fermeture
Fermé par Armée Americaine (3rd Cavalry Reconnaissance Squadron)
Victimes
Nombre de détenus 27 000
Morts 8 500 morts
Géographie
Pays Drapeau de l'Autriche Autriche
Région Haute-Autriche
Commune d'Autriche Ebensee
Coordonnées 47° 47′ 15″ nord, 13° 45′ 28″ est
Géolocalisation sur la carte : Autriche
(Voir situation sur carte : Autriche)
Kommando de travail d'Ebensee
Fermer

Ouvert le [1] et libéré le [2],[3], le camp d'Ebensee est situé à l'extrémité sud du lac Traunsee à km du bourg et environ 75 km au sud-ouest de la ville de Linz.

Ce camp a pour fonction première d'exploiter une main-d’œuvre pour la construction de galeries souterraines destinées à accueillir des usines d'armement pour la société Steyr-Daimler-Puch AG[4], notamment de fusées V2 et de les protéger des bombardements alliés.

  • Les prisonniers travaillent près de 14 heures par jour et se relayent pour que l'activité des chantiers soit assurée 24 heures sur 24.

La mortalité très importante est notamment due aux conditions d'hébergement totalement inadaptées aux conditions hivernales et aux rations de nourriture qui, au mieux, consistent en un 1/2 litre d'un ersatz de café, 3/4 de litre d'une soupe de pelures de pommes de terre et 150 g de pain. Le camp n'ayant pas de fours crématoires, les corps sont régulièrement convoyés vers Mauthausen.

On estime à environ 20 000 le nombre de prisonniers qui y ont trouvé la mort. Aux derniers jours de la guerre, la mortalité atteint 350 hommes par jour. C'est sans doute, avec le camp de Gusen, l'une des pires annexes de Mauthausen.

Dix jours après la libération du camp, Bachmayer assassine les membres de sa famille puis se suicide, mais Otto Riemer parvient à s'échapper.

Camp de Mauthausen

Le camp de concentration de Mauthausen est ouvert en sur les hauteurs de la ville de Mauthausen (Autriche). En , un camp annexe est ouvert à Gusen, à quelques kilomètres. Le complexe concentrationnaire ne cesse de grandir, à mesure qu’il devient centre de tri et de transfert vers les camps extérieurs (Liste des 46 kommandos de Mauthausen).

Avec l'évolution du conflit, l'exploitation de la main-d’œuvre concentrationnaire devient en effet une priorité, qui se traduit par la multiplication des Kommandos dépendant du camp principal. Pour soutenir l'effort de guerre du Reich, les détenus sont loués par la SS aux usines Steyr-Daimler-Puch AG, Reichswerke Hermann Goering, Heinkel Flugzeugwerke, Porsche GmbH, Solvay GmbH, etc.[5],[6]

À partir de la fin 1943, les bombardements stratégiques alliés obligent les autorités allemandes à mettre en œuvre un vaste plan de transfert des activités stratégiques et de l'industrie d'armement. Ces industries sont relocalisées dans des sites camouflés (mines, bunkers, tunnels) dont l'aménagement mobilise des milliers de déportés dans des conditions de vie et de travail inhumaines. Les dommages infligés par les raids alliés mobilisent également de nombreux Kommandos, chargés de travaux de déblaiement, de réparation des infrastructures et de construction d'hébergements d'urgence[7],[8].

Le « projet Zement »

À la suite des bombardements anglo-américains d’ sur Peenemünde, site de production des fusées A4 et des projets intercontinentaux A9, Adolf Hitler décide de transférer et d’enfouir une partie de l’industrie d’armement dans le « réduit alpin », afin de la soustraire aux attaques aériennes alliées[1]. En 1944, l’avancée des forces alliées, notamment en Italie, conduit les autorités nazies à réviser ces plans : le site d’Ebensee est alors destiné à accueillir une raffinerie de pétrole synthétique (installation A) ainsi que des machines-outils pour la production de pièces de chars (installation B)[1],[9].

Hiérarchies du camp

les SS

Ebensee est au début commandé par le SS Hauptsturmführer Georg Bachmayer (en), choisi par Franz Ziereis, lui-même commandant de Mauthausen, pour son extrême brutalité. Il retourne à Mauthausen en 1944 en laissant le commandement du camp à le SS Hauptsturmführer Alfons Bentele, l’SS Obersturmführer Otto Riemer. Riemer ne fournissait ses sentinelles en tabac que s'ils abattaient leur quota de prisonniers quotidien. En , il sera remplacé par le SS Hauptsturmführer Anton Ganz[4],[10].

les gardes

Les unités de la garde sont principalement composées de membres de la Wehrmacht[4].

Les détenus

À quelques exceptions près, les détenus étaient d’abord immatriculés au camp central de Mauthausen avant d’être transférés au Kommando d’Ebensee. D’après le « registre des entrées », 27 278 détenus (hommes uniquement) y furent internés entre le et le . Environ 1 500 d’entre eux furent, entre-temps, affectés à d’autres Kommandos (par exemple Redl-Zipf « Schlier » ou Wels) ; à leur retour, ils furent inscrits une seconde fois dans le registre. À partir de , l’arrivée de nombreux convois en provenance de camps évacués entraîna une surpopulation qualifiée de catastrophique, concomitante à l’effondrement complet du système de ravitaillement. Le , le camp atteignit son effectif maximal, avec 18 509 internés. La direction du camp mit alors en œuvre des mesures visant à provoquer la mort des nouveaux arrivants, majoritairement juifs, afin de réduire le nombre de prisonniers[1].

Les détenus provenaient de plus de vingt nationalités ; les principaux groupes étaient constitués de Polonais, de Russes, de Hongrois, de Français, d’Allemands, d’Italiens, de Yougoslaves, de Grecs et de Tchèques. La proportion de Juifs déportés depuis les différents pays est estimée à environ 30 %. Les conditions de travail et de vie dépendaient largement de la nationalité et de la catégorie attribuée selon les critères de l’idéologie raciste nazie : un traitement plus sévère était réservé aux citoyens de l’Union soviétique et aux Polonais, tandis que les Roms, les Sintis et les Juifs de toute nationalité étaient placés au niveau le plus bas de la hiérarchie. Par ailleurs, de nombreux internés juifs arrivèrent dans un état d’épuisement extrême après plusieurs jours de transport en wagons à bestiaux ou après des marches à pied, ce qui réduisait fortement leurs chances de survie[1].

Parmi les convois les plus meurtriers figure celui de 2 059 détenus juifs en provenance de Wolfsberg, camp annexe de Groß-Rosen, arrivé à Ebensee le . Sur ordre du commandant Anton Ganz, l’accès au camp leur fut refusé — et donc l’accès aux baraques — malgré la neige et le froid ; des centaines d’entre eux moururent durant le transport ou dans les jours suivants. L’un des derniers convois amena également à Ebensee les prisonniers du « commando de faux-monnayeurs » de l’« opération Bernhard », en provenance du camp annexe de Redl-Zipf (« Schlier »)[1].

Le camp de concentration d’Ebensee fut libéré le par les troupes du 3rd Cavalry Reconnaissance Squadron. Malgré les soins médicaux prodigués par les hôpitaux de campagne américains et le ravitaillement assuré par l’UNRRA, 750 détenus moururent encore après la libération[1].

Travail forcé

L’établissement du camp de travail SS avait pour but  la construction de galeries souterraines géantes destinées à la recherche et au développement de la fusée intercontinentale A9/A10, grâce au travail forcé impitoyable des détenus. Au total  7,6 km de galeries souterainnes furent construites en 16 mois environ  grâce au travail des détenus[1].

Trois périodes du camps

L'hiver 43-44

La construction du camp débute avec l’arrivée, le , des 63 premiers détenus transférés depuis le kommando de Redl-Zipf. Peu après, environ cinq cents autres prisonniers, acheminés depuis le camp central de Mauthausen, les rejoignent. Ils sont alors cantonnés à proximité de la gare de marchandises[9].

près la journée de travail au chantier [des tunnels], les hommes harassés étaient encore durement malmenés: (...) abattage d'arbres, nivellement du terrain, édification des premières baraques du camp[11].

L'année 1944

La vie quotidienne des détenus du camp est centrée sur un chantier de grande ampleur adossé à une paroi rocheuse, percée de sept tunnels, où l’activité se poursuivait en continu : pose de voies ferrées, circulation permanente de wagonnets, manutention de charges lourdes (rails, poteaux), déchargement de trains entiers et travaux de terrassement. À l’intérieur des galeries, une voûte haute (environ 8 à 10 mètres), une humidité constante avec infiltration d’eau, un sol encombré de rails, d’eau et de boue, ainsi qu’un air saturé de poussières et de fumées que l’éclairage et la ventilation peinent à dissiper. Les déplacements vers le travail s’effectuaient par le « Löwengang » (« chemin des lions »), un chemin boueux bordé de barbelés, aménagé à flanc de montagne pour soustraire les colonnes de détenus au regard des habitants et réduire l’escorte, les prisonniers étant conduits au pas de course et pataugeant dans un bourbier. Les conditions matériel sont désastreuse, des vêtements qui ne séchaient pas, des galoches à semelles de bois, rendant la marche difficile et laissant les pieds froids et mouillés. Henri Koch, cordonnier, répare clandestinement des chaussures et redistribue les faibles avantages obtenus (nourriture, cigarettes), allant jusqu’à donner sa part de pain et de soupe[9].

L'hiver 45

À partir de 1945, l’afflux de détenus issus de camps évacués par les nazis face à l’avancée alliée (notamment depuis Auschwitz en février et depuis Melk au début d’avril) s’accompagne d’une réduction drastique des rations alimentaires et d’un épuisement général. Durant les derniers mois, la précarité matérielle atteint un niveau extrême, tandis que les SS répondent par une intensification des violences et des massacres. En avril, l’effectif s’élève jusqu’à 18 509 détenus, issus de 23 nationalités (dont environ 8 % de Français). À la libération, le , ils seraient encore environ 16 000, dont 6 000 à l’infirmerie. Selon des témoignages, les SS, gagnés par la panique, mettent en place des blocks destinés à éliminer les détenus jugés incapables de poursuivre : le commandant Anton Ganz aurait fait instaurer des « blocks spéciaux » où une cinquantaine d’hommes seraient tués chaque nuit. Il s’agirait notamment des blocks 23 (environ 700 détenus) et 26, réservé aux Juifs, pour lesquels Ganz ordonne l’arrêt du ravitaillement. Ces « Schönungblocks » sont qualifiés par le médecin français Dreyfus de « vestibule du crématorium », « antichambre de la mort »[9].

Four crématoire

Un four crématoire dans le camp est attesté de le printemps 1944[4].

Libération

La libération du camp d’Ebensee intervient les 5 et [12]. Le au soir, un soldat de la Wehrmacht, Joseph Poltrum, dit avoir surpris le SS Ganz et plusieurs de ses hommes alors qu’ils transportaient et plaçaient des explosifs à l’entrée de trois tunnels où les déportés étaient regroupés lors des alertes aériennes[7]. Selon ces témoignages, Poltrum avertit dans la nuit les détenus liés à l’organisation clandestine internationale. Le , à l’appel du matin, Ganz tente de conduire les prisonniers vers le tunnel no 5 sous prétexte de les protéger d’un bombardement, mais l’opération échoue face au refus collectif des détenus[13], épisode rapporté comme exceptionnel dans la mémoire du camp[7]. Dans la matinée, les SS procèdent à la destruction de documents administratifs ; vers 11 heures, ils ont quitté Ebensee, remplacés dans les miradors par quelques soldats de la Wehrmacht[13]. Le à 14 heures, les premiers blindés américains du rd Cavalry Reconnaissance Squadron[1] atteignent le site, marquant la liberté effective des survivants[12]. Avant l'arrivée des troupes et le départ des gardes SS, environ 52 prisonniers fonctionnaires ayant collaboré avec la SS furent tués[14].

Mémorial

Après la guerre, un ensemble de logements fut construit sur l'ancien site du camp. Seule une partie de celui-ci devint le cimetière des victimes et le lieu de mémoire. L'arche qui constituait l'entrée principale du camp est toujours visible à l'entrée de ce complexe. Aujourd'hui, le cimetière abrite de nombreuses plaques commémoratives individuelles et des monuments officiels, dédiés à la plupart des groupes de prisonniers représentés. En 2011, un monument a été érigé, portant les noms des 8 412 victimes sur des panneaux de verre. En 1997, une exposition sur le sujet a été inaugurée[14].

À Ebensee, la mémoire du sous-camp du Mauthausen Memorial s’appuie sur un ensemble muséal et commémoratif articulé autour du Zeitgeschichte Museum Ebensee[15], inauguré en 2001 par une association locale constituée en 1988[16]. Le musée présente l’histoire politique régionale et autrichienne sur la période 1918-1955 (Première République, austrofascisme, nazisme et débuts de la Seconde République), notamment les événements de dans la commune, et conserve une documentation importante liée au camp. Sur le site même de l’ancien camp, le Stollen 5 abrite depuis 1997 une exposition documentaire permanente, complétée par des dispositifs de parcours (dont le fléchage de vestiges du Löwengang) et des visites guidées organisées sur demande. La dynamique mémorielle locale inclut également les lieux d’inhumation et de commémoration des victimes dans les environs, notamment à Gmunden.


Annexes

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