Chapelle Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception d'Aix-en-Provence

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La chapelle de l'Immaculée Conception est une chapelle catholique située à Aix-en-Provence, cours Gambetta[1]. Elle est dédiée à l'Immaculée Conception. La messe y est célébrée en rite tridentin depuis 1988.

Les débuts de la chapelle 1860 – 1870

La Chapelle de L’Immaculée fut aménagée dans des bâtiments existants en 1860 par Monsieur l’Abbé de Jersey de Bonde (1827-1885). Ordonné Prêtre en 1856 il se consacre à la création d’une œuvre pour les jeunes ouvriers qu’il réunit d’abord dans les cloîtres de la Madeleine. Puis à côté de la Caserne Forbin (alors appelée Caserne d’Italie), dans un spacieux local du Cours Sainte- Anne (ancienne voie Aurélienne[2]).

Six ans après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX, la chapelle est bénite par Monseigneur Chalandon et dédiée à l’Immaculée. La cérémonie se déroule en présence de plusieurs directeurs d’œuvres du sud de la France, dont le Père Timon-David, fondateur de l’œuvre du Prado à Marseille[3].

L’Œuvre des jeunes ouvriers : sa devise est gravée au-dessus de la porte de la chapelle : A Jésus par Marie ; elle ouvrait ses portes le dimanche de 7h30 à 19h : messe et prédication à 8h, vêpres à 16h, et activités toute la journée ; à 20h réunion des Grands de plus de 16 ans. En 1866, Monsieur l’Abbé de Bonde ouvre également avec les autorisations du gouvernement un cours du soir pour les adultes. Une des activités proposées aux jeunes par l’Abbé de Bonde est la fabrication des vitraux. Le Maître verrier Aixois Louis André (1852-1938) fut initié à son art par l’Abbé qui fonda une manufacture de vitraux et lui en confia la direction[2].

La guerre de 1870 contre le Prusse porte le coup de grâce à l’Œuvre. Monsieur l’Abbé, après l’avoir dirigée pendant 14 ans s’engage comme volontaire dans l’armée et ne rentre de captivité, assez affaibli, qu’en 1871. Les locaux, "maison avec chapelle cour et jardin", sont vendus à la municipalité en 1872 pour agrandir la caserne d’Italie qui peut ainsi recevoir 250 hommes supplémentaires tandis que l’Abbé part enseigner l’anglais au Collège des Dominicains d’Arcueil[2].

L’Abbé de Bonde, sa conversion.

Marie-Joseph-Louis-Adolphe Thesen de Norwège de Jersey de Bonde naquit sur l’ile de Jersey le 18 novembre 1827 de parents appartenant à la vieille noblesse d’Angleterre. On trouve dès le XIIème siècle des Barons de Bonde honorablement connus à la cour d'Angleterre pour leur bravoure ou pour les charges importantes qu'ils remplissent, notamment par l'emploi de contrôleurs de la maison royale. Son Père était anabaptiste et sa mère appartenait à la secte des indépendants, si bien que l’enfant ne fut pas baptisé[2].

Venu très jeune en France pour y rétablir une santé chancelante ; après de brillantes études littéraires il avait suivi les cours de la faculté de médecine de Montpellier où il s’était établi avec sa mère. A 22 ans il exerçait avec brio l’emploi de chirurgien externe à l’Hôtel-Dieu de Montpellier et se disposait à prendre le titre de docteur en médecine, quand il alla un soir de 1849 dans l’église des Pénitents Bleus de Montpellier, à un sermon du révérend Père Gabriel Bouffier, de la Compagnie de Jésus. Il avait voulu, disait-il à ses amis, simplement voir de près et entendre un de ces Jésuites étrangers[2].

Après le sermon il se fit présenter au prédicateur, et avec sa franche nature, lui tendit la main en disant : « Je n’aime pas les situations fausses. Vous ne savez pas qui je suis. Eh bien, il faut que je vous dise que je suis protestant. » « Et moi, répondit le religieux en souriant avec bonté, moi, je suis Jésuite[2]

La grâce avait commencé son œuvre ; elle l'acheva le jeudi saint. Ce jour-là, M. de Bonde revint auprès du Père, s'avoua vaincu après une semaine de luttes et lui fit part de son projet d'abjurer l'hérésie. Il fut convenu qu'on prendrait le temps de l'instruire et que, pour éviter tout éclat, la cérémonie se ferait en Avignon. En effet, le 28 avril de la même année, après une retraite de trois jours faites avec ses amis au noviciat des Jésuites d'Avignon, M. de Bonde fut solennellement baptisé dans la chapelle de la maison. Le jour même, il eut le bonheur de faire sa première communion et, le soir, de se consacrer à la très Sainte Vierge[2].

Mais son cœur ne résista point à de telles émotions et à peine avait-il achevé de prononcer aux pieds de la statue de Marie, sa formule de consécration, qu'il s'évanouit et qu'on dut le transporter au lit, en proie à la fièvre la plus ardente. C'est qu'en prenant une Mère dans le ciel, il ne pouvait se dissimuler qu'il allait être renié par celle de la terre. Mme de Bonde, protestante de race, croyait son fils en partie de plaisir à Vaucluse, quand il abjurait à Avignon et ce cœur de fils, qui devait affronter tant de périls, ne pouvait se faire à la pensée déchirante qu'il allait être maudit par une mère. « Moi qui aime tant ma mère et qui n'ai jamais rien fait sans lui tout dire, je viens de faire l'acte le plus important de ma vie sans qu'elle l'ait su ! Dieu cependant, ajoutait-il, doit passer avant tout ! » Sans fortune personnelle, il renonça sans hésiter aux héritages de deux tantes qui le renièrent dès cet instant[2].

L’Abbé de Bonde, sa vocation.

Deux jours après son baptême il reprit le chemin de Montpellier avec ses amis. A peine arrivé, il installe une statue de la Sainte Vierge sur la cheminée de son appartement, et la montrant à sa mère : « Voici ma patronne, lui dit-il, je suis catholique ! » On peut juger de la surprise et de la colère qu'éprouva Madame de Bonde ; elle en témoigna pendant longtemps le plus profond mécontentement à son fils ; elle l'obligea à entrer en conférence avec les pasteurs du culte réformé ; mais ce fut en pure perte, car le nouveau baptisé demeura inébranlable dans sa foi. Moins d'un an plus tard, M de Bonde, dans une partie de natation qu'il faisait, se trouva, malgré sa grande expérience, soudainement englouti sous l'eau ; Il invoque aussitôt Marie et se trouve bientôt sauvé. C'est cet évènement qu'il juge miraculeux qui décide Monsieur de Bonde à entrer dans les ordres[4].

En effet, quelques mois après, l'abbé de Bonde, se présentait au Séminaire d'Aix pour y faire son noviciat du sacerdoce. On ne fut pas peu étonné de voir le jeune et brillant gentilhomme transformé en simple séminariste. Il n'arrive pas tous les jours qu'un prince franchisse en élève le seuil de l'une de ces austères maisons et, surtout, y passe cinq ans dans l'exercice des simples et modestes vertus qu'on exige des apprentis de l'état ecclésiastique. M. l'abbé de Bonde s'y plia le plus heureusement du monde et le temps de l'épreuve achevé, fut ordonné prêtre par Mgr Darcimoles, à l'ordination de la Trinité, le 17 mai 1856[5].

Un an auparavant, un décret impérial l'avait autorisé à demeurer en France et lui avait accordé la jouissance de tous les droits civils. A peine ordonné prêtre, M. l'abbé de Bonde fut nommé vicaire à la Métropole mais peut-être se souvenait-il de sa jeunesse déshéritée de foi et se sentait-il porté à concentrer sur les enfants et les adolescents tous les efforts de son dévouement de converti et de prêtre. Le fait est qu'après quelques mois comme vicaire, il voulut se consacrer à la fondation et à la direction d'une œuvre de jeunesse. Quatre ans après, grâce à une sollicitude incessante et au prix de je ne sais quels miracles de zèle et de charité, l'abbé de Bonde, qui avait établi son œuvre d'abord chez les Frères, puis dans les cloîtres de la Madeleine, pouvait l'installer dans un magnifique local, au Cours Sainte-Anne (actuel cours Gambetta), et lui offrir une élégante chapelle pour les exercices religieux de ses chers jeunes gens. La bénédiction de ce sanctuaire, qui eut lieu le 3 juin 1860 et que présida Mgr Chalandon (dont les armes furent gravées dans le premier cartier du blason qui surmonte la porte de la Chapelle), fut l'occasion d'une fête mémorable à laquelle assistèrent, avec M. Timon-David, la vénéré fondateur de l'œuvre de la jeunesse de Marseille, tous les directeurs des œuvres analogues dans le diocèse[5].

Fidèle au tendre culte qu'il avait voué à Marie, M. l'abbé de Bonde avait mis son œuvre sous le patronage direct de la Vierge Immaculée et pris pour devise comme pour programme ces simples mots : Ad Jesum per Mariam (A Jésus par Marie). Le local de l’œuvre était ouvert tous les dimanches. De temps en temps, quelques fêtes, des représentations dramatiques ou des soirées amusantes réunissaient tous les membres de l'œuvre, leurs parents et les bienfaiteurs de la jeunesse. M. de Bonde ajouta un nouvel élément de prospérité à l'Œuvre en y annexant une école du soir pour les adultes, fondation qui fut autorisée par un arrêté du Ministre de l'Instruction Publique, en date du 29 décembre 1866, et qui produisit les meilleurs fruits.

Vue de l'intérieur (Noël)

Monsieur de Bonde au service de la France

Après quatorze ans de dévouement auprès de la jeunesse ouvrière d’Aix, Monsieur l’Abbé de Bonde dut se résoudre à fermer son Œuvre, faute de moyens. La guerre de 1870 ayant éclaté et la Prusse ayant envahi sa patrie d’adoption, Monsieur de Bonde retrouva pour un temps l’ardeur belliqueuse de ses ancêtres et, cachant sa qualité de prêtre, s’engagea comme soldat dans l’armée Française. L’aventure se termina par 2 mois de prison dont il reviendra fin mars 1871 extrêmement affaibli. Il proposa à la ville d’Aix de lui vendre les locaux de son Œuvre afin d’agrandir la Caserne d’Italie en y logeant 250 hommes supplémentaires : la caserne pourrait ainsi contenir deux bataillons complets.

Il fournit alors une carrière de professeur d’anglais dans divers établissement catholiques pour finir par revenir enseigner dans sa chère ville d’Aix. Ses loisirs sont occupés aux travaux artistiques de dessin ou de fabrication de vitraux où il excelle.

En 1884 une épidémie de choléra le trouva toujours aussi vaillant face au danger - selon la devise de sa famille : Audax in morte - sans crainte face à la mort - et lui valut les remerciements officiels du Maire d’Aix[6].

En 1885 il suit le corps expéditionnaire français au Tonkin comme aumônier. Voici l’intéressant rapport de la semaine religieuse de l’Archidiocèse d’Aix : « Moins d'un an après, le même besoin de se dévouer faisait solliciter à M. de Bonde, malgré son âge et la délicatesse d'une santé déjà bien affaiblie, la périlleuse mission d'accompagner, comme aumônier, nos braves soldats au Tonkin. On ne saurait dire l'ardeur qu'il mit à se faire octroyer ce permis d'immolation et la joie qu'il éprouva de l’obtenir. Ce n'est pas qu'il attendit autre chose de sa détermination que le bonheur de se sacrifier ; toute sa correspondance fait foi du pressentiment qu'éprouvait le vaillant aumônier de ne plus revenir en France. La croix de la légion d'honneur lui fût décernée trois mois avant sa mort ; Dieu lui réservait une autre gloire en le faisant monter avec éclat sur la croix de son propre fils et en lui partageant, avec Jésus-Christ, le privilège sublime de donner libéralement sa vie pour ses frères. Saisi au chevet des soldats malades du choléra qui a tant fait de victimes dans notre armée, M. l'abbé de Bonde, audacieux encore contre la mort par la vertu de cette charité qui est plus forte qu'elle, n'a fait qu'échanger, nous aimons à le croire, cette vie misérable, contre l'immortalité promise à ceux qui vivent de dévouement et savent en mourir. »

Monsieur l’Abbé de Bonde rend à Dieu son âme généreuse le 30 décembre 1885 à bord du navire qui le rapatriait, peu après avoir reçu les derniers Sacrements des mains d’un Père Jésuite[2].

Quelques lettres de l’Abbé de Bonde

Voici quelques extraits de ses lettres à un de ses anciens élèves, Lionel Hart, engagé comme lui[3].

26 juillet 1885 - « Souvenez-vous que je suis entièrement à votre disposition. Je ferai tout ce que vous voudrez ; usez de moi comme vous feriez d’un père, d’un ami. Je suis en ce moment à Lam, où nous avons près de 200 malades, et, trois fois la semaine je vais à cheval à Chu, qui est à huit km, confesser et administrer nos malheureux soldats. Ce double service est fatigant, mais nécessaire. Je le remplirai tant que mes forces me le permettront… J’ai lieu de bénir Dieu car je n’ai pas trouvé un seul malade qui ait refusé les services de la religion… J’ai ouvert le Ciel à plus de 800 d’entre eux ! Ce qui me peine, c’est de voir que je suis seul aumônier alors qu’il y aurait tant de bien à faire si nous étions plus nombreux. » [3]

« Et vous, mon ami, vous avez eu l’honneur de verser votre sang pour la France ! Je vous en félicite, car cette goutte de sang servira au salut de la patrie. C’est le sang du chrétien et non le sang corrompu par la débauche, qui rendra la France à sa grandeur. Dieu repousse le sang abâtardi offert par une jeunesse dépravée. Oh ! oui, mon bon Lionel, soyez français, et, si vous aimez la France, soyez chrétien ! Aimez la France de toutes les forces de votre âme de 20 ans, mais aimez-la comme elle mérite d’être aimée, c’est-à-dire avec un cœur chaste et pur. » [3]

6 septembre 1885 – « Je me rendrai d’autant plus volontiers à Ha-Noï que depuis le mois de juin, je n’ai pas vu un seul confrère ni pu me confesser. Ma pauvre âme éprouve un immense besoin d’entendre parler de Dieu. Quand donc viendra à Lam un vapeur pour Ha-Noï ? Dieu le sait ! » [3]

Les 7 vies de la Chapelle Forbin

Le 25 avril 1864, Monsieur l’abbé de Bonde étend son patronage par l’acquisition (4 000 Fr) de la maison voisine, au numéro 21 du Cours, construite entre 1813 et 1840. C’est sans doute dans ces locaux supplémentaires que sera installé l’atelier de vitraux qui ouvre en 1864 et aide l’œuvre à vivre. Probablement aussi la nouvelle œuvre des cours du soir qui reçoit autorisation du Ministre en décembre 1866[2].

Puis vient en 1870 l’invasion de la France par les Prussiens. Monsieur l’abbé se souvient alors qu’il a reçu de ses glorieux ancêtres le titre de chevalier. Il s’engage donc comme combattant pour défendre sa patrie d’adoption[2].

La guerre a fait fermer l’atelier, Monsieur l’abbé de Bonde est en convalescence des suites de sa captivité, et la chapelle n’est pas finie de payer (la moitié de son prix venait de prêts de particuliers). Monsieur l’abbé n’a d’autre choix que de vendre. La ville d’Aix achète les lieux en 1872 pour agrandir la Caserne d’Italie voisine[2].

La caserne d’Italie, devenue caserne Forbin, est fermée puis détruite en 1981. Cette même année, un échange de courriers entre la Mairie et le Diocèse fait état du mauvais état de la chapelle « En effet, toiture et plafonds sont à refaire car des morceaux de plâtre sont déjà tombés, d’autres menacent. Des travaux importants de consolidation et d’étanchéité sont à entreprendre. »

En 1984 le bâtiment est restauré par la ville d’Aix, puis en 1987 aménagé en amphithéâtre. C’est sans doute de cette époque que date la modification du chœur avec la suppression des trois fenêtres en ogive ouvrant vers l’est (celle du centre contient la statue de la Sainte Vierge) et la reconstruction en briques creuses des murs en pan coupé sur lesquels sont actuellement les statues de Saint Joseph et du Sacré-Cœur.

En 1988 l’association « Esto Fidelis » (fondée en mars 1973 pour favoriser la messe tridentine) s’entend avec la Mairie pour que la Messe puisse être célébrée les dimanches dans la chapelle-amphithéâtre. Pendant plusieurs années la chapelle mène une double vie : amphi de la fac d’économie la semaine, et chapelle des traditionalistes le dimanche. Puis, en 1997, une convention est signée avec la Mairie accordant un usage exclusivement religieux de la chapelle.

Messe de Pâques (liturgie traditionnelle)

La caserne Forbin est construite sous la Régence et le tout début du règne de Louis XV[7] et démolie dans les années 1980, pour construire des ensembles résidentiels, des bureaux et un hôtel de tourisme, ne demeurent que le portail (inscrit aux Monuments historiques) et la chapelle. Celle-ci est construite au milieu du XIXe siècle.

La chapelle est confiée au début des années 1990 à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X[8]. Le culte y est donc célébré en latin. Elle n'est ouverte que pour les célébrations.

Architecture

Notes et références

Liens externes

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